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IDENTITE CULTURELLE, COMMUNAUTES ETHNIQUES ET NATION EN AFRIQUE
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Ethiopiques n° 64-65 revue négro-africaine
de littérature et de philosophie
1er et 2e semestres 2000

Identité culturelle, communautés ethniques et nation en Afrique [1]

Auteur : Youssouph Mbargane Guissé

INTRODUCTION

Pour nous le problème de la préservation de l’identité culturelle et celui du destin des communautés ethnoculturelles en Afrique sont inséparables aujourd’hui du procès historique par lequel la question nationale elle-même se pose, étroitement liée à la question sociale.
En effet, le problème du développement économique et social de l’Afrique pose celui de la formation nécessaire de nations africaines modernes.
Un développement progressiste suppose un ensemble de modifications économiques, sociales, culturelles sur une base unifiée. Il est impensable donc d’envisager l’industrialisation de l’Afrique, l’exploitation réelle de ses potentialités énergétiques, minières, agricoles, etc..., son unité politique sur des bases régionales ou sous-régionales, fédérales, sans que ce ne soit sur de nouvelles bases socio-historiques. Il ne s’agit donc pas de chercher à préserver ou à contenir les sociétés africaines dans le stade de leur évolution actuelle sous prétexte de sauvegarde de l’identité culturelle et du droit à la différence des communautés ethnoculturelles. Ceci ne peut se réaliser que dans la perspective progressiste d’élever les nations africaines au rang des nations modernes et d’amener ainsi l’Afrique à jouer pleinement son rôle dans la marche des peuples du monde vers l’émancipation matérielle et culturelle, vers des civilisations supérieures tout à fait dignes de l’Homme.
Donc le problème de la préservation de l’identité culturelle et du droit à la différence des communautés ethnoculturelles se pose à l’intérieur de l’exigence historique incontournable de formation et d’édification progressive d’économies nationales, de sociétés nationales.

I-LES COMMUNAUTÉS ETHNO-CULTURELLES

Au cours de l’histoire passée sur le continent, les divers groupes, les diverses entités ethniques ne sont pas restés comme des agrégats inertes et figés dans leur particularité permanente. Bien au contraire, aux environs de 3000 ans avant J.C., surgit et rayonna la première civilisation africaine, celle de l’Égypte pharaonique, elle se propagea par la suite à l’intérieur du continent vers l’Ouest et le Sud à tra­vers la civilisation de Méroé et celle de Kouch.

Dans l’antiquité, de grands foyers culturels essaimèrent. Des documents pro­venant des sites archéologiques d’intérêt protohistorique et même historique mon­trent qu’à travers le continent de grandes civilisations se sont édifiées : la civilisation mégalithique sénégambienne (1500 et 1800 avant notre ère), la civilisation du Niger sahélien, la civilisation d’Ile Ife et la civilisation du Zimbabwé dont témoi­gnent les murailles et ruines des villes fortifiées et les constructions cyclopéennes du sud du Zambèze.

Le développement historique fit que sur le continent, à travers les différents espaces politiques, pendant plusieurs siècles, la formation des empires et royaumes précoloniaux accéléra le brassage de réalités multiples et hétérogènes. Les remembrements politiques qui se succédèrent favorisèrent particulièrement des transformations ethniques et aussi l’élaboration de cultures plus ou moins vastes et plus ou moins différenciées constituant de grandes aires culturelles.

L’une des particularités à ce niveau est que là où les groupes les plus impor­tants et les mieux organisés ont instauré un ordre de domination politique, les dif­férentes communautés de base ont en général conservé leurs langues, leurs cul­tures et leurs traditions qui de ce fait, n’ont pas été éliminées.

Ces communautés ethniques regroupant des familles reposent sur une struc­ture économique et sociale commune et sur une culture commune dont l’expres­sion idéologique condensée (intellectuelle, affective, poétique et politique) est par­tout la religion ethnique.

La communauté ethnique se caractérise ainsi par ses dimensions fondamen­tales suivantes :

a) L’économie repose sur le travail collectif (agriculture, chasse, pêche) et sur une appropriation collective des moyens de production. La terre peut être le bien du groupe légué par l’ancêtre commun. La propriété collective n’exclut pas des formes de possession individuelle et partant des formes d’inégalités sociales.

b) la structure sociale est fondée sur l’importance de la famille et des liens de parenté (descendance et alliance) et sur les hiérarchies aînés/cadets, hommes/femmes, Maîtres du savoir et des cultes/restes de la société, résidents autochtones/immigrants, etc...

