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ELEMENTS DE PHILOSOPHIE KANTIENNE DANS LA POESIE DE SCHILLER ET HÖLDERLIN. DE LA CORRELATION ENTRE PHILOSOPHIE, POETIQUE ET POLITIQUE EN ALLEMAGNE EN FIN DE SIECLE
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Ethiopiques n° 64-65 revue négro-africaine
de littérature et de philosophie
1er et 2e semestres 2000

Eléments de philosophie kantienne dans la poésie de Schiller et Hölderlin. De la corrélation entre philosophie, poétique et politique en Allemagne en fin de siècle [1]

Auteur : El Hadj Ibrahima Diop

I. LES ORIGINES D’UN PRÉSUPPOSÉ

Et à quoi bon des poètes en un temps de détresse ?
Mais ils sont, dis tu, comme des prêtres sacrés de Dionysos
Qui de pays en pays erraient en la Nuit sacrée.
(Hölderlin : Pain et Vie)

On attribue à l’Allemagne de la fin du 18ème siècle le qualificatif de pays de la poésie et de la philosophie en référence à la littérature classique de Goethe et de Schiller et à la production philosophique de Kant à Hegel. On entend par là l’opposer à la tradition intellectuelle du puissant voisin d’outre - Rhin, la France où semble-t-il la politique fut massivement présente. En somme, l’Allemagne serait culturelle, la France politique. On évoque ce lieu commun pour souligner la lourdeur de la pensée philosophique et de l’inaction politique chez les Allemands. Karl Marx explique dans son étude sur Kant la défiance des Allemands vis-à-vis de l’action politique, comme étant le reflet de l’impuissance et de la misère allemandes, dont Kant est le prototype.
Cette bonne volonté de Kant est le reflet exact de l’impuissance, de l’accablement et de la misère des bourgeois allemands. L’état de l’Allemagne à la fin du siècle dernier se reflète intégralement dans la Critique de la Raison pratique. Tandis que la bourgeoisie française se hissait au pouvoir au moyen de la révolution la plus gigantesque qu’ait connue l’histoire et qu’elle partait à la conquête du continent européen, [...] les bourgeois allemands, dans leur impuissance, en restaient au stade de la bonne volonté. (Marx 1982, 165).
Cette qualification serait imparfaite, si on oubliait d’ajouter la vision qu’en ont eue les intellectuels contemporains de Kant. Hölderlin écrit dans la deuxième version de son poème An die Deutschen (Aux Allemands) ces jolis vers.
Ne raillez pas l’enfant, qui dans sa sottise,
se croit superbe et grand sur son cheval de bois.
Braves gens, nous aussi, nous sommes
Pauvres en actes, riches en pensée. (Trad. G. Bianquis 1943 a, 261)


Pour compléter ce tableau, on peut citer aussi Schiller qui avec son ami Goethe formule dans un contexte presque similaire à celui de son compatriote souabe Hölderlin, la célèbre réflexion sur le Reich allemand : Schiller y déclamait ne pas savoir retrouver l’Allemagne, car là où commence l’érudition dans ce pays, c’est là que prend fin la politique.
Deutschland ? Aber wo liegt es . Ich wei das Land nicht zufinden,
Wo das gelehrte beginnt, hört das politische auf. (Schiller/Goethe 1981 Bd. 1, 228)
.
Il y’a une grande part d’objectivité, quand Karl Marx et Friedrich Schiller, deux penseurs allemands de conceptions et de périodes différentes arrivent à faire le constat que l’impact de la philosophie par rapport à l’action politique fut d’une secondaire importance dans la tradition allemande du 18ème siècle. Le jugement qu’ils portent démontre le déséquilibre entre la philosophie et la politique. Ce déséquilibre - si on considère une certaine vision des choses - compense le retard qu’ont eu les Allemands de Luther à Bismarck, c’est-à-dire de la Réforme à la naissance d’un Etat allemand en 1871, à lier l’Etat et la nation, la culture et la politique. Dans son essai Sur la Constitution allemande en 1802, le philosophe du droit, Hegel dans les toutes premières lignes prononce la sentence que l’Allemagne n’existe plus, Deutschland existiert nicht mehr !
Ce décalage entre la pensée philosophique et l’action politique ne signifie nullement l’impuissance de la philosophie face à la politique. S’il annonce par contre l’impréparation des Allemands, juste après Les Lumières à donner une substance politique immédiate au discours philosophique de La Raison, il exprime très fortement la primauté de l’idéal éthique sur la maxime de la politique. Les contingences politiques qui ont conditionné la dichotomie entre le réel et l’idéal sont surdéterminées par les conséquences de la Révolution de 1789 et les guerres napoléoniennes, dont l’impact considérable aura été de faire naître en Allemagne ce déséquilibre qu’a vite compris son intelligentsia avant que les railleries de Marx ne leur rappellent l’énorme retard du pouvoir politique chez eux. Si Marx a eu peut-être raison de rappeler la faiblesse organisationnelle de l’Etat allemand au début du 19ème siècle, il en est autrement de l’effort intellectuel des Allemands à concevoir différemment l’action politique, telle que la Révolution de 1789 l’a répandue en Europe. Kant participe au réel en créant un mode idéal de penser et d’agir la politique. On peut citer pour illustrer ces propos un contemporain de Kant qui fit vite de distinguer et d’expliquer les formes différentes de l’action et de la pensée politique et philosophique en Allemagne et en France. Il s’agit de Christoph Martin Wieland.
Pourquoi devrions-nous payer si cher et au prix d’un risque si énorme ce que vraisemblablement sans révolte, sans désorganisation, sans crime, sans sacrifice, pour la génération présente, nous pourrions escompter du seul progrès des Lumières et de la moralité parmi nous. (Wieland 1983, 116)
Dans son poème précité, Hölderlin en formulant des idées identiques, s’interroge sur l’impérieuse nécessité de réfléchir moralement sur la portée de l’action politique ; il compose par ces vers qui suivent, un univers bien kantien.
l’acte sortirait-il de la pensée, inspiré et mûr,
Comme la foudre jaillit des nues ? (Trad. G. Bianquis 1943 a, 261)

