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LA CULTURE CHINOISE A L’HEURE DE LA REFORME
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Ethiopiques n°52
revue trimestrielle
de culture négro-africaine
1e semestre 1989- vol. 6 n° 1

Auteur : Liu Bin

Mademoiselle Cui Jian, une chanteuse Pop de 27 ans, se fait populaire en Chine : lors d’une représentation qu’elle a donnée au début de cette année, galvanisée par son « sans un sou », une chanson composée par elle-même et accompagnée de sa guitare, toute la salle fredonna et guincha au son de la mélodie.
Cependant, quelques années auparavant, le rock and roll de Cui était censuré par les autorités compétentes qui le considéraient comme de la « décadence ». Sa musique Pop, un style qui se distingue par le ton folklorique du Nord-Ouest de la Chine, est admise aujourd’hui comme une fleur dans le jardin de la culture chinoise. Mademoiselle Cui, elle aussi, est qualifiée de « pionnier du rock and roll chinois » et portée au pinacle.
A Shangaï et à Guangzhou, deux des villes les plus ouvertes à la culture occidentale, les discothèques, au nombre d’une centaine, ne désemplissent pas. L’année dernière, plusieurs dizaines de concerts et compétitions de pop-music y ont été télévisées.
Bien que la pop-music ait gagné du terrain, la musique orthodoxe ne s’empare pas moins d’une audience, de plus en plus large. A la suite du succès de M. Luciano Pararotti en 1986, en Chine, M. Placido Domingo s’est vu faire un triomphe en juillet dernier par les spectateurs chinois lors de ses deux concerts, qui firent salle comble au Grand Palais du Peuple de 10.000 sièges.
Toujours au cours de ce mois, la Chine a envoyé une troupe d’opéra occidental en Europe, pour la première fois depuis que cet art fut introduit dans ce pays il y a 70 ans. Le Théâtre d’Opéra central, le plus grand de Chine, a joué le « Carmen » et la « Madame Papillon » au Festival d’Opéra de Savonlinna, en Finlande.
Cette diversité ne se limite pas à la musique. La même chose est survenue dans les autres domaines tels que les arts, la danse, la télévision et le théâtre. Le premier festival artistique national, tenu en septembre 1987, a regroupé durant 20 jours de représentations plus de 4000 acteurs et actrices professionnels sans compter un grand nombre d’amateurs dont ouvriers, enfants et handicapés. 149 représentations y ont été données : concerts, récitals, danses, ballets, théâtre parlé, opéras traditionnels chinois, acrobaties, marionnettes, ombres chinoises et quyi.
En ce qui concerne le cinéma, la moisson est également bonne avec « le Sorgho rouge », premier prix du Festival, cinématographique international de Berlin-Ouest en mars dernier. Réalisé par M. Zhang Yimou, un diplômé de la promotion 82 de l’Institut cinématographique de Beijing, le film illustre l’amour du peuple chinois pour la liberté et sa lutte contre l’oppression et l’agression. Le Vieux Puits, une autre œuvre de Zhang, a été aussi couronné du premier prix dans un autre festival international.
N’empêche que l’on se divisait sur le thème de ces deux bandes. D’aucuns ont estimé que l’état arriéré de la nation chinoise, que les films exhibent au grand jour, était principalement à l’origine de leur succès aux festivals. Malgré cette divergence, les films, appréciés quand même à l’intérieur du pays, ont été sélectionnés comme les meilleurs respectivement par le jury du « Coq d’Or » - l’Oscar chinois - et par le vote des cinéphiles au concours « Cent Fleurs ».
Ce phénomène est en contraste avec celui de 1986, où la cérémonie de remise de prix fut différée du fait que quelques officiels prenaient en grippe l’un des lauréats, « le Bourg aux Hibiscus », ce film de Xie Jin exposant les incidences des erreurs commises par le parti communiste dans la dernière décennie sur le destin d’une paysanne. Cette intervention officielle a cessé moins d’un an après. Le film a été couronné par les « Cent fleurs », et même sélectionné comme le meilleur film par le Ministère de la Radiodiffusion, du Cinéma et de la Télévision.
N’étant qu’un slogan pendant de nombreuses années, le principe de « Cent Fleurs » est devenu aujourd’hui une réalité. Une revue impartiale de l’état actuel de la culture chinoise amène à reconnaître que celle-ci devient plus florissante qu’auparavant.


