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PRESENTATION GENERALE D’UN SERVICE DE FABRICATION
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Ethiopiques n°48-49
revue trimestrielle
de culture négro-africaine
Hommage à Léopold Sédar Senghor
Spécial les métiers du livres
1e et 2e trimestre 1988
- volume 5 n°1-2

Auteur : La Rédaction

Madame Poulain directrice technique

Avant de voir plus précisément qui travaille dans ces services, écoutons ce que nous explique Mme Poulain qui dirige le service fabrication dans une maison d’édition littéraire importante, Le Seuil. Elle présente les diverses tâches dévolues à ce service et comment elles s’organisent.

Vous dirigez le service fabrication. Pouvez-vous nous dire en quoi consiste le rôle d’un tel service ?
Le rôle du service de fabrication dans notre maison d’édition consiste à assurer l’ensemble des tâches qui permettent de transformer chacun des manuscrits que nous remet le service littéraire - et dont vous voyez quelques piles, ici, dans mon bureau - en un livre, tiré à plusieurs milliers d’exemplaires ; et cela dans les délais, souvent courts, qu’exige la programmation de l’ensemble de nos sorties.
Fabriquer, c’est donc effectuer sur les manuscrits la lecture, la préparation typographique, le calibrage, c’est procéder au choix du caractère d’imprimerie ; c’est assurer la mise en page et le suivi des épreuves jusqu’au bon à tirer. Je vous décris là le travail de nos lecteurs-correcteurs, que nous appelons aussi techniciens de fabrication.
Mais fabriquer consiste aussi à choisir un certain nombre de fournisseurs, imprimeurs, photograveurs, brocheurs (que nous appelons aussi sous-traitants) - et à piloter les travaux que nous leur confions : la composition du texte, la fabrication des clichés des illustrations, le tirage, le façonnage des ouvrages (brochage ou cartonnage).
Piloter signifie pour nous, donner des instructions très précises pour que la réalisation de chaque ouvrage soit conforme à ce que nous avons prévu, chaque titre étant unique, différent des autres (même s’il entre dans une collection) et demandant une étude particulière : nous ne fabriquons pas des séries dans lesquelles tous les produits sont identiques. C’est le charme, mais aussi la difficulté de notre métier : devoir fabriquer industriellement des produits qui restent artisanaux.
Ainsi décidons-nous pour chaque manuscrit (en fonction de l’importance de sa pagination, en fonction de son genre aussi) du caractère, du corps (grosseur des caractères) dans lequel il sera composé, de la justification du texte, des marges qui mettront la composition en relief. Tout cela, en tenant compte d’un certain nombre d’impératifs techniques, comme le format des machines à imprimer, par exemple, que nous avons tout intérêt à utiliser au mieux, afin d’obtenir de nos fournisseurs les meilleures conditions de prix et de délais.
Car piloter, signifie aussi veiller à ce que l’enchaînement des tâches confiées à nos sous-traitants se déroule de telle façon que le temps imparti à la fabrication de chaque ouvrage soit respecté.
Pour mettre au point un livre, entre le moment où vous recevez le manuscrit et le moment où il est tiré, quel délai ?
Il faut en principe quatre mois. Mais bien entendu, pour les urgences, pour les essais politiques par exemple, le délai peut se réduire à deux mois ou moins ; et dans le cas d’un ouvrage à pagination importante, avec des difficultés de composition (tableaux, index, etc.) il peut s’allonger jusqu’à cinq ou six mois. Un livre illustré demande plus de travail, et donc un plus long délai de fabrication, qu’un livre qui ne comporte que du texte, puisque s’ajoutent à la préparation de la copie, la recherche de l’iconographie et le calibrage des documents - et que, dans ce cas, la mise en page demandera une étude minutieuse.
Est-ce que dans cette maison d’édition c’est le service fabrication qui se charge de l’iconographie ou bien est-ce un service spécialisé ?
Nous avons une documentaliste qui est attachée au service de fabrication. Mais un certain nombre de personnes qui assurent, dans notre service, la préparation des textes, se chargent également de la recherche iconographique pour les ouvrages dont elles s’occupent.
Nous avons aussi une cellule qui est chargée, sous la direction de notre responsable artistique, des maquettes de couvertures (recherche des illustrations et réalisation de ces maquettes). Nous faisons quelquefois, mais assez rarement, appel à des illustrateurs extérieurs au service.
Et quels sont les gens qui sont dans ce service ? Ont-ils des noms spécifiques de fonction, ou sont-ils interchangeables ?
Nous avons vu le rôle des lecteurs-correcteurs ou techniciens de fabrication, des maquettistes, des iconographes. Mais fabriquer des livres requiert encore d’autres tâches que celles que nous venons de décrire, car gérer ce service de fabrication c’est aussi acheter la matière première (papier, toile pour la reluire), et en gérer les stocks, qui sont répartis chez tous les fournisseurs. Acheter la meilleure qualité, au meilleur prix : veiller à ce qu’il n’y ait pas rupture de stock de matière première, en cas de réimpression importante et non prévue ; mais ne pas acheter trop à l’avance afin de ne pas immobiliser inutilement de l’argent. Des personnes, qui sont aussi des techniciens de fabrication, concourent donc à cette gestion des stocks et des budgets.


