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Ethiopiques n°54
revue semestrielle
de culture négro-africaine
Nouvelle série volume 7
2e semestre 1991

Auteurs : Charles BECKER et Waly Coly FAYE

Les systèmes de nomination sont des révélateurs de la culture et de l’histoire. A ce titre l’onomastique est une science fondamentale, mais a été trop négligée. Comme le souligne F. ZONABEND, à propos de l’Europe surtout, en s’appuyant sur les travaux de C. LEVI-STRAUSS :
« l’ethnologie s’est essentiellement intéressée à la façon dont on utilise (les) noms propres, aux situations dans lesquelles ils apparaissent, aux fonctions qu’ils remplissent selon les circonstances où ils sont émis. C’est sans doute Claude Lévi-Strauss qui, dans les chapitres VI et VII de La Pensée Sauvage a poussé le plus loin l’analyse théorique des anthroponymes. Il suggère que le nom propre sert à la fois à identifier (un individu, une famille...), à classer et à signifier. En effet, les anthroponymes, de même que les autres appellations collectives comme les toponymes, supposent une faculté de classer... Ainsi dans chaque culture les noms propres constituent un système qui fournit des indications précieuses sur la façon dont les groupes sociaux agencent le réel...
Adresser le bilan des travaux parus en la matière..., force est de constater qu’il n’existe aucune étude d’ensemble sur le nom propre qui englobe à la fois les noms de personne, d’animaux, de plantes et de lieux. Aussi est-il aujourd’hui impossible, comme le souligne C. Lévi-Strauss, de saisir l’ensemble des corrélations que ces cultures ont élaborées pour découper, disjoindre ou con joindre la nature et la société. Jusqu’à présent les recherches menées ne portent que sur un aspect du nom propre - soit anthroponymique, soit toponymique - et, même pour ce qui est du nom de personne qui nous intéresse ici, la plupart des travaux ne s’attachent qu’à une de ces composantes, délaissent les autres. Or nous savons que chaque individu est nanti d’une série d’appelations qui accompagne le déroulement de son existence, jalonne sa biographie. Chacune de ces appellations obéit à des règles particulières d’allocation ou de transmission ; chacune, de ce fait, parle un langage particulier. Il apparaît indispensable, si l’on souhaite cerner la signification, le rôle classificatoire et la fonction d’identification du nom de personne, de les répertorier et de les analyser toutes » (ZONABEND, 1980 : 9-10).
Ces remarques, à propos de l’ethnologie européenne, sont pertinentes. L’on doit reconnaître qu’elles sont également valables pour l’Afrique subsaharienne, où la collecte des matériaux et la réflexion sur les formes de nomination restent encore très lacunaires et insuffisantes. Bien que des éléments soient proposés dans diverses études, on ne peut citer que quelques travaux qui traitent principalement de la nomination individuelle en Afrique (HOUIS, NTAHOMBAYE, LUNEAU, TIEROU, TANGO MUYAY). Nous voulons donc proposer ici quelques données qui concernent une société particulière de l’ouest-africain, - les Sereer du Siin -, en reconnaissant leur caractère encore fragmentaire.

La nomination peut être étudiée à plusieurs niveaux :

Ainsi peut-on faire une analyse du vocabulaire spécifique utilisé