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PAUL DAKEYO ET LES EDITIONS SILEX
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Ethiopiques n°48-49
revue trimestrielle
de culture négro-africaine
Hommage à Léopold Sédar Senghor
Spécial les métiers du livres
1e et 2e trimestre 1988
- volume 5 n°1-2

Auteur : Paulin Joachim

L’histoire n’écrira pas sans mentir qu’il a eu, pour lui frayer la voie, des devanciers au-dessus de tout soupçon. C’est la loi implacable de l’existence. Six belles années déjà de présence culturelle et d’identité assumée parmi nous et à l’actif des Editions Silex aux destinées desquelles il préside avec une maestria de vieux professionnel, plus d’une centaine de titres d’un rare éclectisme qu’il promène dans les foires européennes du livre pour « élargir, dit-il l’espace minable où reste parquée la littérature négro-africaine d’expression française ».
Il s’est fait éditeur un peu comme un berger, afin de rassembler son troupeau souvent délité et frappé, comme d’une maladie, de transhumance héréditaire, pour récupérer l’âme africaine et l’ériger dans sa grandeur et dans son authenticité. Venu en France pour entreprendre des études de sociologie et de gestion, Paul Dakeyo a vite fait de virer de bord par l’odeur de la poésie et du livre alléché. Le livre est devenu, en effet, une passion que son cœur pèse et soupèse à chaque instant de sa vie, tandis qu’il laisse son génie créateur s’illustrer, pour notre plaisir, dans des recueils de poèmes jaillis de la terre arable du songe, comme dirait Saint John Perse, le songe, précisément, des siècles d’errance et de tribulations de son peuple noir agenouillé, tout habillé de prières, aux limites saintes de son horizon. Et c’est ainsi que nous verrons défiler Les barbelés du matin, Le cri pluriel, Chant d’accusation, suivi de L’espace carcéral, puis J’appartiens au grand jour (Prix européen de Poésie) aux Editions Saint-Germain-des-Près à Paris et un coup de sang, Soweto, soleils fusillés, paru aux Editions Droit et Liberté. Des œuvres alignées d’une belle coulée sonore, des impulsions de la mémoire qui ont pris tout d’un coup l’aspect d’une consécration. Elles occupent fort bien la place qui leur est faite par des juges difficiles qui n’auront pas été abusés par l’effet de surprise. Ce sont des poèmes qui passent comme des vents de sable et n’épargnent rien, où nous avons pu admirer les cuivres d’un langage porté à son point extrême d’incandescence. Une voix qui ranime les grands pans de nos croyances fauchées par le vent de l’Histoire. Il s’agissait de dire avec les épices nécessaires, de convoquer à la rencontre des hommes, les forces énergétiques qui ont longtemps dormi dans le mystère ignoré des minerais obscurs. Et nous pensons ici encore à Saint-John Perse : « Et le poète est avec vous. Ses pensées parmi vous comme des tours de guet. Qu’il tienne jusqu’au soir, qu’il tienne au regard sur la chance de l’homme ! »
Au fond, on pourrait se demander si l’écriture n’est pas, pour Paul Dakeyo, ce qu’il aime le plus, une cible qu’il veut atteindre et blesser ou caresser (c’est identique) par le truchement de l’édition ? La dernière opération sera l’alliance de l’encre et du sang. Et les Editions Silex indiquent le passage d’une dimension à une autre, du chaos émotionnel à l’harmonie spirituelle dans un monde rénové, du feu à l’ordonnance de ce feu. Et le poète noir camerounais se fait le conquérant d’un territoire neuf. A lui l’espace, désormais, pour élever des monuments culturels à la gloire de l’âme des peuples. La littérature africaine écrite l’intéresse au premier chef. Malgré son jeune âge, elle a déjà ses dieux et ses héros. Dakeyo prend rang parmi ses bons génies et ses anges gardiens. Mais écoutons-le nous dire les voies et moyens de sa vocation éditoriale.
Paulin Joachim : Comment vous est venue l’idée d’une maison d’édition et pourquoi le choix de Paris plutôt qu’une capitale africaine ?
Paul Dakeyo : Les Editions Silex ont vu le jour en 1980, avec l’aide d’amis écrivains et poètes d’Europe, d’Afrique et des Caraïbes, pour répondre à un besoin que nous ressentions tous dans notre existence d’exilés de gré ou de force : la difficulté que nous éprouvions à nous faire publier par les maisons françaises dont l’attitude, il faut le dire, n’est pas seulement dictée par l’indifférence ou le mépris envers la littérature africaine, mais parce qu’il se posait aussi un problème de marché et que les ouvrages d’auteurs noirs, à une ou deux exceptions près, n’avaient pas une portée universelle suffisante pour susciter leur engouement.
