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LES VRAIS PROFESSIONNELS , L’ORGANISTION DE L’ENTREPRISE
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Ethiopiques n°48-49
revue trimestrielle de culture négro-africaine
Hommage à Léopold Sédar Senghor
Spécial les métiers du livres
1e et 2e trimestre 1988- volume 5 n°1-2

Auteur : La Rédaction

Une nouvelle maison d’édition est toujours l’expression de la personnalité du patron. Parce que c’est une maison d’édition, et parce que c’est une entreprise. On peut donc, dès l’abord, affirmer que toute son organisation est basée sur l’initiative de l’éditeur lui-même.
Le fondateur modèle son entreprise comme un instrument au service d’un projet. Puis viennent les hasards, les rencontres, les succès, les échecs, les contraintes, qui mènent à des révisions, à des adaptations. A peine un mode d’organisation a-t-il été mis au point qu’il est remis en cause. Pour survivre, l’éditeur devra faire preuve à la fois d’une forte personnalité, d’une grande capacité d’adaptation et de beaucoup d’imagination.
Dans ce domaine, il n’existe ni recettes, ni modèles. On l’a dit, le nouvel éditeur considère la chaîne de création du livre comme un tout qui ne peut être fractionné, et qui doit rester, dans son ensemble, sous le contrôle direct de l’éditeur. Il n’en reste pas moins que cette chaîne est composée de maillons et que chacun de ceux-ci, si lié soit-il aux autres, a son caractère propre. En examinant comment chacun d’eux est traité, on voit comment s’organise le travail du nouvel éditeur.

LA FONCTION LITTERAIRE

Origine de l’œuvre et originalité du métier d’éditeur, la fonction littéraire retient, on l’a vu, plus que toute autre l’attention des nouveaux éditeurs. Sauf un, tous ceux qui ont été interrogés assument la décision d’éditer. Un sur deux le fait seul, un sur quatre avec une seule personne. Un sur deux affirme ne publier que ce qu’il aime, un sur trois admet que parfois il publie des ouvrages qu’il n’aime pas, mais dont il pense qu’ils peuvent être une réussite commerciale, et 12 % admettent avec regret qu’ils sont bien obligés de faire de la « soupe ».
Un sur cinq (les plus puristes ? les plus impérieux ? ou les plus petits) parcourt seul toutes les étapes précédant la décision d’éditer : contacts, recherches, lectures, etc.
Un sur cinq également est assisté d’un comité de lecture et un sur deux a des directeurs de collection. Ceux-ci, parmi lesquels on trouve à égalité des écrivains, des traducteurs, des journalistes, des critiques et des universitaires, peuvent soit remplir des fonctions de directeur littéraire participant à la marche de la maison, soit être des « scouts » apportant, à un rythme plus ou moins lent, des « coups », soit enfin se contenter de donner à la collection la caution de leur nom. Comme dans l’édition traditionnelle, la tendance, est chez les nouveaux éditeurs, à remplacer les directeurs littéraires par des conseillers payés à la vacation.
On sait que tous les nouveaux éditeurs revendiquent comme une originalité le qualificatif de « gros lecteurs », s’opposant en cela aux éditeurs industriels « qui n’ont plus le temps de lire ». Il semble que cette revendication, très honorable, ne soit pas toujours justifiée. L’éditeur-patron est, lui aussi et plus que quiconque, dévoré par mille tâches.
Plus de la moitié des nouveaux éditeurs déclarent analyser tous les manuscrits qu’on leur envoie par la poste, soit eux-mêmes, soit, après les avoir parcourus, en les confiant à d’autres, et un sur quatre a publié au moins un titre qui lui est parvenu par ce moyen. En revanche, tous lisent ou font lire les manuscrits apportés par des amis.


