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LA CONTRIBUTION ANGLO-SAXONNE A LA COMPREHENSION DE L’ECRITURE BAMOUM : DES SIGNES DU ROI NJOYA AU MANUEL DIDACTIQUE DE NJOYA MOUNGA
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Ethiopiques n°79
Littérature, philosophie et art
2ème semestre 2007

Auteur : Mosé CHIMOUN [1]

L’écriture bamoum a fait l’objet de plusieurs études scientifiques depuis sa naissance en 1903 sous la direction du roi Njoya. Constituée de simples signes, elle a subi des transcriptions afin d’être adaptée à l’alphabet contemporain. Plusieurs études présentent des listes alphabétiques plus ou moins semblables. Ce qui nous intéresse dans la prolifération de ces travaux, ce sont les différentes étapes marquant les changements décisifs dans l’évolution de l’écriture initiée par le roi Njoya. Les missionnaires allemands venus de Bâle en Suisse ont été les premiers à se préoccuper de l’écriture bamoum. Le 13 mai 1906, soit quatre ans après l’arrivée du premier Blanc le 06 juillet 1902, l’Allemand Habisch qui installa la première boutique à Foumban, le missionnaire Göhring y faisait son entrée en provenance de Bali. Avec lui commencera une réflexion sur la langue et l’écriture bamoum [2]. Dans cette étude, nous essaierons d’abord de donner une définition de l’écriture, ensuite nous verrons comment l’administration coloniale et l’autorité ecclésiastique sont arrivées à l’adoption de l’écriture bamoum et enfin, nous ferons une brève présentation critique de la récente version de l’écriture bamoum livrée par Rodolphe Péchandon et Jean-Paul Njoya Mounga [3].

1. QU’EST-CE QUE L’ECRITURE ?

L’écriture se définit comme la « représentation de la parole et de la pensée par des signes » [4]. Cette définition s’applique généralement aux peuples européens. Les sociétés africaines seraient sans écritures, car les chercheurs européens ont toujours considéré toute forme de leur « représentation de la pensée et de la parole » comme de simples curiosités ethnologiques. Pour Alfred Schmitt, c’est une erreur, car ces écritures constituent plutôt un matériel de grande valeur pour des recherches comparées des écritures. Elles permettent d’avoir des points de repère sur l’évolution de l’écriture depuis ses débuts jusqu’au système actuel. Les signes deviennent une écriture à partir du moment où ils n’ont plus un caractère artistique ; ainsi, l’écriture se définit comme un procédé de fixer un texte formé dans son contenu exact sur une page de sorte que le lecteur puisse y trouver à tout moment le même contenu et ait la possibilité de réutiliser les images et le fil de la communication dans la langue parlée [5]. Les signes inventés par le roi Njoya répondaient donc à ce critère. Partant de cela, les missionnaires allemands classaient ces signes qui constituaient l’écriture bamoum parmi les écritures des textes (Textschriften). L’écriture bamoum faisait donc partie des quatre écritures récentes dont les origines sont connues. Il s’agissait, outre l’écriture bamoum (1900), de l’écriture Tscherokesen (vers 1820), celle de Vai (vers 1840) et celle de l’Alasca (1900) [6].


