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KOREK ? KOREK ! ESQUISSE DE L’ILE MAURICE par Enda Deloy Ed. L’Harmattan, 1983
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Ethiopiques numéros 37-38
revue trimestrielle de culture négro-africaine
nouvelle série 2eme et 3ème trimestres 1984
volume II n° 2-3

Auteur : Lilyan KESTELOOT

A force de lire Edouard Maunick, on en venait à s’imaginer que l’Ile Maurice n’était qu’un appendice de l’Afrique noire, méchamment largué dans l’océan pour le plus grand chagrin des Nègres qui l’habitent...
Le petit recueil de nouvelles sans prétention d’Edna Deloy nous rappelle à propos l’étonnante diversité d’une population de 950.000 âmes où coexistent 5 cultures et trois religions sur 1.800 km2.
Les Indiens y sont majoritaires et cela apparaît dans les termes de cuisine, de vêtements, de musique, de monnaie (la roupie). Ils y imposent leurs cultures, islam et hindouisme.
Puis viennent Chinois et Africains, auxquels il faut ajouter des traces de Français et d’Anglais qui ont surtout marqué l’administration, la langue créole et le rite chrétien
« Ki manière ?
mo bien ta »

Cependant, ces communautés ethniques vivent en quartiers séparés, gardent leurs idiomes et leurs usages. Les jeunes - 50 % de l’ensemble - se fréquentent, à cause surtout de l’école semble-t-il.
L’auteur, française d’origine, mais parlant le créole, et dont l’époux est Indien et musulman, est bien placée donc pour nous donner cette autre face de l’Ile Maurice ; et à travers elle, on perçoit l’écho d’une culture moins angoissée que la négritude de Maunick. On comprend peut-être aussi mieux le mal-être de ce dernier, exilé d’Afrique dans son île, exilé de son île à Paris.
Korek ! Korek ! nous présente un peuple souriant et mystérieux, bien dans sa peau, vivant ses diversités et ses métissages sans en faire un drame. Particularismes et tolérance semblent être des mots d’ordre pour maintenir sur un si petit espace à la fois la paix sociale et les différences culturelles.
Tous les jeunes ; disais-je, se mélangent à l’école, où pour fêter le High School Certificate, « les Chinoises boivent un Sprits, les Musulmanes un Pepsi Cola, les Hindoues un Sinalco, les Créoles un Coca ». Cependant que les lauréats décrochent les bourses du Commonwealth - mirage du voyage, prestiges des métropoles lointaines claustrophobie de l’insulaire - « l’horizon est partout coupé à Maurice ». Et l’on.... promène ainsi de Collège anglais, en anniversaire indien et mariage créole, dans le chatoiement des sacres [1], le breakfast et le tea-time, les pâtisseries au miel et les galettes de Ramadan. Oui décidément, la dominante est indienne et britannique dans ces aquarelles délicates de Mme Deloy. Un univers qui se situe entre Zobel et Kipling.
Elle n’a cependant pas oublié les coopérants nostalgiques et les touristes des grands Hotels pour qui les créoles viennent danser le séga. Développement oblige... Mme Deloy n’écrit pas un livre politique, aussi s’abstient-elle de commentaires.
Elle préfère nous conter des histoires de cyclones, d’arc-en-ciel et de lytchees... Elle nous fait pénétrer sur la pointe des pieds dans ce petit monde secret. Car « seul un îlois peut vivre ainsi enfermé entre montagnes et récifs. Les nuages bornant le ciel, le corail la mer, la pruderie les plus forts élans. Une ceinture de chasteté en quelque sorte... »
Il y a peu et beaucoup dans ces tableaux tracés d’une plume amoureuse... et d’un œil critique. A quand la suite du plaisir de lire d’autres esquisses qui compléteraient ce premier recueil trop bref à notre goût ?


[1] Les saris sont ces longues étoffes (7 mètres) dont les Indiennes s’enveloppent.




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