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LA CAPTIVE DE D.N. TAGNE
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Ethiopiques numéro 57-58
revue semestrielle de culture négro-africaine
1er et 2e semestres 1993

Auteur : Emmanuel MATATEYOU

Entretien avec David N. TAGNE auteur de La reine captive [1].
Le monde africain, étrange et mystérieux, a une identité et une personnalité propres à lui. C’est dans cet univers complexe en pleine mutation où foisonnent pierres et ronces que nous plongent David NDACHI TAGNE à travers des personnages tels que le roi Dji-Djà, Soleil de Bakamtsché, le Pasteur Poubena et l’évangéliste Hénoc Kué, les reines Yajou et Mafo Mangwa Marie-Louise, le sorcier Kamschi et le devin Sokoundjou, le père Djammoney et le Préfet Dongué.
Publié aux Editions l’Harmattan en 1986 à Paris, La reine captive de David NDACHI TAGNE retrace les tribulations de Mangwa Marie-Louise, héroïne de ce roman, qui sera brutalement capturée et introduite dans le harem du tyran Dji-Djà. La jeune intellectuelle découvre ainsi un univers nouveau qui a ses exaltations, sa rigueur, ses terreurs et ses lois. Voilà notre reine au carrefour des civilisations. Comment s’en sortira-t-elle ?
Dans cette oeuvre d’une densité poétique indéniable, NDACHI TAGNE sonde avec un art semblable à celui des griots africains l’environnement physique, psychologique et mystique de l’Afrique profonde et fait voler de rebondissement en rebondissement le récit qui finalement s’érige en parabole d’une Afrique actuelle, captive, tiraillée et presque condamnée comme Mangwa Marie-Louise.
Ce que dit un auteur de son oeuvre est très important. Plusieurs essais, articles et études souvent très pointus et spécialisés sur des auteurs ne se limitent souvent qu’aux textes de ces derniers sans toutefois évoquer leur personnalité. Comme le dit Robert Cornevin, il ne faut pas oublier que le milieu dans lequel vit l’auteur africain a une influence sur son écriture. « Le milieu d’origine, le terroir, la famille ont une importance considérable pour apprécier l’oeuvre d’un auteur. L’inspiration ne peut pas être la même chez le Peul ou le Malinké des savanes soudanaises et chez le Bamilké du Cameroun » [2]. L’écrivain africain est un témoin de son temps et du milieu ambiant dans lequel il vit.
Dans La reine captive David Ndachi Tagne nous promène à travers les sentiers touffus des traditions Bamiléké de la région de Grassfield [3]. C’est pour mieux éclairer le lecteur que nous avons décidé de rencontrer le géniteur de cette oeuvre.

I. Le monde traditionnel est très riche... il faut le découvrir

Question :

-La reine captive s’ouvre par un bris d’interdit par Marie-Louise Mangwa et sa capture. Ne sacrifiez-vous pas ainsi en holocauste une innocente, une naïve, une ignorante éduquée à l’occidentale qui cherchait à connaître, à découvrir les traditions pour peut-être mieux les maîtriser ?

Réponse  :

-On ne peut pas dire qu’elle a cherché à découvrir les traditions. Elle arrive dans un monde qu’elle ne connaît pas. Et quand on s’introduit dans un univers étranger, la moindre des choses, c’est d’apprendre à en connaître les normes. Donc, c’est une sorte d’enfant bâtard de par sa culture. Elle n’a pas été emmenée à connaître son univers de départ, l’univers de ses parents, sa culture originelle. C’est là qu’elle devient une aliénée. Ce n’est peut-être pas sa faute dans la mesure où la transmission du savoir est un fait héréditaire en Afrique. Mais elle assume son sort, et ce sort est également assumé par son père, le seul d’entre ses parents qui vit encore. L’on ne peut parler de la victimisation d’une innocente. C’est en quelque sorte le fruit d’une situation malheureuse dont elle est aussi coupable.
- La sanction que vous lui infligez signifie-t-elle que quiconque s’aventure dans la découverte du monde traditionnel connaîtrait le même sort qu’elle ?

