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5.SPARTACUS, CRIXOS ET OENOMAOS : L’EPOPEE TRAGIQUE DES CHEFS DE LA REVOLTE SERVILE DE 73 AVANT J.C CHEZ LES AUTEURS ANCIENS
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Ethiopiques n° 64-65 revue négro-africaine
de littérature et de philosophie
1er et 2e semestres 2000

Auteur : Saliou Ndiaye [1]

De 73 à 71 av. JC, la partie méridionale de la péninsule italienne fut le théâtre d’événements généralement connus sous le nom de bellum Spartacium [2] du nom de son chef principal. Cette appellation ne correspond pourtant pas à sa véritable nature. En réalité, SPARTACUS ne fut qu’un des chefs du mouvement et son action personnelle ne représente qu’une faible partie de l’action générale d’une bande de gladiateurs fugitifs qui, en 73, avaient déclenché la révolte. Mais très vite des masses d’esclaves rejoignirent le mouvement et en modifièrent l’aspect primitif. Ce fut aussi la dernière et la plus dure des guerres serviles qui agitèrent le monde romain. Durant toute l’Antiquité, les Romains en gardèrent un souvenir ineffaçable [3] que nous proposons d’appréhender à travers les sources anciennes, en analysant la genèse de la révolte de 73 à 71, ses causes, son déroulement ainsi que ses conséquences.
L’histoire de la révolte paraît être un tissu de contes et de légendes. Les historiens romains qui en parlent sont unanimes à souligner son extrême gravité.
Salluste se voit obligé de remonter au soulèvement du Latium et des villes latines pour trouver quelque chose d’analogue [4]. D’après Eutrope ce fut une guerre "presque aussi terrible que fut celle d’Annibal" [5]. Florus ne sait même pas quel nom donner à cette guerre où "le désastre s’ajoutait au ridicule" [6].
Le prélude de la révolte commence en 73 lorsque, les deux cents gladiateurs du Ludus que dirigeait à Capoue un certain Cnaeus Lentulus Baliatus, résolurent de s’évader ensemble [7]. Les affaires de ce manager paraissaient prospères car le nombre de ses élèves était assez élevé ; il y en avait de toutes les nationalités surtout des Thraces qui avaient la réputation d’être particulièrement ardents au combat. L’un d’eux se nommait Spartacus, c’était un "myrmillo habitué à combattre torse et jambes nus" [8]. S’il faut en croire Appien, c’était un prisonnier de guerre réduit en servitude, ensuite vendu au marchand de gladiateurs [9]. Plutarque le trouve très distingué d’aspect, ressemblant par l’intelligence, plus à un hellène qu’à un barbare [10]. Parmi ses camarades, il passait pour être doué d’une puissance surnaturelle et voué à un avenir mystérieux. Il avait auprès de lui, une femme, thrace comme lui, qui prétendait être initiée aux mystères de Bacchus et recevoir des révélations divines [11]. Elle ne le quitta jamais au cours de sa carrière mouvementée [12].