Dans les réflexions suivantes, je voudrais répertorier les éléments de la philosophie de Kant qui ont marqué les poèmes philosophiques de Schiller et de Hölderlin. Par la relation intime entre la philosophie et la poésie, je veux en outre indiquer le chemin que les intellectuels allemands auraient aimé emprunter pour faire la politique. Cette conception a un héritage certain devant le changement de paradigmes de notre temps pour lequel, il convient de trouver des alternatives. Dans le lyrisme de Schiller et de Hölderlin, deux œuvres de Kant, Projet de Paix perpétuelle et La métaphysique des mœurs ont beaucoup contribué à orienter ces deux poètes sur les problèmes politiques de leur temps. Il conviendrait en passant de souligner que s’il est manifeste que Kant a influencé considérablement Schiller, Hölderlin par contre est plus marqué par la doctrine de Fichte. Ce que Hölderlin a de Kant, il l’a essentiellement adopté par l’intermédiation spirituelle de Schiller. Dans cette vision globale, le double héritage artistique et politique de la Grèce antique a largement façonné la construction de l’idéal telle que Hölderlin et Schiller se l’ont imaginée dans leurs poèmes. La face cachée de cette sublimation concourt à l’émergence de projets où les poètes-philosophes invitent la cité à construire une convivialité sociale et politique d’univers kantien qu’il faut affirmer face à la fin et l’épuisement des utopies. (Habermas 1994, 105)

II. SENTATION DE LA GRÈCE ANTIQUE CHEZ SCHILLER ET HöLDERLIN COMME MODÈLE DE L’IDÉAL RÉVOLUTIONNAIRE FACE À 1789

A propos de son Essai sur Hegel et les Grecs, Heidegger grand connaisseur de la poésie de Hölderlin rapporte le jugement qu’a Hegel sur les Grecs en ces termes : "Le degré de la conscience grecque est le degré de la beauté". (Heidegger 1960,355) La proximité, voire la parenté entre Hegel et Hölderlin se vérifie ici ainsi. Les points communs entre Hegel et Hölderlin comme Schelling d’ailleurs sont déterminés par la marque de leur époque, elle même caractérisée par la Révolution française, l’adolescence studieuse de l’atmosphère intellectuelle du collège de Tübingen, mais aussi et surtout la référence commune à la pensée grecque. En référence au jugement précité de Hegel, celui-ci oppose dans les Cours sur l’histoire de la Philosophie l’apport grec à l’histoire à l’apport romain. Hegel concède à Rome tout l’héritage de la jurisprudence européenne, alors que la Grèce est pour lui la patrie de la science philosophique, qu’il interprète d’ailleurs comme étant l’art libre et beau, dont il faut cultiver l’amour et le goût.
Lassen wir der Kirche und der Juisprudrenz ihr Latem und ihr Romertum Höhere,freiere Wissenschafi (philosophische Wissenschafi), wie unsere schöne freie Kunst, den Geschmack und die Liebe derselben, wissen wir im griechischen Leben wurzelnd und aus ihm den Geist derselben gescMpfi zu haben. Wenn es erlaubt ware, eine, Sehnsucht zu haben - so nach solchem Land, solchel Zustande. (Hegel 1982, 141)
Hegel parle dans le texte de nostalgie Sehnsucht de cette Grèce. Que peut bien signifier ce sentiment ? Si la nostalgie signifie un passé, un vécu agréable qu’on évoque pour se rappeler un amour et un plaisir effacés par le présent, Hegel vise bien plus loin que le simple ressentiment. Il replace dans un contexte particulier daté, la croissance, l’évolution, le développement de l’humanité. Hegel, penseur de la subjectivité absolue voit dans le degré de la Beauté un degré préliminaire de la manifestation de l’Esprit. Cette vision élogieuse de la Grèce est conçue par les Allemands bien avant Hegel comme l’adolescence de l’humanité. Herder par exemple dans Une autre philosophie de l’histoire, ouvrage paru en 1774 anticipe sur le jugement fait par Hegel. Il voit dans l’évolution humaine une succession qualitative, dont la Grèce constitue une étape.
Dans l’histoire de l’humanité la Grèce restera éternellement l’endroit où elle a vécu sa plus belle jeunesse et sa fleur virtuelle. (Herder 1964, 153)
Dans cette vision, on envisage en Allemagne que l’humanité est en devenir. L’histoire universelle est faite de "Werden im Vergehen", le devenir passe par le dépérissement, on peut assurer donc par la "Veljüngung", le rajeunissement, l’évolution de l’homme vers un passage plus élevé.
L’évocation de la Grèce a donc un double intérêt : porter témoignage [2]et évoquer la conscience tranquille d’un passé commun pour conjurer un présent de tous les dangers. Mais l’intérêt le plus immédiat est de répondre aux égarements que les Allemands ont cru déceler dans la pratique de la Révolution française.
Si la critique de la période jacobine correspondant à la Terreur fournit aux Allemands de tous bords, aux amis et adversaires de la Révolution, les arguments politiques du rejet de la violence comme solution de règlement de conflits politiques, c’est dans la philosophie de Kant, qu’ils trouvèrent le fondement théorique d’un modèle allemand de la Révolution des mœurs. C’est autour de ce concept que sont organisées les réponses allemandes à l’héritage de 1789. La configuration de ce programme est la suivante :


