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GASTON BERGER : INTRODUCTION A LA PHILOSOPHIE DE L’AVENIR (SOUS LA DIRECTION DE SOULEYMANE BACHIR DIAGNE DAKAR-NEAS, 1997)
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Ethiopiques numéro 62
revue négro-africaine
de littérature et de philosophie
1er semestre 1999

Auteur : Abdou SYLLA

Contre l’idée reçue, qui réduit la pensée de Gaston Berger à la prospective, cet ouvrage s’attache à dévoiler et à analyser les différents aspects de la philosophie de Gaston Berger.
Cette contribution comporte ainsi trois parties, dont chacune prend en charge une dimension fondamentale de cette philosophie.
La première partie présente non pas seulement l’homme, mais plus essentiellement l’itinéraire philosophique, mieux l’aventure philosophique, qui, pourrait-on dire, va du cogito dans la philosophie de Husserl à la phénoménologie, du temps et à la prospective, en embrassant, en cours de route, divers domaines et activités (biométrie, orientation professionnelle, enseignement supérieur, direction de l’enseignement supérieur, etc.).
Dans cette partie également sont examinés les rapports entre Léopold Sédar Senghor et Gaston Berger. Tâche confiée au regretté Abib Mbaye qui d’emblée relève, entre autres similitudes, la prospective et la planification, et cite à ce propos Senghor qui écrivait : « Or, qu’est-ce qu’un plan sinon un projet prospectif ? »
Senghor ajoute immédiatement qu’il ne retient « dans l’oeuvre du philosophe franco-sénégalais, que ce qui a trait à sa philosophie de l’Action : à la Prospective ».
Senghor et Berger partagent en réalité, selon Abib Mbaye, bien d’autres choses, comme par exemple, « un goût de l’action et une confiance en l’homme », le sens du dialogue, la coopération, la poésie, mais ce qui est fondamental pour Senghor, c’est la prospective, à la fois philosophie de l’action et ce qui permet d’accoucher l’avenir, c’est-à-dire faire advenir des possibles.
Ensuite la démarche théorique, qui est la méthode de Gaston Berger, est analysée par Souleymane Bachir Diagne, qui la définit comme « recherche pure », sans préalable ni préjugé, analyse intentionnelle et « dévoilement » de significations. Cette démarche consiste en réalité à voir, « de plus en plus nettement, de plus en plus profondément, et de décrire fidèlement ».
La seconde partie, consacrée au temps et à la prospective, recense plusieurs types de temps, (temps existentiel, temps opératoire et devenir) ; ce dernier, qui est le temps véritable, est le temps de la prospective. Celle-ci n’est pas une science pour prévoir l’avenir, mais une méthode de pensée et d’action pour construire cet avenir, entendu comme devenir que l’homme construit. Non pas prophétie ou prédiction ou futurologie, mais invention de l’avenir par anticipation.
L’anticipation, donc la prospective, est devenue indispensable, car aujourd’hui, « tout est partout et sans cesse remis en cause », la sécurité menacée, les équilibres rompus, « l’accélération exponentielle », l’instabilité définitive.
L’anticipation, donc la prospective, est devenue indispensable, car aujourd’hui, « tout est partout et sans cesse remis en cause », la sécurité menacée, les équilibres rompus, « l’accélération exponentielle », l’instabilité définitive, etc. Ce qui fait dire à Papa Amadou Ndiaye que la genèse de la prospective se trouve dans les multiples révolutions, scientifiques et techniques contemporaines et dans les mutations profondes et rapides qu’elles engendrent.
Enfin, dans la dernière partie, est examinée la question de la fondation de la caractérologie. Les trois études de cette partie montrent toute l’importance de l’apport de Gaston Berger à cette nouvelle psychologie, même si, comme on le sait, les bases de cette nouvelle science ont été jetées par l’école de Groningue (Heymans et Wiersma), prolongée par les travaux de René Le Senne, maître de Berger.
L’école de Groningue distingue trois facteurs ou dispositions fondamentales constitutives de tout caractère : l’émotivité, l’activité et la secondarité, dont la combinaison a permis d’établir huit (8) types de caractères. Gaston Berger y adjoint deux autres types de facteurs : les facteurs complémentaires (ampleur du champ de conscience, polarité) et les facteurs de tendance (avidité, intérêts sensoriels, tendresse, passion intellectuelle).
Cette contribution confirme l’idée, ou la croyance, selon laquelle la répétition est une vertu de la pédagogie. Aussi, elle nous semble utile, voire indispensable, à tous ceux qui veulent connaître en profondeur et dans les détails l’oeuvre de Gaston Berger.
Il est regrettable que cette équipe de Souleymane Bachir Diagne ait perdu, en quelques mois d’intervalle, deux de ses membres, Abib Mbaye et Papa Amadou Ndiaye. Que la terre leur soit légère et que Dieu les agrée.





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