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L’EDITION ET LA DISTRIBUTION COMMERCIALE DU LIVRE AU SENEGAL (DAKAR : EBAD, 1985. - 98 P. XIII ANNEXES. BIBLIOGRAPHIE)
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Ethiopiques n°48-49
revue trimestrielle de culture négro-africaine
Hommage à Léopold Sédar Senghor
Spécial les métiers du livres
1e et 2e trimestre 1988
- volume 5 n°1-2

Auteur : Oumou K. LY

Parmi les facteurs de développement économique, social et culturel d’un pays, le livre doit occuper une place de choix car il est un fait social et intervient dans la vie de l’homme à tous les niveaux. Son premier rôle dans la société est de permettre l’instruction dès la prime enfance, de même qu’il constitue un moyen d’acquisition de l’habitude de la lecture.
Il est donc important d’insister sur l’intérêt que représente pour les pays en voie de développement une étude approfondie de l’édition et de la situation du livre dans ces pays.
Ce sont les structures de production et de diffusion commerciale de ce médium au Sénégal qui sont l’objet de la présente étude.

I - LA METHODOLOGIE UTILISEE

Elle a été conduite en trois phases :
1) Elaboration de trois types de questionnaires soumis aux éditeurs, aux imprimeurs et aux libraires.
2) Entretiens divers avec des responsables travaillant dans le monde du livre. Nous pouvons citer : la Directrice des lettres qui est également la Présidente de l’Association des écrivains sénégalais, le Directeur du BSDA plusieurs responsables des NEA, le Chef de services des publications de l’IFAN etc.
3) Consultation d’une vaste bibliographie.

II - LE PLAN DU MEMOIR

Dans un chapitre introductif divisé en trois paragraphes : dans le 1e paragraphe, nous rappelons que c’est le biais de Islamisation puis de la ionisation française que l’écriture et le livre ont été introduits au Sénégal.
Dans le second paragraphe, nous avons évoqué la mission de l’école du livre et des bibliothèques durant période coloniale.
Dans le 3e paragraphe, nous avons abordé la situation de l’édition dans les pays africains francophone ; montre que le développement de l’industrie du livre en Afrique se heurte à de multiples problèmes de tous ordres : commercial, technique, social et culturel.
Ce paragraphe sur les difficulté de l’édition africaine a pour but de corroborer nos conclusions sur les obstacles auxquels se heurte l’édition au Sénégal.
Notre étude a ensuite dans une première partie analysé le contexte socio-culturel dans lequel s’insère l’industrie du livre.
L’étude du contexte socio-culturel a permis de voir quelle est la place du livre dans le système éducatif et culturel du Sénégal à travers certains paramètres tels que : les problèmes de scolarisation, les infrastructures de diffusion (bibliothèques, maison d’édition) et la politique culturelle.
Dans la seconde partie nous avons fait l’historique de l’édition du livre au Sénégal et l’examen des textes législatifs et réglementaires en vigueur sur la création littéraire, sur le livre, sur les bibliothèques et le dépôt légal. La troisième partie rend compte de notre enquête sur l’état actuel des infrastructures d’édition au Sénégal. On y trouvera également des détails concernant les imprimeries artisanales et industrielles.
La quatrième partie de notre étude concerne la distribution commerciale du livre au Sénégal. Les problèmes suivants ont été abordés :
- la diffusion par les éditeurs eux-mêmes ;
- la distribution par les librairies dakaroises ;
- la distribution par les librairies régionales ;
- la distribution par les grands magasins ;
- la vente par courtage.