Quelle est leur formation ?

C’est assez divers. Dans la plupart des cas, ce sont des personnes qui ont une bonne culture générale, et à qui nous donnons ici, sur le tas, une formation technique. Quelques-uns mais ils sont assez peu nombreux avaient suivi des cours de formation spécifique à l’édition (Asfored, etc.).
Quelle est la possibilité d’évolution de carrière pour quelqu’un qui resterait dans la maison, dans ce service ?
A l’intérieur de chaque catégorie il y a une évolution, bien évidemment. Prenons l’exemple des lecteurs-correcteurs : ils sont de plus en plus autonomes dans leur travail ; et certains deviendront responsables d’une cellule. En effet, par secteur, à l’intérieur de ce service, nous avons plusieurs cellules qui sont spécialisées dans les différentes branches que nous traitons dans la maison (littérature, histoire, économie, philosophie, etc.). Et puis il y a deux chefs de fabrication, l’un qui est responsable du secteur des livres illustrés, l’autre qui est responsable de la littérature générale ; il peut éventuellement y en avoir davantage dans quelques années. En tout cas il est possible de devenir sous-chef, puis chef de fabrication.
Vous, par exemple, vous avez commencé ici ou vous avez changé de maison d’édition pour devenir chef de fabrication ?
Je ne suis pas entrée à ce poste, puisque je suis entrée dans cette maison, il y a près de vingt-cinq ans. Mais j’avais déjà acquis une expérience de ce métier dans d’autres maisons d’édition et dans l’imprimerie.

Dans l’imprimerie ?

Oui, l’imprimerie, avant l’édition : et cela me fut très utile. Aussi je souhaite que ceux de mes collaborateurs qui auront une responsabilité dans ce service fassent des stages dans les imprimeries. Cela me parait indispensable.
Est-ce que les nouvelles techniques, l’introduction de l’informatique, etc., vous commencez à en sentir les effets et vous commencez à les utiliser ?
Nous faisons appel depuis très longtemps à des imprimeurs qui utilisent la photocomposition et la composition programmée.
Nous avons tous suivi des stages d’informatique depuis dix ans. C’est à ce moment-là que notre manière de travailler, de préparer le travail pour nos fournisseurs a dû se modifier. Nous sommes constamment attentifs à toutes les évolutions des techniques de composition et d’impression. Le matériel étant de plus en plus sophistiqué, il ne serait pas concevable de ne pas se tenir, dans le détail, au courant de ces transformations.
Y a-t-il beaucoup de femmes dans les services de fabrication comme dans l’édition globalement ?
Ici, en tous cas, pendant de nombreuses années, le hasard de l’embauche a fait que nous n’engagions que des femmes. Il y a cinq ou six ans, nous avons engagé quelques hommes. Il n’empêche que le service, sur trente personnes, comporte quatre hommes.
Ils restent donc très minoritaires. Comment expliquez-vous que l’édition semble attirer plus les femmes que les hommes ?
Je peux vous répondre pour la fabrication. Je pense qu’on peut expliquer la présence de nombreuses femmes, dans les services de fabrication, par le fait que ce travail demande de la patience, le goût du travail bien fait, du goût tout court. Mais en plus de la patience beaucoup de modestie, car il faut faire des choses difficiles, suggérer plutôt que de trancher. Ce sont des qualités que beaucoup de femmes ont en partage.
Y a-t-il passage entre service de fabrication et service littéraire ?
Très rarement, il y a peu de rapport entre le travail d’un attaché littéraire, dont l’activité principale est la recherche d’auteurs, et celui de quelqu’un qui prépare les manuscrits, suit les plannings, est en contact parce qu’ils les utilisent avec toutes les techniques de l’imprimerie. Ce sont des qualités assez différentes qui sont requises dans les deux cas. Je n’ai que rarement vu de passage entre fabrication et service littéraire. Les gens entrent directement dans les services littéraires, quelquefois, par la toute petite porte, mais directement, et font là leur chemin. De même dans les services de fabrication. Le passage n’est pas exclu, mais il est tout à fait exceptionnel.
Est-ce que vous avez souvent des postes qui se libèrent ?
Pas très souvent, le personnel est très stable. Il n’y a probablement pas énormément de débouchés dans cette branche.
Quels conseils donneriez-vous à un jeune qui veut exercer une fonction dans l’édition ?
Je conseillerais beaucoup de tenter de travailler dans l’imprimerie. Les gens qui ont une bonne culture générale, d’une part, et qui ont d’autre part une connaissance approfondie des techniques de l’imprimerie, ceux-là peuvent plus facilement prétendre à des postes de responsabilité dans les services techniques d’une maison d’édition.

