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DIEU FACE A LA SCIENCE DE CLAUDE ALLEGRE, CLAUDE ALLEGRE, PARIS, FAYARD, 1997, 303 P.
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Ethiopiques numéro 62
revue négro-africaine
de littérature et de philosophie
1er semestre 1999

Auteur : Marianne SOUMARÉ

La confrontation du discours religieux à celui dit scientifique n’a jamais pu laisser, et cela depuis des siècles, aucun homme indifférent. Les rapports entre Dieu et la science ont d’ailleurs été à l’origine de révolution de la pensée humaine, laquelle évolution a fait naître une histoire des sciences.
De la seconde moitié du XVe siècle à celle du XVIe siècle, avec l’émergence de ce vaste mouvement intellectuel, scientifique et artistique que nous connaissons sous le nom de Renaissance, s’installe une rupture par rapport au passé. Celle-ci se caractérise par une extension de connaissances grâce au fleurissement des universités un peu partout en Europe, et de là, par la puissance créatrice de l’homme. La Renaissance, courant tout à fait réaliste, s’affirme en effet concrètement dans son effort de se libérer de l’emprise de l’Eglise. Dans son souci de démarcation de la raison et de la foi, elle pose ainsi une exigence de restaurer la raison dans ses droits.
Ainsi, face au discours de la science, et plus précisément des sciences de la nature (astronomie ou physique en général, géologie et biologie) le discours religieux se sent menacé et essaie autant que faire se peut d’étouffer tout discours en contradiction avec les Textes sacrés. Mais n’empêche ! même si la science est persécutée, ce n’est qu’un moyen pour elle de prendre son élan et de se fortifier. De Galilée à nos jours, rien n’a arrêté le développement de la science.
La science , dès lors ne serait-elle pas en train de prendre la place de Dieu sur Terre ? Soumettant les Textes sacrés à l’épreuve du doute dans leur tentative d’expliquer le monde, ne voit-elle pas la toute puissance divine reléguée au second plan ?
C’est au coeur de ce débat permanent où raison et foi semblent se disputer une certaine primauté que Claude Allègre installe son ouvrage Dieu face à la Science. Titre tout à fait explicite et qui constitue dans son interrogation la base de l’angoisse humaine. Au delà d’une simple confrontation, reste à savoir si la science, bien qu’elle soit très puissante et dominatrice par moment. a le pouvoir de nier l’existence de Dieu même si elle l’exclut de son champ par méthode. C’est en fait à cette question fondamentale qui répond aux préoccupations d’une société déchirée et perdue que l’auteur essaie de répondre en dernière instance, « sans tabou, dit-il, sans à priori, avec comme seul guide ce qui doit rester la règle des sociétés civilisées : ma tolérance ».
On comprend dès lors la préoccupation de l’auteur qui met au devant l’esprit de tolérance, ce qui a toujours fait défaut dans nos sociétés. L’intolérance, de quelque nature qu’elle soit, est toujours source de conflits. Face au développement de la science, la religion n’a pas manqué de faire preuve d’intolérance. Cette dernière provient de la certitude du savoir.
Comme le rappelle Claude Allègre, « la certitude du savoir entraîne le dogmatisme l’esprit dévot, l’intolérance », ce à quoi la science ne devrait sous aucun prétexte succomber.
Tout en retraçant l’histoire des sciences de la nature, l’auteur essaie de répondre à la question fondamentale déjà posée, par le détour de celle qui consiste à se demander si la science ne s’approprie pas la place de Dieu sur terre. Chaque science qui naît pose ses propres questions. Au XVIIe siècle, au moment de la naissance de la physique avec Galilée, la question tourne autour du mouvement de la terre ou de sa fixité comme l’attestent les Textes. A cette époque, l’Italie est l’un des plus grands centres intellectuels. La doctrine chrétienne est tributaire de l’effort de conciliation entre Aristote et l’Eglise qu’a fourni Saint Thomas d’Aquin. Ainsi, toute remise en cause d’Aristote touche Saint Thomas et partant l’Eglise.