Il est impossible d’établir si SPARTACUS fut l’inspirateur et l’organisateur du complot. Car selon Appien, il "persuada soixante dix de ses camarades à recouvrer la liberté, plutôt que de se voir réduits à servir de spectacle dans les arènes des Romains". Eutrope, en revanche, ne lui attribue aucun rôle dominant et le place au même niveau que ses collègues, les Gaulois CRIXOS et ŒNAMAOS "soixante quatorze gladiateurs ayant brisé les portes du lieu de leur exercice à Capoue, s’enfuirent sous la conduite de Spartacus, Crixos et ŒNAMAOS" [13]. Ils seront également mis sur le même rang par d’autres auteurs [14].
Tous, s’étaient esquivés les mains vides, mais avant de quitter Capoue ils rencontrèrent un convoi d’armes destinées à un autre Ludus des environs. Ils s’en emparèrent en jurant solennellement de les utiliser pour conquérir la liberté et l’indépendance [15]. Appien ignore ce pittoresque incident. Il se borne à constater que Spartacus se dota, lui et sa bande, d’armes de tout genre dont ils dépouillèrent quelques voyageurs [16]. Velleius Paterculus également, ne signale parmi leurs premiers exploits que quelques villages pillés [17]. Aussitôt après leurs méfaits, ils montèrent se retrancher au sommet du Vésuve, et se mirent à fortifier autant que possible leur position. Dès que la nouvelle de leur établissement fut connue, d’autres esclaves fugitifs, affluèrent chez eux.
Ainsi se forma un premier groupe de gladiateurs et d’esclaves fugitifs [18]. Bientôt Spartacus groupa autour de lui jusqu’à sept mille hommes. Ce groupement n’avait, semble-t-il, d’autre ambition que de vivre de rapines. Le commandement suprême était exercé par Spartacus, secondé par ses deux collègues ŒNAMAOS et CRIXOS [19]. Le butin était partagé entre tous les membres du groupement avec une si grande justice, affirme Appien, qu’elle lui attira rapidement beaucoup de monde" [20].
Inquiet, le Sénat, avec l’intention d’écraser dès le début cette inquiétante tentative, dépêcha sur les lieux de leur retraite, le préteur Claudius Pulcher à la tête de trois mille hommes [21]. Celui-ci entreprit un siège en règle de la montagne et fit occuper par ses troupes, toutes les issues praticables, espérant ainsi réduire l’ennemi par la faim. Mais les assiégés eurent recours à un stratagème assez osé [22]. Ils descendirent un à un, pendant la nuit, jusqu’au bas du précipice. Après quoi, ils s’approchèrent du camp romain sur lequel ils tombèrent par derrière. Les soldats romains en proie à une folle panique s’enfuirent honteusement [23].
Cette victoire renforça considérablement le prestige de Spartacus parmi la population libre et servile. Bientôt il se trouva à la tête de dix mille hommes qu’il fallait organiser et discipliner, leur procurer des armes, des chevaux, enfin les nourrir [24]. Trois corps furent formés, chacun sous le commandement personnel de l’un des trois chefs, ainsi que des compagnies spéciales qui parcouraient la campagne et enlevaient le bétail, les munitions et les vivres.
Mais ce qui semblait paradoxal est le fait que les rebelles ne bougeaient pas encore de leur montagne. Ce n’est qu’après avoir instruit et équipé définitivement ses troupes que SPARTACUS se mit en campagne. Sa stratégie consistait à dépouiller de tout ce qui était possible les propriétaires ruraux, ensuite il s’attaquait aux villes. C’est ainsi que plusieurs agglomérations des campagnes, parmi lesquelles Abella, Nole et Nucérie en Campanie[- Sall. Hist.. III, 97-98 ; Flor.. II, 8, 3 ; Orose V, 24, 2, App.. S.C.. l, 117,547.]], tombèrent en son pouvoir. Lors de la prise des villes, sa tactique habituelle semblait avoir été d’ouvrir d’abord les portes des prisons ensuite de mettre en liberté tous les esclaves. Ainsi tous ceux qui lui devaient la liberté ne manquaient pas de se joindre à ses troupes et surtout, lui fournissaient des indications utiles sur l’état de fortune des principaux habitants. Enfin après le règlement sommaire de certaines rancunes personnelles, le pillage des lieux était organisé de façon systématique et minutieuse [25].