L’individu ne se définit que comme membre d’une communauté ; le paysan ne se définit pas comme le travailleur ; le travail n’est pas apprécié comme valeur, comme création de valeur. Le paysan de ces communautés ne s’identifie pas à son travail. Il se trouve dans une unité naturelle avec la terreur sur laquelle il s’exer­ce. Le but de son travail est essentiellement la conservation de lui-même, de sa famille dans la conservation plus générale et fondamentale de la communauté dans son ensemble. On dit généralement des communautés ethnoculturelles qu’elles sont caractérisées par une grande faiblesse des forces productives. Mais on peut dire cependant avec Marx que : "la structure communautaire elle-même y apparaît comme la première grande force productive" [2].

c) L’importance de la culture ethnique, système complet de représentations intellectuelles et sociales et de pratiques collectives et individuelles, réside en ce qu’elle renvoie à la reproduction de la société dans son ensemble et en tant que telle. Son véhicule est la langue de la communauté ethnique, moule où s’élabore la conscience de la continuité historique.

La culture faite de croyances et pratiques, de valeurs morales telles que l’esprit de parenté, de solidarité et d’entre’aide, élabore et fixe les rapports de l’individu et de la communauté dans ses deux dimensions fondamentales, parfaitement liées complémentaires et réciproques :
-La dimension objective qui est dans le système de propriété, le travail collec­tif et l’organisation de ce travail collectif (production et répartition des biens pro­duits), dans le statut (aînés, chefs prêtres...) et le rôle dévolu à chacun selon des critères rigoureusement définis (sexe, âge, etc...).

-La dimension imaginaire (religion ethnique, mythe), si importante qu’elle est partout présente dans tous les aspects et à tous les moments de l’activité de la vie de l’individu et de la communauté.

Ces deux dimensions fondamentales sont régulées par l’éducation, système organisé, établi et rythmé d’une manière précise. Elle forme l’individu et lui donne une identité culturelle lui permettant de se fondre dans sa communauté et de par­ticiper dans ses actes et ses pensées de tous les jours à la continuité de celle-ci, c’est-à-dire à assurer finalement les conditions de sa propre existence individuelle.

Mais de la reproduction de la communauté ethnique à partir de ces deux dimensions avec les statuts évoqués antérieurement, découlent des formes d’inéga­lités sociales dont il faut rendre hommage à Claude Meillassoux d’en avoir démon­té les mécanismes subtils matériels, sociaux, symboliques et idéologiques de fonc­tionnement [3]. Le contrôle de la production des cadets par les aînés, le contrôle par ces derniers aussi des femmes, de la circulation de la dot et des échanges matrimoniaux, c’est-à-dire de la reproduction et par conséquent du système des alliances avec les autres communautés, contrôles auxquels il faut ajouter le mono­pole du savoir magico-religieux et plus tard du commerce ont fini par donner naissance à des lignages dominants exerçant leur autorité et leur pouvoir sur l’en­semble de la société.

Ainsi, l’évolution des sociétés humaines en Afrique s’est faite d’une manière inégale selon l’espace et le temps. Les nombreuses communautés se sont formées ayant souvent une base économique et sociale semblable et parfois une parenté commune (appartenance à une même grande famille, parenté culturelle et lin­guistique...). Mais malgré cela, chacune d’elles, selon son expérience propre, son milieu naturel, ses acquisitions, a développé et spécifié ses représentations sociales et ses pratiques culturelles édifiant ainsi une culture ethnique, un mode de vie, de pensée et d’être tout à fait irréductible.

Pierre Fougeyrollas définit alors ainsi la société ethnique : "la société ethnique se définit par la pluralité de communautés, principalement villageoises, ayant en commun une langue orale, avec ses divers dialectes, des échanges économiques ne mettant pas en cause la subsistance de chaque communauté comme fin prin­cipale des activités productives, enfin un ensemble de représentations relatives au monde et à l’homme dont la religion traditionnelle fournit l’expression générale" [4].

II - L’ETAT PRÉCOLONIAL ET LES COMMUNAUTÉS ETHNOCULTURELLES

L’évolution des sociétés ethniques dans certaines régions d’Afrique a abouti à l’existence de castes, puis de classes sociales distinctes et naturellement à l’appa­rition d’un pouvoir politique aux mains de certaines familles, à un Etat organisé et centralisé.

Les anciennes hiérarchies communautaires sur le plan de la propriété du sta­tut social, et de l’idéologie qui sont, selon Etienne Leroy, les "statuts liés à des pou­voirs sur la terre (laman), sur l’eau (Diogomay), sur les pasteurs (farba et ardo), sur les esprits (borom rab), sur la voyance (borom seyt), maîtres de la mariée (borom ndiobot), maître de celle qui porte l’enfant sur le dos (borom kër), chef de la maisonnée" [5], ont connu une évolution sociale développant les inégalités sociales et permettant le passage de fait d’une société de caste à une société à Etat où la direction est revenue aux grandes familles nobles (noblesse royale) et aux familles jouissant de titre dans l’organisation politique et administrative (noblesse de fonc­tion).
Ainsi, s’est effectuée une accumulation différentielle des ressources qui sont : biens de consommation, biens rares à signification sociale, moyens de prestige ou de l’alliance, facteurs de production (la terre et l’eau) ; cette accumulation a permis selon Etienne Leroy, aux anciennes formes de prestige de se transformer en pou­voir et, à leurs symboles, d’être ceux du pouvoir. En plus les alliances tradition­nelles ont servi à la constitution de la clientèle du nouveau pouvoir politique.