• L’éducation précède le changement,
• La Beauté s’élève au stade de la Vérité, l’esthétique est égale à l’éthique,
• L’étude de l’histoire mène à une vision de l’histoire de la philosophie,
• L’occupation poétique exige comme en philosophie un système (Poetik).
• Le croisement entre l’Idéal Grec et la Réalité de la Révolution laisse transparaître un projet d’utopies politiques, qu’on a vite fait, chez Marx en particulier d’enterrer.
Cette collision entre l’idéal grec et la réalité politique, à laquelle il faudra ajouter certains écrits majeurs de Kant, concoururent à former ce que Clément Rosset appelle admirablement "l’hellénisme romantique propre à l’idéalisme allemand". (Rosset 1985, 60) Dans deux poèmes, intitulés respectivement Les Dieux de la Grèce et La Grèce Schiller et Hölderlin chantent l’harmonie jadis perdue, que seule la poésie permet de ressusciter. Les vers de Schiller de la 15ème strophe du poème précité nous font constater non sans amertume que les divinités de l’Antiquité ont quitté notre terre et regagné l’Olympe derrière les montagnes sacrées, et seule la poésie assure leur immortalité :
Oui, ils sont allés, et tout ce qui est beau,
Tout ce qui était noble, l’ont emporté avec eux ;
Ils ont emporté toutes les couleurs, toutes les harmonies de la vie,
Et à nous il n’est resté que le mot privé d’âme.
Arrachés au déluge du temps, ils flottent
Sauvés sur les cimes du Pinde :
Ce qui est destiné à vivre immortel dans le chant du poète
Est condamné à sombrer dans la vie de cette terre.
(Trad. Robert d’Harcourt 195a, 91)

Au fond, ce qui se passe réellement dans l’esprit des Allemands comme Schiller et Hölderlin, c’est que le catholicisme romain depuis la Réforme Luthérienne et après 12 siècles de Pontificat s’est grandement refroidi. Et Hölderlin qui aurait dû être prêtre, est devenu poète. En pleine période jacobine de l’an 1793, Hölderlin écrit un hymne, La Grèce, fait de mélanges de mythologie gréco-romaine, d’idées kantiennes (Liberté morale, autonomie de la loi morale) et de revendications égalitaires venues de France.
Hölderlin à la différence de Schiller ne dissocie pas le monde chrétien du monde antique, il annonce par un scepticisme qui n’est pas sans rappeler l’agnosticisme kantien, qu’on a manqué le grand rendez-vous entre hier et aujourd’hui :
Le doux printemps qui arrive, souriant,
Ne retrouve puis ses frères ;
dans la vallée sainte de l’Ilissus
Un morne désert les recouvre.
(Trad. Geneviève Bianquis 1943 b, 73)

Cet ensemble de prémisses théoriques (Beauté et vérité, esthétique et éthiques, nouvelle vision de l’histoire de la philosophie à travers la connaissance clitique de l’histoire, croisement entre l’Idéal Grec et la Réalité de la Révolution de 1789) a été fortement influencé par deux écrits de Kant : La Métaphysique des mœurs et Projet de Paix perpétuelle. Les deux porte-parole du lyrisme allemand de la fin du 18ème siècle, Schiller et Hölderlin, s’en sont inspirés durablement. Abordons en premier lieu quelques éléments de l’influence de Kant sur Schiller.