III- LES RESULTATS DE L’ETUDE

Cette étude diagnostique du secteur de l’édition au Sénégal permet d’arriver aux conclusions suivantes : concernant la première partie :
1. Au Sénégal, les écoles et les bibliothèques n’ont pas connu un développement parallèle.
2. Les bibliothèques de façon générale n’ont fait l’objet d’aucune planification avant 1973.
3. Les bibliothèques publiques ne sont pas nombreuses et ceci entrave la promotion de la lecture publique.
4. La politique culturelle au Sénégal ne considère pas le livre et la bibliothèque comme des « supports de l’action culturelle »
5. Il existe chez les jeunes citadins une certaines « soif » de lecture.
Il ressort de l’analyse de la deuxième partie : que l’édition de livres a débuté au Sénégal depuis le XIXe siècle par l’action de l’évangélisation ; qu’il existe au Sénégal tout un arsenal de textes législatifs et réglementaires dont l’application stricte permettrait la promotion du livre dans notre pays.
La troisième partie de l’étude recense : cinq (5) maisons d’édition de type traditionnel, six (6) instituts de recherche qui ont des activités d’édition, huit (8) éditeurs occasionnels ainsi que cinq (5) imprimeries industrielles possédant du matériel qui leur offre la possibilité de fabriquer le livre sur place.
En outre cette partie fait ressortir les principales difficultés de l’édition dans notre pays :
- le taux élevé d’analphabètes (70% d’après les statistiques) ;
- le manque de capitaux ;
- le pouvoir d’achat limité du lecteur moyen ;
- la faiblesse des tirages ;
- le manque de personnel techniquement qualifié ;
- la pénurie de bibliothèques, de librairies et de points de vente ;
- l’insuffisance de la production nationale (en treize ans les NEA n’ont produit que 613 titres).
La quatrième partie répertorie : trois (3) maisons d’édition, quatre (4) grands magasins et quatre (4) sociétés représentant des maisons d’édition françaises. Soit onze (11) entreprises chargées de la distribution commerciale du livre au Sénégal. Il s’agit ici particulièrement de la circulation des livres importés. Ce sont des livres essentiellement utilitaires.
En guise de conclusion nous pensons qu’il existe de nombreux obstacles à la production et à la distribution commerciale du livre dans notre pays. Cependant malgré tous ces obstacles, il ne faut ménager aucun effort pour permettre à la population de lire pour son éducation, pour sa formation et pour le développement de son niveau culturel.
Toute étude portant sur le livre doit au préalable tenir compte du contexte socio-culturel, économique et politique dans lequel il s’insère et se développe.
L’étude du contexte socio-culturel du Sénégal doit permettre de voir quelle est la place et l’importance du livre dans le système éducatif et culturel du pays à travers certains paramètres tels que : les problèmes de scolarisation, les infrastructures de diffusion (bibliothèques, maisons d’édition), la politique culturelle.
Nous commencerons par l’analyse de l’éducation dans la mesure où en Afrique, la population scolaire constitue une cible privilégiée, le seul marché vraiment assuré pour les maisons d’édition.
Un recensement général effectué en 1976 a évalué la population du Sénégal à 5.086.741 habitants. Avec un taux de croissance démographique de 2,8 % par an, cette population a atteint le chiffre de 6.000.000 en 1982 [1].
Cette population est pour l’essentiel très jeune ; près de 43 % ayant moins de 15 ans [2]. Il s’agit bien de la tranche d’âge scolarisable.
Du point de vue historique, le système éducatif en vigueur au Sénégal est un héritage de celui de la colonisation. C’est en 1816 que l’administration ouvrait la première école au Sénégal pour répondre à des besoins précis : former des auxiliaires (interprètes et autres cadres subalternes) destinés à la bonne marche de l’administration coloniale.
Cette formation s’inscrivait dans les structures bien précises : écoles préparatoires de villages, écoles urbaines, écoles régionales puis écoles primaires supérieures.
Il apparaît ensuite que le système d’enseignement du colonisateur a pris dès le début une orientation très sélective. Il s’agissait de former une minorité qui devait être au service de l’Administration coloniale.
En 1960, lors de l’accession à l’indépendance, le Sénégal hérita d’une école dont les programmes émanaient de la métropole. Le français, langue étrangère fut adoptée comme langue officielle donc appelée à être le véhicule par l’intermédiaire duquel devait s’effectuer la formation.