On n’agit pas autrement dans les grandes maisons.
Le manuscrit retenu ou la commande passée, intervient alors le travail avec les auteurs : 60 % des nouveaux éditeurs pratiquent et aiment cette collaboration.
Certes, beaucoup pensent, en agissant ainsi, aux critiques et à ce qui, dans un livre, pourrait appeler leur attention, mais ils se défendent de céder à la tentation. Ce qui compte, pour eux, c’est d’aider l’auteur à être lui-même et à communiquer plus facilement. « Il faut, dit l’un, donner aux auteurs l’habitude de rechercher de nouvelles formes d’écriture. Les auteurs se soumettent bien au travail de réécriture. Ils sont même heureux de travailler pour communiquer vraiment ». « Jamais, dit un autre, je ne me permettrais de toucher une virgule, mais quand j’aime un texte, je n’hésite pas à signaler les chutes de tension, les phrases qui font de l’ombre, le mot qui écaille la pureté de la ligne ». Et aussi ce dernier, en conclusion :
« Croyez-moi, tous les auteurs le comprennent ». Certes, Paulhan fut par excellence un « directeur de conscience littéraire ». Mais l’espèce, au milieu des travaux, des obligations et des cocktails, si l’on en croit les auteurs, s’est quelque peu perdue jusqu’à l’arrivée des nouveaux éditeurs.
La mise en forme juridique et économique des rapports auteurs-éditeurs se fait généralement, chez les nouveaux éditeurs de littérature et de sciences humaines, en conformité avec le contrat-type négocié en 1977 entre le Syndicat National de l’édition et la Société des Gens de Lettres. Sauf exception, cependant, l’éditeur ne réclame ni droit de suite, ni droit de préférence. Les à-valoir versés à la signature du contrat ne sont jamais inférieurs à 5000 F., et peuvent être beaucoup plus élevés. Certains nouveaux éditeurs vont même, comme leurs confrères plus anciens, jusqu’à verser des mensualités à quelques-uns de leurs auteurs. Ici non plus, donc, pas de grande différence entre les pratiques des nouveaux éditeurs et celles des autres.
Mais il existe entre les auteurs et les nouveaux éditeurs des rapports fortement teintés d’affectivité. Si certains vont jusqu’à héberger leurs « poulains », tous acceptent ce rôle de conseiller, de confesseur, d’encourageur qu’ils ne détestent pas et dont ils ont un besoin absolu pour s’assurer la fidélité des auteurs malgré la faiblesse de leurs moyens économiques, mais qui les épuise et dévore une part incroyable de leur temps, ils se plaignent un peu cependant : les auteurs ne respectent pas les délais ni pour livrer les manuscrits commandés, ni pour rendre les épreuves corrigées ; les corrections excessives grèvent lourdement les prix de fabrication, et surtout, dès qu’un auteur est un peu connu, il cède volontiers aux avances d’une maison plus importante. Mais ces plaintes ne sont pas amères. C’est ainsi, voilà tout. Sur ce dernier point, deux d’entre eux vont jusqu’à dire : « ce que l’édition industrielle appelle un succès est contre notre nature » et « c’est notre mission de révéler, mais nous serions bien en peine d’exploiter un succès commercial ».
Plus que le miracle qui permettrait enfin de faire paisiblement les échéances et d’investir, on recherche le « long seller », le produit original à prix relativement élevé qui se vendra longtemps. Et l’on cite souvent comme exemple à suivre le rôle joué en son temps par le Dictionnaire des rues de Paris aux éditions de Minuit.
Sur plusieurs autres points importants de la fonction littéraire, les nouveaux éditeurs tranchent sur les habitudes de leurs confrères.
Le premier, et non le moindre, est le refus, dans la pratique comme dans la théorie, de séparer ces deux activités qui chez d’autres sont celles d’editor et de publisher. On sait ce que signifient ces deux mots chez les éditeurs anglo-saxons : l’editor est le responsable littéraire de l’ouvrage (établissement du texte, notes, corrections, etc), tandis que le publisher est le chef d’entreprise gestionnaire et commerçant. De l’avis des nouveaux éditeurs, cette séparation des tâches est désastreuse. On ne peut, disent-ils, gérer une entreprise si l’on ne détient pas dans l’entreprise, tous les pouvoirs et toutes les informations.
Ce point, sur lequel pratiquement tous les nouveaux éditeurs sont d’accord et font concorder pratique et théorie, est important. Il convient, certes, à la taille des entreprises considérées : comment délèguerait-on si l’on est seul ? Aussi, et surtout, il est l’affirmation d’une certaines philosophie, une façon de voir et de pratiquer le métier, en se référant à la tradition de l’éditeur, d’être vraiment « nouveau », en ressuscitant des pratiques qui n’auraient jamais dû mourir.
Mais cette philosophie fortement affirmée ne règle pas tout. En matière de recherche littéraire, le poids économique et la durée ont leur importance. Les éditeurs plus anciens ont, depuis longtemps, tissé autour de leurs auteurs le fin réseau de ce qu’on a appelé justement « leurs arbitraires entrecroisés ». Il est difficile de croire qu’une œuvre vraiment originale pourrait échapper à ce filet, et tomber dans le champ d’un nouvel éditeur. En matière littéraire, l’innovation peut donc s’épanouir très difficilement chez les nouveaux venus. Le seul espoir de ceux-ci résidera donc dans la chance, dans la mobilité, la rapidité, et surtout dans une plus grande disponibilité offerte aux auteurs.
Ces derniers semblent en être conscients : au contraire de ce qui se passe chez les « grands », on ne les entend guère se plaindre de ce qu’ils appellent des trahisons, alors que, après avoir été bien accueillis, parfois félicités et encensés, ils se voient négligés dès après la sortie de leur livre, d’autres auteurs, d’autres livres, d’autres problèmes prenant leur place dans l’esprit du directeur littéraire... Les nouveaux éditeurs, eux, peuvent continuer à défendre un livre entré dans le fonds, et ne sacrifient pas tout aux nouveautés. Avec le temps, en sera-t-il toujours ainsi ? Il semble que cela reste vrai jusqu’à 100 titres au catalogue, avec une production de 12 à 15 titres par an. Au-delà...