III - L’INFLUENCE DE KANT SUR SCHILLER

Dans son étude sur Le socialisme allemand en vers et en prose, Marx oppose Schiller et Goethe. Aux yeux de Marx, Goethe est trop universel et de nature active. Schiller, par contre trop pointilleux, chercha refuge dans l’idéal de Kant pour échapper à la misère allemande [3]. Le jugement de Marx comporte deux aspects. Sur un plan, il est indiscutable que les options politiques de Schiller avaient peu de chance de réussite en Allemagne. Est-ce d’ailleurs la préoccupation du poète ?
Sur un autre plan, si Schiller a adopté l’idéal de Kant, ce n’était pas pour y trouver refuge, car cela suppose qu’il ait voulu fuir la réalité politique en Allemagne. Il n’en est rien. Schiller se considère comme le poète de la transition de l’idéal à la réalité. Dans ce mouvement - Marx a parfaitement vu le fond du problème, - l’influence de Kant est réelle. C’est en pleine période préjacobine, en 1790, que Schiller par une lettre à son ami Kôrner, datée du 16 mai 1790 nous apprend que la philosophie de Kant l’intéresse de façon significative.
Pendant cette période qui coïncidera avec la phase ascendante de la Révolution française, Schiller s’occupe de la théorie de la Tragédie. C’est donc dire que c’est par l’esthétique - et c’est très important de le souligner - que Schiller adhère à la philosophie de Kant, en particulier à l’Ethique de Kant. Ce rapprochement, voire grande affinité entre Ethique et Esthétique qu’opère Schiller et plus tard Hölderlin, caractérise leur lyrisme. En 1790, parut la Critique du Jugement de Kant [4], qui à la différence de la Critique de la Raison pure enthousiasma Schiller. Quels aspects doit-on considérer si on veut connaître la portée de l’influence de Kant sur des écrivains allemands comme Schiller ?
L’influence est de type libéral, éclairé et partisan du changement sans la phase jacobine. C’est cette position protolibérale qui a fortement préconçu le réformisme dans la pensée politique en Allemagne. Cette voie fut d’abord tracée par Schiller, elle est plus portée sur une vision philosophique et culturaliste que politique de l’évolution de la société. Il y’a d’abord une sélection Schillerienne de la lecture des œuvres de Kant ; on voit bien qu’il s’agit de la période kantienne de 1781 (Critique de la Raison pure), de 1783 (Prolégomènes à toute métaphysique future), de 1785 (Fondements des mœurs), de 1788 (Critique de la Raison pratique) et enfin de 1790 (Critique du jugement. Des prolégomènes à toute métaphysique future aux Fondements des Mœurs, Kant jette les fondements de l’autonomie de la volonté selon laquelle seul le droit de la morale doit nous déterminer. Cela d’ailleurs doit se faire sans autre mobile. Ainsi donc l’impératif catégorique qui est stipulé dans la Critique de la Raison pratique montre la corrélation entre la Liberté, la Morale et la Volonté. Le monde moral est du domaine de la Liberté, le monde naturel est réglementé par la Nécessité. Dans le paragraphe 7 de la Critique de la Raison pratique, Kant lance sa fameuse maxime qui fait obligation à tout être doté de raison, c’est-à-dire à tout être virtuellement libre, d’agir de façon que son action puisse servir de Loi Générale.
Handle so, daß die Maxime deines Willens jederzeit zugleich als Prinzip einer allgemeinen Gesetzgebung gelten könne. (Kant 1978, 41)
Comme on le verra dans ce qui suit - c’est par appropriation de thèses de Kant, mais parfois sans Kant, que Schiller cherche par le biais de l’éducation à atteindre le passage - sans contrainte ni violation et du seul fait de la volonté de l’Homme - d’un monde d’asservissement à un système de Liberté. En effet, dans Lettres sur L’éducation esthétique de l’homme, où Schiller reconnaît dans la première lettre et de façon explicite l’influence de Kant [5], il y est écrit que l’Art est la fille de la Liberté. Le messager de l’Art est le poète, par qui s’exerce la Parole divine, l’Ange du jour comme disait Hölderlin dans le poème Vocation du poète :
Et toi, Ange du jour ; ne réveilleras-tu pas
Ceux qui sommeillent encore ? Donne nous des Lois,
Donne-nous la Vie, Ô Maître, Toi seul
Comme Bacchus, as droit de conquête
.
Trad. Geneviève Bianquis 1943 c, 277)
Schiller épouse chez Kant l’idée de la Beauté, mais rejette - comme pour confirmer la thèse selon laquelle on se distance d’une pensée pour mieux l’adapter- l’idée de la coercition. Schiller adopte de Kant l’idée de l’impératif moral, mais considère l’esthétique incompatible avec l’ascèse.
La contrainte est inconciliable avec l’acte moral parfait. Dans Sur Le Sublime (1793/94), Schiller cite le passage de Nathan de Lessing, dans lequel le Juif Nathan déclara qu’aucun homme ne doit devoir. "Kein Mensch muß müssen" Schiller 1984 b, 332). C’est par cette conception qui trouve son prolongement dans Grâce et Dignité (1793) que Schiller justifie le dépassement de l’influence de Kant. Schiller s’en explique ainsi :
Dans la philosophie morale de Kant, l’idée de devoir est formulée avec une dureté qui chasse et épouvante toutes les grâces et qui, à un esprit sans résistance pourrait donner la tentation de chercher la perfection morale par les voies de quelque sombre et monacale ascèse [6]. Schiller trouve une synthèse entre la Loi morale et le Plaisir. L’homme obéit à la Loi dans la joie et non dans l’obligation. On devient vertueux par plaisir. D’Hacourt souligne la différence entre l’instinct et la raison chez Schiller et Chez Kant.
La dictature de l’instinct, Schiller la compare à la dictature de la plèbe déchaînée, aveugle dans ses colères et ses revendications ; c’est la formule de l’ochlocratie. La dictature de la Raison, elle est la formule de la "Monarchie absolue" exclusive de tout droit, de toute autonomie chez le sujet. (D’Hacourt 1954, 21)
Cette vision ouvre une perspective politique nouvelle, dont la portée ne peut être saisie que si on évalue l’impact duProjet de Paix perpétuelle dans le lyrisme de Schiller et de Hölderlin.
Au préalable, il est utile de voir comment Schiller s’y prend pour transcender la dichotomie entre la réalité et l’idéal.


