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TCHICAYA U TAM SI -LA MISE EN SCENE DU POUVOIR EN AFRIQUE : THEATRE ET REALISME
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Ethiopiques n° 76
Centième anniversaire de L. S. Senghor.
Cent ans de littérature, de pensée africaine et de réflexion sur les arts africains
1er semestre 2006

Auteur : Mbama NGANKOUA

Le théâtre a partie liée avec la société dont il tire l’essentiel de ses sujets et de ses personnages. Le théâtre grec a mis en scène les catégories sociales de son époque au point qu’Eschyle, par exemple, pourrait servir de document de travail à l’historien de la Grèce antique. Aristophane et Plaute ont désacralisé le théâtre et en ont fait le reflet de la société grecque et romaine. De la même manière, des poètes africains ont mesuré la responsabilité qui est la leur : éclairer le peuple, dénoncer toutes les injustices, au prix parfois de leur vie.
Bien qu’ignorée par la critique, l’œuvre dramatique du poète congolais est aussi riche que son œuvre poétique et romanesque, plus ancienne et plus connue. Certes, celle-ci se résume à trois pièces : Le Zulu (1977), Le Destin glorieux du Maréchal Nnikon Nniku, Prince qu’on sort (1979) et Le Bal de Ndinga (posthume1988). Ces trois pièces ont pour cadre l’Afrique post coloniale. Les deux premières pièces qui vont être analysées tout au long de cette étude sont un portrait du dirigeant africain. Comme Shakespeare, Tchicaya U Tam Si observe la société qu’il connaît et qu’il aime. Ses textes sont des poèmes sur l’histoire africaine faite de larmes et de sang, de rêves de grandeur démesurée, d’illusions et de déceptions. Fortement influencé par le dramaturge anglais dont les textes foisonnent d’intrigues, de complots et de crimes, le théâtre utamsien est le lieu de suspicion, de règlements de compte et de crime. La violence en est la thématique commune. A la violence du pouvoir, le peuple oppose une farouche résistance. En montrant les travers du pouvoir en Afrique, Tchicaya U Tam Si fait œuvre de poète négro-africain tel que le conçoit Jean-Pierre Makouta-Mboukou : « Faire œuvre de romancier négro-africain, c’est décrire, c’est vivre les faits et les faire revivre, sans purement imaginer ; ou plutôt, réinventer sans tomber dans l’invraisemblable » [1].Tchicaya ne se contente pas de décrire, il montre l’Afrique sur scène. En cela, il est un poète réaliste. Nous verrons, dans le corps du travail, comment l’histoire est présente dans les textes choisis. Est-ce une réécriture ou une réinvention ? Comment le dirigeant africain accède-t-il au pouvoir ? Comment l’exerce-t-il ? Quelle est l’attitude du peuple ? Notre étude ne porteque sur les deux premières pièces.

1. LE DIRIGEANT AFRICAIN ET LA HANTISE DU COMPLOT

En lisant le théâtre de Tchicaya U Tam Si, on rencontre à chaque scène ou à chaque séquence, de façon implicite ou explicite, William Shakespeare. Les deux dramaturges ont écrit sur l’exercice du pouvoir. Les deux poètes montrent que le pouvoir fait naître chez celui qui le détient un certain [type de] comportement. Le personnage du Zulu et Maréchal Nnikon Nniku sont des êtres entièrement habités par l’idée d’exercer un pouvoir absolu. Ils surveillent les faits et gestes de leurs collaborateurs, comme le roi dans les drames de Shakespeare, sans cesse sur ses gardes, inquiet et soupçonneux. Ils représentent la figure du dirigeant africain. Le Zulu est une adaptation du Chaka, roman de Thomas Mofolo.
Le Zulu et Le Maréchal Nnikon Nniku au pouvoir. Jeune, Tchicaya U Tam Si a côtoyé les hommes politiques qui venaient chez son père, alors parlementaire du Moyen-Congo et du Tchad, à Paris. Cette fréquentation, l’enfant, devenu adulte et romancier, l’a transfigurée dans sa trilogie romanesque parue dans les années 80. Poète confirmé au moment des indépendances, il fut tenté par le démon de la politique. Il est alors collaborateur au journal du parti de E.P. Lumumba. Il assiste ici et là à l’ascension de l’homo politicus africain. Dans cette Afrique balkanisée, la première mission de l’homme politique est d’unir les différentes ethnies et tribus afin de constituer un Etat homogène et solide. Ce fut le rêve de Chaka.
Pour faire face aux ambitions des Anglais, Chaka fédéra autour de lui toutes les composantes ethniques de l’actuelle Afrique australe (une partie de la Namibie, le Zimbabwé, le Botswana, le Lesotho, le Swaziland et l’Afrique du sud). Le Zulu de Tchicaya U Tam Si traduit ce rêve par ces mots :

« Ouvert ! Ouvert ! Un ciel uni ouvert à une terre unie ouverte à un peuple uni, ouvert au dessein du Zulu. Les peuples viennent innombrables. Je les entends. D’autres seront à vaincre ; un ciel ouvert à une terre unie ! » [2].