LA FONCTION GRAPHIQUE

Moins importante, certes, que la précédente, cette fonction retient cependant presqu’autant l’attention des nouveaux éditeurs qui, unanimement, déclarent lui attacher de l’importance, à des degrés divers : 20 % un peu, 48 % beaucoup et 32 % énormément.
32 % des nouveaux éditeurs se considèrent personnellement comme des concepteurs graphiques, 24 % donnent leur avis sur les propositions des graphistes, et 44 % laissent faire. Ces graphistes, le plus souvent, sont des indépendants travaillant indifféremment pour plusieurs éditeurs, mais il arrive qu’une jeune maison utilise, avec des résultats parfois intéressant des graphistes issus de la publicité et non spécialisés dans le livre.
Un éditeur sur deux laisse à d’autres le soin de choisir la typographie (famille de caractères, corps, justification, etc), tandis qu’un sur cinq est assez assuré pour faire lui-même ce choix en fonction de l’ouvrage, et qu’à peine 10% ont jugé bon d’étudier réellement la typographie, ses règles et ses possibilités.


Quant à l’architecture intérieure du livre, elle échappe à 75 % des éditeurs interrogés. Là encore, il s’agit d’un phénomène propre à notre société. C’est un domaine qui échappe à peu près complètement à la majeure partie des Français cultivés. Un regard sur la production des nouveaux éditeurs allemands ou suisses, par exemple, démontre qu’il n’en est pas ainsi ailleurs, et qu’à prix égal, nos compatriotes pourraient faire beaucoup mieux.
Rappelons que, pour ce qui est de la correction typographique, elle est traitée avec désinvolture par quelques nouveaux éditeurs, soit qu’ils veuillent ainsi « désacraliser le livre » (?), soit pour faire des économies ou par négligence.
Enfin, un éditeur sur trois fait de la recherche iconographique, seul, avec un auteur ou avec un spécialiste. Ce genre de travail demande de l’expérience, du temps et souffre mal l’amateurisme. Celui-ci a parfois entraîné des déboires sur le plan juridique, pour non respect de la propriété littéraire et artistique, et sur le plan esthétique lorsque les documents étaient sélectionnés par un débutant.
Il n’en reste pas moins qu’une partie des nouveaux éditeurs - les 32 % qui déclarent s’intéresser passionnément à la fonction et se considèrent comme des concepteurs graphiques pour qui le livre est « une grave et belle affaire sensuelle », apportent actuellement une contribution majeure à la renaissance d’un art français du livre. Pour le plaisir, laissons parler
- un éditeur de littérature :
« Avant d’être un support de lecture, le livre est un objet qu’on regarde. Puis on le prend en main, on le feuillette, on commence à lire. La lecture faite, on recommence, on y revient. En plus des rapports intellectuels, il y a constamment un rapport physique au livre. Sans dévier vers la bibliophilie et les livres rares, il faut fabriquer des ouvrages dont le commerce soit agréable. Je suis parti de la main, de ce qui tient dans la main. Par tâtonnements empiriques j’ai concilié l’idéal avec les formats normalisés du papier, pour ne pas avoir trop de chutes au massicot, sans que le livre cesse d’être plaisant à tenir, notamment quand vous lisez dans votre lit. Nous avons beaucoup travaillé la couleur des papiers de couverture, nous sommes exigeants sur le papier intérieur, exigeants sur tous les matériaux constitutifs : sur la qualité du fil et de la colle ».
- un éditeur de beaux livres :
J’ai l’impression que nos confrères se satisfont assez bien du grisé sur le jaunâtre. Nous, on travaille chaque ligne, chaque cadrage ».

LA FONCTION FABRICATION

Comme l’intérêt mitigé manifesté pour l’art typographique pouvait le laisser soupçonner, certains nouveaux éditeurs considèrent qu’en matière de fabrication, les connaissances techniques importent peu. Pour eux, compte avant tout la maîtrise des coûts techniques, la négociation des échéances de paiement, la surveillance des délais de livraison.
Il n’en est pas ainsi pour tous les nouveaux éditeurs interrogés puisque trois d’entre eux, avant de faire de l’édition, travaillaient dans l’imprimerie et qu’ils ont choisi leur nouveau métier afin de reconstituer l’unité de la chaîne et de contrôler, à un niveau artisanal, l’ensemble du processus. Mais ces cas sont exceptionnels. On peut même noter une certaine lassitude pour ce travail de bénédictin, malgré les nouvelles machines, bien adaptées aux petits tirages et les prix bas. Par contre, on note un engouement pour le Cameron qui, disent ceux qui y ont recours, rattrape les retards accumulés aux stades précédents de la préparation.
Quoiqu’il en soit, la grande majorité des nouveaux éditeurs met habituellement plusieurs imprimeurs en concurrence et demande des devis, quitte, très souvent, à confier la totalité de sa production à un seul et même imprimeur. Ces pratiques apparemment contradictoires ont l’avantage de constituer une enquête permanente sur les prix du marché (qui d’ailleurs peuvent varier de 1 à 4), tout en procurant la tranquilité que donne un fournisseur connu, apprécié, qui , souvent, peu à peu, à force de services, finit par devenir un associé indispensable.
D’une manière générale, entre nouveaux éditeurs et imprimeurs, les relations sont bonnes. On sait que pour les imprimeurs, et ceci quelle que soit leur spécialité, le livre est la partie noble du métier. Certains s’y consacrent entièrement. D’autres, comme une plume au chapeau, ajoutent à leur production habituelle un petit secteur livres qui les flatte. L’éditeur bénéficiera de cette sympathie. Certains imprimeurs vont jusqu’à acheter en quantité et à stocker le papier pour leurs clients éditeurs, et même assurer à bas prix le magasinage des livres. Les prix pratiqués sont corrects (36 % des nouveaux éditeurs estiment profiter de tarifs inférieurs au marché, 48 % de tarifs égaux, 16 % de tarifs supérieurs), les conditions de paiement aussi (12 % paient à moins de 60 jours, 48 % à 60 jours, 20 % à 90 jours, 8 % à 120 jours et 12 % négocient au coup par coup). Les nouveaux éditeurs travaillent beaucoup avec des imprimeurs provinciaux, plus rarement (28 %) avec des firmes étrangères. Parce qu’en photocomposition, les corrections sont particulièrement onéreuses, les éditeurs préparent avec soin la copie avant de la remettre à l’imprimeur. Ils sont prêts à aller plus loin. Tout ce qui touche au traitement de texte et à l’informatique éditoriale les passionne. Ils n’entendent pas être, dans le domaine technique pas plus qu’ailleurs, moins rapides que leurs confrères plus établis.


