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DEUXIEME PRIX : CHANT D’ESPOIR OU MANIFESTE DE L’APOCALYPSE
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Ethiopiques numéro 39
revue trimestrielle
de culture négro-africaine
4e trimestre 1984
Nouvelle Série volume II N°4

DEUXIEME PRIX :
Chant d’espoir ou manifeste des enfants de l’Apocalypse

Auteur : Maïmouna DIOP

Nous sommes nés au Salvador,
A Téhéran, à Santiago, à Njaména,
Nous sommes nés à Beyrouth, à
El Ayoun ; dans les quartiers sans lumière de Soweto,
Sur les dépôts d’ordures de Harlem,
Dans les rues froides de Varsovie,
Dans les faubourgs surchauffés de Kaboul.

Nous sommes nés dans le bruit des murs croulant,
Parmi le cliquetis des poignards,
Dans le concert des chars,
Sous les applaudissements des mitrailleuses,
Au rythme cadencé des semelles de fer.

Les caisses de grenades ont été nos berceaux,
Les cimetières nos jardins,
Les exécutions la musique de nos baptêmes,
Les débris de roquettes et les douilles nos premiers cadeaux,
Le sang de nos parents notre eau bénite,
Les sirènes des ambulances nos trompettes,
La ronde des vautours notre fête.

Mais nous, fils de l’Apocalypse,
Nous sommes nés pour durer,
Pour percer les mensonges des politiciens,
Pour crever les faux serments des généraux,
Pour cracher sur les promesses des fanatiques,
Pour retracer les frontières de la Raison.
Oui, nous sommes nés pour vivre,
C’est écrit sur toutes les flaques de sang,
Sur les murs sales des prisons,
Mais aussi sur les pages bleues des océans,
Sur l’ardoise de l’enfant,
Sur le tableau du peintre,
Entre toutes les étoiles que compte le firmament.

Nous sommes nés pour espérer,
Et aucune bombe ne tuera l’Espoir.





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