Des années plus tard, le Maréchal Nnikon Nniku affichera la même ambition. Homme de consensus, il est celui qui va réconcilier le peuple et sa classe politique qui n’ont de cesse de palabrer :

« Que de peuples nous envient en ce jour anniversaire ! Nous étions au bord du gouffre. Comment aller de l’avant ? Les politiciens n’en finissaient pas de palabrer. Je vous ai entendu murmurer, geindre : qui aurait l’audace de foncer, de nous faire passer l’abîme ? J’ai répondu, présent ! (.) Et nous avons accompli ce grand bond en avant que nous célébrons aujourd’hui » [3].


Unifier les tribus, faire taire les palabres, autant de motivations qui seront à l’origine de l’irruption des militaires sur la scène politique africaine. Le texte de Thomas Mofolo est le texte fondateur dans la mesure où il montre l’ascension au pouvoir de Chaka, et comment il instaure un pouvoir personnel. Dans le texte de Mofolo, Chaka est d’abord un personnage secondaire. Opportuniste, il se constitue en recours. Le pays est en guerre, Ding’Iswayo fait face à l’armée de Zwidé. Fait prisonnier, il sera « mis à mort loin de son pays » (Ch XV). La victoire de Zwidé est éphémère, car il connaîtra à son tour l’exil. Il mourut à l’étranger. Seul chef militaire, Chaka peut désormais réaliser ses ambitions : régner sur les Cafres maintenant appelés les Zoulous, c’est-à-dire le clan du ciel. Il dit :

« Je ressemble à ce grand nuage où gronde le tonnerre. Ce nuage, personne ne peut l’empêcher de faire ce qu’il veut. Moi aussi, je regarde les peuples et ils tremblent et celui que je viens frapper ne se relève plus, tel Zwidé. Zoulou ! Amazoulou ! » [4].

« Un ciel uni, une terre unie, un peuple uni » dit Chaka [5]. Ces mots nous rappellent les devises et les slogans des partis au pouvoir en Afrique des années 60 à 90. Chaka, à l’instar du soldat africain qu’il précède est « au monde pour gouverner et conduire des hommes » [6]. Sa pensée va être complétée par les soldats en scène dans Le Destin glorieux en ces termes : « A nous la démocratie et la liberté ! Canailles de civils. On va les entendre crier à la dictature » [7]. Chaka au pouvoir instaure un pouvoir personnel comme le dira plus tard le Maréchal Nnikon Nniku, son épigone : « Le peuple suit celui qui lui cloue le bec, qui le laisse béat » [8]. La théorie du pouvoir des deux hommes se résume en deux verbes qui renvoient à la dictature : « Gouverner, c’est dompter, c’est pareil » [9].
Cet homme providentiel, ce faiseur de miracles est un être obsédé par la peur du complot. En effet, tout pouvoir acquis par la force ou par une farce grotesque transforme l’usurpateur en être fragile. Tout l’effraie, tout est dangereux pour lui : le simple regard des autres le bouleverse, la rumeur publique, ses familiers sont de potentiels dangers. Chaka, la figure fondatrice de la lignée des dictateurs africains, est un être aux aguets. Ses nuits sont hantées par des cauchemars. La mort est le thème qui revient dans ses rêves. Tchicaya U Tam Si le montre préoccupé. La nuit est aussi dangereuse que le jour : « Ils dorment. S’ils ne dorment pas peut-être fomentent-ils ma mort ? Ndlébé ! Ils complotent » [10]. La réponse de Ndlébé est à double détente :

« Ndlébé : Mais non ! Ils dorment. Et moi je veille sur toi.
Chaka : Veille bien. (Chaka se rendort).
Ndlébé : Il dort ! C’est un tyran qui dort ! Dieu dort-il ? A quoi ressemble-t-il Umzikulu, quand il dort ? A Chaka ? Si oui, on comprend que la nuit, même la moins noire soit infernale ! Propice à tous les complots ! » [11].