Galilée, allant plus loin que Giordano Bruno qui commit aux yeux de l’Inquisition le crime de penser, dans un esprit copernicien, un monde qui n’est pas au centre de l’univers infini dont Dieu n’est nullement séparé, pose de manière beaucoup plus féconde ce qui n’était qu’intuition chez Copernic (à savoir le double mouvement des planètes autour du soleil ce qui correspond à une remise en cause de l’astronomie de Ptolémée arrimée à la physique d’Aristote). Il produit des preuves du mouvement de la terre.
Il sera dénoncé par Rome comme hérétique pour son ralliement au système copernicien et dut abjurer face au tribunal de l’inquisition. Et pourtant, l’Eglise finit par reconnaître son erreur vis-à-vis de Galilée même si ce n’est que 350 ans après sa condamnation, en 1992, que le Pape Jean Paul II l’a réhabilité.
Toujours en physique, la question de la relation entre la matière et l’esprit est posée par la théorie atomique : la matière est formée d’atomes dont les combinaisons engendrent les corps. Pour la philosophie, alors il n’existe d’autres substances que la matière, l’esprit n’étant que son reflet. Cette question touche le dogme catholique à propos de l’eucharistie et de la Transsubstantiation. Il aura fallu 2000 ans pour que l’Europe admette enfin l’existence des atomes que l’Eglise avait du mal à l’accepter dans leur éternité.
Après avoir exploré la matière, reste à savoir le comment de sa création. L’éloignement des galaxies et le bruit fossile de l’univers permettent d’affirmer que ce dernier n’est pas éternel, que la matière n’est pas éternelle. L’univers a un commencement, ce que les physiciens cherchent tour à tour à commenter. La réaction de l’Eglise reste molle, car, dira-t-elle, le fait de « démontrer » le big bang établit la supériorité, l’authenticité des religions du livre sur toutes les autres croyances du monde ».
La Biologie, quant à elle, pose la question de la vie et de l’homme sur terre. Le débat s’ouvre entre la médecine et la religion. La maladie est conçue comme une punition divine. L’Eglise catholique penche du côté de la médecine de Galien (vision finaliste) dont la démarche est anti-scientifique, très en retard sur la médecine arabe ou juive du Moyen Age : « Pour les catholiques, le corps est sacré, le sang détestable, la dissection suspecte et les organes génitaux proscrits ».
Toute doctrine transformiste ou évolutionniste est rejetée. L’apparition de l’homme et de la vie sur terre reste un mystère.
Science et religion semblent pourtant s’unir sur un point au nom de la morale : l’interdiction de la manipulation du patrimoine génétique.
Par les nombreuses décisions qu’elle prend dans l’explication du monde, la science semble s’attribuer le rôle de Dieu sur terre. Mais cela n’est qu’une apparence. Aussi ne saurait-elle nier l’existence de Dieu puisqu’il n’est pas de son ressort de se prononcer sur l’existence ou la non existence de Dieu. Le monde évolue en même temps que la science mais la religion refuse de sortir de son carcan, fermée à toute évolution ce qui serait au cas contraire un moyen de mettre fin aux conflits. Le débat entre science et religion est au fond un faux débat. Cependant pour les réconcilier, il faudrait donner aux Textes sacrés un contenu symbolique s’ils traitent d’histoire naturelle. Au risque de se décrédibiliser, les religions devraient accueillir à bras ouverts la science. Par ailleurs, devant certaines questions, la science reste muette et seule la foi peut venir au secours de la raison.
A moins que l’homme ne prenne en compte l’univers de l’extérieur. Or comment sortir de l’Univers qui est le nôtre ? Cela est impossible. La raison a des limites et ne devrait questionner que le questionnable - ce qui n’a rien de défaitiste pour la science car, pose C. Allègre, « c’est l’arrogance comme le dogmatisme qui affaiblissent la science et non l’humilité. Et ce depuis Galilée ».





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