Accueil > Tous les numéros > Numéro 63 > USAGE DE LA METAPHYSIQUE ET OFFICES DE CETTE SCIENCE CHEZ DESCARTES



USAGE DE LA METAPHYSIQUE ET OFFICES DE CETTE SCIENCE CHEZ DESCARTES
impression Imprimer

Ethiopiques numéro 63 revue négro-africaine
de littérature et de philosophie
2ème semestre 1999

Auteur : Daniel DAUVOIS [1]

J’ai relevé un petit peu moins de cent-cinquante (146) occurrences lemmatisées sous l’adresse Metaphysique dans les onze tomes d’ADAM-TANNERY, dont voici la grossière distribution : un tiers (52 précisément) de ces occurrences se ren­contre au tome III, qui couvre, de la correspondance, la période courant de janvier 1640 à juin 1643, soit à très peu près : de l’achèvement de la rédaction des Méditations (avril 1640) jusqu’à la rédaction de la troisième partie des Principes (mentionnée en la lettre à Colvius du 23 avril 1643). [2] Les autres tomes de corres­pondance fournissent une dizaine d’occurrences chacun. Notons cependant la présence plus dense de 10 occurrences pour les seules trente pages occupées en AT V par l’Entretien avec Burman. Par ailleurs le terme même de Metaphysique se rencontre peu dans les grandes oeuvres de Descartes (deux occurrences pour le Discours de la Méthode, deux derechef ès Méditations, quatre ou cinq selon la version respectivement latine et française des Principes, rien dans les Regulae ni Les Passions de l’âme) avec toutefois les amendements suivants : 21 occurrences présentes dans les sept séries de Réponses aux objections, et 6 occurrences dans la seule Lettre-Préface à l’édition française des Principes. Autrement quelques occurrences dispersées (pour mémoire, deux dans la lettre au père Dinet, trois dans l’épître à Voetius, deux dans la lettre apologétique, une dans les Notae in prograrruna, ainsi que dans le Monde ; enfin trois occurrences dans la Recherche de la Vérité, liées à l’arbre de Porphyre et à l’expression de gradus metaphysicus).
Cette distribution apparaît attendue plus qu’étonnante car non point singuliè­re ; on sait le terme de Métaphysique d’emploi rare, aussi dans les grandes œuvres philosophiques antérieures et nous nous en tiendrons pour le redire au seul exemple de saint Thomas : dans l’addition des Sommes technologique et contre les Gentils, pas plus de quatre occurrences du terme. [3] L’usage densifié des Réponses, de l’Entretien, de la Lettre-Préface ou du tome III s’autorise par ailleurs d’un commun discours de retour réfléchi sur une pensée propre placée sous une matière qui se doit reconnaître et nommer, et Descartes use abondamment des expressions : ma métaphysique, ou bien mon écrit de métaphysique, quand ce n’était pas son petit traité de même rubrique. Nous par­tageons la pensée de J.-L. Marion, [4] qu’il n’y a pas de trait d’essence qui distingue l’expression « ma métaphysique » des voisines comme « mon écrit de métaphy­sique » voire « mes rêveries de métaphysique » et que Metaphysique n’est pas alors le titre abrégé des Méditations mais la matière de référence à laquelle s’ordonne la réflexion discursive, comme lorsque Descartes juge des divagations de Régius, pour ce qui touche cette science de la métaphysique [5]. Avec ou sans marque de la possession, le substantif métaphysique est d’ordinaire [6] employé de façon purement référentielle pour désigner une matière, sans détermination compréhensive particulière, partant une matière dont le contenu peut ou doit être rapporté à la tradition philosophique prochaine et aux usages recueillis chez les lexicographes.
Avant de brièvement esquisser cette double enquête lexicologique et d’histoire de la philosophie, nous finirons de décliner selon leur variété morphologique les occurrences de notre terme. Lorsque l’on passe du substantif à l’emploi de l’ad­jectif metaphysicus, ou métaphysique, on doit opérer une distinction : dans une première subdivision cet usage ne présente guère d’écart sémantique notable avec celui du substantif et c’est alors que Descartes parle de res metaphysicae, plus cursivement qu’il traite de metaphysicis, inscrit sa pensée in metaphysicis (par exemple en AT III, 423, 29 ; 425, 20-21 ; 493, 10). Ces expressions se substituent sans contrainte apparente au substantif métaphysique (ainsi en AT IV, 249, 3 on trouve circa res metaphysicas, puis aussi bien circa metaphysicam en AT IV, 691, 18). Cette équivalence substitutive de l’adjectif et du substantif se rencontre dere­chef dans les expressions principia metaphysica (AT III, 566, 24) ou encore pen­sées métaphysiques (AT III, 692, 10) qui deviennent tout aussi bien principes de la métaphysique (en AT III, 695, 5-6).
On logera cependant en une seconde subdivision un usage de l’adjectif qui introduit un changement sémantique, lorsqu’il se tient en épithète ou en attribut de la certitude, de la dubitation ou ratio dubitandi (certitude métaphysique est l’une des deux seules occurrences du Discours de la Méthode - AT VI, 38, 3-4 - tandis que metaphysica dubitandi ratio, [7] en AT VII 36,24-25, fait l’unique occurrence des six Méditations proprement dites). [8] Cet épithète ne se réfère pas à la science principale de l’arbre de la philosophie, elle exprime plutôt une intensité portée à un degré ultime, et qui peut s’entendre négativement : comme un excès ou le caractère outré d’une contrainte ; ou bien positivement comme une plénitu­de exempte de toute impureté et d’une homogénéité parfaite. Que le métaphysique enveloppe l’excès s’autorisera par exemple du glissement facile qu’opèrent les Septièmes Réponses, en AT VII, 460, 3 : « illa dubitatione quam saepe metaphysicam, hyperbolicam, etc... » Ce métaphysique -là, dans l’occurrence déjà mentionnée de la Méditation III (AT VII, 36, 24-25) : « valde tenuis et, ut ita loquœ ; Metaphysica dubitandi ratio »
rejoint le ténuissime, l’excessivement léger au point de perdre tout poids d’être et verser dans l’abstraction ( connexion que ratifie le Dictionnaire de l’Académie, édition de 1694 : Métaphysique : il signifie quelquefois abstrait. Ce que vous dîtes là est bien méta­physique.) La puissance positive de l’épithète peut elle-même s’énoncer quant à l’être ou bien à l’égard des conditions de l’évidence et des principes qui en fondent le dépli. Quant à l’être, la pureté et l’homogénéité du métaphysique signifient cette restric­tion à l’immatériel que Descartes définit en énonçant les objets de la métaphy­sique, Dieu et l’âme, et qu’il suppose afin de pouvoir écrire, en la lettre-préface au traducteur des Principes : « touchant les choses immatérielles ou métaphysiques » [9] A l’égard du connaître, on sait que les vérités de métaphysiques sont les plus certaines et davantage même que celles de mathématiques, ce que ratifie un autre usage attributif de l’adjectif, au début de l’Entretien avec Burman : « Et haec mdo (meditatio)- metaphysica est et valde clara iis qui ad eam aten­dunt... » [10]. Cet usage s’accorde avec la remarque que Descartes fait à Mersenne, selon laquelle la fonction de la métaphysique est « de faire entendre les choses que l’on peut concevoir distinctement » [11]
L’adjectif métaphysique revêt donc de la dimension d’un maximum ou d’un extremum ce qu’il qualifie ; et il apparaît que Descartes use de l’adverbe meta­physice (car métaphysiquement [12] ne se rencontre point dans le corpus) pour signifier une synthèse du maximum de pureté en son genre et de la mesure hyperbolique : metaphysice s’oppose comme dernier degré à ce qui n’est que mora­ liter ou physice et peut se substituer à absolute / absolument. [13] Les deux occur­rences de metaphysice dans l’Entretien avec Burman, [14] comme celle des Septièmes Réponses [15] et ses veritates metaphysice certas, confirment que méta­physiquement : avoisine absolument, c’est-à-dire à la fois au plus haut ou au der­nier degré, détaché de toute condition étrangère à l’essence de la chose, ou bien parfaitement homogène selon cette essence.
La richesse et la variété sémantiques qui paraissent s’attacher à la métaphy­sique d’après les emplois que nous avons relevés, ne sauraient étonner davanta­ge que la distribution des fréquences relatives. Conformément aux usages du temps, ce qui est métaphysique suscite ce qu’il faut bien même appeler plutôt de la confusion que de la richesse. Commençons, pour le dire, par les dictionnaires, après quoi nous solliciterons les philosophes. Le Richelet (1679) fournit rentrée avec un i MÉTAPIDSIQUE : La partie de la philosophie qui nous donne la connaissance de l’être en général, et des êtres qui sont au-dessus des choses corporelles comme de Dieu et des Anges.
Le Dictionnaire de l’Académie (1694) :
M. : s. f. . Les premiers principes de la connaissance, les idées universelles, les êtres spirituels. Connaissance métaphysique, science métaphysique, principes métaphysiques. Le Furetière, enfin (1690) que nous citerons tout au long :
subt. fem. Dernière partie de la philosophie, dans laquelle l’esprit s’élève au­ dessus des êtres créés et corporels, s’attache à la contemplation de Dieu, des Anges, et des choses spirituelles, et juge des principes de toute connaissance par abstraction et détachement des choses matérielles. Aristote a écrit plusieurs livres de Metaphysiques. Descartes a laissé plusieurs Méditations methaphysiques (sic) incomparables.
On l’ppelle aussi Théologie naturelle et c’est comme le tronc ou la racine de toutes les sciences. Son objet est l’Estre en général, en tant qu’il est séparé de toute matière, soit réellement soit par la pensée. Mr. Du Hamel prétend que ce nom a été forgé par les Sectateurs d’Aristote et qu’il lui a été tout à fait inconnu.
On enregistre, dans cette variété que la métaphysique touche à la future onto­logie ou doctrina de ente, [16] comme science de l’être en général, mais aussi à la science - ultime ou dernière - des entia immatériels et les plus relevés, et encore à la philosophie première et aux premiers principes de la connaissance. Quoique peut-être science suprême, la métaphysique se cherche une place dans les dic­tionnaires et ne paraît pas avoir nettement fixé ses rapports aux autres sciences. La situation est un peu plus claire chez les philosophes, pour lesquels métaphy­sique [17] signifie avant tout science de l’ens in quantum ens, de l’ens ut sic, de l’étant en tant qu’étant, de l’être en général, toutes expressions dont nous poserons par provision qu’elles visent un même objet. Nous rappellerons quelques définitions, autour de Descartes, pour manifester ce point d’accord peut-être unique.