Ainsi le système éducatif hérité de la période coloniale fut appliqué sans que le nouvel Etat sénégalais indépendant essayât de le repenser en fonction de ses besoins.
Il s’en suivit un décalage entre les besoins nationaux en formation d’une société en début de mutation et les objectifs poursuivis auparavant par l’école coloniale. Et c’est ce qui fait qu’à l’heure du bilan le système éducatif n’a pas donné ce qu’on attendait de lui. Telle est donc la cause principale de la crise que traverse actuellement l’éducation sénégalaise.
Quelques unes des conséquences de l’échec du système éducatif au Sénégal semblent être : premièrement le fait que malgré l’importance des investissements consacrés à l’éducation et à la formation le taux de scolarisation, bien après la première décennie de l’indépendance, est de 36 % pour les enfants de 5 à 14 ans ou 30,1 % [3] pour les enfants de 5 à 19 ans. Ceci signifie qu’une fraction importante de la population n’est pas scolarisée, environ 70 % [4]
Ces pourcentages se chiffrent respectivement à 728.199 [5] et 1.190.950 [6] enfants.
Ce faible taux de scolarisation réduit considérablement bien entendu le nombre de lecteurs potentiels.
Le livre n’est donc pas accessible à 70 % des enfants sénégalais. En outre il faut noter que le système scolaire légué par le colonisateur était inadapté tant dans son contenu que dans son orientation aux réalités socio-culturel­les du Sénégal. Cela a abouti à la formation d’une élite ; le système éducatif actuel a naturellement souffert du caractère sélectif de l’école coloniale qui a eu pour conséquence une forte déperdition scolaire. On peut donc penser qu’une proportion de la population scolaire exclue de l’école n’a plus aucun contact avec le livre.
L’action d’alphabétisation menée par le Ministère du Développement social, s’effectue parallèlement à la mission de la Direction de l’alphabétisation qui dépend du Ministère de l’Education Nationale, sans que soient édités les livres qui permettront de fixer les acquis. Telle est en gros la situation de l’éducation au Sénégal qui, à aucun moment de son évolution, n’a intégré le livre et les bibliothèques dans sa planification.
Quelle est la situation des bibliothèques au Sénégal ?
La colonisation française avait avec l’instruction, implanté également des structures considérées comme le prolongement de l’éducation : les bibliothèques. C’est ainsi qu’on été créées la Bibliothèque de l’Alliance française en 1872 et celle de l’Institut Français d’Afrique Noire (IFAN) en 1936. A côté des bibliothèques d’étude, on avait créé des bibliothèques municipales (la première fut créée à Saint-Louis en 1800), des bibliothèques d’officiers aux colonies dont l’organisation et le fonctionnement sont réglementés par l’instruction n° 297 du 18 juin 1930 [7]. Ce texte définit sommairement la chaîne documentaire : acquisition, gestion du fonds, prêt aux lecteurs, etc.
Le Sénégal a donc, à son accession à l’indépendance, hérité d’un certain nombre de structures documentaires. Les pouvoirs publics se sont efforcés dans un premier temps de consolider ces acquis et de les développer.
En outre, il faut noter que la création de bibliothèques a été jusqu’à une période récente le fait des missions diplomatiques étrangères dans le cadre de leur action culturelle : le Centre d’échanges culturels de langue française de Dakar fut créé en 1959 et l’organisation de la bibliothèque du Centre Culturel Américain remonte à l’année 1950 [8]. Parmi les bibliothèques d’Etat, on relève en 1963 [9] celle du service des Archives et la bibliothèque de l’Assemblée Nationale qui fonctionnaient déjà. Des bibliothèques spéciales comme celle de la chambre de commerce ainsi que la bibliothèque publique de l’A.I.D.B.A. (Association Internationale pour le Développement des Bibliothèques en Afrique) existaient durant la période post-indépendance [10].
D’après ces quelques données la remarque qui s’impose est que, le développement des écoles sénégalaises est en avance sur celui des bibliothèques dont l’extension amorcée en 1963 ne fut pas suivie.
Les bibliothèques au Sénégal n’ont fait l’objet d’aucune planification jusqu’en 1973. Il a fallu attendre le IVe plan qui couvre la période 1973-1977 pour y voir figurer le projet de construction d’une bibliothèque nationale et d’une maison des Archives. Ces projets, par manque de moyens financiers ont été reportés de plan en plan et ne sont toujours pas réalisés à la fin du VIe plan (1981-1985). Celui-ci prévoyait aussi la construction d’une bibliothèque publique centrale à Dakar pour un investissement global de 200 millions de F. CFA [11] comme le montre le tableau suivant.