Ces exploits attiraient à lui d’autres déshérités et à sa troupe démesurément accrue, il distribuait des peaux pour vêtements, des bâtons durcis au feu en guise de lances, des fonds de paniers d’osier comme bouclier [26]. Cependant, cet accroissement des effectifs ne manqua pas d’engendrer d’autres problèmes dont le principal était celui du ravitaillement régulier de la troupe. C’est ce qui explique ou légitime les raids de ses maraudeurs. Spartacus semblait les désapprouver, Crixos et CENAMAOS eux semblaient y prendre goût. Un certain désaccord régnait dans le camp des rebelles. Spartacus, considéré comme modéré et autour duquel se groupaient les éléments orientaux, était d’avis de se réfugier à nouveau dans les montagnes et épuiser l’ennemi dans une guerre d’embuscade. Crixos, à la tête de dix mille hommes en majorité des Gaulois et Oenomaos, avec ses trois mille hommes n’étaient pas du même avis. Ils préférèrent continuer à se battre et à poursuivre le pillage de la péninsule. Ces divergences de vues ont, dans une certaine mesure, provoqué la dislocation du mouvement. Crixos à la tête de ses partisans se rendit en Apulie, Oenomaos en fit de même, Spartacus, ferme dans sa décision, se retira avec ses trente mille hommes dans les montagnes [27]. La masse servile s’était coupée en deux, mais cette séparation allait être funeste à Oenomaos et à Crixos.
Après avoir mesuré la gravité des événements, le Sénat se montra décidé à mettre un terme à cette révolte servile. Les six légions, émanation des levées massives de 72, furent réparties entre les deux consuls. L. Gellius Publicola ; Cn. Cornélius Lentulus Clodianus et le propréteur g. Arrius [28]. Publicola et g. Arrius, combinant leur action, pressèrent l’adversaire le plus faible OEnomaos qui fut tué dans un premier combat [29] contre les troupes d’Arrius. Gellius, lui, se chargea d’aller à la rencontre de Crixos. Mais, à la première rencontre avec Crixos, le consul fut battu et il ne dut son salut qu’à la fuite. Son camp abondamment pourvu de vivres et de minutions, dont la presque totalité était encore intacte, tomba dans les mains des rebelles. Mais ce succès fut en même temps la cause de leur perte. Car au lieu d’achever la défaite des troupes romaines, les hommes de Crixos se précipitèrent sur les trésors et se livrèrent à une orgie formidable en oubliant complètement l’ennemi. Celui-ci revint le lendemain et les rebelles pour la plupart complètement ivres, se laissèrent battre sans résistance. Crixos lui-même fut tué pendant la bataille, les débris de ses troupes rejoignirent Spartacus en lui apportant la triste nouvelle [30].
Le consul Lentulus Clodianus, à la poursuite de Spartacus, après avoir occupé une position extrêmement avantageuse sur les hauteurs d’où il dominait les rebelles, s’obstinait à rester inactif, sous ce prétexte singulier rapporté par Salluste [31], qu’il "voulait attendre l’arrivée de L. Gellius Publicola et g. Arrius, leur infligeant la même débacle" [32]. Le camp romain et tout ce qui s’y trouvait fut abandonné aux rebelles. Parmi les prisonniers, on compta trois cents citoyens romains. Mais au lieu de les égorger séance tenante, Spartacus les contraignit à s’affronter dans le duel à mort d’un immense munus, dédié à la fois à la mémoire de Crixos et à la cause des gladiateurs [33]. Après quoi, il commença son exode. Au lieu de mettre à exécution son projet de franchir le Pô à la tête de ses partisans, Spartacus renonça brusquement à son plan primitif et ordonna de faire demi-tour, en proclamant qu’il avait désormais l’intention de marcher sur Rome afin de s’emparer de cette ville, d’y assurer définitivement son triomphe.
A la nouvelle de sa contre-marche, durant l’été 72, la panique bouleversa l’Urbs. On n’avait pas d’autre préoccupation que celle d’organiser sur place, la défense de la capitale face aux troupes du Thrace [34].