Chose plus encourageante, c’est que les fleurs poussent aujourd’hui dans un environnement favorable. M. Hu Qili, membre du bureau politique du parti, a dit : « Il faut prévenir la simple intervention administrative et encourager la critique normale. La direction du parti dans la littérature et les arts se limitera aux affaires majeures que sont l’orientation et les principes directeurs ».
M. Wang Meng, ministre de la culture et nouvelliste professionnel, a déclaré que les autorités culturelles du gouvernement n’exerceront plus la censure sur les spectacles, sauf ceux qui touchent les importants événements historiques, religieux, diplomatiques et ethniques. Seuls ces derniers feront l’objet des discussions entre auteurs, officiels et experts.
Le relâchement du contrôle gouvernemental sur la culture traduit un changement conceptuel. Depuis longtemps, on était d’avis que la fonction unique de la culture consistait à éduquer le peuple et que les créations littéraires et artistiques devaient donc être soumises à la censure stricte pour qu’elles n’exercent pas d’influence pernicieuse sur les populations.
Ce concept unilatéral a été jeté aux poubelles, car il a négligé le fait que les œuvres de culture soient destinées aussi au divertissement. Depuis que le slogan « servir le politique » a cédé la place à celui appelant à « servir le peuple et le socialisme », une culture diversifiée a fait son apparition avec l’émergence de nombreuses œuvres de plaisir.
D’autre part, le gouvernement maintient toujours une haute surveillance sur la pornographie. L’Administration de Presse et de Publications a décrété, dans une circulaire récente, la saisie de livres libertins publiés dans la clandestinité. La lutte contre l’obscénité a été menée aussi dans beaucoup de localités.
La rentabilité des 3000 troupes que la Chine compte, fait l’objet des préoccupations des autorités culturelles, le nombre des troupes, financées par l’Etat, est pléthorique. N’ayant aucun souci du travail avec le système de « bol de fer », leurs membres touchent presque les mêmes salaires, indépendamment du rôle et du niveau de jeu.
Le vice-ministre de la culture, M. Ying Ruocheng, a préconisé avec force un système de management dans les troupes. L’Etat ne répondra plus de leurs pertes financières, a dit ce célèbre dramaturge qui avait joué dans Le Dernier empereur de Bernardo Bertolucci.
« L’Etat doit concentrer ses fonds sur un nombre réduit de troupes de haut niveau dans l’opéra, la danse et la symphonie », a-t-il ajouté, « la grande majorité des troupes doivent se suffire financièrement ».
En effet, de nombreuses troupes s’engagent dans cette voie. Le Théâtre d’Art Populaire de Beijing, le numéro un de l’art dramatique de Chine, a adopté un nouveau système de management et de responsabilité sur les profits et pertes.
M. Yu Shizhi, vice-directeur du théâtre, a dit que la traduction simultanée sera fournie dans l’avenir immédiat pour attirer davantage de spectateurs étrangers.
La Chine a eu son premier producteur indépendant de film. C’était en juin dernier qu’un réalisateur du Studio cinématographique de Beijing a pris le risque de financer un film.
La Chine compte deux mille cinémas et théâtres publics et 300 stations de télévision dans ses villes et 160 000 équipes mobiles de projection cinématographiques dans la campagne. Mais sa population a atteint plus d’un milliard d’âmes, dont les analphabètes totaux et partiels représentent 20 pour cent. En 1987, l’Etat a consacré 1,3 milliards de yuan (monnaie chinoise) à l’œuvre de culture, soit plus d’un yuan par habitant, ou l’équivalent de deux coca-cola.
Il est évident qu’un Cui Jian ne suffit pas pour une population aussi importante que celle de la chine. Les chinois ont commencé à chercher davantage de moyens pour accomplir cette tâche gigantesque.





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