Le contrôle des facteurs de production (la terre est propriété absolue du Buur) a achevé de créer les intérêts de la classe politique (impôts, tributs payés, guerres et razzias, domaines personnels exploités par des esclaves, plus tard monopole du commerce des esclaves).

Ainsi la société précoloniale en tant que telle se voit divisée en groupes distincts selon des critères qui ne sont plus fondés sur la parenté de la base communau­taire mais qui renvoient surtout à des fonctions et à des statuts socio-économiques et idéologiques généraux (nobles, hommes libres, esclaves). De même que se maintiennent les structures de la parenté et le système partiel des castes ainsi que leur idéologie respective.

Dans la mesure donc où la parenté ne peut plus maintenir et exprimer la cohé­sion sociale et où les inégalités et la stratification sont porteuses de contradictions et d’antagonismes, la nécessité d’un contrôle spécifique de la cohésion et des contradictions se fait sentir. C’est l’apparition de l’Etat monarchique avec sa hié­rarchie proprement politique, une administration spécifique et une armée perma­nente.

Cependant, l’originalité de ces périodes réside dans le fait que les divisions sociales sur la base du développement des inégalités de la production domestique, l’existence de classe et de l’exploitation de classe n’ont pas déséquilibré ou entamé le fonctionnement et l’équilibre pluriséculaires de différentes communautés ethnoculturelles. Il a semblé plutôt que la sphère politique existait avec une rela­tive indépendance, avec son propre mouvement, ses troubles et conflits à elle.

En Europe, l’apparition de l’Etat s’est faite dans la destruction de l’ancienne base communautaire. F. Engels note : "Elle - la division du travail - proclame enfin l’antagonisme irréductible entre la société gentilice et l’Etat ; la première tentative pour former l’Etat consiste à mettre en pièce les gentes en divisant les membres de chacune d’elles en privilégiés et en défavorisés, et ces derniers à leur tour, en deux classes de travailleurs, les opposant ainsi les uns les autres" [6].

En Afrique au contraire, il semble que l’origine de l’apparition de l’Etat est due à de nouveaux éléments sociaux qui se sont développés lentement et "sans bruit". Ces éléments n’ont pas entraîné la ruine de l’organisation familiale. Au contraire, on a assisté à la coexistence et à la superposition de l’organisation sociale com­munautaire de type familial et l’organisation étatique. Cela a été rendu possible par différentes raisons, dont entre autres, les suivantes :

a) Les rapports de propriété n’ont pas réellement changé. Malgré le principe que les terres sont la propriété absolue du nouveau roi ou empereur, la propriété col­lective, la propriété familiale demeurent, au niveau des communautés de base, l’essence des rapports des membres avec les moyens de production et le milieu environnant.

b) La division des classes n’atteint pas un degré antagonique rendu possible par une exploitation et une oppression intolérable. Le paiement du tribut prélevé sur les communautés par l’Etat et les classes dominantes ne représente pas les 5/6 de la récolte. Il ne remet pas en cause les conditions qui assurent la repro­duction du paysan travailleur et de la structure familiale dans les limites de l’éco­nomie communautaire.

c) La monnaie n’est pas perçue comme l’équivalent universel dominant tous les rapports économiques et le système des échanges, contrairement à ce qui se passe en Europe où Engels note : "C’est de là que l’économie monétaire, se développant, pénétra comme un acide dissolvant dans le mode d’existence traditionnel des communautés rurales basé sur l’économie naturelle".

Tout cela ramène à ce qu’ "il n’y a ni argent, ni avance, ni dettes" dans les socié­tés africaines précoloniales où l’Etat est apparu au-dessus des communautés ethnoculturelles de base.

Ce mode de production que Samir Amin caractérise de tributaire par son mode d’exploitation possède 4 caractéristiques essentielles :

1°) L’extraction du surproduit est obtenue par des moyens non économiques, le producteur n’étant pas séparé de ses moyens de production.

2°) L’organisation essentielle de la production y est fondée sur la valeur d’usa­ge et non sur la valeur d’échange.

3)L’extraction du tribut n’est jamais obtenue par le seul exercice de la violen­ce, mais exige un certain consensus social qu’assure l’idéologie religieuse.

4°) L’apparence de stabilité et même d’immobilisme semble caractériser ces for­mations.

L’Etat précolonial intégré dans un vaste réseau d’échange commercial interré­gional, transaharien, puis atlantique connaîtra dans le cas wolof, deux phases d’évolution - une première phase d’équilibre constitutionnel, en fait un compromis entre lignages dominants que justifie l’existence d’un conseil d’électeurs à côté du pouvoir de décision du souverain - une deuxième phase, inaugurée par Lat Sukabé FAL (1697-1720) qui est la rupture du compromis et la concentration du pouvoir monarchique entre les mains du souverain en rapport avec une volonté de monopoliser, pour en tirer le maximum de profit, le commerce esclavagiste atlantique.