Tchicaya qui a observé le pouvoir en Afrique et qui a lu la Bible exploite un thème majeur : la Trahison. La première victime de la Trahison de l’Humanité n’est-il pas Jésus le Christ, l’Homme, le Juste qui est venu sur terre pour racheter l’Humanité comme le Christ, les dirigeants africains se croient investis d’une mission divine : sauver l’Afrique et laisser des marques dans l’histoire du monde. Comme lui, ils sont sans cesse victimes des complots fomentés par l’intérieur, avec l’aval de l’extérieur. Comme le Christ, leur œuvre se veut inscrite dans le temps. Comme le Nazaréen, ils œuvrent de façon désintéressée, par amour pour l’Humanité. Tchicaya met dans la bouche du Zulu les paroles du Christ et de Jules César : « Ce n’est pas tellement pour moi que je veux vivre. C’est pour finir ce que je suis venu faire. Il faudra des siècles pour qu’un autre vienne. » [12]. On comprend mieux la volonté des dirigeants africains de rester accrochés au pouvoir en dépit de l’échec de leur mission. Cependant, l’exploitation du thème biblique de la trahison amène Tchicaya à l’associer à la figure de Lumumba : le Juste assassiné par ceux-là qui, plus tard, se réclament de sa philosophie. Les textes utamsiens sont traversés par les bruits, la fureur et les larmes. Dans Le Destin glorieux, les militaires s’observent, s’épient et finissent par s’entretuer à la fin. Ce texte se caractérise par le défilé des militaires typiques de la scène politique africaine post coloniale. Dans ce texte, l’atmosphère est délétère. Il s’ouvre sur une cellule où l’on vient de torturer les prisonniers politiques. Le dramaturge évoque alors, sur le modèle ironique, la nuit des longs couteaux pendant laquelle les nazis éliminèrent tous les concurrents au sein du parti, dans les années trente (« la nuit des grands couteaux ») [13].
Le Maréchal Nnikon Nniku est représentatif du dirigeant africain au temps de la guerre froide, dans la mesure où il veut barrer la route au communisme. Africain, il compte restaurer les vertus ancestrales bafouées et oubliées afin que les Africains retrouvent leur fierté perdue.

« A tout soldat, officier, officier supérieur, port obligatoire de deux grenades en guise de couilles. Traquez la bête immonde du Communisme international qui sans vergogne et scrupule se sert du sexe des gourgandines dévoyées pour vaincre notre Révolution ! Soldats, officiers, rendez coup pour coup ! Le fusil à la main, deux grenades aux couilles. Traquez, la bête immonde, sauvez le monde libre du stupre. Assexuons la contre-Révolution » [14].

Le personnage du Maréchal Nnikon Nniku ne sort pas de l’imagination du poète. Il a existé et sommeille dans de somptueux palais d’Afrique. Il est le condensé de tous les dictateurs africains arrivés au pouvoir pour assouvir leur soif de gloire ; il flatte l’ego des Africains tout en servant les intérêts étrangers, au détriment du bien-être de la majorité de ses compatriotes. Son propos est à la fois une parodie du discours voltairien, de l’irrévérence hugolienne et de l’humour de Jarry. En montrant le pouvoir africain et ses travers, Tchicaya U Tam Si fait siens les mots de René Char, un autre poète de l’action, lorsqu’il définit la poésie comme ancrage au réel. « Je ne puis guère m’absenter longtemps. S’étaler conduirait à l’obsession. L’adoration des bergers n’est pas utile à la planète » ; avant il a donné une autre définition du poète qui « ne peut longtemps demeurer dans la stratosphère du Verbe. Il doit se lover dans de nouvelles larmes et pousser plus avant dans son ordre » ; il doit « remettre à plus tard la part de l’imaginaire qui, elle aussi, est susceptible d’action » [15]. Tchicaya a annoncé dans un texte intitulé « Salut » publié dans Arc musical que le Verbe doit être au service de la Révolution : « A quoi bon japper ? C’est de l’arc musical qu’il faut jouer dans ces pays » [16] Celui qui refuse de « japper » ne peut donc pas rester muet face à l’inacceptable qu’est la dictature au pouvoir dans la plupart des pays africains.
Quelle est l’attitude du peuple face à ce pouvoir qui l’humilie, l’infantilise ? Soit il se résigne, soit il se lève et brave la mort avec des moyens modestes. Résister face à l’inadmissible est humain. Les exemples dans l’histoire ont nourri l’imagination des poètes.

2. LES FIGURES DE LA RESISTANCE

Tout pouvoir liberticide « trouve », sur son chemin, une résistance multiforme. Thomas Mofolo dans son Chaka le montre. Le dirigeant craint est celui qui est l’objet de toutes les intrigues, qui ne laissent personne indifférent. Même le cercle de la famille y participe. Les textes de Tchicaya sont traversés par plusieurs figures de la contestation : des marginaux aux enfants. La résistance est le fait des laissés-pour-compte. Est-ce à travers eux que viendra le salut de l’Afrique ?

2.1. La femme et la résistance.

Partageant l’espace avec les hommes, la femme voit de tout temps son action occultée ou récupérée par ces derniers. Malgré cela, elle prend part aux mouvements sociaux qui secouent l’Afrique. Certes, les écrivains africains ne les montrent pas souvent dans le feu de l’action, excepté Sembène Ousmane (Les Bouts de bois de Dieu), Sony Labou Tansi (Les Sept solitudes de Llorsa Lopes.). Le dramaturge congolais montre à travers la figure de Nnyira, marginale parce que prostituée, l’image de la femme qui se rebelle contre le pouvoir des hommes et contre les préjugés.
Avant qu’elles ne s’associent à ceux qui aspirent à plus de liberté, les femmes dans Le Zulu sont d’abord des femmes : mère et épouse. Nnandi, par exemple, lorsqu’elle apparaît pour la première fois sur scène, est une mère, une épouse éplorée par la mort de son époux, Senza Ngakona, le père de Chaka. Elle se présente devant Chaka, son fils et son souverain pour implorer le pardon en faveur de son défunt époux, Senza Ngakona lui pardonne bien que celui-ci ne fut ni un mari exemplaire ni un père modèle. La mort fait que le défunt est pardonné. Comme Nnandi, Noliwé veut joindre sa douleur à celle de sa « belle-mère », c’est au nom de Chaka, son mari, qu’elle va verser ses larmes :