LA FONCTION PRESSE ET RELATIONS PUBLIQUES

Lors de la sortie d’un ouvrage, le nombre d’exemplaires envoyés par les nouveaux éditeurs en service de presse est, selon les firmes et selon les cas, de 40 à 300 exemplaires environ, sans qu’on puisse distinguer un lien entre l’importance du service de presse et celui du tirage ou de la mise en place.
Les exemplaires du service de presse sont adressés, par 20 % des nouveaux éditeurs toujours aux mêmes journalistes, par 24 % à des destinataires choisis expressément en fonction de l’ouvrage, par 56 % suivant des listes établies par genre de livres. Parmi ces derniers, 40 % ajoutent à leurs propres listes les adresses fournies par l’auteur ou le directeur de collection, et quelques-uns y incluent aussi les destinataires indiqués par le diffuseur et le distributeur. Après l’envoi de ces exemplaires, on peut relancer les destinataires afin de savoir s’ils ont bien reçu le livre, s’ils l’ont regardé, s’ils vont en parler. 12 % des éditeurs s’y refusent totalement. 24 % procèdent à des relances systématiques, recherchent les leaders susceptibles d’entraîner l’adhésion de leurs confrères, etc. Enfin, 65 %, sans être aussi systématiques, font de même lorsqu’il s’agit d’ouvrages dont ils pensent qu’ils peuvent prétendre au succès commercial.
Quelques nouveaux éditeurs, imitant en cela leurs confrères plus anciens, effectuent, pour certains titres, un service de presse très personnalisé auprès de certains libraires.
Après la publication d’une critique, certains éditeurs écrivent pour remercier, d’autres non. Ceux qui le font estiment qu’il est important de maintenir le contact. Avec l’exemplaire du livre, les nouveaux éditeurs, également comme leurs confrères plus anciens, font parvenir aux critiques et aux chroniqueurs un argumentaire (« Prière d’insérer » ou « vient de paraître »). C’est une opération importante puisque 60 % s’y soumettent pour tous les titres qu’ils publient, les autres étant plus sélectifs ou plus indifférents.
Après avoir examiné ces textes et avoir recueilli l’opinion des destinataires, journalistes ou libraires, on peut dire que dans 8 % des cas ils sont exécrables, très médiocres dans 24 %, assez bons ou bons dans 16 %. Exécrable ou très médiocre signifie ici franchement dissuasif. Cette négligence n’est pas particulière aux nouveaux éditeurs. Sauf quelques rares exceptions, tous leurs confrères en sont aussi coupables. Les uns comme les autres accusent le manque de temps, le temps passé et l’argent dépensé pour un bénéfice aléatoire.
Tous reçoivent, par les services spécialisés auxquels ils sont abonnés, les articles parus dans la presse et les rangent dans les press-books, bien tenus chez 65 % d’entre eux.
L’opinion des nouveaux éditeurs sur l’influence de la critique est variable. 33 % pensent qu’elle est importante pour le public, mais 65 % estiment qu’elle a peu d’incidence sur les ventes. 16 % jugent qu’elle n’a aucune influence sur l’attitude des libraires, 44 % peu d’influence, 40 % beaucoup d’importance. Enfin, 80 % établissent un rapport entre l’importance des articles parus et le nombre des manuscrits envoyés spontanément à l’éditeur par leurs auteurs.
Les nouveaux éditeurs, tout en reconnaissant que l’information et la critique leur sont très utiles et ont à leur égard une attitude généralement bienveillante, regrettent que cette bienveillance s’exerce principalement lors de la création de la maison d’édition, ait pour objet l’éditeur plutôt que ses livres et s’éteigne lorsque la nouvelle maison d’édition prouve qu’elle peut survivre. Les nouveaux éditeurs souhaitent moins de folklore, moins d’intérêt pour leur personne, plus d’intérêt pour leurs livres, plus de persévérance.
Ils souhaitent aussi que soit créée mais par qui ? - une sorte d’annuaire regroupant, non pas les listes de critiques, mais une synthèse des articles obtenus par chaque éditeur dans chaque support, afin de pouvoir mieux définir les centres d’intérêt des journalistes.
Parallèlement à leur action presse, les nouveaux éditeurs conduisent en permanence des actions de relations publiques. On sait que celles-ci demandent autant de vivacité que de doigté. Les nouveaux éditeurs - et ici on se rappellera qu’une partie importante d’entre eux envisagent, s’ils échouaient dans l’édition, de se reconvertir dans l’animation - ont, pour ce type d’activité, un talent indiscutable. Habiles à saisir- les occasions qui s’offrent et à présenter auteurs et ouvrages sous l’angle le plus susceptible d’intéresser leur auditoire, ils cherchent et trouvent le contact avec leur public dans les foires-expositions, les séances de signature en librairies, les tètes, les débats (FNAC, MJC, bibliothèques...). Comme dans leurs rapports avec la presse, ils souffrent parfois d’être accueillis plus pour leur personnalité et pour l’extrême dénuement de leur entreprise que pour leur politique éditoriale et leurs livres. Souvent, si leur situation s’améliore, ils notent un intérêt de moins en moins grand chez les prescripteurs (enseignants, bibliothécaires, animateurs...) qui les avaient d’abord accueillis le mieux, comme si l’on devrait perdre d’un côté ce que l’on gagne de l’autre.