2. L’ADOPTION DE L’ECRITURE BAMOUM

Le roi Njoya, entouré de ses principaux collaborateurs, entreprit la création d’une écriture dont la première nouvelle entra dans les milieux européens en 1907 grâce à deux articles dans Evangelischer Heidenbote, une revue d’information de la mission de Bâle. Ces articles constitués de cinq colonnes se fondaient sur une information datant de 1906 de Martin Göhring en mission à Foumban, capitale du pays bamoum. Comme témoignage de cette écriture, un extrait de l’oraison dominicale avec des traductions interlignes et une signature du roi, ainsi qu’un tableau en deux pages contenant trois cent quarante cinq signes. L’année suivante, soit en 1908, parut dans le périodique Globus un autre court article de B. Struck intitulé : Le roi Ndschoya de bamoum comme topographe [7]. Cet article traitait surtout d’une esquisse de la carte du territoire faite par le roi lui-même ou par l’un de ses collaborateurs. Il y était tracé une voie allant de Foumban à une plantation loin de la ville. Cette plantation est encore reprise avec détails dans une ébauche à une grande échelle. A l’ébauche s’ajoute un court texte de six lignes et la signature déjà publiée par Göhring. Ces informations sont restées pendant des décennies l’unique source de connaissance de l’écriture bamoum. Les années qui suivirent, il y eut la parution de plusieurs articles qui s’intéressaient à l’écriture nouvellement connue dans les milieux linguistiques. Ces écrits se limitèrent presque tous à la répétition et à l’exploitation ou à l’interprétation des informations de Göhring et de Struck. De nouveaux matériaux ne présentèrent que les publications déjà connues. En 1912, l’article de Maurice Delafosse contient aussi des informations sur la suite du développement de l’écriture ; il ne s’agit pas d’un texte cohérent mais rien qu’un aperçu sous forme de tableaux synoptiques pour la plupart non pertinents sur le changement de la forme des signes, il s’y ajoute une série de vocables de la langue secrète.
Dans l’ouvrage de Anna Rein-Wuhrmann. Mein Bamumvolk im Grasland von Kamerun (Mon peuple bamoum du pays de savane du Cameroun) [8] est reproduit un texte de l’oraison dominicale datant de 1911 auquel sont jointes une transcription et une traduction. Henri Labouret, dans la revue Togo-Cameroun de 1935, livre cinq inventaires des signes de différentes étapes de l’écriture ainsi qu’un essai de texte de 1916 auquel il n’y a pas de transcription, mais la traduction. Il y a aussi le fac-similé de 1911 d’une lettre dictée par Njoya à la revue Evangelischer Heidenbote de 1912. Dans l’ouvrage du peintre Ernst Vollbehr paru en 1912 et aussi dans une œuvre sur les colonies allemandes, l’essai d’écriture est resté sans explication.
La recherche sur l’écriture bamoum fut présentée sur de nouvelles bases à travers l’ouvrage de Mme Idelette Dugast intitulé L’écriture des Bamum. Sa naissance, son évolution, sa valeur phonétique, son utilisation par I. Dugast et D.W. Jeffreys [9]. Mme Dugast eut la possibilité d’enquêter elle-même sur le terrain à Foumban. Elle était en service à Douala, une ville côtière du Cameroun. Elle travailla avec l’un des fils du roi Njoya du nom de Isa’ Yerima (le nom est ainsi écrit dans le texte de Dugast). Ce dernier, domicilié à Douala, fut très familier depuis l’enfance à l’écriture. Pendant deux ans, il aida Dugast, aussi en service à Douala, dans son travail sur l’écriture et son développement. Outre Yerima, Dugast fit des missions à Foumban afin d’entrer en contact avec quelques anciens collaborateurs du roi Njoya qui y vivaient encore. Mais c’est Yerima qui a livré l’essentiel des informations à Dugast. Elle a été donc la dernière à travailler avec des ressources humaines sur l’écriture. L’ouvrage de Dugast ouvre la voie à d’autres bases de recherche de cette écriture.