« Chaka, ta douleur est ma douleur. Chaka, je pleurerai avec Nnandi ma mère. Accepte que je sois moi aussi sa fille ! Nobamba te demande. Tu n’as pas à pleurer. Je le ferai pour toi. Toi, protège ceux qui vont prendre en charge ta douleur [17]. L’évocation du nom de son père, la vue de sa mère en larmes irritent Chaka qui dit à sa mère : « Oublie-le donc, si tu peux, mais cache-toi » [18].

Constatant alors que Chaka devient de plus en plus assoiffé de sang et de gloire démesurée, les deux femmes vont s’allier avec ceux qui cherchent à arrêter sa folie meurtrière. L’une d’elle, Noliwé, sera massacrée par Chaka.


2.1.1. Nnyira, prostituée et pétroleuse.

C’est la seule femme du Destin glorieux qui a un nom. La didascalie principale la présente comme une « jeune hippy et contre-Révolutionnaire ». Les lecteurs-spectateurs ne la voient que dans un bar. Pourquoi ce lieu public ? Dans le pays de l’auteur, le bar est le lieu de la convivialité et du plaisir. Lieu dangereux, dans la mesure où l’on en vient aux mains une fois que les discussions deviennent passionnées et passionnelles. C’est le lieu des rumeurs les plus folles et des confidences. Tchicaya en fait le lieu de la subversion par excellence, le lieu où la résistance à la dictature s’organise.
Nnyira apparaît, dans la pièce, à la Séquence VII du Plan I. Elle est dans les bras de Lheki. Le poète dit qu’elle est « lascive et roucoulante. Elle se frotte à Lheki » [19], plus loin, « elle l’excite avec ses seins qu’elle dénude avec lascivité » [20].
On l’entend abonder dans le sens de Lheki qui s’insurge contre la menace d’emprisonnement évoqué par un des consommateurs. En effet, Lheki s’élève contre le Maréchal Nnikon Nniku dont le discours est retransmis par un transitor. Lheki et Nnyira pensent que tout le peuple est prisonnier ; dans ce cas, la prudence ne sert à rien :

« Une Voix : Il finira en prison !
Lheki : En prison, en prison ? Et où crois-tu qu’on est ? Cette saleté. Votre connerie, c’est pas la prison, peut-être.
Nnyira (surenchérissant) : Votre silence, c’est pas la prison, peut-être ! » [21].

Bien que belle-sœur d’un haut dirigeant, Nnyira a choisi le camp de la majorité silencieuse. La prostitution est pour elle un moyen de participer à la lutte. Elle subvertit l’ordre en se prostituant. Dans une société où la prostitution n’est pas acceptée, Nnyira est provocatrice : « Fou, fou, j’adore. Les temps nouveaux du foutre acculturé. Dieu-foutre, je te célèbrerai plus que le vin » [22]. Nnyira fait partie de tous ceux qui organisent la Résistance. Elle attire les soldats dans le traquenard afin de (mieux) les amadouer et ravitailler la résistance en uniformes et en armes. Comme la boisson, le sexe fait perdre au soldat le sens de sa mission : « Malheur à qui résiste au sexe il perd le pouvoir d’être. Nous vaincrons » lit-on sur une pancarte. Le sexe permet à Nnyira de réaliser la mission que la résistance lui a assignée. Enivrés par le sexe, les soldats se laissent dépouiller. Ils ont « baissé la garde » face au danger qu’est Nnyira. Cette dernière les tue : « (elle tend quelque chose à Lheki) : Tiens, il avait encore un chargeur. L’uniforme est propre » [23]. Et elle conclut, triomphale « Avec le sexe, c’est plus sûr » [24]. C’est une façon de dire ce qui est écrit sur la pancarte : « Tu déposeras le fusil pour baiser mais tu ne le reprendras pas » [25]. Nnyira est adepte de la théorie du Prince de Machiavel ; pour elle comme pour le Prince, « la fin justifie les moyens » [26]. Elle se prostitue « pour vivre. Or, vivre n’est pas une fin. La fin c’est la mort. Faut-il se prostituer pour la mort ? » [27]. Elle a un dégoût de la vie qu’elle mène et de la politique. Son expression est pleine d’amertume

« (Elle frissonne de dégoût) : C’est horrible, c’est horrible ! Passer une soirée à se nouer les nerfs, sourire à chaque instant alors qu’on a envie d’étrangler, d’égorger tous ces porcs. Pourquoi, par souci d’ordre, nous nous croyons contraints de vivre une cruelle parodie de notre vie. De notre indépendance ? Une sinistre parodie. La liberté devient synonyme de crime et quel crime ! Je ne crois pas d’autres peuples ont connu cela. Ris : tu es suspect. Ne ris pas : tu es suspect. Tout est ainsi, pourquoi ? » [28].