LA FONCTION COMMERCIALE

On le sait, seuls 8 % des nouveaux éditeurs la placent au premier rang de leurs préoccupations, 20 % au deuxième rang et 12 % au dernier rang. Pourtant, 60 % en assument la responsabilité, souvent avec passion, tandis que 20 % la délèguent à un collaborateur et que 20 % encore l’abandonnent, attitude tout à fait suicidaire, à leurs diffuseurs-distributeurs.


On pourrait déduire de ces chiffres que, sans nier l’importance des questions commerciales, la plupart des nouveaux éditeurs les traitent avec une certaine désinvolture. Sauf pour ceux qui, à leurs risques et périls, s’en débarrassent entièrement, c’est faux. Ainsi, 20 % des éditeurs interrogés ont une très bonne connaissance des réseaux de vente du livre au détail, 40 % les connaissent assez bien, 32 % médiocrement, 8 % pas du tout. En gros, on peut estimer que les 60 % de l’échantillon qui assument eux-mêmes la fonction commerciale savent de quoi ils parlent.
80 % des nouveaux éditeurs considèrent que les libraires jouent un rôle déterminant pour leur production, et 24 % leur réservent l’exclusivité de celle-ci. Cette reconnaissance s’assortit d’une réserve : le libraire ne se donne pas toujours la peine d’imposer une firme ou une production, mais attend le plus souvent que celle-ci lui soit demandée. Pensant alors pouvoir tirer profit d’elle, il devient un partenaire indispensable.
Un nouvel éditeur sur cinq entretient, par téléphone, des relations régulières avec ses principaux clients ; un sur deux s’efforce de faire des amis d’une quarantaine d’entre eux ; certains en visitent une centaine chaque année. Enfin, quelques éditeurs, possèdent leur propre librairie.
Tous ces efforts tendent d’une part à créer des liens, à ressusciter le « monde du livre » et d’autre part à recueillir des informations sur les produits de la maison, sur les lecteurs, sur la concurrence. 16 % des nouveaux éditeurs travaillent ainsi régulièrement avec moins de 40 libraires.
Quant aux relations commerciales classiques, elles sont établies et maintenues : pour 16 % des éditeurs avec plus de 80 libraires et moins de 300, pour 40 % des éditeurs avec plus de 300 libraires et moins de 600, pour 20 % des éditeurs avec plus de 600 libraires et moins de 3000, pour 8 % des éditeurs avec plus de 3000 points de vente.
Il faut ajouter à cela que, parallèlement, 50 % ont une activité de vente par correspondance et 12 % de vente par courtage, que 45 % ont des contacts directs avec les institutions (bibliothèques, comités d’entreprises, écoles, etc) et que 33 % sont présents, parfois pour quelques titres, dans les grandes surfaces.
Si la majorité d’entre eux assument la fonction commerciale, ils en délèguent une partie. Ainsi, 60 % d’entre eux utilisent les services d’un diffuseur et 84 % ceux d’un distributeur.
12 % sont très satisfaits de leur diffuseur, 28 % assez satisfaits et 20 %, dont 4 % très critiques, peu satisfaits. Les plaintes le plus souvent exprimées portent sur la qualité et le travail des représentants qui trop souvent sacrifient le fonds aux nouveautés. Mais 50 % des éditeurs diffusés reconnaissent ne pas se donner la peine de participer régulièrement aux réunions d’information de ces représentants, et les éditeurs qui se diffusent eux-mêmes sont aussi amers et critiques à l’égard de leur propre force de vente.
Quoi qu’il en soit, parmi les nouveaux éditeurs déléguant leur diffusion, 36 % s’estiment « noyés », mais « présents », tandis que 64 %, plus critiques, déplorent aussi bien le petit nombre de visites faites aux points de vente par les représentants que la nécessité de dévoiler plusieurs mois à l’avance leur programme et de courir ainsi le risque du côté de la concurrence.
L’attitude vis-à-vis des distributeurs est beaucoup moins critique. Parmi les 84 % de nouveaux éditeurs qui ont recours à eux, 20 % seulement se montrent réservés, regrettant aussi bien « la disparition des offices perdus dans les entrepôts » que la lenteur des réassortiments et la difficulté de réaliser des actions ponctuelles, telles, par exemple, que les dépôts à l’occasion d’une séance de signature.
On peut noter à ce sujet que les rapports diffuseurs-éditeurs-distributeurs s’aigrissent souvent avec le temps. Après la lune de miel des débuts, l’éditeur, conscient de son potentiel de succès, devient plus exigeant, réclame les mêmes égards que les anciens. Le ménage peut tourner à l’aigre : le plus souvent, pourtant on évite le divorce, par trop coûteux.
Au moment de la mise en place de leurs ouvrages, la majorité des nouveaux éditeurs pratiquent à la fois l’office et le « noté », c’est-à-dire la commande complémentaire de nouveautés prise sur place par le représentant : 8 % n’ont recours qu’à l’office, 12 % aux seuls notés, 12 % aux seules ventes fermes et 4 % au dépôt.
Sur les taux de retour, il est difficile de porter un jugement : leur pourcentage va de 3,5 à 60 % ! Tout au plus peut-on avancer que la mise en place n’est pas toujours adaptée, allant, pour les pourcentages les plus bas, d’un certain malthusianisme entraînant des pertes de vente à un « bourrage » évident pour les pourcentages les plus élevés, avec les coûts supplémentaires que l’on peut imaginer.
Reste à voir, en matière de commercialisation, la question de l’exportation. Parce qu’elle est difficile, de longue haleine et coûteuse, elle est le plus souvent mal traitée. La plupart des nouveaux éditeurs ont certes accès aux marchés francophones par l’intermédiaire de leurs distributeurs et deux sur trois participent aux grandes foires internationales. Les autres sont souvent présents sur un stand collectif. Aucun n’a le temps, ni les moyens d’aller plus loin. Les résultats sont donc, en général, minimes, mais peuvent atteindre 12 et parfois 20 % du chiffre d’affaires.
Mais de la fonction commerciale dépendent aussi la publicité et l’information commerciale. 75 % des nouveaux éditeurs présentent systématiquement dans les livres-hebdo toutes leurs nouveautés, 33 % utilisent régulièrement la presse grand public pour leur publicité.
Par ailleurs, les trois quarts des nouveaux éditeurs s’adressent directement à leurs lecteurs, aux institutions et aux librairies par un bulletin de périodicité variable, par des catalogues ou par des prospectus. Bulletins et catalogues sont de bonne tenue.
Ces efforts dispendieux sont-ils nécessaires ? Tous ceux qui les font en sont convaincus. Quant à mesurer l’impact, c’est une autre affaire...