CULTURE-PROJETS DU VIe PLAN ET SCHEMA DE FINANCEMENT [12] EN MILLIONS F. CFA

Intitulé de projets et
localisation
Coût
Total
Annualisation Financement externe
1981/82 1982/83 1983/84 1984/85
Projet nationaux Construction complexes culturels
 406
 45
 100
 103
 158   406
 
- Kaolack
 72
 -
 65
 7
 -
  72
 
- Saint-Louis
 81
 -
 -
 81
 -
  81
 
- Tambacounda
 81
 -
 -
 -
 81
  81
 
- Ziguinchor
 72
 -
 -
 -
 72
  72
Equipement services centraux (cv)
 -
 -
 -
 -
 -
 
-
 - CEEC. dir. Lettres
 5
 5
 -
 -
 -5

 - Ecole d’Architecture
 5
 5
 -
 -
 -5

 - Direction de bibliothèques de lecture publique
 200
 100
 100
 -
 -
  200
Equipement centres culturels
 50
 15
 15
 15
 5
  50

Il faut noter que l’étape actuelle de réalisation de ce projet est : l’existence d’une direction des bibliothèques publiques chargée d’offrir des livres à tous les centres culturels régionaux et à diverses associations.
A propos de la Direction des bibliothèques de lecture publique, il convient de signaler qu’elle fut créée en 1976 mais ne put commencer la mise en place du réseau de bibliothèques publiques qu’à partir de l’année 1979. A l’heure actuelle, les 8 bibliothèques intégrées dans les centres culturels régionaux plus quatre autres bibliothèques publiques : une en Casamance créée par un regroupement de 5 villages, une à Pikine, une à Fatick et la quatrième au quartier de Hann, (soit au total douze bibliothèques) constituent le réseau des bibliothèques. Il faut ajouter qu’à l’exception du Centre Culturel Blaise Senghor de Dakar, tous les autres centres sont installés dans des locaux vétustes (ancien Fort Faidherbe pour le Musée de Thiès, ancienne mairie pour le Centre Culturel de Ziguinchor), ou dans des bâtiments inadaptés à leurs fonctions [13].


Dans le domaine des bibliothèques, il faut signaler l’action du Ministère de la Jeunesse et des Sports par le biais de sa direction de la Jeunesse et des activités socio-éducatives. Celle-ci compte 24 centres départementaux d’éducation populaire et sportive (C.D.E.P.S.) qui abritent chacun une bibliothèque publique.
Le Ministère de la Culture englobe quant à lui la presque totalité des structures socio-éducatives nationales. La Direction des Bibliothèques de lecture publique dépend de ce ministère, ainsi que les centres culturels régionaux et les Musées.
Une étude géographique de la lecture publique [14] a été faite, mais bien que récente, elle se limite à la seule région de Dakar. On y recense 11 bibliothèques publiques à Dakar en comptant celle des centres culturels étrangers, et 6 bibliothèques dans la banlieue de Dakar, soit au total 17 bibliothèques publiques.
Celles-ci ne font pas toutes partie du réseau des bibliothèques publiques, en raison de la faiblesse des moyens matériels et humains de la Direction des Bibliothèques de lecture publique.
En ce qui concerne les autres types de bibliothèques, il est difficile de se faire une idée sur l’importance du potentiel documentaire au Sénégal de façon exhaustive. Dans le Répertoire des bibliothèques et organismes de documentation au Sénégal [15], on compte 124 organismes (Bibliothèques, Services d’archives et Centres de documentation). Mais il a été publié en 1973 et les données ont sans doute changé depuis lors. L’atlas publié par Jeune Afrique et concernant le Sénégal, recense en 1981, 31 bibliothèques pour l’enseignement supérieur [16].
Il s’agit de la Bibliothèque Centrale Universitaire (B.U.), des bibliothèques de facultés, des bibliothèques de grandes écoles telles l’Ecole Supérieure de Gestion des Entreprises, l’Ecole Nationale d’Administration et de Magistrature (ENAM) ainsi que les bibliothèques d’instituts, d’université comme l’EBAD, le CESTI (Centre d’Etudes des Sciences et Techniques de l’Information), etc.
Si presque dans chaque lycée et chaque collège d’enseignement secondaire, il existe ce que l’on appelle une bibliothèque, celle-ci n’est souvent rien d’autre qu’un magasin de dépôt de manuels scolaires.
Ils servent tout au plus à illustrer quelques cours.
Quelle place donc occupe le livre et les bibliothèques dans la politique culturelle au Sénégal ? Dans l’étude de Mamadou Seyni MBENGUE, les bibliothèques ne sont pas classées sous la rubrique : « Supports de l’action culturelle ». Seules dix lignes leur ont été consacrées à la page 60 : « Les Sénégalais, dans leur ensemble, fréquentent plus volontiers les bibliothèques que les expositions ou les conférences. C’est assurément dans les bibliothèques que l’on se rend compte de leur soif d’apprendre, de connaître, de se cultiver. Il n’existe malheureusement pas encore (sauf à l’état de projet) une bibliothèque nationale ».
« Les quelques bibliothèques spécialisées, parce que dépendant étroitement d’un ministère, d’un musée, ou d’un centre culturel étranger, sont envahies en permanence par une foule d’usagers qui réclament livres, revues et journaux. Il existe cependant un projet sérieux de construction d’une grande bibliothèque nationale. Seule reste à dégager la source de financement » [17].
Le projet de constructiond’une bibliothèquenationaleexistedoncdepuisdouze ans.
La politique nationale culturelle ne considèrepasla bibliothèque comme étant un support culturel. Les domaines suivants ont été définis comme « supports de l’action culturelle » : arts plastiques (peinture, tapisserie, sculpture, etc...), arts scéniques (théâtre, musique, danse), cinéma.
Il ressort de cette étude d’ensemble de la situation des bibliothèques au Sénégal, d’une part, qu’elles ne sont pas intégrées de façon systématique dans les plans quadriennaux de développement économique et social, d’autre part, que les bibliothèques publiques ne sont pas nombreuses. La Direction des bibliothèques de lecture publique dont les moyens financiers sont très modestes est limitée dans son action et attend de chaque collectivité ou association désirant créer une bibliothèque publique, qu’elle mette en place des structures appropriées : un local, un équipement en mobilier et le choix du responsable de la bibliothèque. C’est de cette contribution que dépend l’extension du réseau des bibliothèques publiques.
En ce qui concerne la lecture publique, l’examen de la situation des bibliothèques ne permet pas d’être optimiste quant à son développement immédiat en milieu sénégalais.
Comme on le sait, bibliothèque et lecture sont intimement liées.
L’acte de lecture a besoin pour se développer de supports ou prolongements qui le rendent populaire. Il s’agit de tout centre d’information et particulièrement des bibliothèques publiques. Pour que la lecture connaisse un essor, il faut mettre le livre à la disposition du plus grand nombre. La bibliothèque publique est la structure la mieux indiquée pour remplir cette mission. Mais l’accomplissement de l’acte de lecture est particulièrement difficile en Afrique. L’école ne permet pas de satisfaire les besoins d’informations des élèves.