IV - LE PROJET DE PAIX PERPÉTUELLE DANS LE LYRISME DE SCHILLER ET DE HÖLDERLIN

4.1 - Kant dans le lyrisme de Schiller

4.1.1-Schiller et la dualité entre l’idéal et la vie

Hormis les traités théoriques précités Grâce et Dignité (1793, Sur le Sublime (1793/94), il y a deux poèmes de Schiller, à travers lesquels s’exprime d’une certaine manière la voix de Kant. Il s’agit de Das Ideal und das Leben (L’idéal et la Vie) et Der Antritt des neuen Jahrhunderts. (Le début du nouveau siècle). Le deuxième poème est paru plus tard, en 1801 et par conséquent aborde le bilan de siècle, le premier (L’idéal et la Vie) traite une thématique beaucoup plus générale. Ce poème est la version lyrique, la transformation rimée du traité de Schiller Lettres sur L’éducation esthétique de l’homme, par lequel Schiller reconnaît explicitement l’attrait que Kant exerce sur lui. Schiller pense, en effet que l’homme est divisé et partagé entre ses deux natures : la satisfaction sensuelle et les joies terrestres (strophe 1). En s’élevant vers le royaume de la pureté, (Strophe 2 à 3) il atteint la plénitude. A ce stade, il n’a plus besoin de lutter (Strophe 3 et 5). L’homme ne connaît l’apaisement que s’il est délivré du poids de sa condition terrestre qui détermine le monde de la réalité. On peut retenir que dans la partie centrale du poème (strophe 6 à 13). Schiller soutient la nécessité de l’action libératrice de l’homme. La plénitude selon lui, c’est la faculté du jugement, qui mène vers le monde moral de la Beauté et la liberté de la Pensée (Strophe 10 à 11). Les vers (107) (110) évoquent l’acte de libération de Kant quand celui-ci dans le traité "Was ist Aufklärung 1784) répondait que l’usage de la raison affranchit l’homme. (Kant 1836, 145 ff).
Le lien sévère de la Loi n’enchaîne
Que l’esprit de l’esclave qui la repousse
Avec la résistance de l’homme disparaît
Egalement la majesté du dieu.
(Trad. D’Hacourt 1954 b, O 167)

L’ancrage de ce poème dans la philosophie de Kant transparaît dans les notions comme liberté, Loi, Beauté et Volonté. Schiller voit dans la Loi morale la possibilité de l’affranchissement de l’homme. Puisque entre l’idéal et la vie perdure une relation antinomique, il propose un processus de délivrance, dont l’acte final est l’acquisition par l’homme au bout d’une âpre lutte de valeurs morales, ayant un fondement général.

