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PROJET D’UNE PHILOSOPHIE DE LA MONDIALISATION
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Ethiopiques n° 64-65 revue négro-africaine
de littérature et de philosophie
1er et 2e semestres 2000

Auteur : Sémou Pathé Gueye

INTRODUCTION

Le troisième millénaire s’affiche sous le signe de mutations profondes et accélérées qui ébranlent toutes les fondations de l’existence humaine. Elles entraînent dans le même tourbillon la planète tout entière et jettent les bases d’une nouvelle configuration mondiale dont les contours ne nous apparaissent pour le moment que de manière très floue, dans un enchevêtrement de traits, de tendances et de phénomènes devenus d’une complexité particulièrement déconcertante. Aucune sphère de la vie des individus et des sociétés n’y échappe, l’économie, la politique, la culture, le savoir, les relations entre les peuples et entre les Etats à l’échelle mondiale. Angoissante pour tout ce qu’elle semble receler ainsi de facteurs d’incertitude et d’instabilité, notre époque en devient aussi, pour les mêmes raisons, une époque particulièrement stimulante, dans la mesure précisément où la pensée, de plus en plus délestée du poids des conformismes sclérosants, des convenances factices et des certitudes toutes faites (et parfois mal faites), peut désormais s’envoler de toute la vigueur de ses ailes vers la conquête de nouvelles cimes et s’ouvrir des espaces de déploiement d’une immensité infinie qui lui permettent de reculer sans cesse les frontières du réel et du possible.
Dans un tel contexte et au regard de l’ampleur des enjeux que comporte l’interprétation des événements et des phénomènes qui marquent l’originalité de l’époque et déterminent la spécificité de son contenu, il est naturel qu’elle soit pratiquement au centre d’une intense bataille des idées. C’est qu’au-delà de la détermination des tendances les plus décisives de la marche actuelle du monde et de la délimitation aussi rigoureuse que possible de leur portée historique, il s’agit, en dernière instance, de s’assurer les moyens théoriques mais aussi politiques d’une meilleure prise, voire d’une emprise effective, sur le présent et le futur de la planète ainsi que sur le destin des peuples et des Etats qui l’habitent.
Tels nous semblent être le sens et la portée des débats qui se mènent aujourd’hui autour de la notion de mondialisation.
Nous nous proposons dans ce travail d’apporter notre modeste contribution à ces débats en esquissant la problématique d’une "philosophie de la mondialisation", en essayant d’en faire saisir la nécessité, en dégageant les pistes de réflexion vers lesquelles elle oriente la pensée et en mettant en lumière la démarche que requiert une exploration féconde et pertinente de ces pistes.

I. PROBLÉMATIQUE ET DÉFIS

Malgré l’abondance des travaux qui lui ont été déjà consacrés [1] la notion de mondialisation reste d’une confusion qui a été d’ailleurs généralement soulignée par tous ceux qui s’y sont penchés sérieusement. Cela nous semble pouvoir être imputé à ce qu’on y distingue difficilement l’idéologique du réel, mais tient aussi pour une part très importante au caractère multidimensionnel du processus dont elle tente de rendre compte. Il est donc tout à fait naturel qu’elle fasse l’objet de controverses d’autant plus passionnées d’ailleurs que le contenu que les uns et les autres peuvent lui donner n’est jamais innocent.
Pour certains cette notion renvoie à une réalité tangible qui définit l’originalité du cadre historique objectif dans lequel les sociétés, les Etats et les individus, sont obligés aujourd’hui de vivre, d’inscrire leurs actions et de définir leurs rapports réciproques. Ils n’en déduisent pas d’ailleurs forcément les idées de fatalité et d’irréversibilité que certains idéologues de la mondialisation croient pouvoir tout naturellement tirer de ce caractère objectif qui veut seulement dire que l’on ne peut plus se situer en dehors de la mondialisation, et qu’il n’ y a par conséquent pas grand sens d’être pour ou contre elle. Pour d’autres, la notion n’est qu’un simple opérateur idéologique, un rideau de fumée terminologique destiné à empêcher une appréhension correcte de la signification et de la portée des mutations en cours. Dans tous les cas, cette notion apparaît comme une sorte d’auberge espagnole, chaque utilisateur tendant à y mettre le contenu qui lui convient, ce qui, en définitive, affecte considérablement sa valeur opératoire en tant qu’outil d’analyse et de réflexion théorique.
L’objet de ce travail se situant ailleurs, nous n’entrerons pas dans le fond de ce débat qui est d’ailleurs loin d’être sans intérêt. Nous nous contenterons donc d’énoncer notre opinion sur ce point, juste pour formuler explicitement l’hypothèse qui oriente toute notre réflexion, à savoir que, quelque dérangeant que puisse être le caractère équivoque de la notion de mondialisation, il ne devrait pas, nous semble-t-il, conduire à nier purement et simplement la réalité de la configuration historique qu’elle essaie tant bien que mal - plutôt mal peut-être que bien - de désigner. Celle-ci se présente comme un processus multidimensionnel et contradictoire sur lequel il serait d’autant plus risqué de vouloir fermer les yeux qu’il détermine déjà très fortement le contenu, l’orientation, le rythme et les modalités de la marche du monde, assigne leurs rôles et leurs places respectifs aux acteurs individus et collectifs qui existent et agissent en son sein, et, de façon générale, pose à l’humanité tout entière, des problèmes parfois inédits qu’elle devra nécessairement résoudre sous peine de disparaître.
La nature du processus de la mondialisation et l’hétérogénéité des niveaux de réalité qu’il engage ne permet pas certes d’en donner une vision systématique et exhaustive. On peut cependant, à la lumière des développements qui lui sont souvent consacrés dans les sciences humaines et sociales contemporaines, essayer de s’en faire une idée approximative à partir d’un certain nombre de phénomènes et de tendances considérés comme étant des aspects à prendre nécessairement en compte, parmi lesquels nous pouvons notamment citer :
* la tendance à la formation d’un espace économique mondial unifié - d’un « système-Monde » - sur la base de la logique du "marché" censé être capable, comme sous l’effet d’une "main invisible", d’harmoniser et d’ajuster spontanément les intérêts différents et parfois contradictoires coexistant dans la sphère économique tant nationale qu’internationale ;
* la tendance, liée à la précédente, à la formation et à la diffusion d’une "pensée unique", qui n’admet plus qu’une seule "rationalité" politique, économique et sociale, à savoir celle qui se fonde sur les principes de la démocratie libérale et de l’économie de marché dont le triomphe a été, quelque peu imprudemment nous semble-t-il, proclamé comme définitif et irréversible ;
* la domination sans précédent de l’économie mondiale par la spéculation financière, ce qui, du fait de la mobilité extrême des capitaux financiers qui "papillonnent" au gré des conditions très fluctuantes de profitabilité de leur investissement qui leur sont faites sur le marché financier mondial, menace en permanence la stabilité du système en lui posant, tant à l’intérieur des Etats qu’au plan international, des problèmes de "gouvernabilité" d’une acuité qui n’en finit pas de susciter de profondes inquiétudes même parmi les plus fervents adeptes du système ;
* la constitution de regroupements régionaux (à dimension continentale parfois), sur la base de convergences d’intérêts économiques et/ou d’affinités historiques et culturelles, pour mieux résister à la concurrence mondiale, notamment par la création d’un espace économique intégré permettant l’harmonisation des politiques économiques mais aussi une meilleure circulation des capitaux, des marchandises et des services entre les pays membres ;