Les tâches concrètes

Une technique de fabrication

Madame Lefèvre nous reçoit dans un petit bureau tapissé de livres soigneusement alignés. Son bureau est jonché d’épreuves : elle dirige un petit groupe de travail dans un service de fabrication d’une trentaine de personnes. Son rôle de chef de cellule : veiller au respect d’un planning assez rigoureux puisqu’il est fonction des dates de parution fixées à l’avance sur un an.
En dehors de cela, elle remplit le même rôle que les personnes de son groupe qui bénéficient d’une relative autonomie, dans la mesure où chacune prend en charge complètement un certain nombre de manuscrits. Lecteurs correcteurs, préparateurs de copie, metteurs en page..., tous remplissent tous les rôles. Appelons-les techniciens de fabrication, ou fabricants comme ils sont qualifiés dans l’entreprise. Rappelons, néanmoins, que dans la plupart des grosses maisons d’édition ces fonctions sont complètement différenciées et qu’on fait aussi souvent appel à des collaborateurs extérieurs.
Mme Lefèvre nous décrit le processus complet de fabrication, et nous parle de l’intérêt profond qu’elle trouve à son travail.

L’aspect technique de l’édition est le plus souvent un domaine que les gens ignorent. Ils s’imaginent en réalité qu’un auteur dépose son manuscrit au littéraire, que le littéraire l’envoie à l’imprimerie et que l’imprimeur se charge de la fabrication. Il y a effectivement des maisons d’édition qui fonctionnent de cette manière. La nôtre a toujours eu son service de préparation de copie, ce qui lui a permis d’être plus exigeante quant à la présentation de ses livres. La plupart des personnes qui ont travaillé au service fabrication ont été formées à cette rigueur et à cette qualité. Il est vrai qu’avec une copie très bien préparée, on arrive à avoir des délais étonnants chez l’imprimeur. Si toutes les directives de fabrication sont données de façon très précise, il y a un gain de temps considérable et donc un allégement du coût de composition.


Passer du côté du livre non fabriqué

Comment je suis arrivée là ? Dans un premier temps, j’ai été bibliothécaire et j’ai eu envie de passer de l’autre côté, du côté du livre non encore publié, non mis en forme.
En fait, je suis de celles qui ont été formées par la maison, j’ai tout appris ici, du point de vue technique. C’est un apprentissage extrêmement long. Il faut compter au moins trois ans avant d’avoir fait le tour de tous les problèmes. Les personnes qui travaillent avec moi actuellement sont dans la même situation : des études de lettres et une méconnaissance totale des problèmes techniques et c’est moi aujourd’hui qui les forme sur ce plan-là.
Dans la fabrication d’un livre, il y a un aspect artistique, créatif que j’aime et qui m’intéresse beaucoup, qui correspond, je pense, à mon tempérament. Deux techniciens feront d’un même manuscrit deux livres tout à fait différents. J’aime beaucoup le dessin, j’ai fait de la décoration autrefois. La typographie me passionne. Souvent les auteurs s’intéressent à la typographie car elle met un texte en relief, ou, au contraire, le rend triste ou même illisible.
C’est un métier extrêmement plaisant parce que très divers : on lit un texte, on fait une maquette, on prépare un bon à tirer. C’est très varié et pas du tout répétitif. Les tâches reviennent bien sûr mais tous les trois mois environ. En outre, comme on suit plusieurs séries d’ouvrages en même temps, on mène de front des stades d’élaboration tout à fait différents. Ce qui caractérise ce travail pour moi ? Je crois que c’est la variété et son caractère créatif.