LA COMPTABILITE ET LA GESTION

68 % des nouveaux éditeurs refusent de déléguer leurs espoirs dans ce domaine. Sans doute, sauf exception, le font-ils par sagesse et nécessité.
La tâche n’est pas d’ailleurs si lourde, ni si compliquée. L’un d’entre eux le dit très bien :
« L’essentiel est qu’on ne dépense pas plus que ce qu’il est raisonnable d’espérer vendre... J’étais vraiment par ma formation un littéraire pur. La gestion était pour moi un domaine complètement étranger. Mais avec un petit peu de bon sens, quelques erreurs lourdement payées - mais c’est comme ça après tout qu’on apprend - on arrive très vite à se débrouiller ».
Cette attitude raisonnable et modeste n’est pas commune à tous les nouveaux éditeurs. A côtéde ceux qui aiment gérer (« moi, ce qui m’intéresse dans ce métier, outre les relations avec les auteurs et les relations extérieures, c’est la fonction financière. Cette fonction-là, je ne la délèguerai pas... », il y a aussi ceux qui sans cesse biaisent, se détournent, remettent à demain. Ainsi, celui-ci :
« Il me manque toujours six millions (de centimes). Alors je vais voir un banquier et il me dit : « Montrez-moi votre comptabilité ». Je m’en vais. Je me dis que ce n’est pas possible. Et puis, six mois après, il y a les mêmes problèmes. Il faut que je retourne voir un banquier et j’ai vraiment besoin d’une comptabilité fine et j’essaie de me bâtir quelque chose qui ressemble à un plan de trésorerie ».
Pour expliquer des attitudes aussi contradictoires, il faut se rappeler comment chacun est devenu éditeur. Si 40 % de ces nouveaux chefs d’entreprise ont pris, avant de s’engager, l’avis d’un expert financier, ont fait des stages ou avaient déjà une formation en la matière, 24 % se trouvant brutalement à la tête d’un peu d’argent - héritage, prime de licenciement,... - ont décidé de réaliser leur rêve. Ces derniers, en général, se sont plus préoccupés de la forme juridique à donner à leur aventure que de gestion et de calculs financiers. Tous les nouveaux éditeurs ont pourtant très vite compris le besoin d’avoir une comptabilité. Généralement, elle est tenue au jour le jour par le chef d’entreprise, et un expert-comptable la met en ordre, puis en tire les documents nécessaires à l’administration. Mais si les deux tiers ont vite découvert que la comptabilité était un élément primordial de gestion et de prévision, un tiers la considère encore non comme un instrument utile mais comme une brimade.
Il arrive d’ailleurs souvent que les deux attitudes se confondent, le nouvel éditeur rassemblant les éléments nécessaires à une saine gestion et n’en tenant pas compte alors qu’ils lui seraient utiles. Ainsi, lors du calcul du prix de vente des livres : tous les éditeurs calculent leur prix de revient technique, c’est-à-dire, en gros, qu’ils divisent le prix du papier et de la fabrication par le nombre d’exemplaires reçus. A partir de ce chiffre, soit - très rarement - en calculant le prix de revient réel, c’est-à-dire le prix technique augmenté des frais généraux, des droits d’auteurs et des dépenses diverses, puis en y ajoutant frais de commercialisation et bénéfices, soit beaucoup plus souvent - en appliquant au prix technique un coefficient multiplicateur choisi à la lumière de l’expériences des autres, ou encore de l’arbitraire, soit encore, parfois, sans autre guide que leur idée du prix du marché. Dans les deux premiers cas, d’ailleurs, le prix de vente théorique, obtenu suivant une méthode ou l’autre, est modulé à la hausse ou à la baisse, en fonction de la notion de prix psychologique.
Sachant que les frais de fabrication ne représentent que 50 % des charges d’une entreprise qui confie à des tiers sa diffusion et sa distribution, les 50 % autres étant constitués par les frais salariaux, la promotion, les droits d’auteurs et les frais généraux, ces procédés sont dangereux et une grande partie des échecs constatés en découlent.