4.1.2 - Le projet de Paix perpétuelle dans le lyrisme de Schiller

En 1801, l’éditeur de Schiller, l’ami Göschen prenant prétexte de la Paix de Lunéville pria le poète d’écrire un beau poème sur la paix. Schiller lui répondit ceci :
Je crains fort que nous jouions, nous Allemands, dans cette paix un rôle si honteux que sous la plume du poète l’ode ne doive se transformer en satire sur le Reich. (D’Hacourt 1954, 344)


Pourquoi en est-il ainsi ? L’impact de Kant se lit à travers la poursuite de l’opposition, voire du dualisme entre le Mal et le Bien, l’Instinct et le Beau, la Force et le Droit. Les instruments du Mal sont les violences que la France et l’Angleterre exercent sur elles-mêmes et sur les autres pays. L’accusation est sans appel :
Noble ami ! Où s’ouvre aujourd’hui la paix,
Où s’ouvre à la Liberté milieu de refuge ?
Le siècle s’en est allé dans la tempête,
Le siècle nouveau s’ouvre par le meurtre. (Trad. D’Hacourt 1954 c, 259)

Deux aspects : la notion de tribut de guerre (Strophe 5 vers 13 et 14), la guerre de rapine et la dépossession des territoires (Strophes 7, vers 25 et 26) constituent des motifs dont seule la connaissance du Projet de Paix perpétuelle de Kant permet de mesurer la portée. "La suppression du lien des nations" (Vers 5) correspond chez Kant au paragraphe 2 et 5 de la Paix perpétuelle :
Aucun Etat indépendant (petit ou grand, cela ne fait rien ici) ne peut être acquis par un autre, par voie d’héritage, d’échange, d’achat ou de donation (Kant 1988,25)
Kant poursuit et pense qu’aucun Etat ne doit s’immiscer de force dans la constitution et le gouvernement d’un autre Etat (Ibd., 28). Schiller porte son accusation sur le même constat :
Deux nations puissantes se disputent
L’exclusive possession du monde (Trad. D’Hacourt 1954 c, 261)

Pour mettre un terme à cette situation, Schiller en appelle à la médiation du poète, dont la mission est de révéler l’idée du Beau kantien :
C’est dans le silence sacré des demeures du cœur
Qu’il faut fuir hors de la poursuite harcelante de la vie :
La Liberté n’existe que dans le royaume des rêves,
Et le Beau ne fleurit que dans le chant du poète. (lbd., 263)

C’est chez Hölderlin qu’on va trouver dans sa forme singulière la combinaison entre la politique morale et de l’Idée régulatrice. Hölderlin évoque ces notions de façon imagée. C’est Némésis, la Déesse vengeresse des Grecs qui incarne à ses yeux l’opération de purification.

4.2 - La Paix dans le lyrisme de Hölderlin

L’influence de Kant sur Hölderlin s’exerça de façon indirecte par l’intermédiaire de Schiller. A proprement parler, Hölderlin est plus proche de Fichte que de Kant. L’impact d’un certain jacobinisme et d’un romantisme chez Fichte en est peut-être pour quelque chose. Comment s’est opérée chez Hölderlin cette forme de synthèse, voire de syncrétisme philosophique ? En 1794, Hölderlin écrit à son ami Neuffer que la transition de la jeunesse vers l’essence de la maturité, de l’émotion et à la raison, du royaume de la Vérité et de la Liberté le préoccupe [7]. Qu’est-ce à dire ? Hölderlin publiait dans la revue de son aîné et protecteur Schiller les premières lettres de son roman autobiographique Hyperion, qui juste 20 ans après le Werther de Goethe, est le deuxième roman épistolaire marquant un tournant dans la littérature allemande. Hölderlin voulait saisir par les moyens de la poésie l’essence philosophique et politique de son temps : comment compte t-il s’y prendre ? Il faut retenir que dans la philosophie de Hölderlin interviennent plusieurs sources : Platon, Herder, Kant, Schiller et Fichte. Platon plaide dans Phaidros pour la force purificatrice de la Beauté. Chez Kant, Hölderlin saisit dans La Religion dans les limites de la simple Raison la libération comme une résurrection morale qui combat le Mal. Herder lui enseigne dans Idée pour la philosophie de l’histoire de l’humanité que l’histoire du développement est un processus organique, dont la phase finale est la formation de la personnalité humaine. Schiller proclame dans Grâce et Dignité que la Grâce est l’expression d’une âme belle en harmonie avec le sensuel. Avec Fichte, Hölderlin retient Des cours pour déterminer l’érudition l’idéal d’un combat actif. (Mieth 1978, 33) Etre libre n’est rien, devenir libre est tout, telle fut la devise de Fichte, les proclamations générales de la Révolution de 1789 et enfin les réalités contraignantes d’une Allemagne provinciale sur le plan politique. Sans chercher l’hypnose, Hölderlin en est arrivé à donner à son discours un contenu captivant qui totalise en une unité la poésie, la philosophie et la politique au point de conférer à cet ensemble comme disait Heidegger "une valeur intemporelle" (Heidegger (1954,251). A ce propos d’ailleurs, Heidegger a vu juste quand il qualifie la poésie de Hölderlin de la manière suivante :
La poésie éveille l’apparition de l’irréel et du rêve face à la réalité bruyante et palpable dans laquelle nous nous croyons chez nous. (Ibd., 248)