Mais en cette année 72, figurait parmi les préteurs M. Licinius Crassus, un homme à la fois riche et énergique. Son énorme fortune lui valut le surnom de Dives. Naguère rallié à Sylla le dictateur et maintenant jaloux de la brillante carrière de Pompée, la répression de cette troisième révolte servile lui offrait une splendide occasion de s’illustrer. Le Sénat destitua les consuls défaits par Spartacus et, l’ imperium revint à Crassus. Nommé proconsul, il finança les enrôlements avec ses propres capitaux. Ce qui lui permit de lever, en 72 av. J.C., dix légions dont quatre reconstituées sous ses ordres et six formées par ses soins [35].
Pendant ce temps, les rebelles sont en proie à des dissensions qui, de nouveau, ne manquèrent pas d’avoir des répercussions immédiates sur leur tactique militaire. Le chef thrace revint sur son projet initial de marche sur Rome. Il retourna sur ses pas et revint sur les lieux même où le mouvement avait pris naissance. De là, il espérait joindre la Sicile pour essayer d’y soulever les milliers d’esclaves qui s’y trouvaient [36]. Le chef thrace et sa horde reprirent à nouveau le chemin vers le sud. Sachant qu’il n’aurait pu approvisionner sa troupe s’il l’eût gardée réunie, il se résigna à la fractionner. Mais le proconsul romain tomba sur un de ses corps, six mille esclaves furent tués, neuf cent prisonniers restèrent aux mains des Romains. D’autres détachements serviles furent bousculés à leur tour. Spartacus comprit cette fois qu’il avait affaire à forte partie. Lui et les restes de son armée s’ébranlèrent vers Rhegium, avec l’espoir d’y passer en Sicile sur une flotte de pirates. Mais il négligea de s’entendre d’avance avec les Siciliens et d’assurer en temps nécessaire le transport de ses effectifs et de son matériel par voie maritime. C’est pourquoi, arrivées à la pointe méridionale de la péninsule, ses troupes perdirent inutilement un temps considérable [37].
Crassus sut profiter de cette diversion et réussit à couper toutes les communications de Spartacus avec le reste de la péninsule. De ce fait, la situation devenait pour lui de plus en plus difficile et le moral de ses troupes s’en ressentit aussitôt. Au printemps 71, Spartacus et ses hommes sont défaits. Blessé d’une flèche à la cuisse, il lutta jusqu’au dernier souffle. On ne put identifier son corps parmi les innombrables cadavres qui jonchaient le terrain. Ensuite, ce fut, comme toujours après la mort du chef, la débâcle finale de la troupe. S’il faut en croire Florus, et Salluste, les rebelles surent quand même mourir en héros "chacun en couvrant de son corps le poste qu’il occupait au combat" [38].
Ces affirmations sont difficilement contrôlables, seuls deux faits y apportent une légère touche. Il y eut parmi les vaincus de nombreux fuyards, puisqu’il est établi qu’après cette journée tragique, des foules de rebelles qui avaient réussi à se sauver se réfugièrent dans les montagnes et y formèrent sous le commandement de Publipor, un des lieutenants de Spartacus, des bandes nouvelles qui ont pu subsister un certain temps. D’autre part, six mille rebelles préférèrent se rendre vivants à l’ennemi plutôt que de périr dans la bataille, ce qui d’ailleurs ne les avança pas beaucoup puisqu’ils furent tous pendus aussitôt après, le long de la grande route qui mène de Capoue à Rome [39].
Pendant dix-huit mois les troupes d’anciens gladiateurs et d’esclaves battirent et tuèrent plusieurs préteurs et consuls. Ils s’emparèrent également de nombreuses villes et couvrirent de ruines et de sang la péninsule italienne. Pour les examiner, écrit J. Carcopino, "il aura fallu, en six mois, mobiliser autant de légions qu’en aura César, pendant huit ans, pour conquérir les Gaules, et mille Romains expirèrent sous le fer des vaincus " [40]. Mais en fait, cette révolte servile n’a été terrible que parce que Spartacus, Crixos, Oenomaos et les misérables qui l’avaient conduite avaient été cruellement préparés à la faire et que, sans avoir rien à y perdre, ils y jouaient leur unique chance de salut.