L’intérêt porté à l’écriture bamoum fut un simple effet du destin, car au départ, il était question de promouvoir la langue du peuple bali où Göhring était en service avant d’être muté à Foumban. Avant Bali, il était à Bonabéri où il apprit la langue douala. Pour la mission de Bâle, il fallait développer la langue douala pour la région de la forêt et la langue bali pour la région de savane. Le missionnaire Ernst Vollbehr, en service à Bali et qui devait assurer la fondation de la mission de Foumban, « était d’avis que l’apprentissage de la langue bali pour les enfants bamoum dans l’école missionnaire en création ne serait pas plus difficile que le haut-allemand pour les enfants suisses » [10]. Meinhof, à qui l’autorité ecclésiastique demanda un rapport, alla dans le même sens. L’intervention du missionnaire Geprägs fut déterminante dans l’utilisation de la langue bamoum. Il déclara ceci : « Le bali peut être bien employé ici sans de très grandes difficultés comme langue d’éducation ..., cependant le bamoum est de toute façon indispensable à la prédication et au travail dans la communauté. Jusqu’à nouvel ordre, la langue de l’église doit être le bamoum » [11]. Cette vocation de l’écriture bali qui devait unir les régions Bali et Foumban ne trouva pas l’assentiment de l’administration coloniale allemande. Celle-ci eut peur qu’une grande région unie par la langue écrite soit moins soumise à l’autorité que celle qui serait divisée par la langue parlée. Ce fut l’échec de la politique linguistique de la mission de Bâle qui marqua alors le retour à une évolution linguistique séparée des deux peuples.
Geprägs reconnut tout de suite la mise au courant de la langue bamoum « comme un moyen idéal ». Il ajouta : « La littérature de Ndschoya, de laquelle je me fis jusqu’ici dicter l’histoire du royaume que je présentai au digne comité avec sa version interlinéaire [...], offre tout de même un bamoum pur pour l’étude de la langue » [12]. Cette prise de position datant du 16 janvier 1912 et contenue dans une lettre aux autorités ecclésiastiques de la mission de Bâle ouvrait donc la voie à une reconnaissance du bamoum comme langue, ce qui impliquait la prise en charge de l’étude de l’écriture du roi des bamoum. Geprägs fit alors une traduction interlinéaire double : allemand-bali. A travers la comparaison allemand-bali, Geprägs qui maîtrisait bien le bali voulait se faciliter l’accès au texte bamoum. Comme il ne pouvait pas lui-même lire l’écriture bamoum, il se faisait lire le texte. Celui qui lui rendit ce service fut le jeune chrétien Yohane Njoya, qui, après sa conversion à l’islam, s’appelait Ibrahim Njoya. Le texte de Geprägs est malheureusement introuvable dans les archives de la mission de Bâle [13].
La dernière grande étude de l’écriture bamum a été réalisée par Alfred Schmitt. Il réussit à reconstituer les tableaux des signes du roi Njoya et procéda à des transcriptions. Il aboutit alors à la rédaction d’une grammaire et d’un lexique sur la base des conventions linguistiques internationalement reconnues. Cet ouvrage d’une valeur inestimable pour les Bamoum leur est inaccessible, car il est rédigé en allemand.
La dernière ébauche de l’étude de l’écriture bamoum, qui a fait la synthèse des caractères utilisés par Schmitt, Ward et Ngoucheme, se trouve dans le mémoire de Maîtrise que j’eus à faire l’année académique 1980-1981 dans le cadre des études de deuxième cycle de littérature comparée à l’université de Saarbrücken (Allemagne). Le mémoire s’intitulait Deutsche und Bamum-Sprichwörter : Eine vergleichende Analyse der Rechtsvorstellungen, (Les proverbes allemands et bamoums : une analyse des idées juridiques). Je fus obligé de procéder d’abord à la transcription des proverbes, ensuite de faire une traduction interlinéaire et enfin une traduction libre des proverbes portant des idées juridiques. C’est donc ce travail qui m’amena à m’intéresser à l’étude de l’écriture bamoum dans sa version moderne. Je m’appuyai alors sur les textes de Alfred Schmitt, de Ida Ward [14] et de Yeyap Ngoucheme [15] qui contenaient des propositions de transcription des voyelles et des consonnes. A cela s’ajoutaient aussi des références aux caractères adoptés par l’International Phonetic Association (IPA). La combinaison de toutes ces données linguistiques me permirent de proposer de nouveaux caractères adaptés aux machines à ma disposition. Ce travail mené sous le contrôle du linguiste allemand Max Mangol, alors titulaire de la chaire de linguistique à l’université de Saarbrücken (République Fédérale d’Allemagne), peut être aussi considéré aujourd’hui comme une contribution scientifique à la transcription de la langue bamoum [16].