* la réduction drastique de la marge de manœuvre des États-Nations sur la scène internationale, et même, sauf sur des questions finalement mineures, l’affaiblissement de leur souveraineté dans la gestion de leurs affaires domestiques, leur rôle semblant se limiter de plus en plus à la création, dans leurs espaces nationaux respectifs, de meilleures conditions politiques, institutionnelles et législatives de rentabilité des investissements privés nationaux et surtout étrangers. On ne peut cependant conclure de cet état de fait, comme n’hésitent pas à le faire certains, à une impuissance totale des Etats devant les "contraintes extérieures" voire à leur "disparition" programmée, puisqu’en réalité, non seulement la nécessité de leurs fonctions s’exprime autrement mais même celles-ci semblent plus importantes que jamais sous certains rapports, d’autant qu’ils continuent à être les seuls "sujets" souverains du droit international ;
*la subordination du politique à l’économique - certains parlent carrément d’une , « éclipse du politique » - ce qui fait passer de fait la gestion du destin des pays des mains de représentants choisis par eux et comptables devant eux, à celles de techniciens et d’experts - les « éconocrates » - qui agissent souvent comme de véritables fondés de pouvoir des institutions financières internationales, plus soucieux de mériter la confiance de celles-ci que de répondre aux attentes de leurs peuples ;
* la transformation et la compression de l’espace et du temps, à cause notamment du développement des nouvelles technologies de l’information et de la communication (numérique, fibre optique, satellites de communication, Internet. etc.), qui sont censées avoir transformé l’humanité en un "village planétaire" ;
*l’occidentalisation croissante, sous le manteau de l’universalisme, de la civilisation mondiale, grâce à la formidable avance technologique que s’est arrogée l’Occident et qui lui assure des moyens de plus en plus puissants d’exportation de ses valeurs et modèles culturels ; _x* l’explosion des revendications identitaires de toutes sortes (ethniques, religieuses, culturelles, etc.). en guise de réaction contre la tendance à l’uniformisation culturelle et à la marginalisation croissante des autres civilisations ;
* la formation, à la faveur de la révolution des moyens d’information, d’une opinion publique mondiale capable de peser de façon décisive dans la conduite des affaires publiques tant au plan national qu’international ;
* réveil progressif d’une conscience planétaire, à partir du sentiment de plus en plus partagé que des problèmes comme ceux de la préservation des conditions de possibilité et de permanence de la vie humaine sur terre contre les nuisances écologiques, de la pauvreté, de l’accroissement exponentiel de la démographie, de la promotion effective des femmes et de la protection des enfants, du trafic international des armes et des stupéfiants, appellent des solutions qui engagent aujourd’hui la responsabilité et le devenir de l’humanité dans son ensemble ;
* l’effondrement des paradigmes antérieurs par lesquels nous avions l’habitude de comprendre et d’expliquer le monde, le brouillage des repères culturels qui nous permettaient de nous identifier en nous situant par rapport aux autres, et la crise des valeurs morales qui déterminaient notre sens du bien et du mal du permis et du défendu, et qui orientaient nos actions individuelles et collectives.
Comprise à la lumière de ces tendances et de ces phénomènes, la mondialisation apparaît ainsi, au-delà de ses aspects économiques, politiques et sociaux qui sont les plus évidents, comme le symptôme d’une "crise de civilisation" qui pose à tous les peuples, chacun en fonction de ses paramètres culturels spécifiques et de son degré d’implication dans le mouvement actuel du monde, des défis historiques cruciaux qui engagent leur avenir. Nous pouvons citer, parmi ces défis, ceux qui nous semblent les plus décisifs, à savoir :
*le défi de l’orientation : il s’agit ici de savoir si l’humanité a encore les moyens d’infléchir le cours actuel de l’histoire dans la direction de ce que l’on pourrait appeler une mondialisation des peuples, par les peuples et pour les peuples, ce qui pose aussi la question de la possibilité pour ces derniers de recouvrer leur initiative historique et leur responsabilité aujourd’hui sérieusement remises en cause, à la faveur d’un processus dirigé par des forces qui semblent totalement échapper à leur contrôle ;
* le défi philosophique qu’il faut entendre ici d’un double point de vue. Il se présente d’abord comme celui de l’intelligibilité, en mettant en question, notre capacité de créer les nouveaux outils intellectuels dont nous avons urgemment besoin pour pouvoir penser le monde dans sa complexité et dans l’accélération de son "temps". Mais c’est aussi un défi du sens dans la mesure où il s’agit de savoir s’il nous est encore possible d’assigner à notre existence et à nos actions une signification et une finalité qui pourraient constituer pour nous de nouvelles raisons de vivre, de croire et d’espérer, et qui auraient par conséquent à nos yeux une valeur et une légitimité suffisantes pour mériter que nous puissions, le cas échéant, mourir pour elles ;