Les formations précoloniales n’ont pas permis, malgré leur évolution (spéciali­sations artisanales, existence des marchés urbains, progression de l’Islam comme religion universelle) et les brassages multi-ethniques qu’elles ont favorisés le passage au fait national proprement dit. La raison essentielle en est la faiblesse du surplus économique. Samir Amin écrit : "Ce surplus faible, n’exige pas d’unifica­tion économique ; il circule peu, et la société reste un conglomérat de régions insuffisamment intégrées pour être national" [7].

Parlant de l’économie cayorienne du XVe siècle, Pathé Diagne constate : "le com­merce local est faible parce que l’économie familiale de subsistance prédomine. Les biens qui font l’objet de commerce local de détail tels que le sel et le poisson séché abondent, ce qui exclut toute spéculation" [8].

Amady Aly Dieng constate aussi cette faiblesse du commerce des Etats wolof avec le Sahara. Il écrit : "les Etats wolof entretenaient des relations commerciales très faibles avec le Sahara. Ils fournissaient au début du XVIe siècle un peu d’or et beaucoup d’esclaves. Jusqu’au XVe siècle, le seul commerce extérieur connu au Sénégal était celui qu’il entretenait avec le Sahara et notamment avec le Maroc.

Celui-ci était faible [9]. Boubacar Barry lui-même précise : "le commerce transaha­rien était néanmoins limité, en raison de la longue et pénible traversée du désert, et son rayonnement touchait à peine le littoral atlantique" [10].

La faiblesse du surplus et par conséquent le caractère limité des échanges inter-régionaux, et externes n’ont pas permis d’exercer sur l’économie d’autosub­sistance une action dissolvante et créer une nouvelle base économique solide d’agrégation et de ségrégation intense unificatrice des différentes sociétés en pré­sence.

Samir Amin estime que c’est là "une raison qui a empêché les Etats africains au Sud du Sahara de survivre, ne serait-ce que comme nations embryonnaires, après la disparition du commerce saharien" [11].

L’Etat précolonial a assuré sa reproduction particulièrement au niveau spatial par le moyen principal de l’expansion territoriale par la conquête militaire, ce qui a aussi déterminé son instabilité. Il a été cette énorme pieuvre étendant ses ten­tacules très loin sur les communautés de base et au gré des revers militaires les ramenant sur elle-même pour finir par dépérir et disparaître.

Dans ce cadre précis, le pouvoir précolonial au XIXe siècle en surexploitant la paysannerie pour tirer le maximum de profit du commerce esclavagiste atlantique précipitera les sociétés dans le déchirement et la décadence dont le point culmi­nant a été la conquête coloniale.

L’évolution historique ne pouvait en être autrement d’autant que la résistance des paysans contre l’exploitation et l’arbitraire de la monarchie n’était pas pour modifier l’état social en leur faveur en tant que classe sociale, pour un nouveau mode de production et un nouveau régime social, mais seulement pour échapper à leur condition d’opprimés.

III - LE DÉVELOPPEMENT INÉGAL

Le capitalisme colonial inspiré par la rivalité inter-impérialiste et par la néces­sité du partage du continent entre les différentes puissances procédera au décou­page artificiel des grands espaces socio-culturels et politiques traditionnels pour donner naissance à des micro-états. Ebenezer Kotto Essome décrit ainsi le résul­tat actuel de ce partage colonial :

"Les 52 Etats, nés pour la plupart de la grande décolonisation des années 60 n’ont "trouvé" leurs frontières ni dans les configurations des aires socio-cultu­relIes, ni dans le tracé des régions géographiques naturelles, ni dans la genèse de l’histoire du continent, mais seulement dans l’histoire européenne du XIXe siècle. Bref, ces frontières autour desquelles se développent chaque jour des conflits ne sont que l’héritage du jeu des chancelleries européennes du XIXe siècle" [12].

L’économie coloniale va, elle, intervenir au niveau même des conditions de pro­duction des sociétés ethniques communautaires.

"Le développement du capitalisme, même dans une zone de la périphérie, sépa­re l’homme de son produit, le détache de son environnement habituel, le prive de son droit de disposer de sa propre force de travail et de celui de jouir de ses biens agricoles. C’est par l’envergure et l’intensité de cette dislocation des modes domes­tiques de production, de distribution et d’échange que le système colonial se mani­feste en tant que tel" [13].

L’Etat colonial aura justement pour fonction d’organiser dans la violence cette dislocation par le régime du travail forcé et de l’indigénat afin de libérer la main­-d’œuvre pour le capital.