Scipion Dupleix dans sa Metaphysique  [18] énonce : « La Metaphysique (dit le Philosophe) est la science de l’étant en tant qu’étant ou qu’il est, c’est-à-dire de toutes les choses qui sont vraiment et actuellement, tant naturelles que surnaturelles » Cela exclut les êtres de raison, l’étant rationnel de Scipion qui explicite : « Ces mots de la définition, en tant qu’étant ou qu’il est, montrent que cette science traite de l’étant réel en tant qu’il est simplement, non pas sous quelque considération particulière comme les autres sciences. Par exemple, la Physique traite de l’étant naturel non pas comme étant simplement, mais comme étant naturel ou mobile. La Médecine considère le corps humain, / non pas en tant qu’il est simplement, ains seulement en tant qu’il est sanable ou guérissable ; et ainsi des autres sciences. Mais la Métaphysique ne considère rien que le simple être des choses, ou ce qui leur convient en tant qu’elles sont ; comme être un, être bon, être vrai ». Suarez intitule sa première Disputatio : De natura primae philosophiae seu metaphysicae. On retrouve la prima philosophia parmi les varia metaphysicae nomina, aux côtés de sapieniia, prudentia, philosophia et naturalis theologia. Il s’emploie à éliminer, avant de définir l’objet de cette science, six opiniones erronées à son endroit, depuis l’ens abstractissime sumptum, qui comprend aussi bien les entia realia que les ralionis entia, jusqu’à la substantia quatenus subtantia est, pour conclure :

« Dicendum est ergo ens in quantum ens reale esse objectwn adaequatum hujus scientiae » ce qui exclut les étants de raison mais comprend, avec les substances, les accidents réels. Eustache de Saint-Paul s’accorde avec Suarez pour reconnaître, dans la dernière partie de sa Summa philosophiae quadripartita, à l’endroit d’une métaphysique qui vient donc après logique, éthique et physique, qu’elle est le lieu de dissensions philosophiques quant à son objet : « Dissentiunt de re proposita philosophi ; alii enim Deum, alii substantias separa­ tas, alii substantiam in communi, alii ens finitum, quod vocant praedicamentale, objectum esse metaphysicae contendunt. » [19] La vraie définition donne : « scientia theoretica de ente reali, per se et oompleto, ab omni materia saltem secundwn indifferentiœn abstracto » [20] et son objet est « ens reale, per se, completum, commune Deo et rebus creatis » [21] Abra de Raconis dans son Universae philosophiae compendium de 1637, définit ainsi l’ultima pars philosophiae, après dialectique, physique et philosophie morale : « Scientia speculativa quae versafur circa ens in communi, ut ens est » [22] Il précisera deux points immédiatement : « Dixi esse speculativam propterea quod in sola objecti contemplatione oonquies­cat » [23]

Puis, sur l’objet exact de cette science spéculative : « ens commune Deo et creaturis est objectum Metaphysicae. » [24]

Abra de Raconis annonce sur l’essentiel la définition qu’on rencontrera ultérieurement chez le Bossuet du Traité de la connaissance de Dieu et de soi­ même.  [25] « Les sciences spéculatives sont : la métaphysique qui traite des choses les plus générales et les plus immatérielles, comme de l’être en général et, en particulier, de Dieu et des êtres intellectuels faits à son image » [26]
Bossuet a précisé que : « parmi les sciences, les unes s’attachent à la seule contemplation de la vérité et pour cela sont appelées spéculatives » [27] Il a donc complété d’une métaphysique spéciale la métaphysique générale dont les traits d’essence (science, spéculation, être en général) étaient dans Abra de Raconis. Il se dégage donc à l’intersection de ces diverses approches que métaphysique est le nom d’une science, théorétique ou spéculative (mais qui peut bien paraître ultime autant que première) et portant sur l’étant en tant que tel. De cette enquête dialectique, Descartes ignorera le résultat le plus important et donnera congé à la science de l’ens in quantum ens. On sait qu’il assigne pour objet à cette science Dieu et l’âme, plus exactement
« l’explication des principaux attributs de Dieu » et « l’immortalité de nos âmes », selon la Lettre-préface, [28] autrement dit l’étude des choses immatérielles ou méta­physiques, [29] dans leur existence. Or c’est moins, voire ce n’est pas la dignité ou l’excellence ontique de ces étants qui les désignent pour objets de la métaphy­sique, mais plutôt leur qualité de principe : la métaphysique est, en général, la science des principes de la connaissance, [30]ce qui enveloppe, outre Dieu et l’âme, toutes les notions claires et simples qui sont en nous. Elle comprend et accueille ces étants immatériels-là puisqu’ils forment les vrais premiers principes à partir desquels les autres objets de science sont connaissables. [31] Deux remarques sur cette rupture de Descartes à l’égard de la tradition qui l’enveloppe : en premier lieu, toute continuité n’est pas abolie, Eustache, comme Suarez, sur lequel nous reviendrons ultérieurement, ou Abra de Raconis, ont insisté sur la qualité de science des principes que revêt la métaphysique : le pre­mier note, parmi les offices de cette science : « Tertium munus est probare principia caeterarum scientiarum » [32] Abra de Raconis précise ce qu’il faut entendre par principe : principium est id unde aliquid aut sit, aut cogniscitur » tout en donnant pour le premier de ceux-ci :
« impossibile est aliquid simul esse et non esse ». [33] ce à quoi Descartes s’opposera terme à terme.
En second lieu, ce qui singularise Descartes tient à l’assignation d’une essen­ce fonctionnelle pour la métaphysique, qui se voit impartie de fonder l’édifice du savoir ou l’arbre de la philosophie ; elle est science des premiers principes, dans la mesure où ceux-ci font connaître et rendent possibles les autres sciences. Il y a une véritable connexion encyclopédique réalisant l’unité de la science visée à la règle I des Regulae, et qui fait que la métaphysique ne se doit comprendre qu’en sa liaison épistémique fonctionnelle aux sciences spéculatives dont elle ouvre la possibilité ; en l’occurrence, la physique qu’elle doit fonder, et les mathématiques avec lesquelles elle rentre en une certaine concurrence qu’il s’agit de régler, afin de la penser dans son essence