* le défi Ethique : la question ici, étroitement liée à celle qui précède, consiste à savoir, dans l’atmosphère délétère de relativisme moral voire de nihilisme éthique dans laquelle nous baignons aujourd’hui, si nous sommes encore capables de placer notre existence et notre conduite de tous les jours sous l’autorité de valeurs aptes à préserver et à promouvoir en nous ce qui fonde notre dignité humaine et à installer durablement dans la paix et l’harmonie nos sociétés profondément déstabilisées aujourd’hui par la logique prévalante du "chacun pour soi" et celle du "tout va" ; c’est aussi celui de notre aptitude à garder le contrôle des prodigieuses avancées scientifiques contemporaines, notamment dans des domaines comme celui de l’ingénierie génétique, et, sans entraver leurs progrès, à les contenir dans des limites susceptibles de protéger l’homme contre les dérapages possibles d’une volonté de savoir qui a de plus en plus tendance à se prendre pour sa propre fin, au risque de donner parfois à la vie dans notre monde réputé "moderne" l’allure d’une véritable régression vers la barbarie ;
* le défi culturel : il s’agit, face à la tendance actuelle à l’uniformisation culturelle sur la base des valeurs occidentales ( parfois indûment estampillées du sceau de l’universalité), de savoir s’il est encore possible pour les autres régions du monde, et si oui dans quelle mesure, de sauvegarder et de promouvoir leurs propres valeurs de civilisation, dans le cadre d’un processus d’échanges mutuellement enrichissants fondés sur l’acceptation mutuelle et le respect réciproque, en d’autres termes, comment "assimiler sans être assimilé" (Senghor) ;
* le défi politique : au-delà de la question de la démocratie qui se pose aujourd’hui comme une exigence universelle s’imposant en tant que telle à tous les peuples, et qui demande à être consolidée et approfondie sans cesse dans le sens de la conquête de nouveaux droits toujours humainement plus riches, il s’agit de repenser la politique dans la perspective de la définition et de la mise en œuvre d’une pratique politique qui soit non seulement acceptable moralement mais aussi rigoureusement centrée sur le citoyen restauré dans son statut de "sujet" authentique de la politique ;
*le défi économique : dans le cadre des principes d’organisation et de fonctionnement du système capitaliste qui impose ses règles à la mondialisation néolibérale en cours et qui, comme on le sait, est plus soucieux de profit maximal que de promotion des hommes, c’est le défi de la définition et de la mise en œuvre d’un système d’exploitation des ressources naturelles et de production sociale des richesses qui soit capable d’impulser une croissance conséquente, soutenue et durable délibérément inscrite dans la perspective de la satisfaction des besoins matériels, sociaux et culturels de plus en plus exigeants des populations, ce qui semble devoir impliquer la "refondation" de l’économie ;
* le défi social : lié à celui que nous venons de signaler, il consiste à savoir comment il serait possible d’abolir les mécanismes économiques, politiques, sociaux et culturels qui, en alimentant et en aggravant sans cesse la pauvreté et l’exclusion (celle des jeunes par le chômage, celle des femmes par les discriminations de toutes sortes fondées sur le genre, celle des peuples et des cultures différents par le racisme et les politiques de "purification ethnique"), empêchent aujourd’hui que l’humanité toute entière puisse tirer tout le profit possible de la richesse de son génie créateur, et que les opportunités sans précédent de promotion individuelle et collective dont elle dispose aujourd’hui puissent être équitablement réparties, pour assurer à tous et à chacun les conditions d’une existence sociale réellement digne de l’homme ; ,
*le défi scientifique : c’est d’abord celui de l’appropriation des avancées les plus récentes de la science, de la technique et de la technologie considérées comme les "nouveaux pouvoirs" dont la maîtrise sera de plus en plus décisive dans la détermination de la position tant des individus dans la société que celle des peuples et des Etats à l’échelle mondiale ; c’est ensuite celui de notre aptitude à tirer le meilleur parti possible, après inventaire critique, des connaissances, des techniques et des technologies endogènes par lesquelles, avant l’universalisation de la "modernité" occidentale, les autres peuples avaient réussi à assurer leur propre survie en se faisant à leur manière "maîtres et possesseurs" de la nature ;
*le défi idéologique : devant la proclamation, trop insistante pour ne pas paraître suspecte, de la "fin des idéologies", il s’agit de savoir s’il est encore possible de proposer à l’humanité de nouveaux "mythes" ou de nouvelles "utopies" qui soient capables de formuler de façon fidèle et cohérente les aspirations fondamentales que leurs conditions concrètes d’existence suscitent chez les hommes, et de développer en eux la volonté, la détermination et l’énergie individuelle et collective nécessaires à la réalisation de leur idéal de société ;
* le défi écologique : il s’agit, devant les pollutions non seulement environnementales mais aussi morales inhérentes à la "civilisation", c’est-à-dire au mode actuel d’interaction et d’échanges entre l’homme et son environnement naturel, de savoir s’il est possible d’envisager une alternative raisonnable et réaliste, qui permette effectivement à notre espèce de continuer de profiter au maximum de la nature sans pour autant compromettre ni sa propre survie ni celle de la planète tout entière.