BIBLIOGRAPHIE / SOURCES

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Florus, Histoire Romaine, texte établi et traduit par P. Jal, Paris, Belles-Lettres, 1967, 2 vol
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Salluste, Fragments des histoires, texte établi et traduit par A. Emout, Paris, Belles Lettres 1971.
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OUVRAGES GÉNÉRAUX

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Articles

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Ville (G),"La Gladiature en Occident des origines à la mort de Domitien", Paris.
Westerman (W). The Slave System of Greek an Roman Antiquity, Philadelphia, 1955.


[1] Saliou NDIAYE, Maître de conférence, Université C.A.D de Dakar.

[2] Brisson (J.P.) Spartacus, 2°éd.. Paris 1969 ; Carcopino (J). César. PUF. Paris 1968 ; Westemann W. The slave system of greek and roman Antiquity, Philadelphia, 1955 ; Hopkins (K) Conquerors and Slaves. Cambridge 1978.

[3] Florus, Histoire Romaine, texte établi et traduit par P. Jal. Paris. Belles Lettres 1967. 2 Vol. = Flor.. II. 8. 1. Cf. également Plutarque. Vies parallèles, texte établi et traduit par R Flacelière et Emile Chambry. Paris. Belles Lettres. [Caton l’Ancien. - Flamininus 1969 - Plut.. Cato min... VIII. 1 ; Id.. Lucullus-Crassus. 1972 = Id., Crass.. VIII XI. 1 ; Appien. B.C. 1. 119. 554. Egalement E. Gabba. Appiano e la Storia delle Guerre Civilli Florence 1956. Les deux premières guerres serviles éclatèrent en Sicile, mais la contagion ne gagna que quelques points de l’Italie méridionale. Les Romains les appelèrent ainsi, parce que leur répression exigea de véritables opérations militaires. Dans ces guerres, les forces de l’ordre durent compter, non plus avec des bandes sporadiques mais avec des masses groupant parfois plusieurs dizaines de milliers de personnes. Sur cette question voir ; Hopkins (K). Conquerors p. 1-74. Rappelons aussi qu’en 1918, les masses révolutionnaires allemandes adoptèrent le nom, du gladiateur thrace cf. le manifeste du Spartakusband, rédigé par Rosa Luxembourg et publié le 14 décembre 1918 Cf. GAYE (Nd.). Emergence de la social-démocratie originelle et avènement, puis effondrement du socialisme réel. Quelles leçons des mutations allemandes pour l’Afrique, thèse de doctorat 3° cycle Dakar, 1997,4 tomes. T.I, p. 149-161.

[4] Salluste, Fragments des histoire, texte établi et traduit par A Emout, Paris, Belles lettres 1971 = Sall., Hist.. CVII. Il s’agit de la guerre des socci ou guerre sociale qui éclata en 91 av. J.C. Elle opposa le reste de l’Italie à Rome qui, après les guerres samnites (343-283 av. J.C.) avait eu à assumer l’organisation juridique d’un ensemble territorial complexe où voisinaient : les cités foederatae et dediticiae ; les citoyens optimo jure et sine suffragio. Sans doute en l’absence d’activités militaires, la position de Rome à la tête de l’Italie n’aurait pas été aussi manifeste. Mais le fardeau du service militaire, l’arbitraire brutal des magistrats romains étaient durement ressentis par les alliés qui perdirent patience, se soulevèrent et réclamèrent la citoyenneté complète qui leur fut octroyée en 89 av. J.C. Pour une approche plus complète des différents types de communautés présentes en Italie, CF. Shervin-White (AN.), The Roman citizenship, Oxford, 1973,2° éd., p. 134-149,214-218 ; sur la dimension italienne du problème, voir Momigliano (A), Sagesses barbares, Parts, 1979, p. 39-45.

[5] Eutrope, VI, 7. Il s’agit de la seconde guerre punique (218-201 av. J.C.) que Rome livra contre Carthage dont les troupes étaient commandées par Hannibal. Sur la grandeur et les faiblesses de ce général punique cf. Carcopini (J) Profils de oonquérants, Paris, 1961, p. 109-237.