L’objectif prioritaire était la défense de l’espace poétique africain. Et c’est vrai qu’au départ, nous avons publié beaucoup de recueils de poèmes. Nous continuons à le faire à fonds perdus, mais nous nous ouvrons davantage au genre romanesque et aux essais. Les ouvrages de référence nous intéressent au plus haut point, parce qu’ils sont susceptibles d’intéresser aussi bien les chercheurs que les étudiants. A Saint-Germain-des-Prés où nous nous rencontrions à cette époque, grâce à la fée Poésie, Alfred Degras, Hédi Bouraoui, tous deux initiateurs de l’entreprise, et moi-même, pouvions établir aussi un bilan négatif de la diffusion des écrits des non-Européens dans les circuits internationaux. Et le livre nous apparaissait, avant tout, comme un instrument privilégié de la communication entre les hommes. Propageant savoir et connaissances, il véhicule un univers pétri d’éléments subjectifs, comme la sensibilité et l’émotion. Voilà les raisons essentielles qui nous ont conduit à vouloir sortir le livre africain de sa prison pour aller à la rencontre des autres et ouvrir un débat culturel porteur d’oxygène pour toutes nos familles spirituelles.
Nous rêvions d’un espace de réflexions et d’échanges, d’un forum ou divers acteurs culturels africains et non-africains pourraient confronter leurs produits dans un débat contradictoire qui n’en serait pas moins confraternel. Vous me demanderez pourquoi le choix de Paris ? Paris à cause des possibilités d’expression et de collaboration avec des intellectuels de tous les horizons qui s’intéressent au continent africain. A cause, bien sûr, de la vitalité culturelle de la capitale française, de l’absence de la censure automatique et de l’accès aux médias. A cause des ressources techniques et du moindre coût de revient. Sans parler du nerf de la guerre, c’est-à-dire des possibilités d’obtenir des subventions, ces bouées de sauvetage inconnues encore sur nos rivages mais qui s’imposeront le jour où les responsables des départements culturels de nos jeunes pays comprendront l’importance du livre dans les programmes de développement.
Paulin Joachim : Donnez-nous s’il vous plaît, un peu plus de détail sur votre pluralisme éditorial.
Paul Dakeyo : La poésie ne nourrissant pas son homme, comme on le sait, et sa faible valeur marchande établie, nous nous sommes donc tournés vers des collections d’envergure et des ouvrages de référence. La collection « Perspectives africaines » dirigée par Samir Amin, se propose de publier trois ou quatre ouvrages d’économie par an. Les premiers parus traitent de la « crise de l’agriculture africaine » et de la « crise et redéploiement dans la sidérurgie ».
Dirigée par Bernard Mouralis, auteur-vedette de la maison Silex, qui a produit un monumental « Littérature et Développement » consacré au statut, à la fonction et à la représentation de la littérature de langue française de l’Afrique noire, un succès de librairie déjà réédité, la collection dite « A3 » se propose de réunir des textes critiques consacrés aux écrivains non seulement de l’Afrique, mais aussi de l’Amérique noire et des Antilles. S’adressant à tous ceux qui, lecteurs, chercheurs ou curieux, désirent en savoir plus sur ce qui se passe et s’écrit dans ces aires de culture, la collection constituera un espace où pourront s’entrecroiser et se confronter, des approches critiques, diverses par leurs orientations, mais toujours conçues dans un souci de faire accéder le lecteur à une problématique précise et susceptible de renouveler les points de vue prévalant jusqu’alors.
Parallèlement, nous avons mis sur pied une collection « Anthologie » afin de ne pas laisser aux seuls africanistes européens, quels que soient d’ailleurs leurs talents, le soin d’éditer des ouvrages critiques qui suscitent souvent des polémiques stériles et interminables. Nous savons bien qu’on parle de plus en plus de littératures nationales qui ne veulent pas se fondre dans la somme littéraire continentale. Il nous semble que cette notion de « littératures nationales » ne peut être retenue que dans certains cas bien précis, comme le Sénégal, le Cameroun ou la Côte d’Ivoire, où la production justifie plus ou moins cette expression. Dans les autres cas, il semble qu’on se contente de n’importe quoi, sans souffle, ni consistance. Mais, c’est un autre débat.

LE POLAR DE BAS-ETAGE TRAITÉ MIEUX QUE SENGHOR DANS LES VITRINES

Paulin Joachim : Quels sont les pays traités par votre Maison dans le domaine des Anthologies ?