II-NECESSITE ET ENJEUX

La nature et l’ampleur des défis que nous venons d’exposer, et les enjeux qu’ils recouvrent, posent assurément une urgence, celle de réapprendre à "saisir et comprendre ce qui est" (Hegel). Il s’agit là, à l’évidence, d’une tâche devant laquelle l’on ne saurait reculer, sans renoncer du même coup à conférer un minimum d’intelligibilité au monde tel que nous le vivons.
A l’accomplissement d’une telle tâche la philosophie pourrait-elle apporter une contribution qui puisse être jugée réellement digne d’intérêt ? Si oui, comment et dans quelle mesure ?
En fait, dès l’Antiquité grecque, bien avant donc que la mondialisation ne se soit affirmée comme une préoccupation importante de la pensée sociale, la philosophie s’était exercée à diverses tentatives de conceptualisation de l’unité du monde, en la concevant comme une "totalité" qui est soit donnée d’emblée dans sa structure originaire constitutive soit programmée comme une nécessité inéluctable dans l’enchevêtrement et la succession des phénomènes qui ponctuent la vie des individus et rythment la marche des peuples dans le temps. On pourrait citer à titre d’illustration, dans cette longue tradition philosophique de conceptualisation du monde sous l’éclairage d’un principe d’unité garant de l’ordre et de l’intelligibilité de l’univers, le "Noûs" d’Anaxagore, l’Un de Parménide, l’Etre de Platon ou d’Aristote, sans parler du Dieu unique des philosophies inspirées des religions du Livre etc.


Plus près de nous, sous des formes rendues nécessairement différentes par les différences de contextes historiques mais aussi d’orientations de pensée, on retrouve la même approche chez des philosophes modernes comme Spinoza et Leibniz, à travers le "cosmopolitisme" de Kant et son "projet de paix perpétuelle", dans les philosophies de l’histoire du 19è siècle, notamment chez des penseurs comme Hegel, Herder ou Marx, et , de façon plus manifeste encore au 20e siècle, non seulement dans les avatars de ces philosophies de l’histoire mais aussi dans la problématique de la "Civilisation de l’Universel" telle que développée par des penseurs comme le Père Pierre-Teilhard de Chardin et Léopold Sédar Senghor.
A la faveur de ces quelques exemples que nous avons rapidement signalés parmi une multitude d’autres possibles, d’importants édifices intellectuels ont été donc construits, ou en tout cas leurs fondations solidement posées, qui pourraient être perçus rétrospectivement comme autant d’anticipations parfois géniales de l’esquisse d’une problématique philosophique de la mondialisation, une problématique qui, bien évidemment, ne pouvait pas d’emblée et explicitement être formulée comme telle, puisque la configuration historique dont elle tente aujourd’hui de rendre compte ne pouvait alors, au mieux, que se laisser pressentir comme une direction possible de l’évolution ultérieure de l’humanité.
Certes, sur ce bénéfice de l’antériorité dans l’anticipation théorique du phénomène de la mondialisation, la philosophie ne saurait fonder une quelconque revendication de préséance encore moins la prétention de tenir sur le sujet le seul discours qui vaille. Elle pourrait toutefois s’en prévaloir légitimement, nous semble-t-il, pour justifier l’intérêt qu’elle peut et doit porter à la question. Il reste que ce n’est nullement par effraction encore moins pour y jouer les "seconds couteaux" que la philosophie pourrait s’engager dans la réflexion en cours sur la mondialisation.
Le processus de la mondialisation et les problèmes de différentes sortes qu’il met aujourd’hui au centre des préoccupations des chercheurs sont autant de thèmes que les péripéties et les tourments de notre époque, celle du passage d’un millénaire à un autre, dans un contexte de bouleversements radicaux porteurs de tous les possibles, mettent aussi tout naturellement à l’ordre du jour d’une activité philosophique soucieuse de répondre pleinement aux sollicitations fondamentales de son temps.
Au demeurant, la philosophie, pourrait-elle s’exempter de cette tâche comme si elle se mettait ainsi à "snober" les autres disciplines qui tant bien que mal en ont pris la charge ? Ce serait tout simplement, nous semble-t-il, renoncer du coup à ce qui semble être son principe même. En effet, au moins en ce que l’on pourrait s’accorder à prendre pour une définition minimale, elle s’est toujours voulue une réflexion sur "les grands problèmes du monde et de la destinée humaine". On peut certes convenir que la nature et le contenu de ces "grands problèmes" ne peut nullement demeurer invariable d’une époque historique à une autre. Mais, en tout état de cause, cela ne saurait en rien affecter la nécessité pour la philosophie d’assumer sa vocation essentielle qui est de les penser à sa manière, d’autant qu’à l’évidence, tels que ces problèmes se posent aujourd’hui, nulle autre discipline ne semble plus apte qu’elle à la mener à bien.
En d’autres termes, sous l’influence de Marx qui aura été plus profonde sur ce plan qu’on a souvent voulu le croire, la philosophie avait fini par se convaincre par un long passé d’inoffensives spéculations, que ce qui importait le plus désormais pour elle était de contribuer à sa manière à transformer le monde. Mais ce qu’il s’agit plutôt pour elle de faire aujourd’hui, nous semble-t-il, et qui conditionne peut-être tout le reste, c’est de chercher à se redonner les moyens d’en interpréter correctement le cours actuel du monde, c’est-à-dire d’identifier, derrière le chaos apparent des événements et des phénomènes qui font le quotidien de l’existence contemporaine, et de formuler le principe qui permet de les ordonner en un tout cohérent, d’éclairer leur nécessité et de dégager leur signification et leur véritable portée historique. Il s’agit donc de maîtriser dans et par la pensée d’abord le mouvement actuel du monde et les problèmes qu’il pose aux hommes, pour pouvoir ensuite agir efficacement sur le cours de l’histoire et lui imprimer une signification et une direction favorable à la réalisation pleine et entière de l’homme. Ce n’est là, au demeurant, qu’une façon pour la philosophie d’accepter d’assumer, selon les nouvelles modalités dictées par les conditions originales de notre époque et par le caractère parfois inédit des problèmes qu’elle pose aux hommes, le poids des exigences bien comprises de sa propre pratique.