[6] Flor.. II, 21.

[7] T. L. Per.. XCV, nous dit que Spartacus s’était évadé avec soixante treize de ses compagnons, ce chiffre est confirmé par Velleius Paterculus, Histoire romaine texte établi et traduit par J. Hellegouarc’h, Paris, Belles Lettres, 1982 = Vell. paterc.. II 30, 5. Les combats de gladiateurs sont apparus à Rome de 264 av. J.C. A l’origine, ils ressemblaient à un rite funéraire réservé en propre à l’aristocratie. Cette année-là, les fils de Junius Brutus, décidèrent d’honorer la mémoire de leur père en mettant aux prises, trois paires d’esclaves. ces premiers gladiateurs furent appelés bustuarii, mot qui désignait le tombeau ou le bûcher sur lequel on brûlait le corps. Ce premier combat eu lieu sur le forum Boarium, c’est-à-dire le marché aux bœufs, mais l’usage s’établit bien vite de donner pour cadre le forum à ce genre de manifestation. Les écoles de gladiateurs furent si florissantes et perfectionnées qu’en 1054 av. J.C., le Consul P. Rutilius Rufus ne dédaigna point d’y conduire ses légionnaires afin qu’ils y apprennent leur métier (Valère - Maxime, II, 3, 2.). Pour une connaissance plus approfondie des gladiateurs, voir Ville (G), La Gladiature en Occident des origines à la mort de Domitien. Paris, 1981 et surtout Auguet (R), Cruauté et civilisation, les jeux romains, Flammarion, 1970, p. 15-38.

[8] Flor., II, 8, 12. Le myrmillon était de tous les gladiateurs celui dont on a donné les descriptions les plus diverses : tantôt à partir d’allusions extraites d’Ammien Marcellin tantôt, en s’appuyant à la fois sur Fessus et sur l’étymologie. Certains ont fait de lui un gladiateur "cataphractaire" aux armes pesantes, cuirassé et bardé de fer.
D’autres n’ont voulu voir en lui que l’adversaire attitré du rétiaire, d’autres encore ont affirmé qu’il était grec par le nom, et grec aussi par ses armes et sa manière de combattre. Voir Auguet (R) Cruauté p. 93-94.

[9] Sur les Origines de Spartacus, voir Appien, S.C., 116, 539 : flor.., II, 8, 8 : de stipendiario Thrace miles, de milite desertor, inde latro deinde... gladiator.

[10] Plut., Crass., VIII, 2, flor. II, 8, 8... in honore virium.

[11] Plut.. Crass.. VIII, 3.

[12] App.. B.C.. 1. 116. 540

[13] Eutrope. VI. 7, 2.

[14] T.L.. Fer.. XCV. Orose. V. 24, 1 ; Flor.. 11. 8, 3 : Vell. pater.. 11, 30. 5.

[15] Plut., Crass, VIII. 2-3. Comme l’affirme également Salluste. Ils n’avaient d’autre intention que de changer en meilleur art , le dur esclavage où ils se voyaient réduits..

[16] Appien. B.C.. 1. 116. 540

[17] Vell. Paterc., II. 30, 5.

[18] Vell. Pat.. II. 30.

[19] - Id., ibid., Flor., 11. 8, 3, ; Eutrope. VI, 7.2.

[20] Appien. B.C.. I, 116. 542.

[21] Orose. V. 24, 1.

[22] Sall. Hist., III. 92.

[23] Appien, s.c., I. 116, 540 ; Plut., Crass., IX, 2-4.

[24] Appien. S.C. J. 116, 540.