Certains moyens couramment employés par les grandes maisons, tels que la comptabilité analytique, l’emploi généralisé du dossier de fabrication, où sont consignés tous les travaux permettant de passer du manuscrit au volume, y compris ceux exécutés à l’intérieur de la maison (préparation de la copie, recherche graphique ou iconographique, relecture d’épreuves, préparation du service de presse, etc.) et non plus seulement ceux réalisés à l’extérieur, permettent d’éviter ces embûches.
Encore faut-il considérer qu’ils sont, pour des individus surchargés de travail, un souci supplémentaire, et que ce dernier n’est justifié que si les informations recueillies par ces moyens sont ensuite exploitées, ce qui n’est pas toujours possible.
Il semble donc que, au moins dans un premier temps, la sagesse, pour le chef d’entreprise, consiste à exercer sa vigilance, sa clairvoyance et son bon sens sans excès de bureaucratie mais toujours avec rigueur.
Celle-ci sera particulièrement bienvenue lors de la détermination du premier tirage de chaque livre. La coutume veut désormais que les nouveaux éditeurs tirent aux environs de 7000 exemplaires les livres à qui ils prédisent un avenir commercial, et à moins de 3000 les autres, ce tirage étant alors considéré soit comme un ajustement au marché (ouvrages spécialisés), soit comme un test (ouvrages plus généraux).
Il ne s’agit là que d’indications générales, de chiffres moyens. En fait, le chiffre de tirage devra être modulé en fonction du public potentiel, du prix le plus favorable, de la rentabilité comme de la capacité d’absorption des réseaux de détail et de la vente directe, du seuil de rentabilité, de la durée d’amortissement du capital investi, de la durée de vie du produit, de l’éventuelle cession à des clubs ou à des collections de poche, etc. Si l’éditeur possède un micro-ordinateur et des logiciels adaptés, ces recherches seront d’autant plus précises et rapides.
Ces problèmes - et bien d’autres - résolus, reste au gestionnaire la question toujours angoissante : comment trouver de l’argent ? Le manque quasi-généralisé de fonds propres entraîne des difficultés continuelles, nuit au développement d’une vraie politique éditoriale et, en conservant à l’entreprise son caractère aléatoire, empêche l’éditeur de s’appuyer comme il le devrait sur la durée pour constituer son fonds.
Comment remédier à cela ? Les nouveaux éditeurs n’aiment pas emprunter. En serait-il autrement qu’ils ne pourraient recourir qu’à leur distributeur, lequel les vassaliserait bien vite, ou à des banques qui, non seulement pratiquent des taux dissuasifs, mais sont peu disposées à prendre des risques. La règle donc est l’autofinancement, insuffisant pour permettre le développement quand il est souhaité.


LE FACTEUR HUMAIN

Le nouvel éditeur est si profondément impliqué dans son rôle qu’il se confond presque totalement avec sa maison. Son tempérament, ses responsabilités, la masse de travail qu’il fournit expliquent cette identification.
Un nouvel éditeur travaille en moyenne de douze à seize heures par jour et le bureau n’est pas le seul lieu de travail : c’est chez lui qu’il lit les manuscrits, ses occupations étant trop contraignantes pour lui permettre de le faire dans la journée.
Un premier examen de l’emploi du temps des nouveaux éditeurs montre, s’il en était encore besoin, que l’édition, telles qu’ils la conçoivent, est d’abord un métier de communication.
En interrogeant les intéressés, on peut également, d’une façon très approximative, voir quelle part de leur temps ils consacrent, en moyenne, aux différentes fonctions déjà étudiées.
Les deux tiers d’entre eux consacrent de 21 à 40 % de leur temps à leurs tâches de chefs d’entreprise ; deux tiers aussi donnent également de 21 à 40 % de leur temps à des tâches littéraires ; plus d’un tiers passent de 21 à 30 % de leur temps à s’occuper de la presse et des relations publiques, et autant à traiter de questions techniques et graphiques. Mais 80 % des interrogés, qu’ils se diffusent ou se distribuent eux-mêmes ou non, ne consacrent pas plus du cinquième de leur activité professionnelle au commercial.