III-PISTES DE REFLEXION

Il est heureux du reste de constater que la philosophie, dans ses tendances contemporaines les plus significatives, n’a nullement perdu de vue l’urgence et la nécessité de s’occuper de cette tâche. Elle s’y atèle de plus en plus activement dans ses structures d’enseignement et de recherche, en ne dédaignant pas, le cas échéant, de mettre à profit les plus grandes opportunités de dialogue, de confrontation et de circulation des idées qu’offrent les nouvelles technologies de l’information et de la communication. De plus en plus nombreuses sont par ailleurs les rencontres internationales réunissant sur la question des philosophes de divers horizons et de pratiquement toutes les régions du monde.
Les questionnements qui sont généralement agités à ces différentes occasions ne font d’ailleurs, à bien y regarder, que reprendre dans les termes et à la lumière des conditions historiques de notre époque, certaines interrogations fondamentales de la « philosophia perennis », à savoir « Qui suis-je ? », « Que puis-je savoir ? », « Que puis-je faire ? », « Que m’est-il permis d’espérer ? », des interrogations qui ramènent toutes, en définitive, à une seule, celle du sens et de la finalité de l’existence humaine à la lumière des modalités concrètes de notre présence actuelle au monde.
Dans la direction indiquée par ces interrogations, d’intéressantes pistes sont aujourd’hui explorées, qui s’éclairent du reste mutuellement comme autant de perspectives particulières d’une réflexion orientée par la préoccupation unique de penser le monde dans sa nouvelle configuration historique. Nous pouvons dans ce cadre, à titre d’illustration seulement et sans nullement vouloir réduire à cela toute la richesse de la pensée philosophique contemporaine, citer quelques pistes parmi celles qui nous paraissent les plus significatives de cette orientation, à savoir :
* le retour en force de l’Ethique, tel que cela se manifeste, entre autres, à travers les projets d’éthiques nouvelles articulés à la critique des nouvelles formes du savoir, du pouvoir et de l’agir humains, comme l’ « éthique planétaire » (Hans Küng,), l’"éthique de la responsabilité" ( Hans Jonas), l’ "éthique communicationnelle" (Apel. Habermas, etc.) ;
* la recherche de nouvelles normes d’organisation et de fonctionnement du système des relations internationales, notamment à travers les efforts visant à concevoir, à formaliser et à mettre en pratique des principes d’un nouveau droit international humanitaire comme l’atteste l’irruption de la notion de "devoir d’ingérence humanitaire" ;
* la réflexion sur l’idée d’une citoyenneté mondiale, dans un espace international où, sous la double pression de la révolution technologique en matière de communication et de la mondialisation économique, se font de plus en plus fortes les exigences de rapports plus harmonieux entre les Etats et d’ouverture de leurs frontières en vue de permettre la libre circulation des personnes, des capitaux, des services et des marchandises ( ce qui n’empêche pas d’ailleurs les pays riches de prendre des mesures de plus en plus draconiennes pour freiner l’immigration en provenance des pays pauvres) ;
* le regain d’intérêt de la problématique de l’universalité et de l’universalisme, notamment à travers la question des "droits de l’homme" et de la démocratie en général ;
* la nouvelle actualité prise par la problématique du Même et de l’Autre, de l’Identité et de la Différence, du Je et du Nous, notamment à travers la recrudescence des revendications identitaires de caractère nationaliste, régionaliste, ethnique ou religieux ;
* le renouvellement, sous différentes formes, de la problématique des rapports de la Tradition et de la Modernité, ou pour reprendre la terminologie de Senghor, celle de l’Enracinement et de l’Ouverture ;
* la problématique de la naissance, de la vie et du déclin des civilisations, ainsi que celle du sens et des modalités (dialogue ou conflit ?) de leur coexistence historique et, dans ce cadre, la résurgence du thème du « déclin de l’Occident » ;
* les réflexions visant à repenser la nature, la nécessité, le sens et la finalité du travail humain, notamment à travers l’annonce de la « fin du travail » ;
* la place occupée dans la pensée contemporaine par les thèmes de la "fin" et par l’inflation des néologismes du type « post » (« postindustriel », « postcapitalisme », « postphilosophie », « posthistoire », « postmodernisme », etc. ;
* la remise en cause du "progrès" compris comme un mouvement cumulatif, irréversible et unidirectionnel de l’histoire destiné à faire advenir un "sens" toujours projeté en avant, à la "fin" et appelé à se réaliser nécessairement et quel qu’en soit le coût pour le plus grand bien de l’humanité, notamment grâce à l’action de "grands hommes" ou de forces sociales dont ce serait la "mission historique" ;
*le développement sous différentes formes du thème du "progrès meurtrier" en entendant par-là l’impasse à laquelle aurait conduit l’Occident et le reste du monde après lui un mode d’investissement de la rationalité tourné essentiellement vers la création des moyens de rendre l’homme "maître et possesseur de la nature" qui auraient fini tout naturellement par se transformer en autant de moyens de domination de l’homme par l’homme ;
*les réflexions sur la "crise de la modernité" et sur le "postmodernisme", dans le cadre de la réévaluation critique globale de l’héritage philosophique, politique, économique, sociale et culturelle des Lumières ;
* la réactivation, autour des thèmes de la "mort" puis du "retour" du sujet, de la problématique de l’individualité ;
* la place croissante que prend dans la réflexion philosophique le motif "environnemental" qui fonctionne de plus en plus comme un paradigme, à la faveur de la prise de conscience grandissante des conséquences, qui peuvent être fatales pour la survie de l’espèce humaine, des errements d’un processus de "civilisation" qui s’est déjà traduit par une grave détérioration des conditions de l’existence humaine sur terre ;