LA FONDATION DE LA PHYSIQUE

On sait, d’un extrait notoire de la lettre à Clerselier de juin ou de juillet 1646, que Descartes, contrairement à Abra de Raconis, ne disjoint pas dans un princi­pe, ce qui en procède et ce dont la connaissance peut en découler ; et que pour lui, le grand principe primitif de l’impossibile est idem simul esse et non esse (idem plutôt qu’aliquid) [34] ne doit être mentionné que pour sa stérilité certaine et sa seule vertu confirmatrice de quelque chose, « ce qui est de bien peu d’importance ». Car « En l’autre sens, le premier principe est que notre âme existe, à cause qu’il n’y rien dont l’existence nous soit plus notoire ». [35]
Un principe métaphysique cartésien est donc la proposition d’une existence qui soit , pour nous, autrement dit rapportée à la nature de notre esprit ,la plus notoire. Cette priorité épistémique d’une essence actuellement existante suffit à opérer une disjonction générale des principes métaphysiques et des principes mathématiques. Ces principes se ressemblent par une puissance heuristique suf­fisant à développer la connaissance de beaucoup d’autres choses, mais les mathé­matiques ne portent pas sur des existences et l’être véritable qui est le leur, est un possible qui peut simplement exister en acte [36]. Même si Descartes a pu caresser l’idée d’une fondation purement mathématique de sa physique, comme parait l’en­visager la fin du chapitre VII du Monde [37] et la possibilité de démonstrations a priori de tout ce qui peut être produit en ce nouveau monde, depuis les vérités éternelles sur quoi les mathématiciens appuient leurs démonstrations, même s’il énonce à Mersenne que toute sa « physique n’est autre chose que géométrie », [38] les mathématiques se révèleront impuissantes à fonder dans l’existence actuelle que le physicien doit appréhender, les phénomènes dont il faut connaître la rai­son. Avec la connaissance la plus claire et la plus distincte de l’existence des Etres qui font métaphysiquement principe, on prend en revanche appui sur une intui­tion homogène à ce qui s’en peut déduire, on va de l’existence actuelle, métaphy­sique, à l’existence actuelle physique. Cette lettre à Clerselier est plus intéressante dans sa suite :
« j’ajoute aussi que ce n’est pas une condition qu’on doive requérir au premier principe, que d’être tel que toutes les autres propositions se puissent réduire et prouver par lui, c’est assez qu’il puisse servir à en trouver plusieurs et qu’il n’yen ait point d’autre dont il dépende » [39]
Descartes ne conçoit donc pas la fondation métaphysique de la physique comme une déduction générale de la connaissance des phénomènes depuis les principes métaphysiques. Cette thèse soutenue dans l’article de Desmond Clarke « Physique et métaphysique chez Descartes », [40] mais déjà aperçue dans le Descartes [41] de Louis Liard ou dans Le rationalisme de Descartes [42] de J. Laporte, rend compte de la place nécessaire de l’expérience dans la science physique car­tésienne, irréductible aux principes qui en assurent cependant l’intelligibilité. Comme l’exprime le §4 de Principes III, la déduction de la raison des effets à par­tir des causes ouvre sur un infini d’effets possibles et seule l’expérience offrira à toute description les phénomènes actuels dont la science doit rendre raison. L’explication a priori n’épuise pas, en physique, son objet, qui résiste dans l’indé­pendance de son existence même ; la physique n’est pas science subalterne.
Quel sens doit alors prendre une fondation métaphysique, dont Descartes pro­fère la nécessité, [43]et qui a manqué à un Galilée ? [44] Fonder n’est autre qu’expliquer d’une façon plus claire et distincte, en ramenant la raison des effets à des principes simples et généraux.44 Depuis ces idées qui sont les plus claires et les plus distinctes, celles de ces existences métaphysiques, âme et Dieu, on passera déduc­tivement aux principes des choses physiques, la distinction réelle de l’âme et du corps, la thèse de l’existence du monde extérieur, et la définition des corps par l’étendue seule. Toute recherche et tout résultat physiques doivent être rapportés à ces principes, auxquels on ajoutera, sur un plan épistémologique régulateur, la reconnaissance de la faible réalité objective des sensations ainsi et surtout que la souveraine bonté d’un Dieu source de toute vérité (Let.-Préface, AT IX-2, 10, 11 et Principes, IV, § 206) qui nous ayant pourvu d’une puissance fiable de distin­guer le vrai du faux, fonde l’usage de la regula generalis.
Il reste toutefois à examiner la connexion entre les principes métaphysiques et le cours de la science physique. Ceux-là sont-ils simplement régulateurs, qui for­meraient des termes fixes sur lesquels éprouver la conformité des principes et des résultats internes à la physique ? Ils n’auraient alors pas la puissance d’engendrer du savoir, à l’encontre de quoi Descartes a certes insisté sur la fécondité requise des premiers principes. Doit-on se rabattre d’une connexion déductive, selon la Lettre-préface, à une pure conjonction ? La question ouvre sur celle d’une variété méthodique qui réclame sa loi : en physique, s’agit-il de remonter des effets vers les causes, ou bien d’aller des causes vers les effets consécutifs ? On sait que l’Ecole a baptisé a posteriori la première voie méthodique et a priori la seconde. [45] S’il faut retenir les deux termes de l’alternative, comment alors concevoir la coexis­tence de ces manières de démontrer ? [46] Descartes a distingué, sur le point de la démonstration, l’explication de la preu­ve. [47] L’expérience rend les effets certains et les causes servent à les expliquer, tout en étant prouvées par leurs effets. Cette circularité n’est pas vice lorsqu’en phy­sique on prouve une cause par les effets qu’elle explique : l’effet une fois constaté par expérience, on posera à titre d’hypothèse les causes ou principes chargés de l’expliquer [48] : la puissance de ces causes à expliquer clairement et distinctement non seulement le phénomène actuel dont elles procèdent heuristiquement, mais toute une classe de phénomènes de même genre, prouvera leur prétention phy­sique à être cause, tandis que les effets seront rendus clairs et distincts d’apparaître ainsi dans la dépendance de leur cause. Autrement dit, entre l’expérience des effets physiques qui se constatent et d’où procède la recherche en cette scien­ce, et les principes qui s’appliquent déductivement, on ne concevra point de conflit mais une circularité harmonique entre des termes qui se soutiennent mutuelle­ment afin que progresse la physique. Les principes expliquent les effets et se prou­vent en eux. Cela s’accordera avec les quelques occurrences où Descartes a risqué sa philosophie sur le point de la vérité de tel effet physique, comme la vitesse de la lumière, mais cette falsifiabilité physique de la métaphysique est contredite par toutes les occurrences où Descartes insiste sur la certitude propre à la métaphy­sique, supérieure à celle des autres sciences, telle que les principes métaphysiques ne sauraient être à la merci d’un phénomène contingent. On en revient à l’exigen­ce d’une fondation métaphysique de la physique, qui étende de la certitude propre à celle-là jusqu’à celle-ci, en rendant plus parfaite la clarté et la distinction des effets dérivés.
Voici la difficulté sur laquelle nous débouchons donc : la physique sollicite sans cesse des hypothèses sur les causes susceptibles de rendre raison des effets actuels, rencontrés par expérience ; ces hypothèses sont de moindre certitude que celle affectant leurs effets existants, voire de certitude radicalement suspendue. Or, dans leur fonction épistémique interne à la construction du savoir physique, elles se tiennent dans la région des principes, de ce qui est plus simple et plus général, et ces principes, au moins les plus généraux, c’est-à-dire les métaphy­siques, sont les plus certains, ce pourquoi ils ont d’ailleurs seulement rang de principe. Pire, les hypothèses peuvent même être supposées fausses en physique (Principes III, § 44 et 45). Comment faire coexister ces suppositions factices et dégagées du souci de vérité propre avec les principes qui, au même rang d’inter­vention dans la science, sont chargés d’étendre leur degré supérieur de certitude et rendre leurs conséquences plus claires et distinctes ? Ne serait-ce pas une exception à la regula generalis ? Il ne suffira pas ici d’en appeler à la distinction de la fondation principielle de la physique avec le détail de l’activité scientifique ordi­naire. [49] On remarquera en premier lieu que le groupe d’article de Principes III qui mènent aux hypothèses supposées fausses (de §42 à § 47) est en raison symé­trique de la fin de Principes IV § 203 à §206 : en Principes III, rappel initial de la certitude métaphysique (§43) dont le défaut ferait injure à Dieu, puis suspen­sion du régime de vérité pour celui de l’hypothèse, enfin affirmation de la fausse­té nue de certaines suppositions, alors qu’en Principes IV, on trouve l’affirmation de l’infinie diversité des moyens pour Dieu de produire les phénomènes, d’où res­triction de l’ambition physique au régime de l’hypothèse même fausse si s’accor­dant dans ses conséquences à l’expérience ; puis passage célèbre de la certitude morale à la certitude métaphysique ( § 205 et 206) où le régime du principe vient jouer et étendre finalement aux conséquences l’entière certitude des prémisses (on notera dans la version française la répétition triple et comme en cascade de cette extension d’évidence depuis les principes métaphysiques). Tout est disposé comme si Principes IV se tenait dans un ordre symétrique de reconquête du ter­rain de vérité et de certitude abandonné un temps et progressivement en Principes III. Avec la considération métaphysique de notre rapport au Dieu mini­me fallax, 50 nous retrouvons l’usage certain de notre puissance de connaître qu’une recherche inscrite dans le procès fonctionnel de notre nature et sans réflexion possible à son égard, avait perdu.
En second lieu, on enregistrera un déplacement du lieu de l’infini : au lieu d’une infinité d’effets possibles déductibles depuis une cause, [50] ce qui impliquait, en Principes III § 4 , le recours à l’expérience, nous sommes, en Principes IV § 204, face à l’infini des moyens, autrement dit des causes possibles que Dieu a pu employer pour un effet existant. L’introduction de suppositions fausses se situe dans un cadre où il s’agit de faire hypothèse parmi les causes et non plus expé­rience parmi les effets ; et où la connaissance vraie des causes est impossible à l’esprit humain. On peut donc en penser la circonscription ou la restriction de l’usage, laissant le champ libre aux principes très évidents au-dehors de ce qui ne ferait enfin qu’exception. Toutefois Descartes insiste sur la concurrence entre ce que nous devons savoir de la perfection du monde et ce qu’apporte une genèse idéale et reconnue fausse : « tout de même nous ferons mieux entendre quelle est généralement la nature de toutes les choses qui sont au monde, si nous pouvons imaginer (excogitare) quelques principes qui soient fort intelligibles et fort simples (valde simplida et cognitu facilia) desquels nous fassions voir clairement que les astres et la terre, et enfin tout le monde visible aurait pu être produit ainsi que de quelques semences, bien que nous sachions qu’il n’a pas été produit de cette façon ». [51] Texte remarquable mais difficile, qui paraît tendre les rapports entre ratio cognoscendi et ratio essendi, donner congé à un principe de raison suffisante, cause et effet ayant difficulté à rentrer en un rapport adéquat, ainsi que rendre problématique l’intervention des principes métaphysiques. Une voie de concilia­tion se fondera sur le statut cartésien du clair et distinct, dont toute genèse idéa­le doit prétendre à réaliser le gain, c’est même là son motif exclusif d’apparition. On rappellera alors que Dieu est tout autant créateur des possibles que de l’exis­tant et que ce que nous pouvons imaginer, Dieu peut absolument le faire et aurait pu choisir de le faire exister [52] : il en va comme de cette Chimère qui ne contient rien de faux du moment qu’on n’y pense rien d’autre que l’existence possible affec­tant toute représentation, et comme du triangle possible que visent les mathé­maticiens sans se mettre en peine s’il est dans la nature. Nous devons conclure que c’est notre nature qui est impliquée lorsque nous comprenons plus claire­ment et plus distinctement, nature qui se rapporte métaphysiquement à un Dieu minime fallax. Tout ce qui est clair et distinct est vrai, nous pouvons maintenir cette règle générale, en remarquant que l’hypothèse fausse est reconnue telle et seulement mise en usage pour les certitudes que sa position implique. La factici­té de ces suppositions retrouve avec cela la nature [53] épistémique de notre esprit dans ses conséquences, elle est comme refondée en nature par ses implications : le clair et distinct dans la compréhension des effets ratifie ce qui autrement serait demeuré au stade de la description plate.
Cela ne suffit pas encore à dissiper nos difficultés, mais revient peut-être à les déplacer : en effet il demeure que ces principes imaginés et posés pour faux, sont clairs et faciles à connaître ; non seulement ils apportent un gain d’évidence dans les effets, mais ils sont eux-mêmes porteurs de simplicité, de généralité et de faci­lité, toutes qualités dévolues aux Vrais principes. Et ils sont faux ! Le conflit s’est tout de même précisé : il oppose la facticité dans l’invention d’hypothèses, dont seule importe la conclusion compréhensive et mieux évidente, d’une part, et de l’autre, l’innéité des Vrais principes métaphysiques dont l’évidence doit s’étendre sur les propositions dérivées. Or cette facticité, on la rencontre sans cesse dans les démarches mathématiques, qui enveloppent des constructions vouées à augmen­ter notre puissance résolutive et non à représenter ce qui peut exister. Nous pour­rions être alors tombés, sur le terrain de la physique au lieu d’un conflit entre principes mathématiques, dont Descartes n’abandonne jamais le souci, et prin­cipes métaphysiques.