La Prolétarisation

Le phénomène de prolétarisation va être donc l’aspect essentiel du développe­ment du capitalisme en Afrique. "Capitalisme suppose main-d’œuvre prête à se vendre sur le marché du travail, donc tout développement capitaliste suppose au préalable, mais aussi simultanément, que la main d’œuvre soit arrachée de diverses façons aux équilibres millénaires des sociétés "traditionnelles" et amenée à quitter définitivement ou provisoirement sa communauté et son système de pro­duction originel" [14]. Les pressions multiformes du capital sur les campagnes sou­mises aux cultures de rente (arachide, coton, café, cacao, etc.) conduisent à des destructurations des communautés paysannes et favorisent donc des mouve­ments migratoires de main-d’œuvre ; elles créent l’existence de fortes concentra­tions démographiques dans certaines zones au détriment d’autres, et par consé­quent la sur-exploitation de la nature et l’épuisement des sols. Ainsi Bernard Founou T. écrit :

"Avec la pénétration du Capital à la campagne, les conditions d’accès à la terre se sont transformées. Dans certains cas les structures de l’économie de traite, basées sur la minimisation du capital ont pu provoquer un accroissement démographique.

En effet, l’exploitation sans investissements pousse les familles paysannes à augmenter le volume de la force de travail domestique.

Mais il arrive un moment où malgré l’accès relativement automatique à la terre, un véritable prolétariat sans terre apparaît. Ce phénomène est aggravé dans cer­taines régions de mise en valeur capitaliste précoce où les rendements décroissants condamnent aux mouvements migratoires.

Il résulte de ces pressions une altération des règles antérieures d’accès à la terre. La proportion des migrants s’accroît et parfois même, la migration définitive s’impose. A ces phénomènes résultants d’un développement interne de l’économie de traite, il faut ajouter les migrations déclenchées dans les régions réserves pour des raisons "extérieures", telle que la nécessité de payer l’impôt de capitation.

Ces conditions ont été réunies dans le cadre du Sénégal" [15].

La Spécialisation régionale

Le développement du capitalisme dans la plupart des Etats africains s’effectue donc selon une certaine "régionalisation" économique qui bouleverse ou modifie les anciens équilibres de production et les anciens réseaux d’échanges. La régionalisation liée à la spécialisation économique introduit donc l’inégalité entre les régions et même la marginalisation, la mise en réserve de certaines régions.

La vallée du fleuve Sénégal, très monétarisée durant la période de la traite négrière, s’est trouvée délaissée et est devenue de ce fait un foyer de migration au profit du bassin arachidier qui attirait, phénomène qui a pris fin maintenant, les navétanes du Mali et de la Guinée.

Mais faut-il le préciser, des redéploiements sont toujours possibles qui réin­cluent les régions périphériques pour de nouvelles stratégies économiques qui laissent celles auparavant centrales dans le dépérissement ou la marginalisation. Ce sera bientôt le cas avec la politique des barrages dans la région du Fleuve et en Casamance.

Le flux migratoire urbain, lui, s’est accentué avec les zones industrielles urbaines.

La spécialisation régionale implique donc une division dans une certaine mesu­re des groupes ethniques différents, ou au sein d’un même groupe ethnique, oppo­se des fractions qui, en leur sein, se trouvent découpées. Ce développement éco­nomique inégal entre régions privilégiées et régions périphériques délaissées intro­duit le problème ethnique dans toute sa dimension économique moderne, mais aussi culturelle du travail. Tel groupe ethnique devient hégémonique dans la société. Son espace économique est celui qui est mis en valeur par le capitalisme. La majorité des intellectuels est issue en son sein ; sa culture et sa langue domi­nent celles des autres.

La spécialisation régionale polarise ainsi une certaine division ethnique de l’es­pace. "Ce développement inégal, écrit Jean Copans, avantage selon les périodes, des types de milieu, de production ou de forme sociale. Ces avantages frappent des groupes de même origine. L’ethnie s’intègre alors l’espace socio-économique des besoins du commerce puis de leur mise en valeur du capital" [16].

Ce développement inégal engendre le phénomène courant en Afrique où des groupes ethniques marginalisés, frustrés se replient sur eux-mêmes, revendiquant leur identité et même leur autonomie, et cela jusque par la violence.

IV - L’ÉTAT MODERNE ET LA FORMATION SOCIALE "NATIONALE"

Le phénomène national est généralement lié d’après l’histoire des sociétés occi­dentales à l’avènement du mode de production capitaliste. "C’est la bourgeoisie qui a été en Europe, aux États-Unis, enfin au Japon, l’agent historique décisif du triomphe du mode de production capitaliste et de l’instauration de la société natio­nale" [17]. Dans ce cadre, la nation se définit selon le même auteur, par "la prédomi­nance d’une langue écrite commune officielle, par un marché servant de régulateur à la production des marchandises, enfin par un pouvoir global, de nature politique dont l’extension est limitée le plus souvent par la coïncidence entre le champ de la langue officielle et le marché intérieur" [18]. La nation est donc un pro­cessus d’agrégation et de ségrégation culturelle et politique commandé dans un champ et un espace déterminé par les intérêts d’une bourgeoisie marchande, industrielle et bancaire.