* la remise en perspective du "développement" à travers la problématique du développement "humain", "durable", remise en question qui se traduit par l’élaboration de nouvelles problématiques ("genre et développement", "Culture et développement", "environnement et développement", " éthique et développement", etc.) ;
* la problématique de la "crise du marxisme" dans tous ses tenants et aboutissants philosophiques, épistémologiques et politiques, sur la toile de fond de la proclamation de la " fin de l’histoire" ;
* la problématique des nouveaux "mouvements" et "acteurs" sociaux, problématique qui, à la faveur de ce qui semble être un épuisement du dynamisme historique et social des avant-gardes traditionnelles, notamment la classe ouvrière et les intellectuels, renouvelle la question du " sujet de l’histoire" telle qu’elle a été léguée par les philosophies de l’histoire du 19è siècle ;
* la problématique de la "crise des médiations" (Famille, Ecole, Partis, Syndicats, Maîtres-Penseurs, Gourous), avec la nécessité qu’elle implique d’une réflexion sur de nouvelles formes de socialisation des individus, d’orientation de leurs actions individuelles et collectives et d’organisation de leur vie en société ;
* la recherche de nouvelles "figures de l’espérance" qui implique une reprise de la question du statut de l’ "utopie" ;
* les analyses visant à éclairer ce qui, dans les conditions actuelles d’existence de nos sociétés, apparaît comme la "revanche de Dieu", avec la nouvelle poussée de foi religieuse constatée pratiquement partout à travers le monde et la recrudescence de l’activisme politique et social d’inspiration religieuse ;
* les analyses développées sur la "crise du politique", qui s’accompagnent de l’exigence de la reformulation des catégories, des théories et des institutions héritées de la pensée politique et sociale des deux derniers siècles, mais qui posent aussi la nécessité d’une redéfinition de l’essence et des finalités de l’action politique ;
* les réflexions sur le caractère de plus en plus virtuel de l’existence humaine du fait de l’entrée massive de l’outil informatique dans notre vie de tous les jours, et sur les conséquences que cette tendance entraîne dans le comportement quotidien des individus mais aussi dans la façon dont ils appréhendent leur propre identité ainsi que leurs rapports avec les autres au sein de la société ;
* le renouvellement de la réflexion esthétique dans le cadre de la problématique de la "crise de l’art", et dans la construction du discours sur le postmodernisme, et la définition de son contenu culturel ;
* la réflexion sur les changements introduits dans notre représentation du temps et de l’espace par la mondialisation économique et la révolution des technologies de l’information et de la communication ;
* le recours de plus en plus fréquent aux paradigmes épistémologiques de la « complexité » et du « chaos », dans l’analyse des réalités économiques, sociales et politiques contemporaines.