Nnyira a une solide éducation politique ; elle a conscience que la majorité du peuple est résignée. Malgré leur activisme, elle conclut, amère : « Nous avons bien travaillé ! Mais sans partisans, que faire ? » [29]. Toutes les révolutions ont toujours été le fait d’un groupe d’hommes et de femmes bien décidés à changer les choses. Les autres rejoignent la cause après. C’est le cas du reste du peuple dans Le Destin glorieux. Outre Nnyira, il y a deux autres femmes qui ne sont pas nommées si ce n’est par leur appartenance sociale : la Mère et la Femme. L’une est l’épouse d’un des résistants et la mère de l’enfant qui prend une part active à la lutte [voir infra] ; elle est la sœur de Nnyira. L’autre, la Femme, est l’épouse d’un des dignitaires du pouvoir. Elles apparaissent en train de parler politique :

« La Mère : On dit qu’on l’a vu traîner par ici.
La Femme : Ce bar, c’est le quartier général de ta « maudite « sœur » [30].

L’adjectif maudite est à prendre au sens social et au sens idéologique. Maudite, Nnyira l’est aux yeux des bien-pensants dans la mesure où elle est une marginale -la prostituée est moquée dans la société congolaise de Tchicaya ; maudite, Nnyira l’est de par ses activités politiques. La résistance, par les risques encourus, est le fait des hommes, notamment au peloton d’exécution avec, à la fin, une mort sans sépulture. Nnyira est maudite parce qu’elle est subversive.
Les deux femmes continuent leur colloque sur l’atmosphère politique du moment.

« La Femme : Pour ton mari aussi. Le jeu des hommes, c’est rarement sans le sang.
La Mère : Ne dis pas cela
 » [31].

En ces temps, le deuil doit être caché ; une mère qui cherche son enfant disparu est un délit passible d’emprisonnement :

« La Femme : Et dire qu’il ne peut pas te chercher, sans se dénoncer. Il courrait vers toi en criant : maman ! Et du coup, vous seriez perdus tous les trois.
La Mère : Je ne peux pas demander après lui sans le rendre suspect. Et je cache, je cache mon deuil ! Je cache mon désarroi
 ! » [32]

Jouer à cache-cache est pour le peuple le meilleur moyen d’esquiver les sbires du pouvoir. Ce jeu donne au pouvoir l’illusion de s’imposer par le silence et d’être craint. « Il faut être gaies, ils ont décrété le règne de la gaîté, de la joie. Les gens se promènent avec des grimaces pour survivre, pour ne pas être suspects. Souris, sourions ! » telle est la conclusion de la Femme [33].


2.1.2. Lheki, chef de la Résistance

Comme Nnyira, la didascalie principale le présente comme un « jeune hippy, contre-Révolutionnaire, anti-réactionnaire », comme Nnyira, il apparaît dans la pièce à la Séquence VII, Plan I, dans un bar en train de danser. Il s’inscrit dans la lignée de Nnandi, NDingana. Comme eux, il trouve sa filiation dans l’œuvre de Shakespeare, Jules César, par exemple. Son apparition sur scène est capitale, dans la mesure où il fait un constat sur la capacité du peuple à prendre en main son propre destin : « Zéro ! Ce peuple est ignare ! Pouah ! » [34]. Il surenchérit, plus loin : « Les cons ! Ils ne savent qu’applaudir. Merde, et pourquoi que vous applaudissez ! » [35]. Fataliste, le peuple s’est résigné ou quand il réagit, il le fait mollement : « Ils ne savent pas d’où viennent les coups qu’ils reçoivent. Ils se disent : c’est le destin » [36]. Il a recours à une ironie dévastatrice lorsqu’il commente les slogans politiques :

« Encore un autre officier : Nous avons été sauvés par le plus humble. Fallait-il désespérer de notre peuple ?
Lheki : Il était à genoux, le voici debout. Messieurs, le peuple est debout ! (Tous les officiers se mettent au garde à vous). Nous saignerons toute résistance.
Nnyira : C’est-il vrai que la pourriture prolétarienne s’en prend à nos braves soldats
 ? » [37].