"La nation suppose l’ethnie mais la dépasse selon Saad Zahran, elle apparaît en effet si, de surcroît, une classe sociale, qui contrôle l’appareil central d’Etat, assure une unité économique de la vie de la communauté, c’est-à-dire si l’organisation par cette classe dominante de la génération du surplus comme celle de la circulation et de sa distribution solidarisent le sort des provinces"18.

Or les Etats africains, aujourd’hui connaissent des formations sociales dans le cadre déjà des frontières artificielles,oùlecapitalismequi y domine est un capitalisme périphérique, dépendant.
Un tel capitalisme entraîne un développement inégal qui lui-même entraîne un inégal développement des classes sociales aussi bien dominantes que dominées. En effet, persistent les anciennes formes sociales que sont la parenté, l’ethnie, les castes ainsi que les idéologies précapitalistes qui leur sont liées. Ces formes sociales traditionnelles, ces rapports s’enchevêtrent avec la division capitaliste du travail qui finalement faute dans ce cas de pouvoir les détruire, les conserve, les soumet d’une manière informelle à sa propre loi de développement élargi.
Les formations sociales "nationales" en Afrique connaissent donc des rapports sociaux d’une grande hétérogénéité, le conflit bourgeoisie/prolétariat existant n’y est pas pour autant moléculaire. La société se trouve fortement émiettée, fragmentée, fractionnée.
Et l’unification des groupes et des classes inégalement dominées dans les parties diverses d’un même espace à l’intérieur de la structure spécifique des deux classes fondamentales du mode de production capitaliste constitue sans conteste, un danger pour les classes dirigeantes. C’est pourquoi dans ces formations sociales, l’état hétérogène et dispersé des groupes et des classes dominées, l’absence d’un champ social cohérent sont une condition favorable à leur domination. Les pouvoirs africains se maintiennent et se stabilisent justement sur la base de l’hétérogénéité et de la faiblesse des groupes et des classes dominées que facilitent les politiques de manipulations [19].
Il y a un décalage entre les rapports sociaux capitalistes et les modes d’expression politiques des classes dominées qui empruntent souvent les réseaux locaux traditionnels de la famille, de la parenté, de l’ethnie, de la confrérie. Ainsi il se révèle, en dépit des discours, qu’il n’y a souvent aucun intérêt à la constitution effective d’une nation, ce qui reviendrait à unifier dans un champ social cohérent les différentes contradictions de la société dominée.
La construction d’une nation lui est impossible puisque c’est le déploiement même du capital impérialiste qui entraîne la différenciation et l’inégalité sociale au sein de la variété des groupes sociaux et ethniques, il en découle que du fait de l’inégal développement, les bases du pouvoir d’Etat sont plus multirégionales que nationales. La nation africaine définie comme "commun vouloir de vie commune" pose donc problème.
Du fait du caractère dispersé que le contrôle étatique direct ou indirect a nécessairement et du fait de l’existence d’idéologies locales ethniques, l’Etat africain se voit obligé de construire son hégémonie sur la base du clientélisme. Mais paradoxalement, le type de capitalisme en Afrique entraîne la faiblesse des classes dominées, entraîne en même temps celle des classes dominantes. En effet, l’émiettement régional et la marginalisation ethnique qu’introduit le développement intérieur inégal écartent l’existence d’un champ proprement national. Il n’y a pas un marché intérieur national et la bourgeoisie est dépendante de l’extérieur. Ainsi se pose inévitablement et parfois douloureusement l’épineux problème des particularismes ethniques et régionaux qui menacent comme on dit "l’intégrité territoriale" et "l’unité nationale". Il y a ainsi la difficulté du contrôle étatique, de la centralisation étatique.
Le clientélisme ethnique et régional qui lui-même est l’instrument d’organisation du pouvoir d’Etat finit par affaiblir celui-ci et le parasiter du fait de ses corollaires : le favoritisme, le népotisme, la médiocrité, le gaspillage, la corruption. A ces faiblesses s’ajoute pour les Etats, celle de l’absence d’une idéologie nationale. Les Etats n’ont pas ainsi les moyens adéquats d’un contrôle idéologique, homogène, prégnant sur la "société fragmentée". Cette faiblesse est d’ailleurs plus cruellement ressentie avec le réveil d’un Islam populaire à la faveur de la crise économique. Les Etats africains tentent alors de travailler le champ religieux pour faire de l’Islam une idéologie d’Etat avec toutes les contradictions qui en découlent : conversions spectaculaires à l’Islam de chefs d’Etat, réformes constitutionnelles islamiques et application de la charia, remise en cause biaisée de la laïcité, etc...
L’objectif de tout cela est d’arriver à "unifier idéologiquement les masses", tenir en coupe réglée la société civile et contenir les déséquilibres, les tensions et ruptures potentiels. C. Coulon précise cela : "Aujourd’hui l’Etat ne peut plus ignorer le dynamisme de l’Islam d’où la nécessité où il se trouve de travailler le champ religieux, de le "nationaliser", voire de s’appliquer à exercer sur lui une sorte de monopole. Quelquefois, l’Etat essaie ainsi d’organiser lui-même la communauté musulmane et se doter d’une sorte d’Islam officiel. Il essaie ainsi de détourner à son profit la légitimité religieuse" [20].
Tout ceci manifeste la fragilité des Etats africains modernes qui voient périodiquement leur hégémonie en crise face aux fermentations de la société civile et au développement de forces centrifuges que secrètent la crise économique, le marasme général, le désarroi et le dénuement des classes populaires africaines.
Ces forces centrifuges multiformes essaient d’ailleurs à leur tour d’intervenir sur le champ politique de l’Etat, de ses appareils pour le "travailler" afin de l’affaiblir et de remettre en cause son hégémonie. Le pouvoir devient ainsi le lieu de stratégies matrimoniales, confessionnelles, ethniques, etc...