-Absolument pas. Le monde traditionnel est là et c’est un monde qui nous appartient. Je pense plutôt qu’il y a à le découvrir sans la naïveté et avec sérieux. C’est-à-dire qu’il ne faut pas aller avec les yeux fermés vers ce monde qui est un monde très riche tel que je le montre dans l’oeuvre. Il faut y aller avec une conscience profonde de la richesse qu’offre cet univers d’abord et puis avec de bonnes intentions. C’est-à-dire l’intention non pas absolument de lutter contre ces pratiques avec les stratégies colonialistes mais de comprendre d’abord, de maîtriser et puis de les intégrer si possible dans la vie d’aujourd’hui. Les pratiques sont d’une richesse inouïe et risquent de plus en plus de disparaître si on ne met pas en oeuvre un certain nombre d’actions pour pouvoir en sauver les meilleurs aspects.


II. Un roman ethnologique

- Pouvez-vous dire ce qui vous a frappé dans les sérails des chefs bamiléké qui ressemblent plus ou moins à Dji-Djà ce personnage qui joue un rôle très important dans La reine captive ? Vous semblez connaître très bien ces milieux puisque vous les décrivez avec des détails très précis.
-La reine captive est une oeuvre que je pourrais taxer d’ethnologique. C’est un roman ethnologique dans la mesure où j’ai dû procéder par des formes d’enquête sur le terrain pour pouvoir alimenter le fil de l’histoire. Il y avait entre moi et l’univers qui est ainsi exploité pour cette oeuvre une distance dans la mesure où même si je suis de parents Bamiléké, je suis né dans le Sud. Donc je n’ai découvert le monde bamiléké que plus tard. Je me souviens de certaines anecdotes de cette époque où au moment où je venais d’arriver dans ce milieu bamiléké, j’étais quelque peu maltraité par mes cousins, mes neveux. Je disais souvent en parlant d’eux : « Les enfants bamiléké m’embêtent ». C’était un tout petit peu comme si je me considérais comme étranger à cette culture [4], à cet univers. En tant qu’étranger, avec ces autres yeux que j’avais, j’ai donc considéré tout autour de moi, les faits comme étant des faits étrangers qu’il me fallait découvrir, comprendre. Donc j’étais une sorte de Mangwa, mais pas de Mangwa précipité parce que je n’ai pas voulu me mêler aux autres sans les comprendre. J’ai donc eu une démarche plus prudente. Je suis allé progressivement pour comprendre ce qui se faisait, pour comprendre ce qui caractérisait les uns et les autres. J’ai dans un premier temps considéré les choses et les gens autour de moi comme représentant une menace et j’ai pris une disposition pour aller progressivement vers eux, pour démystifier, démythifier et être plus intégré dans la communauté. C’est comme cela que je suis devenu un peu plus bamiléké. C’est comme cela que j’ai pu parler des réalités bamiléké avec plus de proximité, en exprimant à la fois la fascination que j’avais face à certaines réalités traditionnelles très authentiques, et aussi mes interrogations face à d’autres phénomènes que je comprenais moins. Parce qu’en réalité il y avait des choses que je comprenais progressivement et d’autres que je n’ai même pas pu comprendre jusqu’à la fin. Quand on lit le livre, il y a donc des séquences où on comprend que je m’interroge. Je ne tranche pas sur certains mystères.