[25] Salluste, Hist.. III. 98 nous montre leur façon de procéder lors de la prise de Nole, petite ville prospère située à proximité du Vésuve. « ... après quoi, ils laissaient des corps déchirés, demi-morts, sans achever de leur ôter la vie, pour aller ailleurs, jeter du feu sur les toits des maisons. Les esclaves du lieu même que leur mauvais caractère donna bien vite pour camarades aux rebelles, arrachaient des endroits les plus secrets tout ce que leurs maîtres y avaient caché, ou leurs maîtres eux-mêmes... »

[26] Sall.. Hist., 102-105.

[27] Sall., Hist.. III, 96 ; Plut., Crass. IX, 7.

[28] Appien. RC.. 1. 116, 142

[29] Plut., Crass.. IX, 7-9 ; Orase, V, 24, 2-4.

[30] T.L.. Per.. XCVI.

[31] Sall.. Hist., 111. 105.

[32] Plut., Crass., IX, 7-9.

[33] Flor" II, 8, 10 : Plut., Crass" IX, 10. Nous manquons de détails sur l’organisation des combats de gladiateurs, mais l’on sait qu’ils luttaient par couples, ils étaient tous armés de la même façon : long bouclier rectangulaire, épée droite, casque et jambières. Les historiens nous ont surtout transmis le nombre de paires qui variait entre trois et soixante, ce qui est essentiel. C’est que les combats de gladiateurs gardèrent le caractère de manifestations tout à fait exceptionnelles. Ils étaient d’ailleurs fréquemment accompagnés d’un banquet qui prit place sur le forum. Mais ce n’est pas parce qu’ils constituaient une largesse dont le peuple était appelé à bénéficier qu’ils ont été désignés du nom de munus. La raison en est qu’ils représentaient avant tout un devoir rendu aux morts. Avant donc de devenir un spectacle acclamé par les foules, les combats de gladiateurs furent un rite accompli dans le recueillement des cérémonies sacrées. Quel sentiment religieux a poussé les Romains à adopter ces jeux macabres ? Eux-mêmes l’avaient oublié et d’ailleurs la question ne les préoccupait guère. Auguet (R), Cruauté"., p. 17.

[34] Le plus faible effectif est celui donné par Eutrope. VI. 7 : soixante mille hommes, le plus élevé Appien, B.C.. I. 117, 545 : Cent vingt mille : Velleius II, 30, 6, et orose V, 24, 19 se limitent à Quatre vingt dix mille et cent mille hommes, sur la terreur des Romains. Plut., Crass... XI. 1 ; Appien. B.C., 117, 545-548 ; Sall., Hist.. III, 106.

[35] Plut., Crass, II, 3 et N, 1. Sur la rivalité entre Crassus et Pompée, cf.. Carcopino (JI, César..., p. 42-43.

[36] La Sicile devint une province romaine en 227, mais elle fut réorganisée aux termes de la les Rupilia au lendemain de la seconde guerre punique, suite à la défection de l’île. Les Romains cherchèrent à relever l’agriculture qui avait beaucoup souffert des longues hostilités. Ils firent exploiter les terres par des colonies d’esclaves, maltraités, sans vêtements, à peine nourris, ils se procuraient le nécessaire en pillant, détroussant, tuant s’il le fallait les voyageurs ou les paysans. La dernière insurrection que connut l’île éclata en 104, de l’ouest, elle s’étendit à la Sicile toute entière, il faudra deux ans au consul M. Aquillius, pour mettre un terme à ce soulèvement. Voir Hopkins (R), Consuerors..., p. 56-62.

[37] Sall.. Hist.. Iv. 35-36 ; Plut.. Cass.. X. 8 : Appien.. B.C.. 1. 120.556.

[38] Flor.. II. 8. 14 : Sall.. N. 41 : également sur la bataille : Plut.. Crass.. XI. 6-7 ; Appien. B.C.. I. 120. 557-558. Sall.. Hist.. III. 99.

[39] Appien. B.C.. I. 120. 559 : Orose. V. 24. 7. Le long de la via Appia. de Capoue à Rome. Crassus fit dresser six mille croix dont chacune porta son supplicié.

[40] Carcopino (J). César, p. 45.




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