V - LA PRÉSERVATION DE L’IDENTITÉ CULTURELLE

Le cadre national est encore celui dans lequel s’exprime le mode global d’existence des sociétés de notre temps, ceci en rapport avec une lutte de classe dont le caractère international est pour nous indubitable.
Ce processus d’agrégation et de ségrégation qu’est la nation connaît des variantes.
On peut distinguer :
- Des nations avec différentes ethnies (la France, la Grande-Bretagne, la Belgique, la Suisse, etc.)
- Des nations proprement dites fondées sur une quasi-homogénéité et une quasi-unité ethnoculturelle interne (Allemagne, Pologne, Japon, Italie).
- Des nations à diversités ethno-culturelles (l’URSS, la Chine, les U.S.A).
Les formations africaines telles que le développement inégal les façonne connaissent un processus d’agrégation et de ségrégation des groupes ethno-culturels mais qui laisse la question nationale plus inachevée et plus ouverte qu’ailleurs pour toutes les raisons évoquées.
Celle-ci, pour s’inscrire dans un destin heureux de l’Afrique, implique de nombreuses conditions, dont les principales à notre avis sont les suivantes :
1) Il faut que l’Afrique sorte du temps colonial et du temps précolonial.
P. Fougeyrollas écrit : "Finalement, l’épanouissement des sociétés nationales en Afrique et la préparation d’un stade ultérieur à la forme nationale d’organisation de la vie collective exige que soit brisé l’actuel rapport de forces, qui, à l’échelle mondiale, place l’Afrique, comme l’Asie - sauf le Japon et la Chine - et l’Amérique Latine, sous la domination implacable des puissances industrielles de l’Europe et de l’Amérique du Nord" [21].
Ce mouvement historique doit être assumé quant à sa direction par la classe qui n’a aucun intérêt égoïste, étroitement national, aucun égoïsme territorial, par la composante africaine de la classe universelle souffrante, le prolétariat. Ce mouvement doit venir d’en bas, c’est-à-dire connaître la participation des larges masses prolétariennes et non prolétariennes, de l’ensemble donc des composantes ethniques des sociétés africaines contemporaines. En effet, les transformations sociales, historiques, culturelles sont si larges et si profondes à l’époque de la révolution prolétarienne et particulièrement dans les formations sociales périphériques que Marx recommandait déjà au prolétariat de ne jamais être seul, mais de tout faire pour assurer ce qu’il appelle "l’ampleur de la participation de la masse historiquement active".
2) Il faut, selon la belle formule de Boubacar Barry, parlant de la Sénégambie, recentrer l’Afrique sur elle-même : "La Sénégambie pour régénérer, dit-il, devra briser les frontières artificielles et peut-être aussi tourner le dos à la mer" [22].
C’est le remembrement de l’espace économique sous-régional, régional et même continental sur des bases fédérales ou confédérales correspondant effectivement au vécu historique de masse des peuples africains, pour édifier des économies autocentrées, endogènes fécondant l’Afrique et enrichissant ses fils ;
3) Il faut également ce que j’appelle "La révolution alphabétique" de l’Afrique, c’est-à-dire, l’écriture de ses langues et leur parler dans tous les domaines de la vie politique, économique, scientifique, juridique, technologique, artistique, etc..., la préservation de la langue de chaque groupe ethnique, donc celle aussi des minorités et leur enrichissement moderne.
4) Il faut enfin des politiques culturelles qui assurent :
- la préservation des biens artistiques, culturels, des sites historiques, de tous les biens collectifs de chaque communauté ethnique, ainsi que la popularisation de ses richesses dans l’ensemble multinational.
- le développement d’une pensée stratégique révolutionnaire et critique pour les masses africaines qui intègre le sentiment d’appartenance historique et de parenté commune des différentes communautés ethno-culturelles et celui d’un même destin historique que modèle un même cadre existentiel : la domination impérialiste.
Mais préalablement à tout cela faudrait-il encore l’amorce réelle de directions et de mouvements africains véritablement marxistes qui :
. se penchent sur les problèmes complexes de l’identité ouvrière africaine, sur le vécu existentiel de la classe ouvrière africaine et les ambiguïtés culturelles et sociales de sa conscience de classe, du fait même des conditions particulières de sa "production" en tant que classe dans les conditions du capitalisme périphérique et du développement inégal ;
. sortent des sentiers battus de l’idéologisme, des schémas préétablis, de la facilité et par conséquent de la dégénérescence bureaucratique inévitable, du clientélisme et du réformisme.
. régénèrent et enrichissent la pensée marxiste par un bilan sans complaisance des expériences du mouvement communiste international et celles des mouvements de libération nationale en Afrique.
. réinventent le marxisme à partir des réalités africaines sur les plans de la politique, de l’éthique, de l’esthétique en s’appuyant sur la dialectique matérialiste indomptable et l’humanisme complet de Marx, et en se nourrissant du génie créateur immense des peuples africains.
Sans quoi, si le développement inégal et l’enseignement de l’étau impérialiste se poursuivent dans les prochaines décennies sur le continent y aggravant la vie et y engendrant la mort, ils peuvent alors générer ce qu’ils portent aussi en eux pour les sociétés africaines assiégées : la possibilité de transition lente et trouble vers la décadence.