III. « Mon grand père me racontait ses exploits »

-Vous avez eu certainement des difficultés pour avoir ces éléments qui ont constitué la matière première de votre oeuvre. La société bamiléké est une société qui est très stratifiée [5]. Il y a des classes. Les sociétés secrètes qui foisonnent dans votre oeuvre sont généralement entourées de secrets, et ne peuvent accéder à ces secrets que des personnes issues de certains milieux. Comment avez-vous fait pour avoir toutes ces informations ?
- Même si j’étais « l’étranger » dans la famille, j’étais quand même très proche de certaines réalités dans la mesure où mon grand-père faisait partie de la chefferie de Baleng [6]. Il avait été un serviteur du chef supérieur à une époque à telle enseigne que lorsqu’il est parti de la chefferie, le souverain lui avait donné comme cadeau une princesse et un grand champ. Donc quand j’ai approché le milieu traditionnel de mes grands parents, c’étaient déjà des gens qui étaient très proches du pouvoir. Alors, pour collecter ces matériaux, je peux dire que la première chance que j’ai eue, c’était d’ y avoir pensé quand j’étais encore enfant. Déjà, à l’école primaire j’achetais des cahiers pour recopier des proverbes que j’entendais ici et là, je passais parfois des nuits entières à bavarder avec mon grand-père auprès du feu. Il me racontait ses exploits, par exemple comment il a lutté une fois avec une panthère, il me parlait des totems [7]. Je discutais aussi avec mes grand-mères. Chaque fois que j’étais au village c’était pour moi un prétexte pour comprendre les choses un peu mieux. C’est comme cela que finalement je me suis relativement... je dis bien relativement, bien intégré dans la communauté. C’est comme cela que j’ai compris certaines choses. C’est comme cela que j’ai surtout réuni les matériaux qui devaient servir de soubassement à ce travail d’écriture.
- On comprend très bien pourquoi vous décrivez les rites secrets des différentes sociétés secrètes que l’on rencontre dans votre oeuvre avec des détails fort étonnants. Parmi ces sociétés secrètes il y a la divination. Plusieurs Camerounais se livrent à cette pratique que l’on retrouve dans La reine captive. Le prêtre SOKOUNDJOU donne des détails très surprenants sur Mangwa alors qu’il ne la connaissait pas auparavant (pp. 77-80). Voulez-vous à travers cette description montrer que la divination telle qu’elle est pratiquée chez nous n’est pas du charlatanisme ? Y croyez-vous vraiment ?
-Je vous ai dit tout à l’heure que j’avais une démarche prudente vis-à-vis de certaines de mes découvertes. Je me suis rendu compte qu’il y avait des mystères, qui ne pouvaient pas s’expliquer dans ces communautés traditionnelles. Entre ce que je crois et ce à quoi je ne crois pas, il y avait des difficultés pour moi à me situer. Je dirai que je constate surtout. Je ne milite pas, je ne défends pas. Je raconte une histoire. Et en priorité pour moi il y avait comme idéal, construire une histoire sur une base traditionnelle et moderne et pouvoir intéresser le lecteur à cette histoire. En ce qui concerne les croyances, traditions, modernité, les mystères, le rituel, le sacré, il y a une part de vérité parfois. Parfois aussi il y a une part de fiction. On ne pouvait pas aller jusqu’à un certain seuil. Et moi même qui suis un peu initié, on me disait toujours qu’il y avait des choses qu’il ne fallait pas dire...

