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L’INTERPRETATION DES RÊVES DANS LA TRADITION AFRICAINE DE RAY AUTRA
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Ethiopiques numéros 36
revue trimestrielle de culture négro-africaine
Neuvième année nouvelle série
volume II n°1 premier trimestre 1984

L’INTERPRETATION DES REVES DANS LA TRADITION AFRICAINE de Ray AUTRA
Ed. Africa Medra International Paris

Auteur : Lilyan KESTElOOT

Ouvrage de style aisé, agréable à lire et à manipuler. On sent que l’auteur est d’abord journaliste et qu’il sait rendre son sujet attrayant. Mais ces qualités d’aisance se payent par une simplification et une généralisation qu’aurait refusé un ouvrage d’ethnologie, rebutant par ailleurs. . .
En effet Ray Autra parle de l’interprétation des rêves dans l’Afrique de l’Ouest qui est un champ aux multiples cultures, sans se soucier de les différencier autrement qu’en deux grandes masses : les musulmanes... et les autres !
Au début le mal semble moins considérable qu’il n’y paraît lorsqu’on apprend que Ray Autra a principalement enquêté chez les mandingues et les wolof. Cependant une autre de ses sources et non la moindre, est constituée par les travaux anciens des étudiants de l’Ecole William Ponty qui était interafricaine ; il faut donc conclure qu’un nombre non négligeable de remarques sur les rêves et leurs symboles proviennent d’élèves de la Côte-d’Ivoire du Dahomey, du Togo, de Haute-Volta... Des Ashanti, aux Yorubas et aux Mossis, cela fait des systèmes culturels très différents des Malinke, culture de référence personnelle de l’auteur !
On voit immédiatement où se situe le problème pour l’anthropologue. Quel symbole, quelle interprétation de tel ou tel rêve appartient à quelle culture ? On se pose la question tout au long de l’inventaire classé par ordre alphabétique.
Car un symbole est rattaché à un système de représentation précis, et on ne peut le promener impunément d’un système à l’autre.
Les animaux par exemple sont liés aux alliances et interdits locaux, et leur symbolisme varie d’ethnie à ethnie. Ainsi le chien et le chat se mangent chez les Akan, chose impensable chez les wolof.
Quand on en rêve, leur signification peut-elle être identique ? Le mouton ou la vache ne peut avoir le même sens dans le rêve d’un Paul pasteur, dans l’inconscient d’un agriculteur diola ou d’un pêcheur Baga.
Certes, pour le hibou, le corbeau, le vautour on peut trouver des convergences... mais peut-on affirmer que « le chat est symbole d’hypocrisie, de fausseté et de trahisonsn » ? Je vois d’ici sursauter les Lébou pour qui le chat est presqu’aussi sacré que chez les anciens Egyptiens ! O Mame Koumba Lamb, génie de Rufisque, voilez-vous la face ! Cependant on appréciera dans cet ouvrage une documentation abondante, à qui il ne manque que les précisions sur l’origine, que l’auteur pourrait compléter dans une prochaine édition.
Et les neuf chapitres qui précèdent le dictionnaire informent bien le lecteur sur la problématique du rêve (origine, rôle du rêve dans l’existence, facteurs influant sur les rêves, interprétations, moyens et procédés propres à favoriser les rêves, substances qui les provoquent, rêves et sorcelleries, rêves et sacrifices du rêve à la réalité). Cette partie est plus spécialement fondée sur la culture islamo-mandingue et comporte donc une homogénéité suffisante.
Moyennant donc les précautions mentionnées plus haut, on lira avec agrément ce premier ouvrage de vulgarisation sur l’oniromancie africaine.





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