Paul Dakeyo : On peut citer « Poésie du Bénin », une anthologie due à Evelyne F. Gonçalves, qui présente de jeunes béninois en nette rupture avec le mouvement de la Négritude et soucieux, avant tout, d’appréhender les contours de la réalité nationale ; L’aube d’un jour nouveau, de Catherine Belvaude et Paul Dakeyo, une somme de poésie de 21 poètes-militants sud-Africains où l’on constate un désir passionné de changement, la poésie de l’Afrique australe, avec son caractère spécifiquement politique et ancré dans le combat de tous les jours contre l’asservissement ; le Cameroun ensuite, avec Poèmes de demain, par Paul Dakeyo, une anthologie réservée uniquement aux poètes de langue française de ce pays bilingue. Elle entend dévoiler, dans leur nudité, diverses formes d’expression poétique qui sous-tendent la parole littéraire au Cameroun ; enfin, et pour le moment, Poésie d’un continent, de Martine Bauer et P. Dakeyo, une anthologie de la poésie militante africaine qui brise les traditionnelles barrières linguistiques. Il nous reste, en projet, le Sénégal et le Zaïre. Le Gabon nous intéresse aussi, qui s’éveille hardiment à la culture moderne. A ce sujet, je voudrais indiquer que la prochaine livraison des « Nouvelles du Sud », la revue-support de notre maison, sera consacrée à un important dossier sur la jeune littérature gabonaise.
Paulin Joachim : Comment s’organise pour vous, comme pour vos collègues de l’extérieur, la diffusion du livre en Afrique, un problème-clé pour vos produits ?
Paul Dakeyo : Commençons par la France, car il ne faut pas oublier que la littérature africaine est bien la province exotique de la littérature française. La France où les livres africains passent très rarement à « Apostrophes ». Dans la presse écrite, c’est le silence ou presque. Sans compter que les écrivains noirs ont un mal de chien à y décrocher un éditeur. A côté de ça, on subventionne, à coups de milliards, des organismes censés promouvoir la langue française dans le monde et qui ne font rien pour faire connaître ceux qui l’écrivent. C’est ici qu’il faut insister sur le problème crucial de l’aide à l’édition africaine. C’est un problème essentiellement politique et seule l’intervention des départements culturels de nos Etats pourrait lui trouver une solution. Il faudrait commencer par les libraires qui semblent ignorer le mot promotion. Lorsqu’on se rend à Dakar ou à Cotonou, comme dans bien d’autres capitales, ne parlons pas des villes de l’intérieur, ce qui frappe, c’est la rareté des kiosques et des librairies. Et quand on en rencontre, les ouvrages d’auteurs africains sont rélégués au cinquième plan. Et comme la plupart de ces rares points de vente sont tenus ou contrôlés par les Européens, ce sont naturellement les livres de leurs pays qui occupent les rayons de faveur.


Paulin Joachim : Mais à quoi cela est dû ?
Paul Dakeyo :
Au fait, sans doute, qu’on fait très peu attention à la littérature africaine. Certains pensent même qu’elle n’existe que dans l’esprit des seuls auteurs, ou bien, on la considère tout simplement comme une sous-littérature. A la place, en vitrine, il y a Guy Descars et tous les polars de gare et de bas-étage. Encore une fois, c’est une réelle politique culturelle qui doit ici s’affirmer. Il faut mettre en lumière les littératures locales qui expriment une réalité qu’on peut toucher du doigt.
Certains pensent qu’on ne lit pas suffisamment en Afrique. C’est faux. De toute manière, il revient aux Ministères africains de l’éducation de répandre le goût de la lecture et d’orienter les esprits vers toutes les formes de la littérature, pas seulement vers les productions négro-africaines. Si le reggae gagne en décibels dans les rues de Conakry ou de Natitingou, c’est tout simplement le fait d’une éducation de l’ouïe. Il faut, de la même manière, par le canal des centres culturels de nos cités et de nos campagnes, enfoncer le livre dans les consciences afin qu’il devienne comme une nécessité vitale. C’est seulement de cette façon qu’on donnera à l’Afrique la maîtrise de son destin culturel. Mais les problèmes, en Afrique et dans le domaine de l’édition qui nous concerne, ne sont pas tous résolus avec les structures de promotion. Ailleurs, on aide les créateurs d’entreprises comme les libraires en leur accordant des prêts bancaires afin qu’ils se développent. Cette politique n’existe pas sous nos latitudes. Les brillants esprits qui nous gouvernent dénoncent sans désemparer le néocolonialisme et toutes les autres formes d’esclavage ou de domination, mais nous sommes toujours à la traîne de ceux qui nous ont colonisés et qui continuent en nous imposant une culture et un produit.
