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LES ACTEURS DANS L’ELABORATION DU LIVRE
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Ethiopiques n°48-49
revue trimestrielle
de culture négro-africaine
Hommage à Léopold Sédar Senghor
Spécial les métiers du livres
1e et 2e trimestre 1988
- volume 5 n°1-2

Auteur : Louis DIOUF

Quand un lecteur prend un livre, entre en contact avec l’auteur et se pénètre au fil des pages des idées du message de celui-ci, il n’imagine jamais que ce livre a été l’œuvre de beaucoup de personnes aussi anonymes les unes que les autres mais dont les avis ou les travaux ont été déterminants dans la parution du manuel. Ces gens sont : l’auteur, le plus connu de tous, l’éditeur, l’imprimeur, le libraire. Nous allons dans les paragraphes qui suivent, essayer de développer le rôle joué par chacun pour la réussite du livre. Notre description n’est pas définitive et peut être améliorée. Nous n’avons que la prétention d’introduire, d’identifier les différents acteurs intervenant dans l’élaboration du manuel.

L’AUTEUR

L’auteur c’est la personne qui a eu l’idée de produire, c’est-à-dire d’imaginer, de réfléchir, d’écrire, d’analyser et d’inviter à une conclusion. Quelle idée se font les gens de l’auteur. C’est quelqu’un de très intelligent qui pense à la place des autres, qui concrétise ses propres réflexions et rêves par des écrits qui puissent entraîner le lecteur éventuel. Il a pour un livre donné, dû élaborer en silence, bâtir les chapitres et ordonner le travail, présenter des pages qui seront plus tard savourées. En approchant l’auteur on sait davantage en quoi consiste son rôle.
Il choisit d’abord un thème, une idée à défendre, un fait à faire connaître. Quand nous disons il choisit, nous ordonnons arbitrairement les actes de l’auteur mais dans la réalité ç’est peut être tout autre. Une conclusion peut commander une intrigue à échafauder et des personnages à créer, etc...
L’auteur, pour que son produit soit un livre de qualité, doit avoir des exigences pour lui-même et ses idées. Il doit se définir par rapport à la société et rester fidèle à l’objectif assigné. Ce travail qui est personnel est très important et doit être mené d’une manière permanente et régulière. Il doit à tout moment se remettre en question au profit de son œuvre avec laquelle il est confondu car si l’auteur modèle son œuvre, celle-ci lui devient un fardeau agréable à porter.
Le thème choisi, un travail harassant s’en suit où la personnalité de l’être apparaît toute entière, sa tolérance ou sa rigueur, son humanisme ou sa vulgarité : autant de qualités qui peuvent définir l’état d’âme de l’auteur. Ce qui vient d’être dit montre que le livre, pour qu’il existe, soit en place, a besoin nécessairement d’un auteur qui est à la base même de l’édifice. Nous remarquons d’ailleurs que dans la pratique on identifie souvent la valeur d’un livre à la valeur, à la renommée de son auteur. C’est aussi l’auteur qui reste le réalisateur le plus connu du livre. Pour que le livre soit livre, un message crédible, il faut qu’il y ait un auteur désigné.