IV. Le mystère des religions

- Et vous les avez dites...?
-Pas absolument. Mais je sais qu’à certains moments pour des choses que je ne connaissais pas, je devais imaginer que ça se passe comme ceci et puis je raconte l’histoire. Il y a d’autres éléments qui relèvent de la vie publique. Par exemple les chansons, les danses, les proverbes, tout cela relève de la vie commune. Les procédures pour les successions par exemple on les connaît en pays Bamiléké. La divination dont vous parliez tout à l’heure relève de la réalité africaine. Cela existe et dit des vérités ? J’ai été parfois surpris de constater que je me retrouvais quelquefois devant des gens qui se mettaient à me dire, à me raconter que j’ai fait ceci ou bien qui me rappelle que voilà telle chose va vous arriver et cela se confirmait après. Mais je n’ai pas été à i’abri des surprises dans la vie. Je ne prends pas partie, je constate simplement, j’écris donc une histoire.
- Parmi ces rituels secrets il y a le totémisme qui est aussi présent dans votre oeuvre avec le lion du bois sacré qui est le double de Dji-Djà, le roi des Bakamsché. Comment pouvez-vous expliquer le rapport, la relation qu’il y a là entre la mort du lion abattu dans la forêt de monsieur Avril et celle du roi, dans son palais au même moment ?
- Je vous ai dit que cela fait partie des choses que je n’explique pas. Je constate surtout. Et autour de moi on ne l’explique pas toujours. On m’a appris qu’à chaque degré d’initiation dans nos villages, chaque homme avait un double qui correspondait à l’étape de l’initiation. Par exemple, je m’en souviens encore on disait que le jeune homme qui était initié pour la première fois recevait comme double un corbeau. Et à partir de là parmi les interdits qu’il y avait au village, il ne fallait pas tuer les corbeaux parce que si on en tuait, un jeune homme devait mourir au village. Je ne sais pas si c’est fondé ou si ce n’est pas fondé. Toujours est-il que cela fait partie des histoires qui meublent un peu la communauté culturelle dans cette région de l’Ouest-Cameroun. Il y avait donc une forme de hiérarchisation dans les doubles et le lion était l’animal qui représentait le roi. Alors on disait que si au cours d’une partie de chasse vous rencontrez un lion et que si vous arriviez à le terrasser, c’était dangereux parce que vous pourriez tuer le double du roi, ce qui ferait mourir le roi. Dans le livre il y a une exploitation de cette croyance dans la perspective d’une intrigue romanesque.
- Dans votre livre, Poubena, le père de Mangwa connaîtra beaucoup de déboires à cause de la malédiction de son feu père à qui il ne faisait pas de sacrifices traditionnels. A travers ce personnage se pose le problème des religions traditionnelles face aux religions révélées. Le triste sort que vous réservez à ce fervent chrétien est-il le symbole de l’échec de sa religion qui n’a pas empêché qu’il ait des malheurs ?
-La religion fait aussi partie de ce que je peux appeler la face cachée du monde. Autant il y a des mystères dans l’univers traditionnel, autant le christianisme que vous apporte l’Occident constitue un autre repère de mystères. Autant il y a des choses qui ne s’expliquent pas dans les traditions africaines, autant rien ne s’explique de façon logique dans les religions occidentales. C’est ainsi que Jésus, la croyance fervente, la fréquentation de l’église, tout cela ne constitue pas une garantie pour l’homme pour faire de sa vie terrestre un paradis. Et cela est vrai du père Poubena qui malgré ce sacrifice de soi dans la religion chrétienne ne trouve pas de solution à ses problèmes. Il en est de même de Magwa qui s’intègre également dans la communauté chrétienne et qui devient très fervente et pousse son enfant adoptif à aller à l’église... Quand elle y va à un moment, c’est parce qu’elle veut avoir un enfant. Mais jusque-là, ce n’est pas là qu’elle trouvera la solution à son mal. Même la médecine apparaît à un certain moment comme un mystère... On vous fait des examens objectifs, scientifiques, on constate que vous vous portez bien alors que vous souffrez. Donc le monde est plein de mystères et je pense que parmi ces mystères il y a le mystère de la religion. Là aussi ma vision relève du constat.


