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SUR LES CHEMINS DE L’IMMORTALITÉ
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Ethiopiques numéros 37-38
Revue trimestrielle de culture négro-africaine
Nouvelle série 2eme et 3ème trimestres 1984 volume II n° 2-3

Auteur : Souleymane FAYE [1]

Malraux disait de lui que dans ses mains périssables, il avait pris le destin de tout un continent.
Ce combat impossible que Léopold Sédar Senghor avait choisi de mener n’a pas été vain. Faut-il le préciser d’abord, son entrée à l’Académie française n’est encore qu’une autre opportunité pour saluer sa longue marche sur les chemins de l’Immortalité.
Une marche fondée sur deux engagements légitimes mais souvent difficiles à maintenir : l’acceptation de soi, et la fidélité à son idéal.
Cet idéal pour Senghor, c’est la symbiose des cultures.
Et l’acceptation de soi, c’était, dès le début, la proclamation de la Négritude, non pas comme arme, mais comme outil, comme un instrument de reconstruction et d’affirmation d’une « African Personality » écrasée et rejetée sans être comprise du dedans.
L’une des interprétations les plus significatives de cette attitude a été sans doute l’image césairienne du « boomerang », que l’on retrouve d’ailleurs chez Sartre sous forme d’une pierre qui a été jetée au Nègre, qui se baisse, la ramasse et la renvoie à son tour au Blanc, en pleine figure.
En réalité, dans sa démarche, Senghor a été moins violent, moins vindicatif que le boxeur qui esquive et envoie son poing dans la figure de son adversaire. Senghor a ramassé sa pierre, l’a gardée dans une main, et a tendu l’autre à l’agresseur pour ouvrir avec lui un dialogue constructif, indispensable entre deux cultures différentes mais complémentaires.
Il a fallu ce marathon d’un demi-sècle pour que ce Nègre alors chosifié arrive chez les Immortels.
C’est l’aboutissement d’un long combat. Un combat pacifique et intelligent, un combat lancé et dirigé dans la fraternité des « enfances confondues » de trois généraux : Damas, absent mais immortel, Césaire, laminaire mais superbement nègre dans ses lamelles, et vous Monsieur le Président !
Hommage à ce trio immortel de l’Afrique Noire.
Hommage à vous, Senghor, qui, dans votre gloire, n’avez pas un seul instant oublié vos compagnons de combat.
Hommage et amitié surtout à l’Académie Française qui a montré que sur les étendues de la Culture, il ne saurait y avoir des « banthoustans ».


[1] Linguiste, Assistant de Recherche au C.L.A.D., Unversité de Dakar




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