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RECITS DU COMMENCEMENT, QUESTION D’AUJOURD’HUI. COMPTE-RENDU DU COLLOQUE DE LA SORBONNE ETABLI PAR MARIE SIMONE DOTOEUF ET THERESE BENECH
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Ethiopiques numéro 62
revue négro-africaine
de littérature et de philosophie
1er semestre 1999

Auteur : Badara NDIAYE

Cet ouvrage est le compte rendu du colloque intitulé Récits de commencement, questions d’aujourd’hui, organisé par le Groupe de liaison pour l’action culturelle et scientifique (GLACS). Il regroupe ainsi des intellectuels (scientifiques, philosophes, historiens, hommes de l’art, etc) qui se proposent de réfléchir sur l’impact des idées scientifiques sur l’humain, sur la manière dont le discours scientifique est perçu dans l’imaginaire artistique, poétique, religieux de l’homme d’aujourd’hui.
Ce colloque a ainsi réuni à la Sorbonne de grands intellectuels comme l’astrophysicien Trinh Xuan Thuan, le théologien Thomas Romer ou le philosophe Souleymane Bachir Diagne représentant l’antenne sénégalaise de ce groupe, pour se pencher sur le retentissement des différents récits de commencement (mystiques, religieux, scientifiques) sur notre identité.
En effet, les plus vieux récits connus des origines du monde nous viennent, selon Jean Bottéro (Assyriologue), des anciens habitants de la Mésopotamie qui ont cherché très tôt à expliquer ce phénomène énigmatique à travers des mythes. Pour eux, ce sont ces dieux qui ont créé le monde à partir de transformations et de séparations d’une immense matière première sous forme de « chaos originel ». Et cette idée était très répandue à travers tous les mythes de l’époque qui, malgré leur diversité, étaient tous également vraisemblables et plausibles. Car le mythe n’était donc pas un récit fantaisiste, imaginaire ; il renfermait également un caractère explicatif car réfléchi et adapté aux données du phénomène dont on cherchait à rendre compte.
Outre ces discours mythiques, il existe des conceptions religieuses de la création. Ainsi, les écrits bibliques sur l’origine du monde expliquent cette création sous forme d’une mise en ordre de l’univers à partir d’un chaos primordial, en abordant aussi des questions relatives à la situation concrète de l’homme (pourquoi la mort ? Pourquoi la souffrance ?...)
Aujourd’hui, à côté des récits mythiques et religieux, le discours scientifique prend également en charge cette question pour nous décrire la naissance et l’histoire de notre univers. La théorie du Big Bang est ainsi exposée dans l’ouvrage par des astrophysiciens comme Trinh Xuan Thuan qui ont pu retracer l’histoire de l’univers à partir d’observations et de lois physiques. Cette conception nous révèle ainsi que l’univers, dès son début, a été réglé de façon extrêmement précise pour que la vie et la conscience puissent émerger.
La découverte de ce principe anthropique redonnerait un sens à l’existence humaine. Car la vie humaine semble tirer importance et sens à partir de la profonde connexion cosmique qui nous relie à l’univers : nous sommes des poussières d’étoiles, frères de bêtes sauvages, dit avec conviction l’astrophysicien Trinh Xuan Thuan pour marquer le réenchantement du monde par la cosmologie moderne.
On note ainsi une émergence des questions métaphysiques à partir même de la physique car, comme tout récit, la théorie du Big Bang interpelle également l’humain qui, dans sa quête du sens, cherche des repères lui permettant de situer et d’orienter son existence devant l’immensité du cosmos.
Dans cette perspective, le mythe, la religion et la science ne se tournent pas le dos mais répondent pour donner sens à l’existence humaine. Car justement notre recherche du sens ne s’interdit pas de passer des frontières établies entre ces voies diverses qui nous mènent vers le réel. Tandis que la science nous décrit le monde, le mythe et la religion abordent des questions morales, éthiques et philosophiques absentes du domaine propre à la science et nous aident ainsi à vivre.
Cette ouverture essentielle fonde l’idée qui fait l’objet d’une des conclusions du colloque, idée selon laquelle la science à elle seille ne peut répondre aux questions que l’homme se pose. Ainsi il ne sert à rien de vouloir aplatir toutes les questions humaines sur les réponses scientifiques d’où la nécessité selon Souleymane Bachir Diagne clôturant la réflexion, d’une pensée à construire autour des disciplines, une sorte de « pensée métisse » qui ne nie pas les frontières, mais sait les traverser.
La pertinence de telles conclusions du colloque réside dans le fait qu’elles trouvent aujourd’hui un écho très favorable dans le domaine de l’histoire et de la philosophie des sciences. Aujourd’hui, la communication interdisciplinaire s’impose d’autant plus que ce sont les scientifiques eux-mêmes qui avouent non seulement l’inanité d’une entreprise prétendant épurer la science des fictions mythiques, mais aussi la disparition de leurs certitudes traditionnelles et éprouvent ainsi le besoin de nouer le dialogue avec les philosophes, de s’ouvrir aux autres.
Ainsi, seule une telle « pensée métisse » avec ces idéaux humanistes de tolérance, de pluralisme pourrait suffisamment satisfaire l’humain dans sa quête permanente du sens.





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