Il est clair que le problème de la diffusion peut trouver une solution dans le marché scolaire dont nous ne bénéficions pas, nous, libraires africains. Un vaste marché qui nous permettrait de baisser considérablement nos prix de vente, car chacun sait qu’au-delà d’un certain prix, les livres n’intéressent plus les libraires, parce qu’ils n’y trouvent pas leur compte. Ainsi, lorsque nous éditons une plaquette à 1000 francs CFA, c’est intéressant, sans doute, pour le lecteur, mais les libraires, qui raisonnent en fonction ou en termes de pourcentage à prélever, n’acceptent pas toujours de diffuser de tels ouvrages.
Pour en finir avec ce chapitre, nous attendons beaucoup des autorités publiques africaines. C’est avec l’aide du Ministère français de la Culture qu’un collectif de cinq éditeurs : Présence Africaine, l’Harmattan, Khartala, le Seuil et nous-mêmes, a pu participer à la Foire du Livre à Dakar, en décembre dernier. Et cette année, nous avons pu obtenir, du même Ministère, une petite aide pour organiser une exposition du livre au Cameroun et au Congo. La même opération pourrait se renouveler en 1987 pour nous rendre, cette fois, au Gabon et au Zaïre, ou en Côte d’Ivoire. Ce sont de très bons encouragement à l’édition et c’est la culture qui y gagne et, partant, l’avenir culturel du continent.
Ces coups de pouce fort appréciables seraient les bienvenus de la part des pays africains et pourquoi pas en même temps, d’autres organismes, comme les compagnies aériennes de transport ; par exemple, sous forme de publicité ou de fret, toujours pour rendre nos prix de vente plus accessibles au plus grand nombre des Africains et intéresser davantage nos dépositaires ?
Paulin Joachim : Quel est l’impact de votre maison en Afrique, au bout de six ans d’existence ?
Paul Dakeyo : Puisque notre politique éditoriale n’a pas pour objet de censurer telle ou telle idée exprimée par les auteurs, mais de donner aux intellectuels africains la possibilité de s’exprimer par le livre et de permettre ainsi un large débat autour des valeurs culturelles négro-africaines, nous recevons un accueil encourageant dans les centres urbains où nous sommes présents.
Paulin Joachim : De quelle manière vous parviennent les manuscrits ? Quels sont vos critères de recrutement ?
Paul Dakeyo :
Par les voies tout à fait normales qu’utilisent tous les courriers du monde. Certains écrivent pour nous demander nos conditions d’édition. En règle générale, nous ne nous donnons pas la peine de répondre à ce genre de courrier, car nous supposons qu’un candidat-écrivain, même s’il n’a pas beaucoup voyagé et entendu, doit savoir qu’il faut envoyer son manuscrit terminé à la maison d’édition choisie et qu’il existe un comité de lecture qui se prononce sur la qualité du texte et décide de son sort. Nous recevons, en moyenne, un texte par jour. Un poème de 3 à 4 pages, des manuscrits qui avoisinent les 1.000 pages, ou carrément des romans-fleuves en 3 ou 4 tomes. Mais, il y a beaucoup de déchets et nous sommes obligés d’opérer une présélection, comme partout ailleurs et parce qu’il ne faut pas payer les lecteurs de la maison à s’endormir sur du soporifique ou ce qui ne présente aucun intérêt. D’autres, qui se croient malins, nous écrivent pour nous demander nos tarifs pour publier un texte que nous n’avons jamais palpé. Il est facile de subodorer là un piège. Un éditeur n’est pas un imprimeur. Il a le droit de se prononcer sur ce qu’il publie.
Paulin Joachim : Certains de vos ouvrages ont-ils été primés ?
Paul Dakeyo :
Oui, Nègre de paille, du romancier camerounais Yodi Karone et Poèmes pour l’Angola, puis Poésie des griots du Burkinabè Pacéré Titinga Frédéric, ont été couronnés par le « Grand Prix Littéraire de l’Afrique Noire ». Des ouvrages qui se sont bien vendus et ont fait l’objet de deux éditions à ce jour. Mais nous sommes loin des tirages des Prix Goncourt, bien évidemment. Il est certain que les prix littéraires peuvent constituer un beau tremplin pour l’épanouissement de la littérature dans les pays d’Afrique, à condition, toutefois, que les ouvrages primés restent, au moins un an ou deux, dans les établissements scolaires, comme des ouvrages de référence et parviennent à s’intégrer dans les programmes.
