Accueil > Tous les numéros > Numéro 75 > LA MONDIALISATION ET LA PROBLEMATIQUE DE LA FIN DES CONFLITS



LA MONDIALISATION ET LA PROBLEMATIQUE DE LA FIN DES CONFLITS
impression Imprimer

Ethiopiques numéro 75
Littérature, philosophie et art
2ème semestre 2005

Auteur : Thobie Emmanuel MBASSI ONDOA [1]

La mondialisation, comme le dit Adda, est « l’emprise d’un système économique, le capitalisme, sur l’espace mondial ». C’est, en d’autres termes, le libre-échange qui s’universalise sur le plan économique sous l’impulsion de la Banque Mondiale (B.M.), du Fonds Monétaire International (FMI) et de l’Organisation Mondiale du Commerce (O.M.C.). Ces derniers exigent toujours des Etats sous ajustement des réformes politiques parallèles (le multipartisme), ce qui finit par homogénéiser économiquement et politiquement les pays. Ce processus, qui a commencé au Moyen-âge, s’est accentué depuis que l’ex-Union Soviétique et ses alliés de l’Europe de l’Est ont décidé de revenir à l’économie de marché. Dès lors, même les Etats qui, officiellement, demeurent encore socialistes doivent procéder à quelques réformes libérales pour survivre. Les idéologues du libre-échange le présentent comme une nécessité absolue, le seul chemin qui puisse conduire à la prospérité, à la liberté, bref au paradis !

« Le libre-échange international provoque des relations harmonieuses entre des nations de cultures et d’institutions différentes - de même que le libre-échange à l’intérieur des frontières provoque des relations harmonieuses entre les individus de croyances, de convictions et d’intérêts divergents ».

Or, de toute évidence, la paix ne semble pas encore régner dans ce monde. Bien au contraire. Comment donc expliquer la persistance des conflits en plein libéralisme triomphant ? L’équation libre-échange = paix, harmonie serait-elle alors fausse ? L’histoire nous permettra de le vérifier.


1. LA BONNE NOUVELLE

Incontestablement, la pensée économique libérale se ravitaille intellectuellement chez Adam Smith. C’est bien le professeur écossais qui, le premier, a soutenu que le libre-échange ne conduisait ni à l’anarchie, ni au monopole. En laissant l’initiative des prix à chaque producteur dans le marché, on a des informations justes sur l’état de la demande des marchandises. Ces renseignements peuvent stimuler le producteur à accroître sa production ou à la baisser ; ils orientent le consommateur dans le choix des produits, ils déterminent le travailleur dans le choix des emplois et, enfin, ils assurent la bonne répartition des revenus. La liberté des prix permet donc à chacun de poursuivre ses intérêts dans la coopération. Et si le monopole et la concentration sont impossibles dans le système des prix, c’est parce qu’il instaure la concurrence. Comme chaque producteur veut écouler sa marchandise, il a intérêt à en améliorer la qualité et à proposer les prix les plus attractifs pour le consommateur. La concurrence permet donc au marché de s’autoréguler pour le plus grand bonheur des consommateurs. Finalement, chacun recherchant ses intérêts dans le marché est paradoxalement conduit par une "main invisible" - qui n’est pas sans rappeler la ruse de la raison de Hegel - à contribuer à l’intérêt de la société. La compétition ou la concurrence est donc l’épine dorsale du libre-échange. Convertir une économie au libéralisme, c’est donc y introduire la concurrence, la compétition entre acteurs. Ce phénomène, loin d’être artificiel, est même conforme à la nature.
Darwin a montré que l’existence des vivants se caractérisait par une compétition qui s’achève par la survie des espèces les plus aptes et par la disparition de celles qui n’ont pas su développer les mécanismes d’adaptation à leur environnement. Cette compétition qui aboutit à la sélection des plus aptes commande l’évolution. La même logique concurrentielle et ses effets s’observent dans le monde culturel. Hayek pense même que c’est ce dernier qui a inspiré Darwin dans ses recherches sur les végétaux. Selon lui, « l’ordre actuel de la société s’est, pour une grande part, développé non par dessein mais parce que les institutions les plus efficaces ont prévalu dans un processus concurrentiel ». Contrairement à une croyance répandue, la culture n’a jamais été un projet, une élaboration consciente des individus, mais « le résultat d’un processus comparable au vannage ou au filtrage, guidé par des avantages différentiels acquis par des groupes, du fait de pratiques adoptées pour quelque raison inconnue et peut-être purement accidentelle ». Sans l’intervention d’un planificateur, la reproduction exponentielle des êtres vivants dans la nature n’engendre pourtant pas le chaos.
De même dans le domaine de la culture, les institutions ne doivent pas leur existence à l’homme rationnel, mais à la spontanéité, au hasard des circonstances et des nécessités, aux tâtonnements, aux acceptations et aux rejets. Ce que Hayek veut mettre en évidence, c’est le caractère néfaste de l’intervention rationnelle (dans les activités sociales) qui produit toujours le contraire de ce qu’elle vise. Seule la conformité à l’ordre naturel qui est liberté, concurrence peut nous protéger des vices et des désastres de la planification. La planification est donc mauvaise en soi. Voilà pourquoi les gendarmes de la mondialisation que sont les institutions financières internationales veillent à ce que soit démantelé tout ce qui peut faire obstruction au libre-échange : les barrières douanières, la réglementation, etc.
L’Etat est sommé de déserter le monde du travail et de favoriser une compétition libre entre les citoyens. L’intervention de l’Etat est toujours néfaste pour l’économie. Friedman estime à cet effet que le bilan de l’Etat-providence est catastrophique. Les succès (économiques) des pays capitalistes, l’effondrement du bloc socialiste, suivi de son retour à l’économie de marché, sont, pour les idéologues du libéralisme, des preuves irréfutables de la naturalité et de l’efficacité de ce système. Fukuyama peut alors proclamer « la fin de l’histoire », qui signifie que le libéralisme est l’horizon indépassable de tout modèle d’organisation sociale parce qu’il permet à toutes les exigences de la vie humaine de pouvoir s’exprimer. Mais depuis que cet évangile est proclamé, le sort de nos pays est loin d’être enviable. Notre « bien-être, la paix et l’harmonie » ne sont toujours pas au rendez-vous. A quoi cela est-il dû ? Au non respect de l’orthodoxie libérale ou à l’impossibilité de ce système de tenir ses promesses ? L’histoire peut nous aider à y voir plus clair.