[1] Article publié dans la Revue Sénégalaise de Philosophie no 7 et 8. Janvier-Décembre 1985.

[2] K. Marx : Formes qui précèdent la production capitaliste, in sur les sociétés précapitalistes. Paris. CERM. ed. sociales 1973.

[3] Claude Meillassoux : Essai d’interprétation du phénomène économique dans les sociétés traditionnelle d’auto­-subsistance, cah. d’ét. afr., n° 4, Paris 1976. Femmes, greniers et capitaux, ed. Maspero, Paris 1975.

[4] P. Fougeyrollas : La question nationale en Afrique, in Etudes modernes. revue trimestrielle,n° 24, ISHM. Bamako. 1978. pp. 41-42.

[5] Etienne Leroy : Mythes, violence et pouvoirs. Le Sénégal dans la traite négrière, revue politique africaine n° 7. Sept. 82, éd. Karthala, Paris. pp. 55-56.

[6] Engels : L’origine de la Famille, de la Propriété privée et l’Etat, éd. sociales, Paris 1973. p. 119.

[7] Samu- Amin : Le Développement inégal Paris 1973. 00. de Minuit. 19 p. 23. 7

[8] Pathé Diagne : Pouvoir politique traditionnel Paris. PA 1976. pp. 96-97.

[9] Amady Aly Dieng : Les formations sociales en Afrique occidentale précoloniale. Dakar. Ronéo. p. 22.

[10] Boubacar Barry : Le Royaume du Waalo, ed. Maspero. Paris 1972, p. 70.

[11] Samir Amin, op. cit., p. 23.

[12] Ebenezer Kotto Essome : L’Afrique ou l’identité perdue, revue science et vie, Juillet 1978. n° 730. p. 46.

[13] African Labour History. PCW Gutking. R Cohen, J. Copans. London Beverly HiIls. 1978, p. 11.

[14] Pierre Philippe Rey, Capitalisme négrier. La marche des paysans vers le prolétariat, ed. Maspero. Paris 1976, p.195.

[15] Bernard FOUNOU Tchuigoua : Fondements de l’économie de traite au Sénégal. La surexploitation d’une colonie de 1880 à 1960, éd. Silex. Palis 1981. p. 46.

[16] Jean Copans. Ethnies et régions dans une formation sociale dominée. Hypothèse à propos du cas sénégalais, Revue Anthropologie et Société. Canada 1978. vol. 2. n° 1. p. 102.

[17] Pierre Fougeyrollas : La question nationale en Afrique, études maliennes n° 24. ISHM. Bamako. 1978. p. 47.

[18] Idem. p. 42.

[19] Toutes ces idées sont remarquablement traitées par Jean Copans From Senegambia to Senegal. The Evolution of Pesantries. in Peasants in Africa. Historical and contemporary perspectives. Martin A. Klein Editor, sage publications Beverly Hills, London 1980.

[20] -Christian Coulon : Les Musulmans et le Pouvoir en Afrique. ed. Karthala. Paris 1983. p. 76.

[21] op. cit. p. 49.

[22] Boubacar Barry : Anthropologie économique de la Sénégambie précoloniale du XVe au XIXe siècle, in les Migrants de l’économie monétaire en Sénégambie sous la Direction de Lucie Colvin, Roméo, p. 61.




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