Ensuite, après celle-ci autrefois, l’enfant était complètement coupé du livre.
Pourtant, il ne fait aucun doute que le besoin de lecture existe chez la plupart des sénégalais. Dans son enquête sur la diffusion du livre au Sénégal, Heissler note : « Les chefs d’établissements sont unanimes, les élèves aiment lire et ce, depuis la 6e. Les classiques sont lus dans le cadre du programme ; pour leur plaisir les élèves empruntent surtout des romans, des livres d’aventure et de voyage, de vulgarisation scientifiques » [18].
Ce besoin de lecture est exprimé à une époque plus récente encore par le Ministre de la Culture qui déclarait en 1978 : « Aujourd’hui comme 15 ans plus tôt, le public attend qu’on réponde à ses besoins de lecture, en lui fournissant une documentation appropriée et variée, correspondant à ses préoccupations. Ce qui ne peut être réalisé que par des bibliothèques dont le fonds s’accroît et dont les responsables ont le loisir de choisir les ouvrages à acquérir, avec parfois le concours multiforme des lecteurs » [19].
Ce désir de lire pour se distraire est si vivace que les jeunes écoliers, en dehors des moyens traditionnels permettant la lecture (achat, bibliothèques) ont emprunté des circuits qui leur donnent le loisir de lire malgré tout. C’est ainsi que depuis 1973 existe au Sénégal la revente de livres usagés dans les kiosques à journaux. Ces livres sont souvent étalés à même le sol : c’est le phénomène communément appelé « librairie par terre » dont l’étude est entreprise par un collègue.
Pour lire sans avoir à acheter le livre, les jeunes lecteurs sénégalais disposent souvent d’un seul exemplaire qui passe de mains en mains : le prêt n’est pas enregistré et l’ordre de circulation du livre est établi oralement. Au bout du compte, tous les enfants du quartier auront lu le livre.
Il convient donc de signaler l’émergence d’une jeunesse : qui a « soif de lire ». L’affluence des élèves des banlieues dans les centres culturels de Dakar démontre que la lecture devient un loisir en ville : « Parmi les loisirs préférés, la lecture publique vient en 4e position avec 33 % des choix ; avec dans l’ordre d’importance le cinéma 57 %, le sport 55 %, la radio 45 % » [20]
Les efforts à faire pour répondre aux besoins pressants de lecture devraient commencer par le développement de l’édition d’ouvrages pour enfants en milieu sénégalais et par l’intégration de bibliothèques enfantines dans la construction d’écoles maternelles publiques.
En un mot, l’éducation doit intégrer le livre par la mise en place de bibliothèques, compléments indispensables de tout enseignement, de toute formation.
C’est dans le cadre de ce contexte, socio-culturel qu’ont été créées les véritables premières maisons d’édition en 1972.
En effet, c’est à l’occasion de l’Année Internationale du Livre (A.I.L.) proclamée en 1972 par l’UNESCO que le Sénégal prit la décision de créer les Nouvelles Editions Africaines (N.E.A.).
L’Année Internationale du livre vit également l’éclosion d’autres actions concrètes en direction du livre et de l’édition. C’est dans ce cadre que fut instaurée une semaine du livre en mars 1972. Celle-ci devint en 1973 la « semaine du livre africain » avec la naissance de l’Association des écrivains sénégalais.
La première association nationale de professionnels du livre fut également créée en 1973. Il s’agit de l’ANABADS (Association Nationale des Bibliothécaires, Archivistes et Documentalistes Sénégalais).
L’intérêt nouveau accordé aux problèmes du livre se concrétisa ensuite par l’organisation du cadre juridique en vue de la protection de la création littéraire, de la promotion du livre et du développement des bibliothèques.