3. LE PRECIS GRAMMATICAL DE LA LANGUE BAMOUN [17]

Le texte didactique présenté par Rodolphe Péchandon et Jean-Paul Njoya Mounga constitue un élément important dans la vulgarisation de la langue bamoum. A notre connaissance, c’est le premier ouvrage didactique codifié et simplifié à l’usage du peuple bamoum. Un nombre assez impressionnant de dignitaires et personnalités bamoun ont contribué à sa réalisation [18]. Ce qui, à première vue, lui donne une légitimation comme document de référence. Mais sur le plan scientifique, le travail a un goût d’inachevé. La présentation critique de quelques points saillants que nous introduisons ici permettra d’ouvrir des pistes d’amélioration. Le premier point faible de l’ouvrage réside dans le fait que les auteurs ont considéré les personnes ressources comme seules références sur lesquelles ils peuvent fonder le développement d’une écriture aussi bien connue qu’est celle des bamoum. En d’autres termes, ils n’ont pas pris la peine de partir de ce qui a été fait jusqu’ici par les linguistes pour justifier leur proposition qui est tout de même d’un grand intérêt. Il est évident que les personnes ou les informateurs cités comme références ne sauraient remplacer les travaux scientifiques existant sur la langue bamoum. A ce propos, le linguiste Alfred Schmitt déclare : « [...] toute écriture qui est recréée est dépendante dans son développement de la construction de la langue pour laquelle elle est destinée... » [19]. Dans le cas de ce Précis grammatical qui fait l’objet de notre étude, les auteurs introduisent les remerciements en ces termes :

« Dans une entreprise comme celle-ci, qui concerne un terrain encore véritablement en jachère et dans laquelle se sont lancés les auteurs du présent ouvrage, lorsque l’on se met à vouloir mesurer le chemin parcouru de l’idée du projet jusqu’à sa mise en œuvre effective, l’on se rend finalement compte, en toute humilité, que pour son aboutissement plus ou moins heureux, beaucoup y ont contribué, chacun y mettant du sien y apportant une partie du talent que Dieu a eu la grâce de lui accorder » (mis en relief par nous) (PG. p.5).

C’est dire en d’autres termes que l’écriture qui y est développée se trouve encore à son stade de balbutiement, et pourtant, comme nous l’avons présentée, elle a un riche passé que les auteurs devraient prendre en compte afin de faire ressortir leur contribution à son développement dans le contexte actuel. Les auteurs ont donc péché par une ignorance totale des données disponibles. Ils seraient cependant excusables dans la mesure où même les universitaires cités dans l’ouvrage n’ont pas attiré leur attention sur l’existence des travaux des linguistes.


Le deuxième point faible se trouve au niveau de l’application de la lecture de l’alphabet. Pour illustrer les lacunes, nous nous référerons à plusieurs passages du texte :

- la lecture de mb : les auteurs l’illustrent par les exemples suivants : ndômbu, ngambékét, ngâ-mbéé, Mbuembue (PG. p. 31). Le mot ndômbu introduit deux difficultés : la première est la partie ndô qui peut se traduire par « ta maison » et qui apparaît pour la première fois sans explication à ce stade. La seconde est le fait que le morphème mb qui doit être mis en relief se trouve à l’intérieur du mot, donc pas assez frappant pour l’apprenant, or le mot mbu qui veut dire « pas mûr » (vert puisqu’il s’agit de la banane) à lui seul suffit. Ngambékét est composé de nga et mbékét : nga seul veut dire « histoire, affaire » ; par exemple : nga shu = ton affaire ou nga nfon David = l’histoire du roi David. Mbékét veut dire « vérité » et illustre bien le morphème mb. Le mot composé nga-mbékét signifie alors une histoire/ affaire vraie ; mais écrit en un seul mot comme dans le Précis grammatical, il se traduit par « vérité ». Dans le mot composé ngâ-mbéé, mbéé qui veut dire « mensonge » aurait suffi comme exemple ; ngâ signifie « propriétaire ». ngâ-mbéé a pour traduction le « propriétaire du mensonge », soit le « menteur » en traduction libre. Le nom propre Mbuembue comprend le mot mbue, pluriel de pue, c’est-à-dire « la main » (PG, p31), aurait parfaitement mis en relief le morphème mb ; _- la lecture de ng. Les auteurs donnent comme exemples : mengop, Ngungure. Comme dans le cas précédent, ng apparaît à l’intérieur du mot mengop et rend invisible l’illustration de ng. Il suffit d’employer le mot ngop qui est le pluriel de mengop (la poule) pour avoir une mise en relief parfaite de ng. Dans le nom propre Ngugure, il y a une composition de deux mots qui, pris séparément, auraient pu suffire pour l’illustration de ng : ngu veut dire « pays, ville » et ngure signifie « grand » (PG, p. 36 ;
- l’illustration de ngw donne lieu à une entorse méthodologique en ce sens que les auteurs introduisent de manière inattendue yi qui est la marque de l’infinitif du verbe (PG. p.39.), alors que les exemples ngwet (huile) et ngwen (la campagne) sont assez clairs. On retrouve l’introduction de l’infinitif du verbe à la 49, 50. Si cette étape de l’infinitif qui paraît inopportune à ce stade s’avérait indispensable pour les auteurs, ils auraient pris soin d’avertir l’apprenant ou l’autodidacte que l’infinitif est systématiquement traité à la page 83 ;
- la mise en relief de nkw n’échappe pas aux difficultés évoquées ci-dessus : en choisissant le mot mânkwen comme exemple, les auteurs compliquent la lecture nkw ; rien que le mot nkwen qui veut dire « dos » suffit ; mâ qui signifie « grand » est superflu (PG. : 45) ;
- les illustrations non pertinentes se poursuivent avec ny : l’exemple menyî n’est pas assez clair ; alors que dans ce mot, nyî qui veut dire « machette » et dont menyî qui se traduit par « couteau », soit le diminutif de nyî, illustre parfaitement ny en début de mot. (PG. p.51) Il en est de même de s : mesî est choisi pour mettre en relief s ce qui pose problème à cause de me qui précède sî et le rend invisible. Le mot sî qui signifie « fibre de raphia » est approprié. Le mot sîmgbié qui veut dire « perdrix » est très intéressant dans la mesure où mgb a été déjà traité à la page 39. (PG. p.55) La lecture de mv n’est pas non plus évidente : les exemples memvù et memvi ne sont pas suffisamment clairs : memvù qui est le singulier du mot « chien » a pour pluriel mvù ; c’est ce mot qui rend clairement la lecture de mv. Il en est de même pour memvi dont le pluriel est mvi qui signifie « les moutons », (PG. :60).