En quoi consiste concrètement votre travail ?

Il y a d’abord la première correction. Le service littéraire a sélectionné un manuscrit. Il arrive au service fabrication, et il est distribué dans les groupes de travail : dans mon secteur on s’occupe le plus souvent de la philosophie, de la linguistique, de la psychanalyse. Ce qui ne nous empêche pas de prendre un roman, éventuellement un livre d’un autre secteur. Donc le manuscrit est confié à un technicien qui devra le lire, corriger les fautes qui pourraient rester, repérer les erreurs dans les notes, la bibliographie, les références, etc. et noter aussi les erreurs de fond qui peuvent avoir échappé ; si c’est le cas, le technicien alerte le littéraire.
Le littéraire règle les questions ou renvoie le technicien vers l’auteur. Il prendra alors rendez-vous avec lui et pourra avec son accord régler tous les points obscurs.

Le calibrage. Choix du corps et du caractère

Une fois qu’on a réglé les problèmes sur le texte, on le calibre, c’est-à-dire qu’on évalue son nombre de signes pour savoir vers quel nombre de pages on doit tendre. En effet, un livre doit être un multiple de 64 ou de 32, à cause du format de papier sur lequel il sera tiré.
Pour cela, il y a des astuces. C’est-à-dire qu’on joue sur la grosseur des caractères, sur l’interlignage, sur la largeur de la justification (c’est-à-dire la largeur sur laquelle sera composé le texte), sur la hauteur de la page (c’est-à-dire sur le nombre de lignes qui seront composées à la page).
Après avoir choisi le caractère, déterminé le corps (la grosseur des caractères), on va choisir la présentation du livre.

Maquette de l’ouvrage : la physionomie du livre

On a réglé toutes les questions en suspens avec le littéraire, avec l’auteur ; on a choisi le caractère, le corps, en fonction du nombre de pages qu’on voulait obtenir. On décide maintenant de la présentation typographique : c’est-à-dire qu’on va choisir les caractères des pages de titres, des titres de chapitres, des intertitres, leur place dans la page (va-t-on les centrer, les placer à droite ou à gauche ?). On va mettre des blancs plus ou moins grands ; s’il y a des illustrations, déterminer leur place, c’est-à-dire qu’on va élaborer vraiment la physionomie du livre.
Actuellement, par exemple, je suis en train de faire un livre qui rassemble plusieurs écrits de R. Barthes, sur la musique, la peinture, la littérature, le cinéma. Ce livre a besoin d’être soutenu par des documents si l’on veut bien suivre la pensée de l’auteur. Dans ce cas, il n’y a pas de recherche à faire, les documents sont désignés, notre rôle est de les « mettre en page » le mieux possible. Pour d’autres livres le texte est remis par l’auteur sans les illustrations, mais doit être soutenu par une abondante documentation. C’est l’iconographe qui, en suivant le texte, va chercher des documents, les soumet à l’auteur, il y aura des acceptations ou des rejets puis finalement ils se mettront d’accord sur un certain nombre de documents.
Une fois que tout est décidé et prêt à exécution, on envoie à l’imprimeur, une marche à suivre détaillée où tous les choix sont notés.
Tous ces codes vont être parallèlement reportés sur la copie. L’imprimeur n’a plus qu’à prendre la copie à composer. Le travail achevé, il nous fera parvenir les épreuves.

