Accueil > Tous les numéros > Numéro 52 > ILE DE BOULAY



impression Imprimer

Ethiopiques n°52
revue trimestrielle
de culture négro-africaine
1e semestre 1989- vol. 6 n° 1

Ile de Boulay (Extrait) à Honoré de Sumo et Binda Nganzolo

Auteur : Fernando d’ALMEIDA

Maintenant de l’écorce terrestre
Les jours se détachent qui s’en vont
Où s’embarquent les contradictions
Qui s’engrangent au petit jour
Au ressac de l’impondérable
O femme auprès de qui j’habite
Pour ne plus soliloquer au large du jour
Où s’illimite l’exil du poète
Je vais à la rencontre d’une forêt sacrée

Pour rouler mon angoisse aux pieds des divinités
Qui m’attendent pour l’ancien baptême païen
A la porte de la langue où j’attends
Que tangue mon cœur
Une embarcation abrège l’attente et nous allons
Portant à califourchon
L’imprévu et l’ivresse d’être
Des migrants à la rescousse du lumineux
Confrontés à la dure loi d’exister

Voici que maintenant assise à la droite
Du scribe une femme dérive dans l’amitié
Les cheveux en crinière la main au menton
Elle est là perdue dans sa déchirante beauté
Tandis que j’observe Abidjan s’ourlant de prodiges
A l’amont du matin et voici que dans la forêt sacrée
Où rôde la peur j’accède aux mythes d’origine
Mais quel myste vers moi s’avance
En ce lieu où l’orgueil ne prend pas


Où l’ordre païen s’agrippe à l’excessif
S’établit dans la mémoire des pierres
Nous avons fureté dans les bosquets
Où dans la solitude rament les dieux
Nous avons marché sans regarder par-dessus l’épaule
Pour ne pas croiser le double de quel ancêtre
Nous voici enfin obligés de parler
Dans la langue elliptique des fétichistes
Qui s’en vont porteurs de légendes et de maximes

A quelles divinités rendre obédience
Maintenant que m’interpelle l’ailleurs
Le jour balisé d’interdits
Proche et lointaine est la terre du poète
Vaquant aux cosmogonies insulaires
J’ai pris langue avec l’Officiant
Car dans la demeure du génie aquatique
Ne s’offre le dieu que lorsque s’éloigne l’impur
O lune reine des marécages et des marées

Laisse-moi cheminer avec le maître de terre
Car voici que l’île vit et sécrète ses énergies
Pour que l’homme maintenant parle
Un langage d’arrière-pays en s’armant de mystères
Aux pieds des divinités où l’Officiant
S’active dans la liturgie de l’en-deça
La foudre n’a pas suspendu sa hache
Sur nos têtes lourdes de projets
Mais le Mystère nous environne où les sentiers

Conduisent à la profonde connaissance du Cosmos
Qui est matrice ouverte à la Participation
Ici la vie n’accède qu’à l’infuse science
Au fond profond des rites aquatiques
A mesure que l’île s’éprend de ses cosmologies
J’accède maintenant au pouvoir des ténèbres
Aux sollicitations des totems fondateurs
O maître des lieux accoudé à l’étrange
Où se mue le totémique python

Mes pieds dans l’espace sacralisé s’enlisent
Mais non je suis loin des sables mouvants
Porteurs de la mort spasmodique
Ile adossée à la langue tu es cette terre
Qui épouse la mobilité aérienne
Désormais captive de la vastitude
Mais qui parle de la toupie créatrice du monde
En ce lieu où le Temps bat le rappel du lignage
Dérive dans la mer agitée des concepts


J’habite de l’autre côté des cosmogonies
Où l’île œuvre à l’alliance des contraires
Disant l’Unité du Multiple dans la langue
De ceux qui dans l’énigme s’expatrient
Quand à ses déités retourne le village
Au parloir souterrain s’égare la voix
Du néophyte qui prend du repos
Tandis que la cantate des arbres aux joints
Des choses cesse d’être l’apanage de ceux

Qui vers la Connaissance de soi s’acheminent
De choses dites sans cesse se repaissent
Les sentiers où l’homme engage ses pas
Aux lieux d’épouvante mais d’ardeur
A l’allongée d’une langue qui dresse sa contradiction
Entre la hâte de partir et le désir de rester
Au faîte du jour l’île s’entête à exister
Prise aux filets des rites sacrificiels
Vers quels augures s’avance maintenant

L’île arquée sur l’immanence du divin
Compatissant à la vanité de dieux courroucés
Boulay où sont passés les Ebrié
Recluse de sagesse est l’île qu’enclave
La fureur de vivre au large du matin
Ailleurs mais sans doute ici un homme s’en va
Qui n’a plus peur du double de son double
Boulay où sont passés les Ebrié
J’ignore où se pavane le dieu-tonnerre

Dont l’oraculaire voix terrifie le novice
Les sentiers sont accomplissement de l’être
Lorsque l’arrière-pays sur ses larges épaules
Porte le divin au lieu de toute transhumance
Boulay où sont donc passés les Ebrié
Voici soudain que s’inaugure la vraie vie
Que je dialogue avec les hommes de mesure
Qui campent dans le Mystère afin que l’être
Longe les remparts du Temps à la recherche

Des divinités gardiennes des hautes demeures





Site réalisé avec SPIP avec le soutien de l’Agence universitaire de la Francophonie