LA CONCURRENCE MATHEMATICO-MÉTAPHYSIQUE

Il existe une tension manifeste entre la prétention métaphysique à connaître les Etres qui sont principes dans leur existence, et les procédures mathématiques qui énoncent et supposent ce qui est tel qu’il n’est pas, par exemple en tenant pour connu ce qui est inconnu, comme la théorie des équations le fait constamment et, par application aux figures, la géométrie analytique de même. C’est la résolution des problèmes qui justifie téléologiquement les artifices méthodiques antérieurs, et, dans la recherche mathématique, la certitude est un résu1tat plutôt qu’une pré­misse. En métaphysique, la certitude est première car elle se porte entièrement aux premiers principes, desquels clarté et distinction s’étendent aux consé­quences. Comment concevoir alors la composition des principes métaphysiques et des principes mathématiques, offerte en Principes IV § 206, de sorte que la certi­tude métaphysique s’étende à tout ce qui, en physique, peut être démontré par les principes mathématiques ? [54]
On sait que pour Descartes, les vérités de la métaphysique sont plus certaines que celles de mathématiques, hae illis certiores sunt [55]

mais aussi qu’elles sont plus difficiles à atteindre ainsi qu’à persuader à ceux que les préjugés offusquent. [56] Il faut donc pouvoir rendre raison de ces différences pour apaiser une concurrence de ces principes qui trouve à s’exprimer mais aussi à se brouiller dans un hapax legomenon présent en AT II, 490, 8-9 [57] celui de métaphysique de la géométrie. L’expression paraît dans le cadre d’un échange avec Desargues qui semble avoir envoyé à Descartes, à la fin de 1638, une première mouture de son Brouillon-projet de 1639. Descartes loue la beauté et la généralité du commencement de raisonnement arguésien et fait le rapprochement avec Archimède, seul dans l’histoire des mathématiques à s’être auparavant servi de cette métaphysique de la géométrie.

L’expression a peut-être pour origine un passage du début des Disputationes metaphysicae où Suarez mentionne qu’en son Commentaire au livre I des Eléments d’Euclide, Proclus « etiam mathematicis scientiis ait metaphysicam suppeditare principia » [58]
Suarez fait allusion à un passage du Proemium, première partie, chapitre 4, de l’ouvrage de Proclus, mais il ne le cite pas exactement car le terme de métaphy­sique n’y est pas, même si Proclus se réfère à une science première dispensatrice de principes pour toutes les autres sciences et dont il écrit : « Qu’une seule science soit donc mise à la tête des multiples sciences et objets d’étude, c’est-à-dire celle qui fait connaître les choses communes qui sont répan­dues dans tous leurs genres et fournit les principes à toutes les sciences mathématiques » [59] On trouve postérieurement une formule approchée chez le Leibniz des Elementa rationis, qui reproche à l’analyse cartésienne de n’atteindre pas cette géométrie

« quae Metaphysicam Geometrarum appellere possis  [60]

On mentionnera enfin le titre d’un ouvrage détruit de Hume : Les principes métaphysiques de la géométrie. [61] Ce maigre contexte donne à penser que l’expression cartésienne, c’est d’ailleurs la leçon des commentateurs [62] signifie ce qui en mathématiques forme les principes les plus simples et les plus généraux de la science. Mais Descartes dit un peu plus que cela : selon lui cette métaphysique où Desargues a su placer sa géométrie projective est plus belle puisque plus générale, et elle est plus belle car plus féconde, efficace et simple dans ses moyens. Descartes précise pour lui, « je m’en sers toujours pour juger des choses qui sont trouvables et en quels lieuxje dois les chercher » [63].
Cette métaphysique fournit donc les principes généraux de la recherche, sans faire rentrer dans un détail auquel reste attachée la charge de la preuve, comme la suite du passage le souligne. Qu’est-ce alors au juste que cette fonction régulatrice de l’heuristique ? On peut penser que pour son propre compte, il pense à l’innovation de la géométrie analytique, à ces nouveaux moyens systématiques de trouver les lieux dont les Anciens avaient laissé en héritage les problèmes, partant aux principes généraux de la résolution méthodique, dont la puissance saura se faire sentir par comparaison avec ce qui, de l’histoire, a échoué devant la géné­ralité même des difficultés. Cela peut s’éclairer d’un texte d’esprit cartésien sinon de plume cartésienne, tiré du Calcul de Monsieur Descartes. Il s’agit de déter­miner, à partir du problème géométrique de principe, comment établir les équa­tions et leur système facilement soluble : « Que si l’on ne peut trouver autant d’équations qu’on a supposé de lettres inconnues, cela est un indice que le problème n’est pas entièrement déterminé. Et alors on peut prendre pour l’une des lettres inconnues telle quantité qu’on voudra ; et de la variété naissent plusieurs points qui tous satisfont à la question, et qui composent des lieux plans, solides ou linéaires, s’il n’y a qu’une équation qui manque ; et des lieux de superficie, s’il y en avait deux de manque ; et ainsi des autres » [64]
Ce sont le « Et alors » et le « et ainsi des autres » qui sont ici importants : en effet, pour les Anciens, l’indétermination d’un problème était source de plus grande voire d’inextricable difficulté : plus celui-là était général, plus ardue serait la réso­lution. Il n’y a plus de telle gradation avec la géométrie analytique, et quel que soit l’indétermination « et ainsi des autres », la recherche des lieux est heuristiquement toujours tendue de façon équanime vers son but accessible. Le manque algébrique vaut spécification du genre de lieu à trouver, et non pièce au défaut irrémédiable. La métaphysique de la géométrie conduit généralement la recherche vers la réso­lution. Elle reconduit la méthode à l’expression d’une puissance antérieurement inconnue, on dirait à peu près aujourd’hui qu’elle est en charge de repérer et viser les théorèmes puissants. Ce faisant elle inscrit l’ordre temporel de la recherche efficace dans la temporalité lente voire la sempiternalité des vérités mathéma­tiques. La métaphysique avec ses principes serait alors en mathématiques, ce qui, selon la double temporalité du regard de l’histoire et de l’efficacité d’une recherche visant à résoudre et convertir l’inconnu en connu, fonde la réussite des procé­dures méthodiques et donne à entendre pourquoi c’est ainsi que l’on trouve et non pas autrement, ce que les mathématiques prises à la rigueur appliquent mais ne réfléchissent pas. Nous posons que cela fait mieux comprendre la coexistence des principes méta­physiques et mathématiques, dont nous chercherons à confirmer la répartition des fonctions à partir du texte épineux de la fin des Secondes Réponses, affecté aux voies démonstratives de l’analyse et de la synthèse. L’analyse procède tan­quam a priori, ou fait voir comment les effets dépendent des causes (traduction de Clerselier revue par Descartes) ; la synthèse procède per viam oppositam et tan­quam a posteriori, et comme en examinant les causes par les effets (Clerselier).
La traduction va au rebours de l’usage scolastique d’a priori, qui est non pas ce qui remonte des effets vers les causes mais ce qui porte des causes aux effets ; a posteriori signifiant la voie régressive des effets vers les causes. La difficulté n’est pas de traduction inattentive, comme les commentateurs [65] ont dit, et il ne suffit de conférer à ces locutions le sens d’un ordre temporel général, l’analyse suivant ou formant l’ars inveniendi et devant précéder par conséquent la synthèse. Le tan­quam est, dans l’original latin, essentiel qui restreint le propos à quelque condition comparative : Le rapport entre analyse et synthèse est apprécié par Descartes à l’égard des effets prévisibles de ces manières de démontrer sur l’esprit du lecteur, qui, dans l’analyse, se superpose à celui de l’inventeur, pourvu qu’il y consomme une attention équanime et oublie toute opiniâtreté ; ou bien qu’il se voit arracher son consentement, dans la synthèse, quelqu’opiniâtre qu’il soit. Dans l’effet de lec­ture il faut donc prendre en compte non seulement la disposition démonstrative des parties mais l’attitude coopérative ou rétive de l’esprit qui s’informe, c’est-à­-dire d’un côté le rapport des contenus objectivement présentés, et de l’autre les opérations formelles de la mens humana : une fois réactivée la distinction carté­sienne du formel et de l’objectif, nous comprenons le passage comme suit : à l’égard de l’esprit et de ses exigences d’attention, de liberté suspensive de tout pré­jugé, l’analyse est a priori, car elle fait comprendre par les causes, l’ordre de la compréhension est de la cause vers l’effet qui en dépend. Mais à l’égard des contenus objectivement représentés en idée, l’analyse va des effets vers les causes, selon une voie a posteriori de démonstration ; en ce sens-ci la voie synthétique, comme le dit le texte latin est davantage a priori, ipsa probatio sit in hac magis a priori quam in illa. [66] Il faut distinguer l’ordre épistémique entre les contenus objec­tivement dans les idées de l’ordre épistémologique qui préside à leur appréhension formaliter par l’esprit. L’analyse paraît alors anagogique et régressive selon le pre­mier mais non le second. Elle sera donc non pas a priori, mais tanquam a priori, le tanquam se rapportant à l’ordre compréhensif propre par lequel l’esprit s’assi­mile un savoir. Aller objectivement des effets vers les causes, c’est aussi faire com­préhensivement dépendre ceux-là de celles-ci, tanquam a priori.
Ainsi par l’analyse, la certitude est conquise à la fois sur les contenus et sous les conditions subjectives formelles de son appréhension. En elle, la nature de notre esprit se portant vers l’évidence se trouve satisfaite, alors qu’il lui est fait vio­lence selon la voie synthétique, laquelle arrache un consentement.
Or les mathématiques exploitent cette voie analytique tout comme il faut l’em­prunter en métaphysique, mais cette dernière science est seule à même de la jus­tifier tout en l’empruntant : les conditions sous lesquelles l’appréhension actuelle de l’évidence s’effectue, cette maîtrise non seulement de l’objet de certitude mais aussi de la forme par laquelle il est saisi, cela appartient à la métaphysique, à la rigueur à une métaphysique de la géométrie.
En mathématiques, on exploite son ingenium et sa nature sans s’occuper de connaître pourquoi on doit le faire ainsi plutôt qu’autrement, et pourquoi on n’y avait pas réussi antérieurement. Un passage d’une lettre à Hogelande du 8 février 1640 distingue pour les mathématiques entre l’histoire, inutile, et la science. [67] Cette distinction tranchée, sauf à en appeler justement à la métaphysique de la géométrie susdite, la métaphysique ne saurait s’y abandonner et c’est d’ailleurs pourquoi elle est plus difficile : on y doit non pas simplement rechercher la vérité, mais surmonter et abolir les préjugés hérités de l’histoire, [68] on y doit donc penser et satisfaire les formes subjectives d’appropriation du savoir, dans le même temps que les contenus objectifs. La métaphysique ne peut être seulement tendue vers la résolution elle doit avec cela penser les principes de notre nature, rapportée à l’appréhension des vérités.