Les divers contrôles d’épreuves

On reçoit donc les jeux d’épreuves qui seront distribués dans tous les services de la maison (service commercial, service de presse, service étranger), et un jeu est envoyé à l’auteur, un jeu à un correcteur professionnel. L’auteur relit son texte et apporte des corrections quelquefois sur le texte, ce qui bouleverse la mise en page et obligera à des remaniements. Parallèlement, le correcteur professionnel cherche la faute d’orthographe, la coquille. On donne à l’auteur et au correcteur une huitaine de jours pour relire. Il n’y aura plus qu’à reporter sur le jeu de l’auteur les corrections valables du correcteur. Là aussi il y a une intervention du technicien qui doit trier les corrections valable du correcteur, voire de l’auteur. C’est donc au technicien de veiller à ce que les corrections demandées soient bonnes. Il y a là encore un nouveau contrôle. Ce jeu qui comportera les corrections de l’auteur et du correcteur est le jeu sur lequel on va préparer le bon à tirer.

Le bon à tirer : la dernière étape

C’est l’étape la plus délicate - celle qui demandera le plus d’attention au technicien - celle des dernières interventions avant le tirage - des derniers contrôles - des ultimes recommandations à l’imprimeur.
La couverture c’est un autre secteur de la fabrication. C’est une cellule qui s’occupe des couvertures de tous les livres. Ou bien l’auteur a donné un document auquel il tient pour illustrer son livre. Ou bien c’est une collection qui a des normes précises, ou encore l’auteur n’a pas proposé d’illustration, mais la couverture doit être illustrée. Dans ce dernier cas, la cellule fera une recherche en suivant les indications de l’auteur, mais ça peut être une couverture typographique. Là aussi, il faudra choisir les caractères, la disposition, les couleurs, etc.
Voici un peu sommairement en quoi consiste mon notre travail.


Quelques notions de techniques graphiques

. Des techniques variées, en constante évolution

Dès que l’imprimeur reçoit un manuscrit (ou un ensemble d’articles, ou un projet de prospectus, par exemple), ceux-ci deviennent « copies ». La copie va alors entrer dans un cycle de fabrication qui la mènera au produit fini : l’imprimé. Ce cycle sera différent selon les procédés employés : typographie, offset, héliogravure... Tout dépend de l’imprimerie choisie et du produit considéré : on ne « tire » plus un journal en typographie (ou « typo ») et on ne fait pas imprimer 500 cartes de visite à une rotative quatre couleurs offset.
C’est le privilège des industries bénéficiant d’une technique de pointe que de pouvoir adapter les procédés de fabrication à chaque type de produit.
La rentabilité est le maître mot de ce secteur économique. Et l’exigence du client quant à la qualité, les délais d’exécution et les prix, oblige les imprimeurs à perfectionner sans cesse cette technique et à s’adapter à la demande en achetant du matériel toujours plus sophistiqué et plus performant.

. La fabrication en quatre étapes

Bien que les techniques employées soient très variées, on a coutume de diviser les différents cycles de fabrication en quatre étapes : la préparation de la copie, la composition, la photogravure, l’impression et le façonnage.
Quel que soit le procédé employé, on retrouvera toujours ces quatre étapes, même si, parfois, certaines paraissent un peu escamotées.

. La préparation de la copie détermine l’aspect du futur imprimé

Le préparateur de copie qui est chargé de ce travail se posera un certain nombre de questions au sujet de la copie : combien cela fera-t-il de pages, une fois imprimé ? Que choisir comme caractère pour le texte, les titres, les tableaux ? Comment présenter le tout pour le rendre attrayant ? Quelles couleurs, quels dessins choisir pour inciter les gens à lire ? Toutes ces décisions seront notées sur le manuscrit et la composition devra en tenir compte rigoureusement. Un mauvais choix pour le caractère d’un titre, pour une photo ou pour une légende peut rendre le texte ennuyeux ou même incompréhensible.

