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Ethiopiques n°15
revue socialiste
de culture négro-africaine

Auteur : Ernest Pépin

Ghetto oh !
Ghetto !
mais oui Ghetto !
maisons apeurées rapiécées par la stridence des criquets
rues écorehées par les balles
Harlem Lauricisque Volga Soweto
et leur bruit de casseroles vides
et leur bruit de maracas
et leur bruit de bottes de flic.
Ghetto oh !
Ghetto !
mais oui Ghetto !
Lamento tintamarre tam-tam
Ma tête comme une poubelle
Mon rire coupe-gorge
Mes prières en note de guitare
Mais aussi ma colère
le rut de ma colère
et les boui-boui qui dégorgent le rhum
et les senteurs de putes aux carrefours
et le rire des maquereaux tambourinant le soir
Ghetto !
Ghetto oh !
mais oui Ghetto !
Ma voix sourde de saxo
la lune argentée de mon rasoir
la rosée de mon estafilade
Mon ghetto balafré
Mon ghetto
comme un fœtus fripé parmi les immondices
Il est au pitt un coq qui boit
à la source de son poitrail
la rosace de son sang !

Je vais, oh oui je vais
jusqu’où le pays se saborde. où le morne
s’éventre
pour faire une salve du salpêtre au soleil.
Il est au pitt un coq
qui boit
à la source de son poitrail
la rosace de son sang.
Je vais
dans les eaux de démence affoler les
saisons
abattre toutes les cartes truquées sur la
table de la mer
et faire évacuer les gradins du carnaval
Il est au pitt
un coq
qui boit à la source
de son poitrail
la rosace de son sang.
Je vais
où flottent les plombs de la souffrance
jusqu’où se déchiffre le hiéroglyphe
de l’amour
où l’homme
fracture le joug de ses pigments
et pour piller les caves où s’entasse
quand même le cresson
de l’espoir.
Il est au pitt
un peuple
chant égorgé par pressoir de folie
qui boit
à la source de son poitrail
la rosace
de
son
sang !





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