CONCLUSIONS

Sur le statut des hypothèses fausses, cela implique que Dieu nous a faits tels qu’elles nous font comprendre, bref qu’elles sont vraies dans la région des pos­sibles, qui sont des créatures, et que leurs conséquences sont conformes aux exis­tences actuelles. Conclusion première, il n’y a pas de principe de raison universel chez Descartes et un écart irréductible demeure pour la pensée rationnelle entre les essences et les existences. On ne rend pas raison du tout de l’existence, ce pourquoi aussi il faut constater par expérience en physique.
La métaphysique attache à l’existence de l’âme et de Dieu la vertu de principes les plus clairs et les plus distincts, donc absolument fondateurs : leur évidence doit s’étendre par science aux conséquences qu’ils expliquent. Ces principes vivent des conséquences par lesquelles ils s’appliquent dans les sciences subalternes. La métaphysique fonde donc la physique sans l’absorber, et rend raison formelle des mathématiques avec lesquelles elle semble en concurrence. Elle en diffère cepen­dant par la considération nécessaire des existences qu’elle enveloppe et qui ins­crivent ses objets dans le temps même d’une appréhension qui fait passer de l’in­connu au connu. La métaphysique cartésienne n’est donc plus purement spécu­lative, elle ne vise pas simplement à l’objecti contemplatio mais à l’appropriation des conditions naturelles et historiques de son appréhension ; elle doit s’appliquer à dissoudre les préjugés de l’enfance, de l’Ecole, de l’histoire. Les hyperboles, les silences stratégiques de cette science trouvent leur raison, qui n’est pas de mathé­matique, ou du moins du détail des manières résolutives de cette science.
Cependant l’expression, certes unique, de métaphysique de la géométrie ouvre à la possibilité de penser la puissance des vérités et d’orienter la recherche afin qu’elle ne s’épuise point, en même temps que de prouver les résultats. Alors la métaphysique déploie sa véritable essence fondatrice, dans sa puissance propre à unir et coordonner les dimensions temporelle, historique des sciences avec l’ar­chitecture intrinsèque de leurs propositions objectivement entendues.
On trouve finalement un sens pour la distribution initiale des occurrences du terme : le substantif reste d’usage référentiel vague, puisque Descartes cherche moins à définir une matière qu’à fixer la nécessité d’une fonction fondatrice et principielle à l’égard des disciplines subalternes, ce que l’emploi de l’adjectif, plus rarement de l’adverbe, prend mieux en charge ; et l’excès est en métaphysique hautement nécessaire à la réunion des conditions formelles et des conditions objectives des sciences, il est en définitive synonyme de cette pureté positive et reconquise d’une pensée reconduite à ses propres conditions d’exercice, ce qui se doit obtenir dans la réussite des opérations de fondation métaphysique, et non pas ce qui pouvait se présupposer, puisque la raison métaphysique doit unitairement conjoindre l’historia et la scientia.

ANNEXE/RÉFÉRENCES DE MÉTAPHYSIQUE EN ADAM /TANNERY.