2. LES LEÇONS DE L’HISTOIRE OU DE L’IMPOSSIBLE HARMONIE

La lecture du déploiement du capitalisme dans l’histoire permet de tempérer l’optimisme hypocrite des penseurs de l’ultralibéralisme. Les nations qui l’expérimentèrent - notamment les Etats-Unis et la Grande Bretagne - au XIXe siècle ont dû faire face à des conflits sociaux et furent obligés de devenir impérialistes. Aux Etats-Unis par exemple, la Guerre de Sécession ne fut pas une guerre de libération des esclaves, comme on le laisse souvent entendre, mais celle « des tarifs douaniers » élevés qui menaçaient le Sud sous industrialisé et agricole. Il est aussi important de signaler que la cruauté de la répression ouvrière du 1er Mai 1886 à Chicago est bien l’événement qui a attiré la conscience de l’humanité sur le triste sort de la condition ouvrière dans le capitalisme. Les conquêtes des territoires mexicains, la mainmise des entreprises américaines sur les économies sud-américaines, l’entreprise coloniale britannique militent contre le présupposé pacifisme du capitalisme. Lénine a établi un lien entre le développement du capitalisme et l’émergence de l’impérialisme. Il a démontré que la recherche des matières premières et de nouveaux débouchés est une nécessité vitale pour le capitalisme en pleine expansion. C’est ce qu’exprima très honnêtement Cecil Rhodes dans ces propos que rapporte Lénine :

« J’étais hier dans Fast-End (quartier ouvrier de Londres), et j’ai assisté à une réunion de sans-travail. J’y ai entendu des discours forcenés. Ce n’était qu’un cri : Du pain ! Du pain ! Revivant toute la scène en rentrant chez-moi, je me sentis encore plus convaincu qu’avant de l’importance de l’impérialisme ...L’idée qui me tient le plus à cœur, c’est la solution du problème social, à savoir : pour sauver les quarante millions d’habitants du Royaume-Uni d’une guerre civile meurtrière, nous, les colonisateurs, devons conquérir des terres nouvelles afin d’y installer l’excédent de notre population, d’y trouver de nouveaux débouchés pour les produits de nos fabriques et de nos mines ».

Mais bien avant Lénine, Hegel, le philosophe de la bourgeoisie ascendante, a d’ailleurs, dans un langage spéculatif, reconnu le lien entre la prospérité industrielle de certaines nations et leur ouverture vers les autres par le biais de la navigation, moyen de communication le plus efficace à l’époque.

