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SOUFFLE DU PAYS QUI S’EVEILLE DE OUSMANE SOW, Ed. Saint Germain des Près
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Ethiopiques n° 43
revue trimestrielle
de culture négro-africaine
4e trimestre 1985 volume III n°4

Auteur : Lilyan Kesteloot

Une aubaine, ces éditions Saint-Germain des Prés, une aubaine pour les poètes surtout les jeunes. Car vraiment on n’y est pas exigeant sur la qualité, pas regardant sur les emprunts aux uns et aux autres. Ils ont commencé avec un système d’annonces publicitaires intercalées dans les poèmes, et qui couvraient les frais d’éditions.
Aujourd’hui la pub a disparu, je suppose qu’elle est remplacée par le compte d’auteur. Car, à moins de bénéficier de fonds secrets, je ne vois pas comment une maison d’édition peut se permettre de publier exclusivement de la poésie, et de facture si médiocre.
Tout ceci n’est pas un préambule pour assassiner Ousmane Sow, mais il est vrai que ses poèmes, intéressants sur le plan sociologique peut-être, ne le sont guère sur le plan littéraire. On l’a dit cent fois : il ne suffit pas de bonnes intentions pour faire de la bonne littérature. Et je suis sûre qu’il aurait eu son brevet de bonne conscience souffrante de l’Afrique du Nord au Sud sans devoir se forcer à l’étaler dans des textes qui doivent tout à Jacques Roumain et à David Diop ; au point même de le copier mot à mot :
« Le fouet siffle
siffle sur leur dos de
sueur et de sang
pleure pauvre mère ».
Il est si proche de son modèle qu’il n’a même pas dû s’en apercevoir ! Il est vrai que David Diop avait écrit : « souffre pauvre nègre », mais qu’à cela ne tienne, on retrouvera ce pauvre nègre au poème suivant accompagné de « l’âme larmoyante » d’Ousmane Sow.
Car ça larmoye beaucoup dans ce recueil qui récapitule, une fois de plus, les malheurs des nègres de la diaspora depuis le commencement du monde.
Pourquoi faut-il qu’un jeune poète se sente toujours obligé de redire ce qu’ont déjà dit, et tellement mieux, ses aînés ? Pourquoi écrire si on n’a rien à dire de nouveau ? Roumain, Césaire, B. Diop, Senghor, Damas, c’est du définitif. Ils ont épuisé le sujet. Il vaut mieux apprendre leurs poèmes par cœur que d’en faire ces pitoyables imitations.
Lauréat du 4e concours de haïku nous dit la couverture... pourquoi donc Ousmane Sow ne nous crie-t-il pas la négritude en haïku ? Ç’aurait été au moins une tentative pour sortir des sentiers battus...
Enfin et même au niveau de l’efficacité, si on se place au point de vue du militant style Dakeyo, je trouve que les poèmes sur l’esclavage et la colonisation du genre « Homme noir, homme nègre objet de traite, ta voix crie sur les tambours maudits du honteux commerce de la chair nègre... » Je trouve que ces poèmes déforcent ceux plus actuels sur Soweto, la Namibie, ou la Guinée.
Montrer le nègre partout victime, partout vaincu, partout martyr, ce n’est pas mobilisateur pour la race c’est une vision du Destin qui l’écrase dans le passé, dans le présent... ce n’est pas ce qui va le redresser pour l’avenir. On n’est pas loin du ressassement, voire du masochisme.
Enfin il est difficile d’être un jeune poète et je crois qu’Ousmane Sow peut faire autre chose. Témoin ce tout petit poème, perdu dans tous ces longs cris de violence et de plaintes et qui atteste de l’excellente santé de son auteur.

Nu
Cru
Brut
Victoire
Je voudrais vivre dans ton coeur
Je voudrais me baigner dans le torrent de ton sang
Qu’il me porte, m’apporte, me transporte
Par tes veines, tes artères dans tout ton corps.





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