Et Heidegger, citant Hölderlin dans le texte, d’interpréter la poésie de celui-ci :
... et les signes sont
depuis le lointain des âges le langage des Dieux
Le Dire du poète consiste pour lui à surprendre ces signes, pour ensuite faire signe à son peuple. Cette surprise des signes est une réception, mais en même temps aussi un don ; car dans le premier signe le poète discerne déjà aussi l’Accompli, et met hardiment dans sa parole ce qu’il a aperçu, pour prédire le Non-encore-accompli. (Ibd. 249)

En interprétant deux poèmes sur la paix de Hölderlin Frieden et Friedensfeier et en ayant en arrière-plan l’idée centrale de la moralité politique comme un thème intérieur dans le projet de la Paix perpétuelle de Kant, on peut reconnaître au-delà de ce qui fut politiquement réel vers 1800 en Allemagne le vrai sens du Non-encore-accompli, pour parler comme Heidegger. Le même contexte historique, les guerres de révolution ont inspiré la Marseillaise et ont abouti aux grandes conquêtes de Napoléon Bonaparte pour faire naître chez Kant et chez Hölderlin le besoin de réfléchir sur la Paix. Si les Allemands ne se sont pas préparés pour mener victorieusement la guerre contre la France révolutionnaire, sur le plan philosophique, ils étaient bien à jour, pour répondre aux questions d’éthique qui se posaient à la Révolution. Kant s’y attela. Hölderlin complète sur le plan lyrique la chanson de la Liberté. Tous les deux se rencontrent sur le plan de la morale politique. Presque à la moitié de la 7ème strophe de l’hymne de 14 strophes. Hölderlin écrit ces vers :
Chacun redoute son voisin,
et sur sa propre terre l’homme ignore l’art de vivre heureux
(Trad. Geneviève Bianquis 1943 d, 269)

Quand devant cette description apocalyptique, Hölderlin répond de cette manière
Comme un chaos, les vœux de cette génération agitée
errent et flottent, inconstants,
et la vie des misérables s’écoule
farouche et désespérée, et glacée par le souci (Ibd.)269)

Il exprime dans la pensée de Kant ce qui est à l’origine de la déperdition chez les hommes :
Un despotisme sans âme, après avoir étouffé les germes du bien, finit toujours par conduire à l’anarchie. (Kant 1988,51)
L’explication que Kant donne à la déréglementation des sociétés humaines, c’est qu’elles ne sont pas régies par les lois républicaines.
Or la constitution républicaine, la seule qui soit parfaitement conforme aux droits de l’homme, est aussi la plus difficile à établir et particulièrement à maintenir. [...] Aussi suffit-il pour la bonne organisation de l’Etat (laquelle est certainement au pouvoir des hommes) de combiner entre elles les forces humaines de telle sorte que l’une arrête les effets désastreux des autres ou les annihile elles-mêmes, si bien que le résultat satisfait la raison, comme il n’y avait rien de pareil, et que chacun se voit contraint d’être, sinon un homme moralement bon, du moins un bon citoyen. (lbd., 50)
Sur un autre plan, Kant estime que la non observation d’une hospitalité universelle est à l’origine des conflits et des discordes internes. "L’hospitalité signifie le droit qu’a tout étranger de ne pas être traité en ennemi dans le pays où il arrive". (lbd. 40) Si le troisième article définitif d’un traité de paix perpétuelle est plus large dans sa portée juridique que le poème de Hölderlin, cela tient au fait que le droit est par nature indicative, descriptive et prescriptive, alors que la poésie est d’essence spéculative et contemplative. Ce qui ne signifie nullement qu’il n’y a pas de chemin commun entre les deux. Le lien commun est peut être leur fonction explicative. Là où Kant évoque la Loi républicaine, Hölderlin voit dans la réapparition de Hélios, le Dieu du Soleil, chez qui reposent les utopies sociales de l’antiquité, grecque, le retour de la Paix. Elle est évoquée en ces termes.
Viens, toi aussi, satisfaite d’une gloire paisible,
Viens avec tes lois non écrites,
Viens pleine d’amour ; et rends-nous
un point d’appui dans la vie, un nouveau courage,
Viens paix innocente ! [...]