. La composition : chaude, froide ou programmée

La composition traditionnelle au plomb (ou « composition chaude ») a été rejetée dans le passé à l’apparition des procédés photographiques, ou « composition froide ». Et si, en parlant d’imprimerie, on garde à l’esprit l’image du typographe devant sa « casse » [1] remplie de caractères, ou celle du linotypiste devant sa « fondeuse » [2], il faudra songer rapidement à remplacer ce qui devient un peu du folklore, par l’image d’un claviste et sa photocomposeuse, puis, pourquoi pas, par un ordinateur, tout simplement. Pour l’instant, cet ordinateur est encore intégré à la photocomposeuse. Mais on le voit apparaître à titre expérimental pour la mise en page et le montage électroniques. Il faut aussi parler de l’héliogravure au laser et du scanner pour la photo couleur.
Ainsi, la composition par « télévision », l’imprimerie sans plomb, sans encre, sans presse, n’est déjà plus tout à fait du domaine de la fiction. Il faut donc dès à présent adapter la formation des futurs employés et songer à une possible reconversion des autres...

Impression : les suffrages vont à l’offset

Les procédés de composition par le plomb sont en régression, mais la typographie subsiste encore. Comme procédé d’impression, dans beaucoup d’entreprises. Toutefois de plus en plus, l’offset est choisi à la place de la typo [3].


Le schéma ci-dessus représente la place (en tonnes de papier) qu’occupait chacun des principaux procédés d’impression, dans les imprimeries de plus de cinq salariés, en 1978 (chiffres de la fédération française de l’imprimerie et des industries graphiques F.F.I.I.G.).
Grâce à leur plus grande rapidité de production, les presses offset se voient confier les travaux publicitaires et dans la plupart des cas, les livres à grand tirage, une partie de la presse périodique et un nombre croissant de quotidiens. Le procédé est également utilisé pour l’impression sur métal.

. Imprimerie de labeur, imprimerie de presse

On distingue imprimerie de presse et imprimerie de labeur.
La première concerne exclusivement les journaux quotidiens (et certains hebdomadaires). Les imprimeries de presse sont souvent rattachées à un journal. D’autres sont indépendantes et impriment plusieurs journaux.
Dans la seconde s’élaborent toutes sortes d’imprimés : les factures, les tracts publicitaires, les livres de classes, les agendas, les livres d’art, etc...
Les imprimeries de labeur peuvent être extrêmement différentes les unes des autres, non seulement en raison de leurs productions, mais aussi à cause de leur taille, qui peut varier de la petite entreprise familiale et artisanale aux grandes sociétés avec actionnaires.
Il est par conséquent évident que les emplois dans ces entreprises si diversifiées, seront eux aussi tout à fait dissemblables. Un artisan emploiera plus facilement un typographe qu’un claviste de photocomposition. Un reporteur photomécanique, par exemple, verra ses conditions de travail et même ses tâches proprement dites changer du tout au tout, selon qu’il travaille dans le la presse.
Ce chapitre présentera un aperçu des principaux postes de travail dans trois cas extrêmes : une grande imprimerie de labeur, un journal et une entreprise artisanale.

Les techniciens dans l’imprimerie

L’imprimerie emploie surtout des ouvriers hautement qualifiés et souvent d’une grande spécialisation. Mais elle a besoin aussi, de personnels d’encadrement qui coordonnent les différents processus de fabrication et qui ont, en quelque sorte, une vue d’ensemble du fonctionnement des ateliers. Entre l’ingénieur et les ouvriers, les techniciens (car il existe plusieurs spécialités) font le relais.

. Huit orientations particulières, un même but

Les techniciens exercent leur activité dans des domaines plus spécialisés dans les grandes entreprises et plus diversifiés dans les plus modestes.
On peut distinguer huit orientations particulières entre lesquelles des jumelages peuvent être établis, selon la dimension de l’entreprise. Il s’agit :
- du technicien de composition ;
- du technicien de photogravure ;
- du technicien de préparation de la forme imprimante ;
- du technicien impression ;
- du technicien de façonnage ;
- du technicien d’ordonnancement ;
- du technicien de prix de revient ;
- du technicien d’études et de fabrication.
Cependant, pour différentes que soient les orientations, les tâches du technicien sont presque toujours semblables. En effet, quel que soit le secteur qui emploie, le but général est la bonne marche de l’entreprise : le travail de contrôle, de coordination, d’assistance, d’encadrement.
A titre d’exemple, le technicien pourra être appelé à :
- assurer, en liaison avec le constructeur, le dépannage des matériels de photocomposition, ou d’impression, ou de façonnage...
- participer à la recherche des causes d’incidents de fabrication et proposer des améliorations ;
- contribuer à l’enchaînement sans-à-coup, de différentes phases de production ;
- assimiler les principes de fonctionnement des contrôles automatiques, maîtriser leur emploi et en expliquer la marche ;
- relever, contrôler, analyser les temps réels de production pour établir les bases de détermination des temps standards ;
- analyser les écarts entre prix de revient réels et prévisionnels ;
- mettre en œuvre le processus de fabrication en établissant le dossier atelier selon le plan établi.