0% du temps passé chaque jour par éditeur parisien par les éditeurs provinciaux
au téléphone 20% 10%
en entretiens directs avec auteurs,journalistes, pigistes, imprimeurs, etc. 45% 20%
en réunions ou entretiens « internes » 15 % 15 %
en travail « solitaire » sur dossier,manuscrit, copie, etc. 15 % 40%
en déplacements 5% 15 %

LES COLLABORATEURS

La moitié des nouvelles maisons d’édition ne compte que deux permanents. Pour 25 % d’entre elles, ce sont le patron et une secrétaire ou une assistante ; pour 20 %, ce sont deux associés à égalité de tâches et de responsabilités ; enfin, pour 5 %, ce sont le patron et un collaborateur à qui sont déléguées les tâches techniques. Un quart des nouveaux éditeurs travaille à trois : pour 8 %, ce sont le patron, un commercial et un fabricant ; pour 8 % encore, ce sont l’éditeur, un commercial, un littéraire ; pour 4 %, ce sont l’éditeur, une secrétaire, un aide-comptable.
12 % des firmes ont entre quatre et sept collaborateurs réguliers. C’est chez elles qu’on commence à distinguer une certaine division du travail, avec par exemple, un poste d’attaché de presse.
Enfin, les 12 % restants ont une vingtaine de collaborateurs. Dans ce cas, elles sont organisées soit suivant un organigramme classique, soit, dans deux cas, avec un service général léger assurant la liaison entre des groupes de production autonome comprenant tous des littéraires, des fabricants et des graphistes.
Il semble bien que, même lorsque des responsabilités précises sont attribuées, chacun doive à son tour faire un peu n’importe quoi en fonction des besoins : « Chacun doit savoir tout sur tout ». Ce type d’organisation en forme nébuleuse, autour du soleil qu’est le chef d’entreprise, source de toute énergie et de toute activité, a ses avantages : l’équipe, généralement bien soudée, réagit vite, avec souplesse, en ignorant les habituels problèmes de communication à l’intérieur de l’entreprise. Son principal inconvénient est que l’entrée de nouveaux collaborateurs dans ce milieu à la fois clos et indéfini est très difficile. Aussi beaucoup de nouveaux éditeurs ne parviennent-ils jamais à passer de l’échoppe artisanale à la PME.

LES EMBAUCHES

On pourrait penser que, pour pourvoir des postes aussi mal définis, l’embauche serait une tâche longue, difficile, hasardeuse.
En fait, 20 % des nouveaux éditeurs ont recruté d’abord dans leur propre famille, et 20 % parmi leurs amis. Les autres puisent le plus souvent dans le vivier des collaborateurs occasionnels qui les entoure, transformant ainsi en salariés des pigistes avec qui ils travaillaient depuis longtemps.
Ce « recrutement de voisinage » explique probablement que les erreurs soient rares. Dans deux entreprises sur trois, on note une remarquable stabilité de personnel.
On sait qu’autour de toutes les maisons d’édition gravite tout un peuple d’aides occasionnels, de stagiaires, de pigistes. Chez les nouveaux éditeurs, 9 entreprises sur 10 ont recours à des collaborateurs temporaires payés à la tâche, en honoraires. L’exaspération des chefs d’entreprise, confrontés à une législation sociale qu’ils connaissent mal et qui n’est pas favorable aux relations de ce genre dans le travail, est donc facile à comprendre. On peut, au passage, regretter avec eux que les bonnes intentions du législateur, mal adaptées à ce problème précis, aboutissent en fin de compte à priver d’une occasion d’apprendre et de gagner un peu d’argent un certain nombre de littéraires et de graphistes souvent jeunes, et encore à la recherche de leur voie. On signalera aussi que la convention collective de l’édition, laborieusement mise au point par les syndicats patronaux et ouvriers, est à peu près totalement ignorée des nouveaux éditeurs et de leurs collaborateurs.
Les rémunérations annuelles vont de plus de 200.000 F. à moins du SMIC. Quant aux chefs d’entreprise, il leur arrive de ne pas se rémunérer (8 %), de se contenter du SMIC ou même de moins. En 1983, plus de 30 % d’entre eux gagnaient moins de 60.000 F par an.

LA FORMATION

Enfin, tandis que 16 % des patrons aimeraient faire des stages de formation à la gestion et que 36 % voudraient, avec des confrères, participer à des séminaires consacrés au commercial et à la gestion, tandis que 20 % participeraient volontiers à la formation des libraires, 12 % seulement estiment que certains de leurs collaborateurs tireraient bénéfice d’une formation qui leur serait donnée hors de l’entreprise.





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