La colère le pousse à adopter un ton persifleur. Il court les risques au péril de sa vie. Est-ce de l’imprudence ? de la provocation délibérée ? Tout investi qu’il est dans la lutte contre la « bête puante », il organise la résistance dont il revendique la direction « à ciel ouvert » dans un bar. « C’est notre sang en danger de mort qui réagit. Il donne plus de sel. Notre sang en danger interdit d’être des bêtes de somme. Nous découvrons la densité de notre corps, de nos vies, de nos âmes. Nous découvrons le refus de mourir égorgés par la bête puante » dit-il [38]. L’homme se distingue de la « bête de somme » en ce qu’il pense et réagit face à l’injustice ; il façonne son devenir en donnant un sens à la vie. L’homme ne doit jamais rester les bras croisés ; le faire équivaudrait à la démission. Or, la survie et la dignité d’être un homme poussent Lheki et les autres à crier leur colère, à dire leur indignation. La révolte est ce qui distingue l’homme de la bête. Lheki sera arrêté et torturé dans les geôles de Nnikon Nniku. Il est montré dans « une cellule de prison anormalement vaste. Torse nu. Toutes les parties de son corps portent des marques de torture. De temps en temps, il émet un gémissement, surtout quand il se retourne sur son lit de fortune » [39]. Le chef d’accusation retenu contre lui est farfelu sinon illusoire. « On dit m’avoir vu entrer et sortir de l’Ambassade du Pays de Lance » [40]. Toutes les inventions, tous les faux prétextes sont bons pour faire taire tous ceux qui, comme Lheki, veulent réveiller le peuple, « lui ouvrir les yeux ». Or, l’Ambassade du Pays de Lance est fermée depuis longtemps. Son action va provisoirement triompher avec le renversement de Nnikon Nniku par les militaires conduits par Shese et Mheme. Lheki est libéré, ce qui équivaut à un retour « à la vie ».
Bien que sous-estimé par Nnyira et Lheki, le peuple, à travers le Barman, son Enfant et les consommateurs, a fini par prendre une part active dans la lutte contre le pouvoir liberticide de Nnikon Nniku.

2.1.3. Le Barman et l’Enfant, figures actives de la résistance.

L’engagement du Barman dans la résistance est à analyser de deux façons : l’engagement implicite et l’engagement explicite.
Le fait d’accepter que les résistants, tels que Lheki et Nnyira, élisent domicile dans son bar et le fait qu’il y ait des actions subversives, constituent en soi un engagement politique. Il adhère à la condamnation de la politique menée par Nnikon Nniku et ses comparses. Il met des transistors à la disposition des résistants afin qu’ils écoutent les messages du Maréchal Nnikon Nniku. Bien que le mettant en garde, lorsque, dans un accès de colère, Lheki écrase l’un des transistors, il en sort un autre. Il a conscience du danger encouru car le pouvoir a éparpillé dans toute la ville, peut-être dans tout le pays, des espions qui, à l’instar de Big Brother de George Orwell dans 1984, voient et centralisent tout : « Le Barman est hagard et regarde de tous côtés et aussi furtivement du côté de l’œil. L’œil placé là pour tout voir, tout entendre, tout noter » [41]. Il adhère à la réaction des résistants. C’est ainsi que, lorsqu’il tend le transistor à « Nnyira, il crache de mépris et de défi » [42]. Il finit par franchir le pas. En effet, il surgit de derrière le comptoir de sa boutique, « une mitrailleuse au poing et vide le chargeur sur la troupe de soldats (...). Le barman remplit le chargeur rageusement. Un soldat, l’arme au poing, revient vers le barman. L’arme du barman est enrayée. Il la jette aux pieds du soldat. (Il sort une pancarte, on lit) : « DU PAIN ET DES CHARS. VIVE LA REVOLUTION PROLETARIENNE ! » [43]. Cette audace est une forme de suicide. Le barman le payera de sa vie. Il meurt, criblé de balles : « Mheme (met le barman en joue, crache sur la pancarte) : Morpion d’anti-impérialiste, je vais te crever. (Rafale : Tac-tac ! Tac-tac ! Le barman s’effondre) » [44]. Bien que son apparition soit brève, le barman est un révolutionnaire qui pense que le verbe seul sans l’action reste inefficace. C’est un partisan de la guérilla urbaine qui manque de combattants. Mort, son enfant poursuivra la lutte.
L’enfant apparaît dans la pièce au Plan I, Séquence VII, « un transistor hurlant au maximum de son volume, collé à son oreille, il a un sourire émerveillé » [45]. On le voit en pleine action aux côtés de son père. « Rafale de mitrailleuse foudroyante. L’enfant tournoie comme une toupie et s’étale sur le sol. L’enfant et la jeune femme ont des convulsions comme s’ils avaient été touchés par la rafale de mitrailleuse » [46]. Il a une conscience et une maturité politiques que tous ceux de son âge et même certains adultes n’ont pas. Il sera arrêté par les militaires et emprisonné :