AT I : 144 - 4 et 15, 145 - 6, sur la démonstration des vérités métaphysiques (non théologiques et plus évidentes que celles de géométrie) ; en 145-6 retour de l’adjectif, pour cette question métaphysique de la création des vérités mathématiques par Dieu. Trois premières occurrences en deux pages.
AT I, 150, 2-4 ; « l’existence de Dieu est la première et la plus éternelle de toutes les vérités qui peuvent être et la seule d’où procèdent toutes les autres », (du 6 mai 1630)
AT I 182 -18, le petit traité de métaphysique (substantif) « dont les principaux points sont de prouver l’existence de Dieu et celle de nos âmes, lorsqu’elles sont séparées du corps, d’où suit leur Immortalité ». (1. 19-22) (A Mersenne, du 25 nov. 1630).
AT I , 220, 8 : « l’une des plus hautes et difficiles (matières) de toute la Métaphysique ». Il s’agit de l’ouvrage du père Gibieuf De libertate Del et Creaturae libri duo, 1630 (A Mersenne, d’octobre 1631)
AT I, 349, 26 : j’ai Inséré quelque chose de Métaphysique (mars 1637, à Mersenne, sur le titre de Discours de la méthode)
AT I, 350, 1. 20-21 : .Il y a environ huit ans que j’ai écrit en latin un commencement de Métaphysique, même lettre. AT 1, 370, 26-27 : « Outre que pour montrer que cette méthode s’étend à tout, j’ai Inséré brièvement quelque chose de Métaphysique, de Physique et de Medecine ». (A # # # , du 27 avril 1637)
AT I, 564, 14 : « touchant la publication de ma Physique et Metaphysique... » AT II, 50. 14 : « Il prend occasion de me demander ma Physique et ma Metaphysique avec unez grande Instance » (A Huygens, mars 1638)
AT II, 141,26 : « sans avoir auparavant démontré les principes de la physique par la Metaphysique (ce que j’espère faire quelque jour) » (A Mersenne, du 27 mai 1638).
AT II, 145, 3-4 : « des discours de Morale ou de Metaphysique, qui ne sont point du tout de son métier » (même lettre, sur un sieur Petit qui a objecté contre la Dioptrique).
AT II. 490, 8-9 : « ce que j’ai coutume de nommer la Metaphysique de la Géométrie, qui est une science dont je n’ai point remarqué qu’aucun autre se soit jamais servi, selon Archimède (1. 7-11) (A Mersenne, du 9janv 1639).
AT II , 570- 18/19 : « plus sçavant que le commun en métaphysique, qui est une science que presque personne n’entend ».
AT II, 596. 22-23 « car Il y a peu de personnes qui soient capables d’entendre la Metaphysique (sic) ».
AT II, 622, 15 -16 ; « Car la partie de l’esprit qui aide le plus aux Mathématiques, à savoir l’imagination, nuit plus qu’el­le ne sert pour les Speculations Metaphysiques ». (A Mersenne. du 13 nov 1639) aussi 1. 20 : « (un discours que j’ai entre les mains). Il ne fera que cinq ou six feuilles d’Impression ; mais j’espère qu’Il contiendra une bonne partie de la Metaphysique ».
AT II, 629, 19 : « touchant mon essai de Metaphysique ».
AT II, 661, 56 ; « de me demander ma Physique et ma Metaphysique ». (A Huygens. du 9 mars 1638).
AT m. 3521-22, « Je ne ferai point Imprimer mon essai de Metaphysique que je ne sols à Leyde » (A Mersenne, du 11 mars 1640).
AT III. 102. 4 ; « Je m’étonne qu’on vous ait dit que je faisais Imprimer quelque chose de Metaphysique » (A Huygens, de juil 1640).
AT III, 103. 7 : « de grande réputation pour la Metaphysique » (même lettre).
AT III, 126, 18 : « mes cinq ou six feuilles de Metaphysique » (A Mersenne, du 30 juil 1640).
AT III, 163. 26 « metaphysice loquendo » qui s’oppose à « physice ou moraliter loquendo » (164. 1-2) (A Mersenne, du 30 août 1640)
AT III. 175, 8-9 : « touchant mon traité de Metaphysique » (A Mersenne, du 15 sept 1640).
AT III, 163, 6-7 « mon petit traité de Metaphysique » (pour envoyer à 20 ou trente Théologiens. même lettreque ci-dessous). _ATIII,185, 19 : « que je dédie mon traité de Metaphysique à la Sorbonne. » (A Mersenne, du 30 sept 1640). Descartes demande un abrégé de l’Ecole.
AT III, 192, 4 : « Le principal but de ma Metaphysique est de faire entendre quelles sont les choses qu’on peut conce­voir distinctement » (A Mersenne, du 30 septembre1640.)
AT III. 216. 5 « J’espère vous envoyer ma Metaphysique » (A Mersenne, du 28 oct 1640
AT III, 233, 17 « avant ma Metaphysique soit Imprimée » (11 nov 1640)
AT III, 233. 24-25 : « ce peu de Metaphysique (...) contient tous les Principes de ma Physique » (Ibid.)
AT III, 234, 17 : « que ma Metaphysique n’ait passé » (Ibid.)
AT III, 234. 29 ; « Il lui faudra envoyer ma Metaphysique » (Ibid.)
AT III, 235, 10 : « J’ai envoyé dès hier ma Metaphysique à M. de Zuylichem » (A Mersenne, du 11 nov 1640)
AT III, 237, 7 ; « l’écrit de Metaphysique » ... « pour faire connaître la nature de l’âme humaine et pour démontrer l’existence de Dieu » (A Gibieuf. du 11 nov 1640)
AT III, 238. 18 : « je vous envole enfin mon écrit de Metaphysique » (A Mersenne, du 11 nov 1640)
AT III, 241, 3-4 : « l’adresse de mes rêveries de Metaphysique » (A Huygens. du 12 nov 1640)
AT III, 243, 3-4 : « il y a huit jours que j’avais écrit les encloses pour vous être adressées par M. Zuyllchem, avec ma Metaphysique » (A Mersenne, du 18 nov 1640)
AT III, 248, 8 : « Le peu que j’ai écrit de Metaphysique » (A # # # nov 1640)
AT III, 260, 9-10 : « comment mes Méditations de Metaphysique seraient reçues » (A Mersenne, de décembre 1640)
AT III, 265, 13 : « Pour ma Metaphysique... » (A Mersenne, du 24 déco 1640) AT III, 271, 8 : « je vous envoie un argument de ma Metaphysique », (il s’agit de la Synopsis) (A Mersenne du 31 déco 1640)
AT III, 275, 2. Même lettre, réception par Mersenne de « ma Metaphysique ».
AT III, 276, 3. Idem « ma Metaphysique » AT III. 284, 27 : « Assurez-vous qu’il n’y a lien en ma Metaphysique, que je ne croie être vel lumine naturali notissi­mum. vel accurate demonstratum ». (A Mersenne, du 21 janv. 1641).
AT III, 286, 19 « achever ma réponse aux objections contre ma Metaphysique » (Ibid.)
AT III, 295, 20 : « ma Metaphysique » : et 296, 24 « au commencement de ma M. » ; aussi 297. 1 ; « ma M. » ; en 298, D confesse à Mersenne que tous les fondements de ma physique y sont contenus.
AT III, 328, 2 : « ma M. », envoyée à Fennat., qui sait des maths mais » en Philosophie j’al toujours remarqué qu’il raisonnait mal : (1. 13-14)
AT III, 334, 4 « ma M » où D. réclame des collections à M. (A Mersenne, du 18 mars 1641) : en 340, 7-8 ; « je vous lais­se le soin de tous les titres de ma M »
AT III, 359, 7 : « l’impression de ma M » (A Mersenne, du 21 av. 1641) ; même lettre, 363, 13 « les objections contre ma M »
AT III, 420, 8 « dans les petits commencements de Metaphysique que j’al ébauchés » (A l’abbé de Launay, 22 juil. 1641)
AT III, 423, 29 : « Non autem idcirco mihi persuadeo, mentem infantis de rebus Metaphysicis in mairis utero medita­ri. (A Hyperasplstes. Août 1641), même lettre, en 425, 20-21 (citation d’Hyper.) ; Idem. 431, 21 « si quis in Metaphysicis assereret Deum ... In condendo universo, non alium finem quam ut ab hominibus laudaretur »
AT III, 436, 14 : « Et pour ma M., je cessais entièrement d’y penser, dès le jour que je vous envoyai ma réponse ad Hyperaspisten. (A Mersenne, de sept 1641). Prière, in fine, de ne « m’envoyer plus ni aucunes objections contre ma M ... » (438,14)
AT III, 472, 7-8 : « mes pensées de Metaphysique » (A Gibieuf, du 19 janvier 1642)
AT III, 493, 10 : « ut ego in Metaphysicis » D. renvoie Regius à Méditation VI et l’Union réelle âme/corps.
AT III, 500, 22 scolarum philosophlam. nomlnatlm Loglcam. Metaphysicam. Physicam. ( A Regius, janv. 1642) . AT Ill, 505, 10-11 (même lettre, in projet de réponse)
AT III, 566, 29 : « de elus perfectlone objectiva, quam principia metaphysica docent debere contineri formaliter vel emi nenter in elus causa »
AT III 582, 14 : « en ce qui regarde la Metaphysique ». (A Mersenne, du 13 octobre 1642).
AT III 649,21 : « Ce que je prouve par la Metaphysique ». (A Mersenne, du 26 avril 1643)
AT III, 692, 10 : "les pensées Metaphysiques (sic) qui exercent l’entendement pur, servent à nous rendre la notion de l’âme familière ». (A Elisabeth, du 28 juin 1643
AT III, 695, 5-6 : « comme je crois qu’il est très nécessaire d’avoir bien compris, une fois en sa vie, les principes de la Metaphysique, à cause que ce sont eux qui nous donnent la connaissance de Dieu et de notre âme » la suite sur la nocivité de s’y cantonner.
AT III, 751, 12 : « Imprimer quelque chose de Metaphysique » (A Huygens, du 31 juillet 1640.)
AT III 752,37 « des personnes bien capables et de grande réputation pour la Metaphysique » (même lettre) Descartes se justifie d’envoyer sa Metaph à dix ou quinze Theologiens.
AT III, 763, 3 : « l’adresse de mes rêveries de Metaphysique » (A Huygens, du 12 nov 1642)
AT IV, 46, 9 « les raisonnements de la Metaphysique » difficiles à concevoir pour ceux qui entendent ceux de l’algèbre et invice.
AT IV, 67, 14 « je le trouve beaucoup plus habile en morale qu’en metaphysique ni en physique" à propos de Hobbes et du De Cive.
AT IV, 249, 31 : « me circa res Metaphysicas quam maxime a te dissenttre » (A Reglus, de juillet 1645)
AT IV, 250,8 : ad Metaphyslcam vel Theologtam spectant » ( même lettre).
AT IV, 497, 24 : « J’appréhende que sa métaphysique ne soit pas orthodoxe » à propos de Reglus. (A Mersenne, du 7 septembre 1646)
ATN. 511. 2 : « il a fait tout le contraire en ce qui touche la Metaphysique » (A Mersenne, du 5 octobre 1646, sur Reglus et ses Fundamenta Physices AT IV, 517, 17 ; « touchant la Metaphysique » (A Huygens, du 5 octobre 1646. derechef sur Regius) AT IV. 613, 3 « ces pensées metaphysiques. (A Chanut du 1 février 1647. sur l’amor Del. même lettre que ci-dessus) AT N. 627, 5 : « en tout ce qui regarde la Metaphysique. (A Elisabeth, de mars 1647. sur Regius encore) AT IV, 691. 18 : « mets circa Metaphysicam opinionibus« sans doute sur Regius (A Boswell- ?-, de 1646- ?-) AT V, 3, 22 : « in contraditionibus Metaphysicae carteslanae » (aux curateurs de l’Université de Leyde, du 4 mai 1647).
AT V, 7, 1-2 : « blasphemam meam Metaphysicam esse pronuntiaret » (même lieu)