Paulin Joachim : Et si nous parlions du rôle de la critique littéraire en Afrique ?
Paul Dakeyo :
Il existe, au moins, deux chapelles en Afrique, dans ce domaine : il y a la chapelle Kesteloot-Chevrier, puis celle où officient Cornevin et Thomas Mellone. Ce sont tous gens de rigueur morale qui ont accompli un travail important autour et sur la littérature négro-africaine. Il y aurait une tendance, selon certains, dans la seconde chapelle, à proclamer la Négritude finie et obsolète, et à indiquer, pour achever de l’inhumer, qu’il est grand temps d’entreprendre des études particulières sur les pays et les littératures nationales pris isolément. C’est une affaire à suivre peut-être. Du pain sur la planche, en tout cas, pour les jeunes générations. J’observerai qu’il y a une étroite collaboration entre les critiques littéraires des grandes capitales, comme Abidjan, Dakar et le Cameroun où une presse vigilante accorde de plus en plus de place aux recensions, à des études approfondies au niveau des Universités. Cela est très important.
Paulin Joachim : Quels sont les conseils que vous donneriez à des candidats-écrivains ?
Paul Dakeyo :
De lire les aînés, c’est-à-dire les grands auteurs, les classiques africains, de s’imprégner de leur production, ce qui implique, bien sûr : des moyens pour se procurer leurs ouvrages, toujours ce pouvoir d’achat qui freine les plus beaux élans de nos pays. Je leur demanderais de lire surtout les anthologies qui sont la mémoire de nos poussières d’Afrique, mais aussi de s’ouvrir à la littérature internationale, de ne pas s’enfermer dans un ghetto africain qui les empêcherait de sentir la vibration du reste du monde autour d’eux.
Paulin Joachim : Est-ce qu’il arrive que vos poulains manifestent quelque impatience ou se prennent pour des génies littéraires lorsqu’ils vous abordent ?
Paul Dakeyo :
Absolument. Il y a un attrait presque magique de l’autre, de l’éditeur. Tout le monde veut m’avoir directement au téléphone dès le lendemain de son envoi et je suis considéré comme le Sésame qui ouvre la porte de la célébrité. Il y en a qui n’attendent pas la sortie de leur livre pour réclamer des droits d’auteur à cor et à cri, même lorsqu’il s’agit de tirages confidentiels. Tous s’imaginent qu’un livre tiré à 1000 exemplaires est une source inouïe de ressources pour l’éditeur lointain. Personne ne semble comprendre qu’au-delà de 5 à 10 000 exemplaires, les droits d’auteur sont inexistants ou très minces.
Paulin Joachim : Est-ce qu’il existe d’autres aspects de votre métier qui n’ont pas été abordés dans notre entretien ?
Paul Dakeyo :
Nous avons presque tout passé en revue. Mais il faudra peut-être, revenir un peu sur notre support récemment créé, les « Nouvelles du Sud », dont trois numéros sont parus à ce jour et qui a l’ambition de provoquer et de nourrir un débat permanent entre la rédaction et les lecteurs sur des thèmes variés. Ce nouvel espace d’échanges sera prochainement doublé d’un lieu de rencontres dont le principe a été mis en lumière lors du dernier salon du livre à Paris. A cette manifestation, en effet, des écrivains francophones africains venus de tous les horizons, avaient éprouvé le besoin de se retrouver presque sans discontinuer au sein d’un forum, une sorte de comptoir du livre africain qu’impose d’ailleurs l’impérieuse nécessité de libérer les productions littéraires africaines des tutelles étrangères. Le nouvel organe d’expression de Silex, « Nouvelles du Sud », s’adresse donc, non seulement au public de notre maison, mais à tous les critiques et penseurs qui se penchent sur la situation littéraire, dans le monde. Sa diffusion, pour le moment, est assurée par Hachette et nous espérons des abonnements des centres culturels français dans le monde.
Paulin Joachim : Envisagez-vous de créer bientôt un prix littéraire qui porterait la griffe de votre maison ?
Paul Dakeyo : Nous avons discuté à Dakar, lors de la dernière Foire du livre, de la possibilité, en effet, de fonder un prix « Nouvelles du Sud » qui distinguerait naturellement les auteurs du Sud, Africains, Latino-américains, avec un comité constitué de journalistes et d’hommes de lettres. Nous y travaillons sérieusement, comme sur le projet du forum qui nous tient à cœur.
Propos recueillis par
Paulin Joachim





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