« L’élargissement des relations "leur ayant offert" le moyen de la colonisation à laquelle, sous une forme systématique ou sporadique, une société civile achevée est poussée. Elle lui permet de procurer à une partie de sa population, sur un nouveau territoire, le retour au principe familial et, en même temps, de se procurer à soi-même un nouveau débouché pour son travail ».

Pour le philosophe allemand, c’est une nécessité pour la bourgeoisie parvenue à son apogée "d’élargir" les relations. Il est bien entendu que cet élargissement se fait non par des contrats, mais par la guerre ! Celle-ci est d’ailleurs inéluctable pour plusieurs raisons. Outre le fait qu’elle maintient « la santé morale » des peuples en leur évitant de plonger dans la somnolence qu’installe la paix, elle affermit aussi leur puissance et leur cohésion. Mais ce qui rend encore la guerre plus inévitable, c’est l’autonomie de chaque Etat. Certes, les accords internationaux existent !

« Mais comme leur relation a pour principe leur souveraineté, il en résulte qu’ils sont par rapport aux autres dans un état de nature, et qu’ils n’ont pas leurs droits dans une volonté universelle constituée en pouvoir au-dessus d’eux, mais que leur rapport réciproque a sa réalité dans leur volonté particulière ».

Cela signifie qu’aucun traité ne lie absolument un état et qu’il peut le dénoncer si sa liberté est menacée.
Contrairement à ce qui se passe dans la société civile où l’Etat garantit le respect des lois, la scène internationale, comme l’a bien remarqué Spinoza, est une jungle. La liberté des Etats est le principe et la fin, et c’est pour la préserver qu’un pays rentre en guerre. La paix entre les Etats dont rêvait Kant est donc une illusion. Dans un contexte d’état de nature, la guerre est le seul mode de règlement des querelles que les négociations n’ont pas pu vider et, par conséquent, le moyen de garder son indépendance. En sorte qu’un peuple qui a peur de la guerre doit s’attendre à perdre son indépendance. Ce texte écrit en pleine industrialisation et en plein libéralisme informe à suffisance sur ses effets ; la concurrence économique génère inéluctablement les conflits internes et externes. Les leçons de l’histoire sont sans appel sur ce point. On peut se demander s’il en est encore ainsi à l’heure actuelle ? A en croire Milton F., c’est toujours lorsque les mesures libérales ne sont pas radicalement appliquées qu’elles génèrent crises et conflits. Or on peut constater que depuis la fin du centralisme économique en Europe de l’Est, les institutions de Bretton Woods ont prescrit une médication ultra libérale à ces pays, ainsi qu’à ceux de l’Afrique. Elles veillent d’ailleurs à ce que les malades respectent le traitement éprouvant. Mais peut-on dire que les pays sous ajustement, c’est-à-dire sous potion libérale, ne connaissent plus de conflits ? Nous l’avons vu, le libéralisme, au moment de l’industrialisation naissante, a été à l’origine du colonialisme. Les guerres de prédation à l’évidence se raréfient. Ce qui ne signifie pas pour autant que l’ère des conflits est désormais révolue. Pour s’en convaincre, il n’y a qu’à faire remarquer qu’aux USA où s’écrit l’évangile ultra- libérale, le budget de la défense n’a jamais été aussi élevé et les projets de guerre aussi nombreux, alors qu’il n’y a plus de puissance rivale, ni de système économique concurrent. Malgré la rhétorique dominante, l’on est bien conscient que la mondialisation libérale va générer de nouvelles formes de conflits et en exacerber d’autres. Contrairement à ce que disait Fukuyama, le libéralisme est loin d’avoir fait l’unanimité sur sa nécessité. Il ne se mondialise pas parce que les peuples auraient pris conscience du fait qu’il est incontournable pour ceux qui veulent accéder au bonheur, à la prospérité et à la paix. C’est bien par le chantage, l’intimidation et autres pressions que les Etats du centre imposent le capitalisme à la périphérie. Bien entendu, ce mode de production véhicule des représentations, des façons de faire, d’être ...de son lieu d’engendrement. Les identités locales sont agressées et menacées de mort. Les frustrations, les humiliations, le désespoir qu’il crée sont des ferments pour les conflits, lesquels sont en réalité des formes de résistance au nouvel ordre mondial despotique. C’est ainsi qu’il faut comprendre l’inflation des actes terroristes contre les intérêts de la superpuissance mondiale qui s’identifie à la mondialisation et à la montée de la délinquance et des conflits sociaux. Les replis identitaires et les conflits ethniques qui en découlent sont également en grande partie la conséquence de la mondialisation. Les prescriptions libérales du FMI et de la BM ont limité les moyens d’intervention de l’Etat. Celui-ci ne peut plus faire face aux sollicitations des populations longtemps habituées à son assistance, à sa protection. Le vide laissé par l’Etat est alors comblé par l’ethnie. La responsabilité de ce contexte de rareté est vite attribuée au groupe tribal du principal responsable politique qu’on accuse d’avoir accaparé les biens publics. Ce qui légitime cette lecture erronée de la crise, c’est que les positions importantes de pouvoir sont souvent attribuées aux proches du Chef de l’Etat.
En réalité, c’est bien la pénurie qui exacerbe les tensions entre les communautés dans la société. Cela s’observe bien au centre. Ce qu’on appelle en France « les violences urbaines » et qui a fait de la sécurité le thème dominant de la dernière élection présidentielle le montre bien que le libre-échange véhicule les conflits sociaux. Certes, la sécurité comme préoccupation majeure des Français n’était qu’une habile manœuvre de la droite qui a su dramatiser un phénomène qui est loin d’avoir atteint la côte d’alerte. Mais son érection en problème majeur de la France renseigne sur l’accroissement rapide du nombre d’exclus dans un système où le salariat précaire et le chômage progressent, et où l’Etat abandonne progressivement ses missions traditionnelles. Elle montre aussi que la lutte des classes est encore une réalité. Ce qui se dégage de ce qui précède, c’est que la mondialisation libérale est une fabrique de conflits, d’antagonismes, parce que son principe est la loi du plus fort.