IV OUTILS ET DÉMARCHE

Dans l’exploration de ces pistes ouvertes à la réflexion comme autant de perspectives pour penser le monde dans sa dynamique contemporaine et dans les implications de celle-ci à tous les niveaux et dans toutes les sphères de l’existence individuelle et collective, la philosophie est loin d’être totalement démunie. Mieux, certains problèmes qui se posent dans ce cadre semblent ne pouvoir être traités dans toute leur ampleur et dans toutes leurs dimensions, qu’en sollicitant le riche patrimoine conceptuel et méthodologique qui lui a été légué par sa propre histoire. C’est de ce point de vue d’ailleurs que l’annonce du « retour » de la philosophie, qui se répand aujourd’hui avec la même vitesse que naguère celle de sa « mort », pourrait bien n’être que la traduction d’une prise de conscience, encore embryonnaire certes dans certains milieux, notamment scientifiques, mais croissante, de cette prédisposition toute particulière de cette discipline à penser la vie contemporaine dans l’originalité et l’enchevêtrement des traits et des tendances historiques qui la caractérisent.
Les limites de ce travail ne permettent pas bien entendu d’entrer dans le détail des systèmes, des penseurs et des problématiques philosophiques que nous avons rapidement signalés, pour procéder au repérage précis de leurs apports respectifs, en termes de concepts ou d’approches, au projet d’une philosophie de la mondialisation. Mais cela ne saurait être que partie remise puisque c’est là, nous semble-t-il, le premier pas à faire dans cette direction.
En effet, parce que la légitimité et la nécessité de l’implication de la philosophie dans la problématique de la mondialisation ne sont pas évidentes pour tout le monde, y compris parfois pour certains philosophes censés pourtant être bien au fait des ressources et des potentialités théoriques de leur propre discipline, il faudrait à notre avis commencer par faire de façon systématique ce que nous avons seulement esquissé ici, à savoir solliciter l’histoire de la philosophie pour pouvoir faire un inventaire aussi rigoureux que possible du patrimoine conceptuel et méthodologique qu’elle met à la disposition du philosophe engagé dans une telle entreprise. Il faudrait ensuite évaluer la fécondité heuristique des outils disponibles en les mettant à l’épreuve des problèmes parfois inédits que la marche actuelle du monde donne à penser.
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Tout cela appelle de la part du philosophe, outre une bonne maîtrise de l’histoire de sa discipline, une grande perspicacité théorique pour pouvoir procéder à une lecture subtile de la réalité, en saisir les nuances, les connexions internes, les permanences et les ruptures et en rendre compte par des théorisations pertinentes. Mais il doit aussi, le cas échéant, faire preuve de créativité pour pouvoir renouveler sans cesse, adapter et enrichir son propre outillage conceptuel, tant il est vrai qu’il serait utopique, voire absurde, de prétendre pouvoir trouver dans l’histoire de la philosophie, tout faits et prêts à servir, comme Minerve serait sortie de la tête de Jupiter armée de pied en cap, tous les outils que pourrait nécessiter l’entreprise.
Cela dit, il faudrait aussi reconnaître que la diversité des champs que la problématique de la mondialisation concerne est telle que si la philosophie est tout à fait fondée comme nous l’avons dit plus haut de chercher à faire valoir sa démarche spécifique, irremplaçable sous certains rapports, pour prendre en charge cette problématique, elle ne pourrait cependant y réussir pleinement qu’en acceptant, sans renoncer à son originalité, de se désenclaver théoriquement, de décloisonner l’espace convenu de ses préoccupations traditionnelles, pour s’ouvrir aux sciences sociales notamment, qui sont parfois plus aptes qu’elle à traiter certains aspects de la question qui ne sont pas de son ressort. Elle doit donc se tenir en permanence au courant de leurs avancées et essayer de s’approprier non seulement les résultats les plus intéressants de leurs recherches mais aussi, dans toute la mesure autorisée par les différences objectives des domaines d’investigation respectifs, leurs concepts, leurs théories et leurs méthodes. Elle y gagnerait incontestablement l’affinement de son approche, l’élargissement de sa perspective de recherche, l’amélioration de son cadre théorique et méthodologique, donc le renforcement de ses capacités heuristiques. La qualité qu’elle pourrait ainsi garantir à sa contribution serait assurément le meilleur moyen de convaincre de son utilité et de sa nécessité tous ceux qui sont enclins aujourd’hui, et ils sont nombreux, à en douter.
Au demeurant, cette disponibilité dont la philosophie doit faire montre à l’égard des autres sciences ne relève ni du défaitisme intellectuel ni d’un quelconque complexe d’infériorité devant les succès épistémologiques prodigieux de disciplines qui d’ailleurs sont toutes nées d’elle, et qui n’ont fait très souvent que développer et confirmer ses intuitions fondamentales, notamment grâce à une délimitation plus rigoureuse de leurs domaines et l’application de méthodes appropriées. Cette disponibilité traduit certes la conscience que la philosophie, disqualifiée dans la prétention qui fut naguère la sienne d’être la science par excellence, la reine des sciences, a prise désormais de ses propres limites en matière de production de savoir. Mais on pourrait y voir aussi et surtout, plus qu’un simple mais louable acte d’humilité de sa part, un impératif méthodologique dicté par la nature même de l’objet de la réflexion.
En effet, dans sa configuration actuelle, le monde se présente comme un objet "multiple, diversifié, hétérogène, difforme, contradictoire" [2], un "écheveau de complexités, à la fois un et disparate, multiple, interactif, continu dans le temps et en incessant renouvellement" [3]. Par conséquent, penser un tel objet non seulement excède les limites d’une quelconque discipline scientifique prise à part mais aussi appelle assurément une toute autre démarche que la simple "collecte d’une infinité de connaissances ponctuelles ou cloisonnées et d’éclairages partiels" [4] . Cela requiert d’apprendre non seulement à "penser à la fois la complexité et l’histoire" [5] mais aussi à "faire travailler ensemble, dans une quête commune, des praticiens et chercheurs appartenant à différentes parties et cultures du monde et ayant l’intelligence des principales dimensions du changement en cours" [6]. Il en découle la nécessité de "recompositions de savoir" [7] qui pourraient certes déranger les sourcilleux gardes-frontières de nos domaines académiques respectifs, souvent trop prompts, au nom d’un patriotisme épistémologique en réel porte-à-faux avec la dynamique contemporaine du savoir, à oublier le caractère parfois purement fonctionnel de nos partages disciplinaires (qui varient d’ailleurs en fonction des différentes traditions universitaires), mais dont on ne saurait cependant faire l’économie sans s’exposer en même temps à escamoter purement et simplement la réflexion.