L’EDITEUR

L’auteur a terminé son manuscrit, il l’a lu, relu, corrigé et recorrigé. Il se décide alors à le faire imprimer ou mieux éditer. Il a le choix entre deux possibilités.
1. Se présenter à un éditeur et lui confier le soin de faire paraître l’ouvrage.
2. Se présenter chez un imprimeur et faire paraître soi-même son manuel.
L’éditeur a une tâche importante dans le déroulement du travail et son appréciation entraîne des engagements où l’erreur est fatale, et peut entraîner pour l’auteur et la maison d’édition des conséquences difficiles à redresser.
L’on pense souvent que son rôle consiste seulement, face à l’auteur, à pouvoir supporter financièrement l’impression et les risques de la parution ; sa tâche est plus ardue et très vaste.
L’éditeur doit cerner le personnage qui écrit, ses idées et son ouvrage. Il doit prévoir certaines réactions du public et conseiller son protégé. Il doit pour les débutants tracer une perspective de carrière et placer l’ouvrage en question. Il replace pour les anciens, le livre dans l’œuvre de l’individu et vérifie la concordance des idées avec la personnalité, sentir l’évolution, la fidélité aux personnages créés.
L’éditeur reste le premier conseiller de l’auteur et le premier lecteur de choix dont l’avis reste prépondérant. Le choix de son éditeur est donc très important et il faut se méfier de la facilité ou des promesses irréalisables. Il faut beaucoup de rigueur et d’estime dans les relations entre l’éditeur et l’auteur. Les deux restent très liés par le sort, et le déclic d’une réussite ou d’un échec de tous peut venir de l’un comme de l’autre. L’on sait que dans la pratique, des éditeurs humains, peu corrects manipulent leurs collègues auteurs ; mais c’est préjudiciable à leur réputation et à l’affluence de la clientèle possible.
L’auteur peut se passer de l’éditeur en prenant lui-même en charge l’impression, mais du coup même il se prive de ses conseils, de l’évaluation objective de sa production ; il court le risque de se trouver face à un lectorat qui ne le connaît pas ou l’apprécie mal, à cause de détails qu’une couverture éditoriale aurait pu éviter.
Il peut réussir sans l’éditeur mais, il devra financièrement investir, après s’être investi intellectuellement. Il lui faudra affronter le marché, opération à laquelle est habitué l’éditeur qui s’assure toujours les circuits de distribution.
Même les auteurs chevronnés reconnaissent et admettent l’éditeur. Seule la valeur du producteur peut avantageusement dicter sa volonté à la maison d’édition qui reste pour l’auteur un intermédiaire important, ou mieux nécessaire. Dans tous les cas, on reconnaît leurs intérêts convergents, pouvant les contraindre à une certaine collaboration.
Le manuscrit étant prêt, mâché, sûr pour la production et la clientèle, il est remis à l’imprimeur par l’auteur lui-même s’il prend la responsabilité de la parution ou par l’éditeur qui accepte d’investir pour un produit qui lui inspire confiance.

L’IMPRIMEUR

L’imprimeur met en forme sur instruction d’un demandeur le manuel en gestation. On lui a défini les contours, les formats et les couleurs, son rôle se résume dans une réalisation parfaite et fidèle de ce que veut l’éditeur.
Dans la pratique, l’imprimeur est en contact permanent avec l’éditeur qui guide pas à pas l’élaboration du livre.
Le travail de l’imprimeur est tout à fait technique et les initiatives qui peuvent être prises ne le sont qu’avec l’accord de l’éditeur qui reste maître d’œuvre. L’imprimeur reste l’ouvrier anonyme sans lequel rien ne peut être réalisé car il saisit les textes, monte les pages, fait l’impression et monte le manuel qu’il livre à son client. Que des heures passées sur ces pages blanches que l’on feuillette avec bonheur, que de sueur versée pour le plaisir d’une saine lecture. Comme nous l’avons dit pour ceux qui ont été cités avant lui, le livre ne serait pas livre sans son concours, il aurait été un manuscrit trop cher pour une utilisation qui ne serait pas de masses. Nous saluons ses efforts parce que quand l’œuvre est achevée il reste ignoré comme l’outil qui a servi à obtenir la belle récolte alors que par un petit détail oublié par une autre faute d’attention de sa part le message serait incompris. Quand l’éditeur reçoit le manuel, il faut qu’il le distribue, le vende. Mais pour ce faire, il le confie au libraire.

LE LIBRAIRE

Le travail du libraire semble facile, agréable et sans risque apparent. A regarder de plus près, on constate que la réalité lui a conféré des rôles multiples.
1. C’est de vendre le produit déjà fini, celui pour lequel les autres ont mis tant de mal à bâtir et à affirmer.
2. C’est de diffuser. Il faut faire connaître, faire accepter le produit, donc amener à apprécier le livre et pour cela il utilise tous les moyens à sa disposition : médiats, prospectus, conférence, affiches, etc...
3. C’est de connaître les parutions dans tous les domaines. Ignorer signifie chez lui ne pas vendre.
4. C’est de choisir les meilleurs livres et ceux qui correspondent à l’idéal pour lequel il se bat car là aussi il a une mission à remplir pour la société.
5. C’est de conseiller celui qui vient à lui pour une documentation, une aspiration, un travail bien défini, d’un âge bien défini avec des goûts spéciaux.
Le rôle du libraire n’est donc pas simple et pour que le livre présente pour le lecteur de la clarté et un accès facile il faut le concours du libraire.
Le livre sans auteur, imprimeur, ne serait certainement pas livre mais pour qu’il le soit pleinement, il faut l’apport de l’éditeur et du libraire.





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