« Shese : (apercevant dans l’encadrement de la porte l’enfant et Mheme) : Merde. C’est. C’est tout de même pas toi qui nous faisais chier ? Non mais, c’est pas vrai ? Le colis précieux, c’est pas lui, non ? » et, plus loin, « ( à l’enfant qui le dévisage) : C’est quand même pas. Qu’est-ce qui te prend de me reluquer ? » [47]. L’enfant est embastillé afin qu’il parle et trahisse les organisateurs de la résistance. S’il persiste dans son mutisme, on préconise de le mettre à la diète ; « Lui ? De la graine d’anti-impérialiste. On le met au frais. Il doit connaître des amis de son père. On ne sait jamais. Il faut ce qu’il faut. Il faut prendre des précautions quand on a le pouvoir. Il n’y aura qu’à l’affamer un peu, il nous conduira à eux. Et puis, les enfants aiment jouer aux soldats, (à l’enfant :) n’est-ce pas ? » dit Mheme. Shese, au contraire, est celui qui se soucie de la réaction des organisations qui défendent les Droits de l’Homme « Un enfant en prison, prisonnier politique, que vont dire les gauchistes de l’OUEC (Organisation Universelle des Etats Consignés) ? Passe encore de prendre le pouvoir, mais séquestrer un enfant ! » dit-il [48]. Les mauvais traitements, les menaces ne fléchissent pas la détermination de l’enfant qui lance à la face des soldats : « Vous êtes pas des vrais bourreaux des enfants » [49].
Dans la cellule, il est enchaîné (p.42). Les soldats partis, on le montre sans cesse en conciliabules avec le geôlier, lequel tient un langage énigmatique, comme celui de la plupart des personnages utamsiens, particulièrement ceux des nouvelles qui composent La Main sèche. Ils sont montrés l’un et l’autre en faction. Désormais, c’est avec le geôlier qu’il va ravitailler la résistance (p.47). Comme au cinéma, la didascalie « (Apparaît l’enfant. Il ramasse le fusil et disparaît. Apparaît le geôlier. Il ramasse l’uniforme et disparaît) » [50] revient de façon itérative. L’enfant et le geôlier sont complémentaires. Au point où, à la Séquence X, ils s’apprêtent à « couronner » Mheme ; l’enfant apparaît, « traînant un pan de veste couvert de plusieurs brochettes de médailles », il « accroche le pan de veste au mannequin que le geôlier a apporté dans la cellule » [51]. « L’habit fait le moine (...). Sauve la patrie, et tu en auras plein, plein ! Rejoins ceux qui vont chasser le monstre ! Il en reste assez en rêve ! » Conclut le geôlier [52]. Ce passage est une anticipation sur le dénouement de la pièce, car Mheme fera partie des militaires qui destitueront Nnikon Nniku. Là encore, il s’agit d’un écho du Prince de Machiavel. Chacun utilise sa position sociale pour lézarder le pouvoir. Comme Chaka dans l’œuvre éponyme de Mofolo, ou dans Le Zulu, le puissant Maréchal Nnikon Nniku a besoin d’asseoir son pouvoir par une touche mystique. Il a recours aux services d’un Sorcier, désigné par sa fonction. Or, ce dernier a accepté l’offre du Maréchal pour assouvir sa soif de vengeance. « Je ne suis pas plus sorcier que sa mère n’est plus hyène. Pour tout naïf, toute victime qui a l’esprit délié par la vengeance est un sorcier. Je ne suis pas sorcier, Je suis geôlier. Je garde dans une prison quasi-déserte ma honte et ma vengeance » [53]. A sa demande, Nnikon Nniku se donne en spectacle. Il est sacré par le sorcier. Le commentateur- représentant d’un certain type de journalisme trouve les explications les plus saugrenues là où la bouffonnerie le dispute à l’inacceptable.
Le texte se termine par la révolution ; on voit partout le peuple en liesse, sympathisant avec les nouveaux maîtres du pays.


CONCLUSION

Dans Le Zulu et Le Destin glorieux du Maréchal Nnikon Nniku, Tchicaya a choisi la société politique africaine en général, la société politique congolaise en particulier, en toile de fond, pour dénoncer, et projeter une autre scène politique. Ses deux pièces, comme ses romans, sont une longue interrogation sur le pouvoir africain à travers la figure marquante du dictateur sanguinaire, mélange de tous ceux qui ont dirigé ou dirigent encore l’Afrique. Ces « guides providentiels » (les mots sont de Sony Labou Tansi), envoyés en Afrique par Dieu, se sont illustrés par leur incapacité atavique à proposer une politique du développement qui tienne compte des intérêts du peuple. Au lieu de cela, ils instaurent un pouvoir personnel, sanguinaire et liberticide qui infantilise le peuple. Dans les pièces que nous venons d’analyser, Chaka, le Zulu et le Maréchal Nnikon Nniku sont trois figures d’une même médaille.
Pour bien montrer le caractère ridicule de ce type de dirigeant, le poète congolais va jusqu’à la caricature. Leur programme économique se résume à encourager le peuple aux plaisirs épicuriens : forniquer, danser, boire, paresser dans les rues. Tous les travers que moquait en son temps Rabelais. Leur discours est un ramage de discours que les gauchistes ne renieraient pas, mais il satisferait aussi les défenseurs du capitalisme. Toute l’Afrique se trouve concentrée là dans ces pages. Le bar, lieu de la convivialité et des plaisirs, la rue bruyante, sont des lieux de la subversion. L’exclue, Nnyira, la prostituée, Lheki, le barman, sont des révolutionnaires qui affrontent le pouvoir. Sur ce dernier point, Tchicaya U Tam Si est en avance sur d’autres écrivains africains francophones. Il rejoint, dans une certaine mesure, Aimé Césaire et Wole Sonyika. Comme, Schiller, Tchicaya donne une autre dimension à la marginalité, qui va libérer le peuple. Où sont donc passés les intellectuels africains pour laisser la marginalité et le « petit peuple » réfléchir à la révolution ? Où sont donc les opposants pour laisser les exclus seuls organiser la résistance à la dictature ? Est-ce une manière pour le poète de montrer qu’en Afrique, l’intellectuel est loin des préoccupations du peuple ? Ces poèmes sont un halo de voix qui s’entrechoquent, s’entrecroisent. A certains moments, on croit entendre la voix du poète commentant les paroles de ses créatures, ou se joignant à la leur. Pour dire l’inadmissible, Tchicaya U Tamsi a opté pour un vocabulaire violent. Pour dire la dictature, n’est-ce pas la caricature qu’il fallait comme portrait du dirigeant ? Dans cette Afrique où la récupération est la philosophie du soldat, la révolution des déshérités a amené au pouvoir les soldats qui ont été au pouvoir avec Nnikon Nniku. N’est-ce pas un coup d’Etat de palais déguisé en révolution, comme il y en a eu un peu partout en Afrique ? Ces poèmes sont un procès des indépendances qui n’ont propulsé sur le devant de la scène que des aventuriers.