3. LA CONCURRENCE COMME FACTEUR DE CONFLITS

La persistance des conflits dans un contexte de libre-échange témoigne de l’impossibilité de l’harmonie en environnement concurrentiel générateur d’exclusion. Les idéologies de la mondialisation en sont d’ailleurs conscientes. C’est pourquoi toute une industrie de persuasion a été mise sur pied pour diaboliser tout discours dissident et imposer le modèle libéral dans les représentations. Sans partager entièrement la thèse hégélienne selon laquelle le conflit caractérise les rapports entre les consciences, nous pouvons néanmoins nous appuyer sur ses démonstrations pour montrer l’impossibilité d’une harmonie universelle qu’engendrerait le libre-échange. Si le conflit est le mode de rapport qu’entretiennent les consciences, ce n’est pas d’abord parce que chaque conscience aspire à se faire reconnaître par l’autre, mais bien parce que leurs désirs se portent sur les mêmes choses. Le conflit n’existerait pas si les consciences ne désiraient pas les mêmes objets. Nous désirons donc les désirs des autres en désirant les mêmes choses. Pour m’approprier l’objet de mon désir, je dois supprimer le désir rival. Voilà pourquoi le conflit est inévitable selon Hegel. Ce qui se passe dans l’univers de la conscience reflète la réalité sociale à bien des égards. La concurrence suppose un environnement de rareté, de pénurie, que ce soit au niveau de l’offre ou de celui de la demande. C’est parce qu’il n’y en a pas pour tout le monde que la compétition s’instaure en vue de déterminer qui va posséder l’objet convoité. Elle ne peut pas toujours être amicale, la possession de l’objet en compétition pouvant être chez certains concurrents une question de vie ou de mort. Ce qui se passe d’ailleurs dans la nature et qui fascine tant les théoriciens de l’ultralibéralisme devrait pourtant nous éclairer. Il y a sélection naturelle parce qu’il n’y a pas assez d’aliments dans la nature pour nourrir tous les êtres vivants de la même espèce. Or les plus aptes en « s’adaptant » condamnent les autres à la mort. La concurrence dans la nature n’est pas amicale, elle est féroce. On peut d’ailleurs en dire autant de la compétition économique. Elle se solde souvent par la disparition de certaines entreprises, condamnant ainsi à la misère, au désespoir et même parfois à la mort des individus, des familles. Ce spectacle est familier dans les chaînes de télévision européennes où les fermetures d’usines et les compressions d’effectifs sont monnaie courante.
L’Afrique, moins médiatisée, subit pourtant les mêmes traitements, bien qu’à des proportions différentes. Sami Naïr peut alors conclure que « la mondialisation telle qu’elle se déploie actuellement est grosse de conflits ». Samuel Huntington a bien prévu des résistances à la mondialisation du libéralisme que toutes les cultures ne peuvent assimiler. Et l’Occident doit se préparer à défendre militairement sa civilisation face aux civilisations rivales. Il nous éclaire ainsi sur la finalité de la militarisation à outrance des USA. Nous sommes paradoxalement en pleine guerre idéologique malgré la fin de l’ère des idéologies décrétée par le postmodernisme ! Si le discours libéral continue de présenter la concurrence comme la panacée à tous les maux de la société, c’est en réalité pour revenir sur toutes les concessions faites aux couches défavorisées grâce aux luttes