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1886 : NAISSANCE DU XXème SIECLE EN FRANCE de Jean-François Six
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Ethiopiques numéro 50-51
Revue trimestrielle de culture négro-africaine
Nouvelle série-2ème et 3ème trimestres 1988-volume 5 n°3-4

Auteur : Souleymane Bachir Diagne

Quand s’achèvent et commencent les siècles ? Lorsque finit un monde et qu’il en naît un autre. Et cette respiration des civilisations se moque bien, peut-être, de nos dates bien rondes qui ont terminé le dix neuvième siècle en 1900 et s’apprêtent à faire mourir, en l’an 2000, tout un millénaire.
C’est donc l’hypothèse de Jean François Six que c’est en 1886 que commence, en France, le vingtième (Jean François Six. 1886. Naissance du XXe siècle en France. Seuil. 1986. Paris. 330 p.), une date qui « inaugure un nouveau « siècle », l’ère du relativisme et de la relativité qui durera plus de cent ans .
Il ne s’agit pas là d’une « thèse » historique, on s’en doute bien. Plutôt d’un reportage dans le passé, d’une chronique qui, dans un style de l’entrelacs, sait associer des événements, des idées, des personnages, des scènes, des tableaux, des destins, et restituer, pour notre plus grand bonheur, la vie et la poésie d’une année explosive parce que grosse d’un monde nouveau.
Quel rapport lire entre la passion populaire pour le Général Boulanger et un Manifeste de poètes « nés du surblaséisme » et affirmant que « l’avenir est au décadisme » ? Quel rapport entre la censure de la pièce tirée de Germinal de Zola et la grande grève des mineurs de Decazeville ? Quel rapport entre Les origines de l’Alchimie que Marcelin Berthelot, ministre de l’Instruction Publique, a fait paraître en 1885 et les rugissements de Léon Bloy, auteur des Désespérés, qui, avec une verve et une méchanceté inouïes, traite Alphonse Daudet de « tapette », dénonce chez Maupassant une « éternelle préoccupation bordelière » et clame son propre désir d’être, tout simplement, « saint » ?
Il y faudrait peut-être, pour mettre de l’ordre dans ce « désordre apparent », un Freud ? Justement, voici le jeune Sigmund Freud à Paris où il est reçu chez Charcot et qui écrit à sa fiancée combien il est ensorcelé par Sarah Bernhardt qui joue alors au théâtre de la Porte Saint-Martin.
Ou il y faudrait un poète. Et cette « hypothèse 1886 » - qui devient si nécessaire, au fil des pages - est bien d’un poète, c’est-à-dire de qui sait lire dans l’immédiat les prémices d’un nouveau monde. Ce sont donc, comme toujours, d’abord les poètes qui voient venir les choses : quand la philosophie installée, celle du scientisme et du positivisme, déclare, par la plume de Marcelin Berthelot, que désormais « le monde est sans mystère », les Illuminations de Rimbaud fulgurent par dessus le fracas des revolvers anarchistes.
Les peintres et les romanciers qui se détournent du naturalisme ne sont pas en reste , l’équivalent littéraire du positivisme : libérés désormais du souci de « photographier » le réel, impressionnistes et symbolistes peuvent aller à la découverte de l’avenir de leur art.
Et la philosophie, celle qui sait entendre la poésie et, avec elle, l’émotion créatrice, - en Allemagne, Nietzsche fait paraître, en l’an 1886, Par delà le bien et le mal - donnera, en 1889, l’Essai de Bergson Sur les données immédiates de la conscience.





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