ENTRETIEN AVEC BURMAN

ATV, p. 147 : « Et haec mdo (meditatio ?) metaphysica est et valde clara lis, qui ad eam attendunt ». Ce qui est clair est que Deus non potest fem in nihilo
ATV, p. 153 : « V(idere) ln Metaph(ysicam) , nihillntelligitur per ens ».
AT V , p. 165 : « nec rebus metaphysicis. » Il ne faut pas trop s’y pencher ( cf N - 46).
AT V , p. 165 : « ex Metaphysicis ad Physica etc ». Les Principes renferment tout ce qui de Metaphysique est néces­saire pour la physique.
AT V, p. 166 : « in iis Deus est plane immutabllis, nec metaphysice id aliter concipi potest ».
ATV, p. 166 : « Metaphysice autem id aliter Intelligi non potest ». Ces deux adverbes ont la valeur d’un absolument.
AT V, p. 170 : « in Metaphysicis autem », là où Regius contredit toujours Descartes.
AT V , p. 177 : « ut et omnes verttates metaphysicae »
AT V, p. 177 : « in Metaphysicis »
AT V, 177 : « Metaphysicas » Les vérités de métaphysique sont plus certaines que de mathématiques, car liées à un doute qui n’a pas cours ici : elles sont plus fermes, Mais cum sit ratiocinatio ubique una et eadem (p. 177, 1. 15) les maths accoutument de bien raisonner et servent les philosophes.
ATV, 261, 16 : « d’où m’est venu un livre de Metaphysique » (d’un Georges Ritchel, que Descartes ne prise pas : A ###, 1648 ou 1649)
Sur DdIM et Essais
AT VI, 1, 9 : « les raisons par lesquelles il prouve l’existence de Dieu et de l’âme humaine, qui sont les fondements de sa Metaphysique ».
AT VI 31, 15-16 : « car elles (i.e. : mes premières méditations) sont si metaphysiques et si peu communes »
AT VI, 38, 3-4 « lorsqu’il est question d’une certitude metaphysique » (sans majuscule), laquelle s’oppose à la certitu­de morale.

OCCURRENCES in Méditationes
Metaphysique vient en adjectif, AT VII, 4, 30-31 : « Nec certe plures ln mundo metaphysicis studiis quam geometricis apti repertuntur ».
AT VII, 36, 24-25 « valde tenuis et, ut ita loquar, Metaphysica dubitandi ratio », qu’on retrouve en AT IX, 28.
AT VII, 131,7-8 : « ad res metaphysicas Intelligendas mentem a sensibus esse abducendam » (Secondes Réponses) ATVII. 138,4 : « omnes Metaphysici ln Dei attributis ... consentiant » (Secondes Réponses)
AT VII, 142, 15 : « me cum onuùbus Metaphysicis et Theologis » (Sec. Rép.)
ATVII. 156,26 (AT IX, 122) : « in has Metaphysicas » (Secondes Réponses) où la synthèse s’applique mai.
AT VII, 157, 6 (AT IX, 122) : « in his Metaphysicis ». (Secondes réponses)
AT VII, 162, 20 : « ad certitudinem rerum Metaphysicarum » (exposé géométrique)
AT VII, 172, 6 : « ab istis Metaphysicis dubitationibus » (Troisièmes Réponses)
AT VII, 175, 13 : « sub ratione matertae, nempe Metaphysicae « Le sujet de pensée peut donc être nommé matière métaphysique (Troisièmes Réponses)
AT VII, 235,13, mention de l’ouvrage de Suarez, ainsi libellé : « Metaphysicae disput., 9, sectione 2, numero 4 » (Quatrièmes Réponses)
AT VII, 348, 6 : « a Metaphysicis cogitationibus » (Cinquièmes Réponses) /ceux qui sont immergés dans les sens ne sont pas propres à de telles pensées.
AT VII, 352, 9-10 : « nempe certitudine illa Metaphysica » (Cinq. Rép.)
AT VII. 383-384 sur la certitude plus grande qu’en maths de la métaphysique (384, 15-16) (Cinquièmes Réponses, V-3). Rapprocher de AT 1, 182
AT VII. 436, 5 : « tam Mathematicae quam Metaphysicae, veritates a Dea dependent » (Sixièmes Réponses)
AT VII, 445, 23 : « doctos homlnes et Metaphysicis rebus a triginti anni assuetos » Descartes reprend la formule des objections (421, 11-12). (Sixièmes Réponses)
AT VII, 460, 3 : « illa dubitatione quam saepe metaphysicam, hyperbolicam ... » (Septièmes Réponses)
AT VII, 460, II : « de hac Metaphysica dubitatione » (Septièmes Réponses)
AT VII. 461. 3 : « ad verttates metaphysice certas Investigandas » Adverbe (Septièmes Réponses)
AT VII, 475, 25 : « a Metaphysico illo » (opposé à : . de morali sciendi modo.) (Sept Rep.)
ATVII. 477, 6 : « ad certitudinem metaphysicam » (Septièmes Réponses)
AT VII, 524, 2 : « ad fundamenta Metaphysicae » (Septièmes Réponses)
AT VII, 546, 16 : « metaphysica dubitatio » (Septièmes Réponses)

Lettre au père Dinet

ATVD,573, 14-15 ; « principia illa Metaphysica »
AT VD, 580, : « in Metaphysicis a communibus illis notionibus »
On note l’importance de l’occurrence philosophia (ou philosophus) : 55 en 40 pages d’AT

Principia

Lettre-Préface (AT IX - 2, 16, 3 et 15-16) sur la division des Principes et l’équivalence philosophie pre­mière/métaphysique. : sur Regius et la négation de vrais principes de Metaphysique AT 1X-2, 19, 24.« vérités de Metaphysique, sur qui toute la Physique doit être appuyée »
Let-Pref. ATIX-2, 10, 12-17 ; « ce sont là tous les Principes dont je me sers touchant les choses imma­térielles ou Metaphysiques, desquels je déduits très clairement ceux des choses corporelles ou phy­siques, à savoir qu’il y a des corps étendus en longueur, largeur et profondeur, qui ont diverses figures et se meuvent en diverses façons ».
Let-Pref. AT IX-2, 14, 8-9 puis 25, sur l’arbre de la philosophie : « la vraie philosophie, dont la première partie est la Metaphysique, qui contient les principes de la connaissance » (14, 7-9) ; « toute la Philosophie est comme un arbre, dont les racines sont la Metaphysique » (14, 24-25).
AT VIII-1, 4, 4 : « si versati sint in metaphysicis » (Epître dédicatoire)
Principes I § 12 (AT 1X-2, 30) « certitude Metaphysique » (en Picot seulement)
Principes I § 30 (AT -IX -2, 38) : « Dans les Meditations de ma Metaphysique » (in Meditationibus Metaphysicis »/ AT VIII-1, 17,8)
Principes I § 62 (AT 1X-2, 53) « sur les Meditations de ma Metaphysique » (in Meditationes de prima Philosophia / AT _ _ VIII-1, 30, 22)
Principes IV, § 206 (AT VIII-l, 328, 19 ; AT 1X-2, 324) . Les expressions sont morallter certa ou certus puis plus quam moraliter certa, ... Metaphysico fundamento.

Lettre à Voetius

Présence de « prima Philosophiae fundament » en AT VIII-2, 37, 8.
AT VIII-2, 54, 23 ; « imprimis Metaphysicam, Pneumaticam, Physicam » (Desc. citant Voetius).
AT VIII-2, 162,20 « obiter Metaphysicam et quaedam physica dogmata » (Desc. citant Voetius).
AT VIII-2, 168. 7 : « tantum de Metaphysicis habetis »

Lettre apologétique aux magistrats d’Utrecht.

Metaphysico ainsi que Theologiae ac Metaphysicae et Physicae (AT VD-2, 206, 6 et 10) dans le titre de Voetius repris par Descartes.

Notae in programma AT VIII-2, 365, 5-6 : « non modo in Metaphysicis (...) sed etiam in Physicis ». Recherche de la Vérité,
AT X. 516, « per omnes, quos vacant Methaphysicos, gradus nos deduceret ».
AT X. 517. « in istis Methaphysicis gradibus » où il y a de l’obscurité (ce sont les degrés de l’arbre de Porphyre.)
AT X. 517, six lignes plus loin : « in omnibus aliis gradibus Methaphysicis » Traité de la lumière
AT XI. 38, 4 : « sans m’engager plus avant dans ces considérations Metaphysiques » (chap. VII) sur Dieu faisant agir la nature.


[1] Daniel DAUVOIS, Agrégé de Philosophie et Professeur de Khâgne au Lycée Faidherbe (France)

[2] AT III646, 15-16

[3] L’Index elementorum de l’édition léonine (dans les Indices, qui sont au tome XVI, Rome, 1948, p. 469) renvoie pour la Somme théologique à la pars Ia, I, 8, ainsi que Ia, II, 3 ad 2 (resp. p.21 et p. 112 du tome IV, Rome, 1888) et à Il, Il, 9, 2 arg, 2 (p, 75 du tome VIII, 1895) ainsi qu’à Summa contra Gentiles. I. 4 (tome XIII, 1918, p.11). Le proemium des In XII libras Metaphysicorum Commentaria donne pour la scientla regula­trix (parmi les sciences théoriques) les trois noms suivants : « Dicitur enim scientia divina sire Thelogia in quantum praedictas substantlas considerat : metaphysica in quantum considerat ens et ea quae consequuntur ipsum. Haec enim transphysica inveniuntur in via resolutio­nis, sicut magis communia post minus communia. Dicitur autem prima philosophia, in quantum primas rerum causas consederat » (Ed. Vivès. 1875, tome XXIV, p. 334). On remarque que la métaphysique a pour objet distinctif l’étant plutôt qu’elle n’est science des premières causes - c’est la philosophie première - ou bien des substances immatérielles dont traite la Théologie. C’est cependant une seule science sous ces trois noms, hésitation encyclopédique qui aura son écho chez Descartes.