BIBLIOGRAPHIE

1. ŒUVRE DE TCHICAYA U TAM SI

- Le Destin glorieux du Maréchal Nnikon Nniku, Prince qu’on sort, Comédie-farce-sinistre en trois plans, Paris, Présence Africaine, 1979, 108 p.
- Le Zulu suivi de Vwène Le Fondateur, Paris, Nubia, 1977, 149 p.

2. AUTRES AUTEURS CITES

CHAR, René, Fureur et Mystère, Préface d’Yves Berger. « Poésie » Paris, Gallimard, 1967.
MAKOUTA-MBOUKOU, Jean-Pierre, Les Dents du destin, Dakar, NEA, 1984.
MOFOLO, Thomas, Chaka, une épopée bantoue, Paris, Gallimard « L’Imaginaire » [traduit directement de la langue souto par V. Ellenberger, préface de J.M.G. Le Clezio], 1981.


[1] MAKOUTA-MBOUKOU, Jean-Pierre, Les Dents du destin, Dakar, NEA, 1984, p.111.

[2] TCHICAYA U, Tam Si, Le Zulu suivi de Vwène Le Fondateur, Paris, Nubia, 1977, p.34.

[3] Le destin glorieux du Maréchal Nnikon Nniku Prince qu’on sort, Comédie-farce-sinistre en trois plans, Paris, Présence Africaine, 1979, p.89.

[4] MOFOLO, Thomas, Chaka, p.171.

[5] Ibid., p.89.

[6] Idem., p.142.

[7] TCHICAYA, Le Destin glorieux. p.16.

[8] Ibid., p.57.

[9] Idem., p.67.

[10] TCHICAYA, Le Zulu, p.110.

[11] Ibid.

[12] Idem., p.103.

[13] TCHICAYA, Le Destin glorieux, p.25.

[14] Ibid., p.11 Lire aussi p.49.

[15] CHAR, René, Fureur et Mystère Préface d’Yves Berger « Poésie », Paris, Gallimard, 1967. Aphorisme n°31 p.94. Aphorisme n°19 & 18, p.91

[16] TCHICAYA U, Tam Si, « Salut », in Arc Musical précédé de Epitomé. Préface de Claire Céa, Paris, op. cit., Pierre Jean Oswald, 1970, p.110.

[17] TCHICAYA, Le Zulu, p.42.

[18] Ibid., p.38.

[19] TCHICAYA, ibid., Le Destin glorieux, p.26.

[20] Ibid., p.30.

[21] TCHICAYA Ibid., p.27.

[22] Idem., p.33.

[23] Idem., p.47.

[24] TCHICAYA, ibid., p.48.

[25] TCHICAYA, ibid., p.48.

[26] TCHICAYA, op. cit.., p.54.

[27] Ibid.

[28] Idem.

[29] Idem., p.100.

[30] Idem., p.80-81.

[31] TCHICAYA. op. cit.

[32] Ibid.

[33] Idem., p.82.

[34] TCHICAYA, op. cit., p.26.

[35] Ibid., p.27.

[36] Idem., p.56.

[37] Idem., p.50.

[38] Idem., p.55.

[39] 39 TCHICAYA, op. cit., p.98.

[40] Ibid., p.99.

[41] Idem., p.28.

[42] TCHICAYA, op. cit., p.29.

[43] Ibid., p.31.

[44] Idem.

[45] Idem., p.30.

[46] Idem.

[47] TCHICAYA, op. cit., p.39.

[48] Ibid., p.40.

[49] Idem.

[50] Idem., p.48 ; lire aussi p.49 et p.52.

[51] Idem., p.92.

[52] TCHICAYA, op. cit.

[53] Ibid., p.60.




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