sociales. En effet, conscients des graves conflits qu’entraîneraient des injustices et des inégalités du libre échange, et face au socialisme qui se posait comme système alternatif, les idéologues du libéralisme, pour le sauver, amenèrent l’Etat à intervenir dans la vie économique. L’Etat-providence ou l’Etat social était alors la réponse du libéralisme aux pressions des peuples qui voulaient plus de justice et plus d’égalité. Le retour au libéralisme orthodoxe correspond dans le temps à l’affaiblissement du bloc socialiste, et donc à l’effacement de l’idéologie rivale.
L’offensive actuelle de la bourgeoisie n’est pas sans rappeler celle que menèrent ses idéologues au XIXe siècle. S’inspirant pour certains des lois de la vie (Nietzsche), pour d’autres de l’ordre social (Comte), ils tentèrent sans succès de délégitimer les acquis positifs de la philosophie des Lumières. La liberté, l’égalité, la justice, le règne de la loi furent alors présentés comme des fictions qui juraient avec l’ordre naturel. La conformité à la nature revient toujours comme argument décisif contre la raison accusée d’imposer un ordre/une organisation contre-nature. Aujourd’hui, la réglementation, la planification ... sont les figures sous lesquelles l’on attaque la rationalité. Ce n’est pas une simple coïncidence si les philosophies irrationnelles prospèrent en plein apogée du libre-échange. Il est nécessaire de rester intellectuellement vigilant dans un contexte d’uniformisation des représentations afin de démasquer les a priori, les non dits, les finalités voilées par les prophéties optimistes et les références sélectives à la nature du discours dominant. La concurrence engendrera toujours des inégalités, et celles-ci des conflits. On ne peut donc pas apporter l’harmonie sans supprimer la cause des inégalités. Il faut dire que tout système économique qui prétendrait aujourd’hui apporter universellement le bonheur et la paix verserait dans le charlatanisme. D’abord parce que tous les paramètres qui concourent à la paix et à la prospérité ne sont pas économiques ; ensuite parce que nous ne pouvons pas maîtriser à l’avance leurs actions, interactions et rétroactions : le réel est si complexe.

BIBLIOGRAPHIE

ADDA, J., La mondialisation de l’économie, Paris, La découverte, 2001.
AMIN, S., L’accumulation à l’échelle mondiale, Paris, Anthropos, 1970. FRIEDMAN, M. et FRIEDMAN, R., La liberté de choix, trad. Casaril, G., Paris, Pierre Belfond, 1980.
FUKUYAMA, F., La fin de l’histoire et le dernier homme, trad. Canal, Paris, Flammarion, 1992.
HAYEK, F.A., Droit, législation et liberté, trad. Andouin, R., Paris, PUF, 1989.
HA-JOON, Champ, « Le libre-échange, une conversion opportuniste », in Le monde diplomatique, n° 591, juin 2003.
HEGEL, Principes de la philosophie du droit, trad. Kaan, A, Paris, Gallimard, 1940.
- La phénoménologie de l’esprit, trad. Hyppolite, Paris, Aubier, 1969. HUNTINGTON, S., Le choc des civilisations, trad. Fidel et Joublain, Paris, Odile Jacob, 2000.
LENINE, L’impérialisme stade suprême du capitalisme, Moscou, Editions du Progrès, 1982.
NAÏR, S. et MORIN, E., Une politique de civilisation, Paris, Arléa, 1997.
NIETZSCHE, F., Généalogie de la morale, trad. Deschamps, Paris, Fernand Nathan, 1981.


[1] DEA de philosophie, Yaoundé, Cameroun.




Site réalisé avec SPIP avec le soutien de l’Agence universitaire de la Francophonie