V. Spiritualité africaine et avenir

- Au moment où Mangwa retrouve un peu d’enthousiasme et de gaieté à Tishon et commence à effacer de sa mémoire ses années de captivité chez le roi Bakamsché, vous la tuez, laissant le lecteur sur sa soif. Quel sens donnez-vous à la mort de la reine captive ?
- En réalité lorsqu’on lit entre les lignes, il y a toujours plusieurs significations qui s’enchevêtrent à travers le livre. C’est ainsi que la mort de Mangwa est une mort très controversée. Certains estiment que c’est parce qu’elle avait violé le pacte sacré qui l’unissait au roi Dji-Djà en s’enfuyant avec le médecin. On dit également que c’est parce qu’elle avait voulu avorter. Toujours est-il que Mangwa est une femme tiraillée. Elle a vécu l’existence qui n’était pas un paradis lorsqu’elle était à Bakamsché, mais elle avait une puissance. Elle était devenue une véritable reine. De par les rapports qu’elle entretenait avec l’environnement : elle animait l’école, les femmes ; elle avait un pouvoir, une voix. Tout cela faisait d’elle un être exceptionnel dans la communauté. Par dessus le marché elle devient la marraine du nouveau roi, donc la reine-mère. Elle est au sommet du pouvoir. Lorsqu’elle se retrouve en ville elle retrouve une autre forme de vie où sur le plan matériel, elle a de l’aisance, mais par rapport à la hiérarchie urbaine, elle est au fond de la fosse. Par exemple, elle est secrétaire, même si c’est la secrétaire du Médecin chef, elle reste une secrétaire. Donc elle est au bas de l’échelle. Alors finalement c’est une femme tiraillée entre un passé glorieux et le présent où elle n’a plus ces honneurs d’autrefois. C’est une femme orgueilleuse. Elle recherche avidement le pouvoir, un pouvoir qu’on pourrait même dire divin. Et c’est pour cela que sa mort peut être considérée comme un suicide parce qu’elle était tiraillée sur le plan de la conscience.
- Dji-Djà qui peut être considéré comme le gardien des traditions africaines meurt aussi de façon étrange. Quel sens donnez vous à sa mort ? Sa mort signifie-t-elle la mort de la spiritualité africaine ?
-On ne peut pas dire que la mort de Dji-Djà est le symbole de la mort de la spiritualité africaine puisque la relève est assurée par Foba le nouveau souverain. Il sera initié de la même manière que ses prédécesseurs. Ce qui signifie qu’il y a une forme de conservation des traditions, une forme de préservation de l’identité du village. Mais le sens qu’on peut surtout donner à la mort de Dji-Djà, c’est l’échec de l’intransigeance, d’une absence de compromis, parce que en réalité tout ce que l’on proposait au roi, c’était d’ouvrir un peu plus son village à la modernité. Mais est-ce qu’en ouvrant le village à la modernité, il ne risquait pas de se faire prendre au piège ? Il est aussi tiraillé comme Marie-Louise Mangwa. Il ne voudrait pas cependant s’intégrer pleinement dans la modernité. A la longue on dirait même qu’il est égoïste, parce qu’avec les Allemands il avait déjà une forme d’aisance, il n’ y a qu’à voir son palais qui reflète ce contact qu’il a eu avec les premiers Européens. Paradoxalement il se refuse toute négociation avec la nouvelle administration pour ouvrir le village à plus de modernité. C’est cette intransigeance qui le tue.
-Comment entrevoyez-vous l’avenir des religions traditionnelles de ces sociétés secrètes dans une Afrique en proie à une acculturation de plus en plus grande ? Est-ce aujourd’hui possible de conserver et préserver ces religions traditionnelles qui sont de véritables sources de valeurs de civilisations africaines ?
-Je pense que c’est la chose la plus difficile, pour ne pas parler d’utopie, parce qu’en réalité aujourd’hui les traditions s’effritent chaque jour davantage et là où elles ne sont pas préservées, elles glissent parfois vers le charlatanisme. On a plutôt affaire à une forme de dévaluation excessive qui amène ceux qui voudraient regarder de plus près les valeurs traditionnelles comme des fourbes ou des victimes. Il y a intérêt à préserver les traditions, mais celles qui dans un monde moderne pourraient donner une impulsion à l’Afrique d’aujourd’hui et de demain. Mais le risque une fois de plus est celui du charlatanisme. Il y a un problème de choix : choisir entre le nécessaire et le contingent. Mais malheureusement la plupart de temps nos congénères penchent plus pour le contingent.

BIBLIOGRAPHIE

ACKAD (Josette) : Le roman camerounais et la critique Ydé, CLE, 1983, 155 p.

CORNEVIN (Robert) : Littératures d’Afrique noire de langue française, Paris, PUF, 1976, 273 p.

ELA (Jean Marc) : Ma foi d’Africain, Paris, Karthala, 1985, 227p.