Ainsi Hélios au-dessus de nos têtes nous sourit,
et jamais le Dieu de la Joie épanouie n’est solitaire,
car avec lui habitent pour l’éternité
les astres, fleurs de l’Ether, saints et libres.
(Trad. G. Bianquis 1943 d, 271)

La similitude sous bien des aspects de ce poème avec celui intitulé Friedensfeier "Fête de la paix", dont la découverte en 1954 a ravivé les controverses autour de l’interprétation du prince que certains exégètes assimilent à Napoléon Bonaparte, mérite ici un bref rappel. Au fond, ce poème est le dernier document lyrique de fin de siècle qu’un Allemand rédige pour exprimer l’espoir et la recherche d’une quiétude totale. Hölderlin se désole de la disparition de la paix. Qu’est-ce qui est à retenir ? C’est la perte de l’art de vivre heureux qui a suscité chez Hölderlin et Schiller la force et la création d’utopies qui se sont nourries de la philosophie de Kant. C’est ce même Kant qui précise dans le Projet de paix perpétuelle le projet d’une liaison entre la philosophie et la politique. Et Kant l’entend de cette façon dans le deuxième supplément de l’article secret de la Paix perpétuelle :
Il paraît humiliant pour l’autorité législative d’un Etat, auquel on doit naturellement attribuer la plus grande sagesse, de chercher à s’instruire auprès de ses sujets (des philosophes) sur les principes de sa conduite : pourtant il est très sage de le faire. (Kant 1988, 53)
Les poètes comme les philosophes ont dans l’entendement de Hölderlin une mission d’éveilleurs.
Poètes du peuple, nous aimons nous mêler aux vivants,
à lafou1e qui respire et ondoie autour de nous
(Trad.G.Bianquis 1943, 213)

Dans la deuxième version de ce même poème Dichtermut, cette strophe est précédée de celle-ci :
Car depuis le jour où la poésie s’échappe des lèvres humaines,
répandant la paix, depuis le jour où notre chant,
bienfaisant dans la peine et la joie.
réjouit le cœur des hommes
,
Chez Schiller et Hölderlin, la poésie se conçoit comme l’élément musical et sonore du langage philosophique. En réponse à la réalité politique de 1789, cette poésie philosophique a élaboré un projet d’utopies basées sur le principe moral, que Kant définit comme "une science pratique dans le sens objectif de ce mot, en tant qu’elle est l’ensemble des lois absolues d’après lesquelles nous devons agir".(Kant 1988,55) Tout le problème est là. Et la raillerie de Marx se conçoit seulement parce que le monde de Schiller et de Hölderlin n’avait pas agi selon les lois prescrites par Kant. Ce monde, comme le nôtre d’ailleurs a oublié ce conseil du philosophe Kant : "La politique dit : Soyez prudents comme les serpents, la morale y ajoute : et simples comme les colombes". (Ibd., 55). L’ardent désir de voir le monde agir selon les mêmes lois kantiennes est demeuré actuel.

BIBLIOGRAPHIE

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[1] A mon maître Günter Mieth, qui suscita mon intérêt pour le poète Hölderlin.

[2] "Envisager la Grèce comme "figure d’avenir" n’est donc pas un geste arbitraire paradoxal certes, mais sous la contrainte de repenser le paradoxe même du temps". Dominique Janicaud : "La Grèce figure de l’avenir". In : Nietzsche, Hölderlin et la Grèce, Actes du Colloque organisé par le Centre d’histoire des idées à Nice, en février 1985, recueillis par Edouard Gaède. Nice 1985. 84.

[3] Goethe war zu universell, zu aktiver Natur, zu fleißlich. um in einer Schillerschen Flucht ins kantische Ideal Rettung vor der Misère zu suchen ; er war zu schartblickend, um nicht zu sehen, wie diese Flucht sich schlie ßlich auf die Vertauschung der platten mit der überchwenglichen Misere reduzierte. MEW. Bd.4., Berlin 1956, 232.

[4] Dans une lettre du 3 mars 1973 à Körner, Schiller y dit ceci : "[...) Beaucoup d’idées de la Critique de la Raison Pure trouvent leurs applications dans la critique du jugement. Bref, j’ai comme le sentiment que Kant ne sera pas pour moi une montagne impossible à gravir". (Robert D’Harcourt, Schiller Poèmes philosophiques Paris 1954. 17)

[5] "Zwar will ich lhnen nicht verbergen, dab es größ enteils kantische Grundsätze sind, auf denen die nachfolgen den Behauptungen ruhen werden", (schiller 1984a, 230)

[6] "in der kantischen Philosophie ist die Idee der pilicht mit einer Härte vorgetragen, die alle Grazien davon Zurückschreckt und einen schwachen Verstand leicht versuchen könnte, auf dem Wege einer fmsteren und mönschischen Asthetik die moralische Vollkomenheit zu suchen", schiller 1984c, 199),

[7] Der große Übergang aus der Jugend ins das Wesen des Mannes, vom Affekte zur Vemunft, aus dem Reiche der Phantasie ins reich der Wahrheit und Freiheit schient ir immer einer solchen langsam Behandlung wert zu sein. Günter Mieth : Hölderlin Sämtliche Werke und Briefe. BD. II. München 1984, 619.




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