Les conditions de travail dépendent de l’entreprise

Par sa taille, son matériel, les caractéristiques des produits fabriqués, l’entreprise induit les conditions de travail du technicien.
Les débouchés actuellement offerts sont encore relativement limités et principalement concentrés dans les entreprises d’une certaine importance. Ils sont appelés à se multiplier avec l’introduction de plus en plus généralisée de matériels d’une haute technicité, de grande productivité et d’un coût élevé.
Le technicien peut être homme d’atelier : il est alors responsable de moyens de production de grande capacité et d’une équipe de professionnels.
Il peut être spécialiste des études et des contrôles et exercer son activité seul, ou presque, dans un bureau ou un laboratoire. Il n’a, alors, que des rapports passagers avec les ateliers, et peu de pouvoirs hiérarchiques.
Quelle que soit son activité, on demande au technicien une culture générale et scientifique de bon niveau, des connaissances technologiques importantes, une information précise dans les domaines de la gestion, de l’organisation du travail et de l’animation d’une équipe. On lui demandera aussi très souvent une grande habileté manuelle, le goût des situations nouvelles et des problèmes à résoudre, et de solides facultés d’adaptation.

La formation des techniciens

Les techniciens (et les techniciens supérieurs) possèdent en général soit un brevet de technicien (B.T.) « industries graphiques » ou « dessinateur maquettiste », option « arts graphiques », soit un brevet de technicien supérieur (B.T.S.) « industries graphiques » ou « expression visuelle ». Parfois, le poste de technicien-chef d’atelier est tenu par un ouvrier qualifié ayant bénéficié d’une promotion interne.

Petits lexique

Blancs marges, espaces entre les mots.
Blanchet cylindre de caoutchouc décalquant l’image d’un cylindre offset sur une feuille de papier
Caractère bloc de métal en relief servant de typographie.
Casse tiroirs contenant les caractères en composition typographique.
Clichés gravures en relief, sur métal.
Composteur règle métallique à rebords servant au compositeur typo, pour monter une ligne.
Copie manuscrit d’auteur.
Corps taille du caractère.
Cyran bleu.
Feuillet ensemble de 2 pages, recto-verso
Forme assemblage de textes en typo, avant impression.
Fondeuse machine comportant un clavier et une fondeuse proprement dite, servant à fondre des lignes ou des caractères.
Galée plaque de métal recevant les lignes composées.
Graisse épaisseur du caractère.
Héliogravure système d’impression en creux (métal).
Interligne séparation par des interlignes.
Imposition répartition des textes sur une feuille, suivant le procédé du pliage.
Justification encombrement du texte en largeur dans une page.
Linotype fondeuse de lignes (composition).
Lithographie système d’impression à plat (pierre).
Mangenta rouge.
Marbre plaque de métal sur laquelle on organise l’ensemble des textes composés manuellement.
Massicot machine à rogner le papier.
Monotype fondeuse de caractères (composition).
Œil hauteur de caractère (partie imprimée du caractère).
Offset système d’impression plane (répulsion d’encre grasse par l’eau).
Quadrichromie procédé d’impression en 4 couleurs (noir, jaune, rouge, bleu) venant se superposer.
Repérage vérification de la bonne superposition des couleurs lors de l’impression.
Rotative machine imprimant en continu un rouleau entier de papier (contraire : machine à feuilles).
Scanner lecteur électronique.
Sérigraphie système d’impression sur soi.
Strip ou disquette disque transparent d’une matrice photographique dans une photocomposeuse.
Style genre, catégorie, famille de caractères.
Trame quadrillage de lignes opaques sur fond transparent, intercalé entre un objectif et une plaque sensible.
Typographie système d’impression en relief.


[1] Voir petit lexique.

[2] Voir petit lexique.

[3] Peut-être parce qu’on ne fabrique plus de presses typographiques ?




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