HEBGA (Meinard) : Sorcellerie : chimère dangereuse ? Abidjan, Inades, 1980, 133 p.

MATATEYOU (Emmanuel) :Les sociétés secrètes dans la littérature camerounaise : le cas des Bamoun ,Lille, ANRT-0993411, 1990,644 p. Littérature et développement. Paris, Silex, 1984.

MOURALIS (Bernard) : Littérature et développement, Paris, Silex, 1984

MVENG (Engelbert) : L’art d’Afrique noire : liturgie cosmique, langage religieux, Yaoundé, CLE, 1974.

NDACHI T. (David) : -Romans et réalités camerounaises Paris, l’Harmattan, 1987.
-La reine captive , Paris, l’Harmattan, 1986, 246 p.

ROSNY (Eric de) : Les yeux de ma chèvre, Paris, Plon, 1981, 415 p.

YANOU (Etienne) : L’homme-dieu de Bisso Ydé, CLE, 1983, 155 p.

ZAHAN (Dominique) : Religion, spiritualité et pensée africaines Paris, Payot, 1980, 374 p.


[1] La reine captive : Paris, l’Harmattan, 1986, 242p.
L’interview que nous publions dans les pages qui suivent a pour objectif d’éclairer un peu plus le lecteur de La reine captive sur la personnalité de l’auteur et le milieu où il a puisé son inspiration. Ce que dit l’auteur de son oeuvre, ses amertumes, ses joies, ses expériences heureuses ou malheureuses, sa vie tout court est très important et peut contribuer à mieux faire comprendre le message et les problèmes soulevés dans le roman.

[2] Robert CORNEVIN : Littératures d’Afrique noire de langue française, Paris,P.U.F. 1976. p. 13

[3] Robert CORNEVIN : Littératures d’Afrique noire de langue française, Paris,P.U.F. 1976. p. 13

[4] L’auteur évoque ici le phénomène de rejet dont sont victimes les personnes originaires des différentes régions du Cameroun. Pour un Bamiléké, un originaire du Sud-Cameroun dans la région forestière où l’on trouve une autre civilisation, celle des Béti, est un étranger. Il en est de même pour un Béti qui a à faire à un ressortissant des montagnes et savanes de l’Ouest Cameroun. L’intégration n’est pas du tout facile. C’est la raison pour laquelle le jeune Ndachi fut maltraité par les siens, et qu’il considéra ses autres frères comme des « enfants Bamiléké ».

[5] Comme nous l’avons évoqué plus haut, les sociétés traditionnelles que l’on trouve dans les régions de Grassfield sont très bien organisées et hiérarchisées. Toutes les chefferies sont des mini-états où l’on trouve au sommet le monarque entouré de grands dignitaires du royaume (KOM-SOUOP) qui assistent le chef dans ses fonctions ; puis viennent les différents notables membres de certaines sociétés réservées pour ne pas dire secrètes qui ont des loges au sein du palais. Ce sont ces sociétés qui détiennent le secret de la spiritualité de la tribu, les rituels sacrés. Pour connaître ces rituels, il faut faire partie de ces sociétés initiatiques.

[6] La chefferie Baleng est l’une des grandes chefferies Bamiléké. Comme dans bien d’autres, les traditions ancestrales sont encore très bien conservées à l’image de leur semaine qui a huit jours, le bois sacré où se trouve le totem du chef qui est gardé par les Nchinda, les différentes loges des sociétés initiatiques que l’on trouve au sein du palais et les cérémonies d’initiation des jeunes à la vie qui ont lieu une fois par an au mois de Décembre.

[7] Le totémisme est une croyance très répandue dans la région du Grassfield et dans la plupart des tribus africaines. Ainsi les gens croient que certains hommes se dédoublent en panthère, lion, serpent, etc. Certaines bêtes sont considérées comme étant des totems des personnes précises dans le village. Tuer ces bêtes est considéré comme un véritable crime. Etienne YANOU dans L’Homme-dieu de Bisso donne une parfaite illustration de cette croyance.




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