CONCLUSION

Penser la mondialisation : la tâche est certes immense, démesurée même sous certains rapports. Mais elle est nécessaire et nullement impossible pour peu du moins que l’on tienne à l’assumer dans toutes ses exigences. Or c’est précisément là que le bât semble blesser car tout le monde n’y trouve pas forcément son compte, comme Michel Beaud le souligne encore en ces termes : "Ni les Etats, ni les organisations internationales, ni les firmes, écrit encore Beaud dans ce sens, n’ont besoin que l’on pense le monde : n’y a -t-il pas déjà suffisamment de contraintes, d’obstacles, d’urgences et de résistances ? Les Eglises, elles, situent leurs réponses dans un autre monde, non dans la connaissance du nôtre. Les sectes, les charlatans de l’incertitude et de l’angoisse cultivent la confusion, non la clarification. Les communautés scientifiques travaillent sur des tranches, des sphères ou des éclats du monde" [8]. Mais les philosophes ? Ce que nous avons essayé de montrer tout au long de ce travail, c’est qu’ils ne sauraient s’en détourner sans renoncer du coup à leur vocation qui est de tenter de comprendre et de formuler rationnellement le sens et les modalités de notre présence au monde dans les termes concrets où l’histoire nous les pose à chaque époque, notamment pour nous permettre de maîtriser notre destin dans et par la pensée d’abord, dans l’action ensuite. Mais c’est un fait que, parmi eux, "bien peu semblent prêts, aujourd’hui, à assumer avec la simplicité nécessaire cette charge - si ce n’est peut-être dans des cafés, des rencontres informelles ou d’imprévisibles discussions avec des étudiants" [9].
Il n’est donc nullement étonnant que la contribution de la philosophie, par des travaux systématiques, à la réflexion sur la mondialisation soit encore somme toute marginale, comparée à celles des autres disciplines, mais pire encore, qu’elle soit si dérisoire au regard des ressources indéniables que sa propre histoire met à sa disposition pour accomplir une telle tâche. Il y va pourtant de son droit à faire reconnaître et admettre sa nécessité et son utilité, voire de sa survie, dans un monde où les sciences positives, par leur plus grande aptitude à prendre en charge certaines aspirations fondamentales de l’homme en matière de savoir, de pouvoir et d’avoir, semblent décidées à la faire reléguer aux oubliettes.
Voilà pourquoi, en esquissant, comme nous avons tenté de le faire ici, la problématique et les défis d’une philosophie de la mondialisation, en essayant d’en faire saisir la nécessité et les enjeux, de recenser certaines pistes déjà explorées par la pensée moderne et contemporaine dans cette direction, de préciser ce que pourrait être sa démarche et de faire un inventaire sommaire des outils qu’elle pourrait hériter d’une longue et vénérable tradition philosophique de recherche d’un principe unitaire pour ordonner la marche de l’univers et de réflexion sur les grands problèmes du monde et de la destinée humaine, nous ne faisons en définitive que reprendre d’une autre manière la préoccupation fondamentale qui est au cœur même de notre propre activité : comprendre et faire comprendre ce qui, aujourd’hui plus que jamais, fonde la nécessité et l’utilité de la pratique philosophique.

BIBliOGRAPHIE GÉNÉRALE

Nous avions retenu initialement d’illustrer les questions abordées dans les différentes parties du texte par des indications bibliographiques précises. Mais, du fait de l’abondance de la littérature disponible et des points à illustrer, nous nous sommes retrouvé, dans la première mouture de ce texte avec une dizaine de pages, rien que pour les notes et références bibliographiques, ce qui risquait de donner à l’ensemble du texte une longueur plus que déraisonnable pour un article de revue. Nous nous en sommes tenu pour cette raison à une bibliographie générale qui recouvre pratiquement, au-delà de la philosophie elle-même, tous les domaines des sciences sociales qui, dans leurs préoccupations théoriques, accordent aujourd’hui de plus en plus de place à la problématique de la mondialisation. Pour des raisons de place toujours, nous avons délibérément passé sous silence de nouveaux travaux importants faits en Anglais sur la question et que le lecteur maîtrisant cette langue aurait tout intérêt à consulter.
Les dates de publication indiquées pour les ouvrages signalés sont celles de l’édition utilisée. D’autre part, les références faites à ou dans certains travaux où cette problématique n’est pas explicitement et textuellement formulée procèdent d’une lecture personnelle que nous aurions pu justifier si l’objet de ce travail n’était pas tout simplement de baliser le champ à l’intérieur duquel une philosophie de la mondialisation pourrait se déployer de façon plus systématique. Dans les travaux ultérieurs que nous envisageons de mener dans cette perspective, nous nous proposons de revenir de façon plus précise sur cette bibliographie et sur les problèmes de lecture que pourrait susciter tel ou tel texte ou passage de texte philosophique ou non signalé dans ce cadre.


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[1] La bibliographie générale que nous indiquons à la fin du texte, quoi que non exhaustive, donne une idée de l’abondance des travaux sur la question.

[2] Michel Beaud, Le Basculement du monde. De la terre, des hommes et du capitalisme. Paris, La Découverte. 1997. p.38.

[3] Ibid. p. 43.

[4] Ibid., p. 39.

[5] Ibid.. p. 43.

[6] Ibid.. p. 40.

[7] Ibid., p. 39.

[8] Ibid., p. 403.

[9] Ibid.




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