[1] SENEGAL - Statistique (Direction).- Recensement national, Avril, 1976. Tableau n° 6 et 7, pp. 552.

[2] Carte d’identité du Sénégal 1984, Dakar NEA, 1984, p. 8.

[3] Recensement national 1976, Op. cit. pp. 51-52.

[4] Recensement national 1976, Op. cit. pp. 51-52.

[5] Recensement national 1976, Op. cit. pp. 51-52.

[6] Recensement national 1976, Op. cit. pp. 51-52.

[7] Bulletin Officiel des colonies, n° 6, 1930, p. 957 - 965.

[8] Heissler (Nina), Lavy, Candela. Diffusion du livre et développement de la lecture : Tchad - Sénégal. Paris : Culture et Développement, 1965, pp. 132-160.

[9] Heissler (Nina), Lavy, Candela. Diffusion du livre et développement de la lecture : Tchad - Sénégal. Paris : Culture et Développement, 1965, pp. 132-160.

[10] Heissler (Nina), Lavy, Candela. Diffusion du livre et développement de la lecture : Tchad - Sénégal. Paris : Culture et Développement, 1965, pp. 132-160.

[11] SENEGAL. VIe plan quadriennal de développement économique et social, 1981-1985, p. 375.

[12] SENEGAL - Statistique (Direction).- Recensement national, Avril, 1976. Tableau n° 6 et 7, pp. 552.

[13] Ibid., p. 376.

[14] SENEGAL VIe plan, Op. Cit., p. 374.

[15] ZIDOUEMBA (H.D.).- Répertoire des bibliothèques et organismes de documentation au Sénégal.- Dakar : EBAD, 1973.

[16] ATLAS/J.A. : Le Sénégal.- Paris : Jeune Afrique, 1981.- p. 46.

[17] MBENGUE (Mamadou Seyni).- La politique culturelle au Sénégal. - Paris : Unesco, 1973, p. 60.

[18] HEISSLER (Nina), LAVY (P.), CANDE ­ LA (A.).- Op. Cit., p. 132.

[19] SECK (Assane). - Conseil interministériel restreint sur la lecture publique au Sénégal, 13 avril 1978 : communication. - Dakar : Ministère de la culture, 1978.- p. 8.

[20] SENE (Henri). - Le livre et la lecture publique à Dakar. - Dakar : Faculté des Lettres et Sciences humaines, 1977.- p. 68.




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