Ce qui est relevé ici comme entorse méthodologique est accentué par l’introduction de nouveaux vocables sans traduction en français à partir de la page 31 et qui se poursuit par des phrases complètes jusqu’à la page 62. Cette démarche serait normale si un petit lexique des mots courants employés dans le texte y était annexé. Si les auteurs passent outre ces difficultés, c’est tout simplement parce que cet ouvrage est conçu pour les natifs du Noun qui doivent apprendre à écrire leur langue. Si c’est vraiment leur intention, c’est alors une erreur à corriger dans la nouvelle version de l’ouvrage. Le but de toute recherche linguistique est de rendre la langue accessible au monde, c’est-à-dire de faire de la langue un vecteur universel de communication et de transmission de la culture.
L’intonation, qui est très déterminante dans la plupart des langues africaines dont le bamoum, devait faire l’objet d’explications assez détaillées avec des exemples à l’appui. Le lexique, qui malheureusement n’existe pas, allait faciliter cet apprentissage en indiquant par des signes ou des caractères gras les intonations ascendante et descendante. Les auteurs signalent l’existence des intonations de manière brève à la page 64. A ce niveau, tout apprenant étranger à la communauté est obligé de recourir à l’aide d’un initié à la langue.

CONCLUSION

Si la mission de Bâle a été pour beaucoup dans la diffusion de l’écriture du roi Njoya, il faut aussi rendre hommage aux linguistes des années 50 comme Mme Gugast et récemment à l’Allemand Alfred Schmitt qui a su reconstituer l’écriture depuis sa version du roi Njoya à la transcription moderne, c’est-à-dire l’utilisation de l’alphabet latin. Alfred Schmitt a produit un ouvrage en trois tomes parmi lesquels deux regroupent les tableaux des signes développés par Njoya et le troisième, de 701 pages, contient tout ce qu’on peut savoir de l’écriture bamoun dans sa transcription moderne, sa grammaire et le lexique bamoum-allemand, allemand-bamoum. Un tel ouvrage devrait servir de base de recherche dans le cadre de l’amélioration de l’ouvrage légué par Péchandon et Mounga. Ces derniers, malgré les problèmes méthodologiques auxquels ils se sont heurtés, ont le mérite d’avoir apporté leur contribution à l’entretien de la langue bamoum [20].

