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IBA NDIAYE DIADJI - QUI A BESOIN DE LA CRITIQUE D’ART EN AFRIQUE - ET AILLEURS ? EDITE PAR LE PROFESSEUR ABDOU SYLLA, PARIS, L’HARMATTAN, 2006, 201 Pages
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Ethiopiques n° 78
Littérature et art au miroir du tout-monde/Philosophie, éthique et politique
1er semestre 2007

Iba NDIAYE DIADJI, Qui a besoin de la critique d’art en Afrique - et ailleurs ? Edité par le Professeur Abdou Sylla, Paris, L’Harmattan, 2006, 201 p.

Auteur : Aliou NDIAYE

Parler de la critique d’art et de sa pratique est un exercice qui ouvre le champ aux souffles féconds de la dialectique, du discours, mais aussi de certaines connaissances empiriques. A travers trois parties, avec trois chapitres respectifs pour chaque partie, le critique d’art Iba Ndiaye Diadji nous livre quelques orientations basées sur un travail de synthèse.
Le titre de cet ouvrage intitulé : Qui a besoin de la critique d’art en Afrique - et ailleurs ? est assez éloquent pour préparer le lecteur. Il s’agit d’une vaste introspection, d’un travail de fouille, d’une relecture, voire d’une autocritique de cette fonction de critique d’art et de ses techniques de quantification. Que ce soit dans le domaine littéraire, plastique, musical, ou autre, le foisonnement de repères méthodologiques qu’il dévoile marque la complexité mais aussi la richesse d’un savoir-faire adossé à une règle principale : la culture esthétique. Même s’il n’existe pas une seule et unique voie susceptible de faire apprécier l’art de la même manière, à cause de la diversité méthodologique, la culture esthétique reste un lien commun.
En définissant l’esthétique comme une réflexion soutenue sur l’art, l’auteur considère ce savoir comme « un ensemble de dispositions acquises par l’individu et qui lui permettent de conduire cette réflexion (p.128) ». Il essaye ainsi de pénétrer l’espace sinueux des cartes routières de l’art qui étalent des zones de mobilité où le mot « liberté » fixe les balises. Sans nul doute, l’examen critique peut parfois se perdre à la périphérie de l’anarchie. Il le démontre avec éloquence, et une petite dose de provocation.
Ainsi indique-t-il (p. 40) : « Les heures de la critique dans les civilisations de l’écrit, durant le XXe siècle et en ces débuts de XXIe, se présentent en anarchie esthétique ». L’auteur justifie ce contexte par le simple fait qu’il n’y ait « aucun courant fort, aucune Ecole posant avec autorité la voie à suivre par tous ». A travers les enseignements d’une panoplie d’auteurs cités, de la désignation de plusieurs courants, écoles et mouvements de pensée qui ont marqué l’histoire de l’art moderne et contemporain, Iba Ndiaye Diadji essaye de trouver ce qui fait obstacle à une probable « univocité du discours critique ».
La part de l’Afrique dans ce tableau est aussi importante, puisqu’elle porte en soi l’héritage d’une culture plasticienne qui a fait l’objet de mille et une appréciations. Dans cet ouvrage publié à titre posthume, l’auteur apporte un complément d’informations qui prolonge sa lecture antérieure sur l’art africain (L’Impossible art africain, Eds Dêkkando, 2002). Arguments à l’appui, Iba Ndiaye reste convaincu qu’il faudra nécessairement que la critique africaine laboure son propre champ en faveur d’un sérieux travail de réflexion sur notre « africanité artistique ».
Lorsqu’il dégage ce qu’il considère comme « les lignes de force en critique », il convoque, en premier, ce qu’il nomme le « parler vrai » qui, selon lui, procède « de la logique pour attirer l’attention sur la production artistique, cultiver l’intérêt sur le sens de la création, savoir nourrir la quête jamais assouvie pour le plaisir esthétique ».
A ce titre, le lecteur peut s’interroger sur ce « parler vrai » qui s’inspire d’un postulat fondamentalement basé sur l’éthique. D’une appréciation relative, donc peu évidente. D’ailleurs, l’auteur admet (p. 174) que la sanction critique serait confrontée à une évaluation au « sincérométre », si les hommes de science avaient pu inventer cet appareil, pour quantifier et apprécier la sincérité de l’individu qui ordonne. Ainsi, ne serait-il pas plus indiqué de convoquer à la place du « parler vrai » un « parler juste » où les fondamentaux s’apprécient par la cohérence du discours et sa pertinence sur le sujet en question ? Simple question...
A la lumière des enseignements qu’il propose, le critique d’art, et non moins pédagogue émérite, trace les contours d’un schéma qui se fixe un point de départ nommé « le regard » portant sur l’élément artistique. Il fait appel aux autres organes de sens, mais aussi à l’intellect et à la pensée discursive. Un cours magistral sur la critique et ses fondements pratiques qui ouvre la voie. Même au néophyte.
Son dernier mot ne sera pas une conclusion. C’est une boutade qui servira de réponse à la question de départ. Qui a besoin de la critique d’art en Afrique - et ailleurs ? Réponse : personne. Parce que, personne n’a le droit de conclure dans une activité qui est vie. Parce que chaque dernier mot appelle le début d’un autre discours....
Un livre remarquable, écrit dans une belle langue.
Un autre fait aussi remarquable, dans l’autre sens, est à souligner.
La mise en édition de l’ouvrage annonce des renvois (p.147) que l’on ne trouve nulle part à travers le bouquin. Ce qui altère un peu la pertinence et l’esprit d’analyse des paragraphes concernés.





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