[4] Sur le prisme métaphysique de Descartes, Paris. 1986, p. 34-35 et la note 34. Notre travail a pris son appui initial sur les pages 34-72 de cet ouvrage. Voir également, du même auteur et dans Sur l’ontologie grise de Descartes (Paris, 1981), la note 75 aux p. 64-65.

[5] en AT IV et aux passages suivants : 497. 24 ; 511,2 ; 517, 17 ; 627, 5.

[6] Nous délaissons provisoirement l’expression de métaphysique de la géométrie, sur laquelle nous reviendrons tout au long de notre troisième section ; et, définitivement pour le coup, cette rareté que forme, dans le cor­pus, le substantif metaphysici, les métaphysiciens (AT VIII, 138, 4 et 142, 15).

[7] On confirme ici que l’usage attributif (voir aussi en DM. AT VI. 31, 15-16) ne s’écarte pas de l’éphithétique et reste dans l’esprit que nous décrivons.

[8] On trouve certitude métaphysique en AT IX-2, 30, chez Picot mais non dans le latin ; de nombreuses fois la certitudo metaphysica dans les Réponses ; la forme ad certitudinem rerum metaphysicarum en AT VII, 162, 20 (exposé géométrique) ; enfin souvent la dubitatio metaphysica dans les Septièmes Réponses.

[9] AT IX - 2, 10, 12-13.

[10] AT V, 147.

[11] A Mersenne, du 30 septembre 1640, AT III, p. 192.

[12] On trouve cet adverbe dans le Furetière :
Métaphysiquement adv. D’une manière métaphysique, élevée au-dessus de la matière et des êtres sensibles. Il y a des choses qu’on ne peut concevoir que métaphysiquement.

[13] AT III 163, 26 où metaphysice loquendo fait pendant à physice ou moraliter. En AT III. 379. 19-20 on a le couple adverbial moralement/absolument, et, en AT III 704, 22-24 moraliter/absolute. Une Opposition similaire se trouve à la fin des Principes (IV, § 206) lorsqu’à un plus quam moraliter certa répond un meta­physico fundamento (AT VIII-l, 328. 19 sq).

[14] Toutes deux en AT V, p. 166.

[15] AT VII, 461. 3.

[16] Chauvin, lexicon rationale, Rotterdam. 1962,

[17] On devrait distinguer le cas du latin et celui du français. En latin apparaît en premier l’adjectif metaphy­sicus, en général au neutre pluriel et toujours pur désigner les livres d’Aristote, et ce pour la première fois dans le commentaire au De Interpretatione de Boèce (Sources : Thesaurus linguae latinae, Teubner, depuis 1900 : Forcellini totius latinitatis Lezicon, depuis 1858. Le substantif semble attesté tout d’abord chez Abelard, dans ses Gloses sur porphyre (Source : Novum Glossarlum mecliae latinitatis, éd, Munskaard. 1969), d’où il passera en français, tout d’abord sous la forme metaphisique (attesté en 1282 selon le Trésor de la langue française, 1985).

[18] 1610, rééd, Corpus, Fayard, 1992, sur le patron de 100, de 1640 (dernière revue de l’auteur), Au livre I, chapitre 3, p 89 puis 90-91.

[19] Nous citons l’édition de 1623, pars Iva. p.3.

[20] Op. cit.. p. 5.

[21] Op. cit., p. 3-4.

[22] Op. cit., p. 217.

[23] Op. cit., p. 217-218.

[24] Op. cit.. p. 3-4.

[25] Nous citons l’édition De Lens, 1843.

[26] Op. cit., p. 49.

[27] op. cit., p. 49.

[28] AT IX-2, 14. 10-11.

[29] AT IX-2, 10.13.

[30] AT IX-2, 14. 8-9.

[31] AT IX-2. 10, 12-15.

[32] op. cit.. p. 6.

[33] Op. cit., p. 224.

[34] AT IV-444. 13-22.

[35] AT IV-444. 9-28.

[36] Entretien avec Burman. AT V, 160.

[37] AT XI-47, 14. 8-9.

[38] Du 27 juillet 1638, AT II. 268. 13-14

[39] AT IV-444, 26-31.

[40] Archives de philosophie, 1980, N° 43.

[41] Descartes, felix Alcan, Paris, 2- 00. 1903, p, 211-138.

[42] P.U.F., 1945 ; 2ème éd. 1949, p. 202-212.

[43] Par exemple AT III, 233, 24-26.

[44] Voir les lettres à mersenne en AT 1 305 : 392 : et AT II, 380. 44 - Voir AT Ill, 192,3-5 ainsi que AT IX-2, p. 9-11

[45] Descartes le mentionne lui -même en AT XI, 47, 24-28.

[46] « Denwnstrandi autem ratio duplex est, alia scillicet per analysim. alia per sunthesim. AT VII, 155. 21-22.

[47] Notamment dans une lettre à Morin du 13 juillet 1638, en AT II, 197, 25-198, 28.

[48] L’équivalence entre le rapport de principe à conséquence et de cause à effet se remarque, en physique, en Principes II. § 43. L’hypothèse remplit une fonction explicative semblable au principe ou à la cause puis­qu’on en déduit des conséquences conformes à l’expérience, mais elle voit suspendu son poids physique de vérité (Principes, III, § 44), autrement dit elle vaut comme description d’un possible et non d’une exis­tence actuelle.

[49] Ce qui fait la solution d’Alquié en une note à Principes III § 44, de son édition des Oeuvres de Descartes (tome III, p. 247-248).

[50] AT IX-2, 105.

[51] AT IX-l, 124 ; VIIl-l, 100, 11-17.

[52] Voir Discours de la méthode VI. AT VI, 64, 17-19. Premières Réponses AT VII, 118-119, particulièrement 119, 8-11. Sur l’être, Indépendant de notre esprit, des essences dont nous avons Idée claire et distincte, cf derechef cette fin des Premières Réponses, en rapport à Méditation V,notamment AT VII, 64, 11-24, avec commentaire en AT V 160-161.

[53] Echo à principes IV § 206, version française.

[54] AT IX-2. 324.

[55] Entretien avec burman en T V. 178. Nombreuses occurrences de cette thèse, par exemple à Mersenne du 15 avril 1630 en AT 1. 144. 4-15 ; AT l, 182. 2-4 ; Cinquièmes Réponses. AT VII. 384. 15-16.

[56] Derechef nombreuses références, parmi lesquelles : AT II, 570, 18-19 et AT II, 596, 22-23 : AT II, 622, 13 16 ; AT VII, 4, 30-31 ET VII, 383-384. Il y a une facilité propre à la métaphysique et une propre à l’algèbre (AT IV, 46, 6-12) et l’expérience fait constater qu’elles s’excluent. (A Elisabeth, de novembre 1643). Par ailleurs on peut comparer aux longues chaînes de raisons d’Apollonius, les démonstrations métaphy­siques, ce qui exprime précisément leur difficulté et l’attention exigée (AT III, 102, 16-103,8).

[57] A Mersenne, du 9 janvier 1639.

[58] Disputaliones metaphysicae, l, 4, 15, éd. Vivès p. 29.

[59] Trad. P. Ver Eecke, Bruges, Desclées de Brouwer, 1948, p. 6-7.

[60] Opuscules et fragments inédits de Leibniz, éd. Couturat, 1903, p. 342. Belaval, dans son leibniz cri­tique de Descartes (Gallimard, 1960, p. 367) souligne que Leibniz l’entend surtout au sens de d’Alembert et Carnot, à savoir les principes généraux de l’analyse. Le terme métaphysique tend à devenir péjoratif chez d’Alembert.

[61] M. Malherbe, La philosophie empiriste de David Hume, 50.

[62] Voir Laporte, Le Rationalisme de Descartes, p. 205.

[63] AT II. 490. 11-13. Les lieux de recherche et les lieux géométriques peuvent être superposés, ceux-ci faisant chez Descartes toujours l’objet vers lequel tendent les procédures algébriques.

[64] AT X. 673-674

[65] La difficulté est pointée par Alquié au tome II. p. 582, note 1 de son édition des œuvres. Elle est affrontée par J.-M. Beyssade dans son article « L’ordre dans les Principia », 1976. Etudes philosophiques, 4, p. 387­403 : et par B Timmermans dans La résolution des problèmes de Descartes à Kant, P.U.F.1995, p. 114­-130.

[66] AT VII, 156, 7-8.

[67] AT II, 722.

[68] Dans la lettre à mersenne du 15 novembre 1638, Descartes écrit : « Je ne sais point d’autre moyen pour bien juger des notions qui peuvent être prises pour principes, sinon qu’il s’y faut préparer l’esprit, en se défaisant de toutes les opinions dont on est préoccupé » (AT II. 435, 6-9),




Site réalisé avec SPIP avec le soutien de l’Agence universitaire de la Francophonie