BIBLIOGRAPHIE

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- « La langue secrète du Sultan Njoya », in Etudes camerounaises, t. III, septembre-décembre 1950, n° 31-32, p. 231-260, (Du Pal)..
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YEYAP NGOUCHEME, Israël. Gerbe de proverbes bamoum, Nkongsamba, Imprimerie Protestante, s.d.


[1] Université Gaston Berger, Saint-Louis/Sénégal.

[2] Pour mener ce travail, nous nous appuierons sur les textes allemands originaux contenus dans l’ouvrage de Alfred SCHMITT, Die Bamum-Schrift. Wiesbaden : Otto Harrossowitz, 1963. Les traductions des extraits que nous proposons constituent, à notre connaissance, le premier travail réalisé par un chercheur bamoum. Les versions allemandes seront régulièrement reproduites en notes infrapaginales.

[3] PECHANDON, Rodolphe et NJOYA MOUNGA, Jean-Paul, Précis grammatical de la langue Bamoun, Yaoundé, IPAN, 1999. Au cours de l’analyse de cet ouvrage, l’abréviation PG sera utilisée.

[4] Petit Robert. Dictionnaire de la langue française, Paris, 1990, p. 603.

[5] SCHMITT, Alfred, op. cit., p. 1.

[6] SCHMITT, Alfred, op. cit., p. 2.

[7] STRUCK, B., « König Ndschoya von Bamum als Topograph », in Globus 94, Braunschweig, 1908, p. 206-209.

[8] REIN-WUHRMANN, Anna, Mein Bamumvolk im Grasland von Kamerun, Basel-Stuttgart, 1925.

[9] DUGAST, Idelette, L’écriture des bamoum. Sa naissance, son évolution, sa valeur phonétique, son utilisation par I. Dugast et D.W. Jeffreys 1950, Mémoires de l’Institut Français d’Afrique Noire (Centre du Cameroun), Série population n°4. - (Du).

[10] SCHMITT, Alfred, op. cit., p. 8 : « Missionar Ernst [...] war der Meinung, dass für die Bamum-Kinder in der zu gründenden Missionsschule der Erlernung der Bali-Sprache nicht schwieriger sein würde als für die Schweizer Kinder das Hochdeutsche ».

[11] GEPRÄGS, op. cit., 16.1.1912. [...] : « Dass das Bali hier recht wohl ohne sehr grosse Schwierigkeiten als Schulsprache gebraucht werden kann..., doch ist jedenfalls für die Heidenpredigt und die Arbeit an der Gemeinde das Bamum unentbehrlich. Die Kirchensprache muss bis auf weiteres Bamum sein ».

[12] SCHMITT, Alfred, op. cit., p. 8-9. GEPRÄGS : « Als ein ideales Hilfsmittel. », « Die Literatur Ndschoyas, von der ich mir bis jetzt seine Königsgeschichte diktieren liess, die ich dem werten Komitee mit Interlinearversion vorlegte, [...] bietet doch reines Bamum für das Studium der Sprache . » Jahresbericht über 1911, datiert vom 16.11.1912.

[13] SCHMITT, Alfred, op. cit. p. 8-9.

[14] WARD, Ida, « The Phonetic Structure of Bamum », in Bulletin of the School of the Oriental Studies, 9, 1937-39, p. 423-438.

[15] YEYAP NGOUCHEME, Israël, Gerbe de proverbes Bamoun, Nkongsamba , Imprimerie Protestante

[16] CHIMOUN, Mosé, Deutsche und Bamum-Sprichwörter : Eine vergleichende Analyse der Rechtsvorstellungen, Saarbrücken, Philosophische Fakultät, Fachrichtung 8.1, Germanistik-Französische Abteilung, 1981

[17] PECHANDON, Rodolphe et NJOYA MOUNGA,. Jean-Paul, op. cit.

[18] PECHANDON, Rodolphe et NJOYA MOUNGA,. Jean-Paul, op. cit. p.6-7

[19] SCHMITT, Alfred, op. cit., p. 9 :”Asserdem ist jede Schrift, die neu geschaffen wird, in ihrer Entwicklung abhängig von dem Bau der Sprache, für die sie bestimmt ist...“.

[20] Nous signalons que Rodolphe Péchandon est décédé en 2004 à Foumban.




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