Accueil > Tous les numéros > Numéro 81 > LA SEXUALITÉ DANS LE PLEURER RIRE D’HENRI LOPES



LA SEXUALITÉ DANS LE PLEURER RIRE D’HENRI LOPES
impression Imprimer

Ethiopiques n°81
Littérature, philosophie et art
2ème semestre 2008

Auteur : Ephrem SAMBOU [1]

« On est de plus en plus frappé par la centralité et le cru de la représentation du sexe qui inondent le roman postcolonial d’Afrique Noire » [2]. En effet, dans la plupart des romans postcoloniaux et surtout ceux qui traitent du procès des indépendances comme Le Cercle des Tropiques d’Alioum Fantoure, Les Crapauds Brousse et Les Écailles du Ciel de Tierno Monénembo tout comme Le Jeune homme de Sable de William Sassine et dans tant d’autres encore, la présence du sexe déroute plus d’un, plus particulièrement dans Le Pleurer Rire d’Henri Lopes où nous voudrions analyser cette nouvelle forme d’écriture et tenter de déterminer les motivations de cette présence agressive du sexe. Pour Alphonse Mbuyanba Kankolongo, « l’écriture de la sexualité n’est pas un simple fait des caprices des écrivains, elle indique la volonté de dire un fait social qui a pris des proportions gigantesques et qui a des conséquences directes sur la gestion politique et économique du pays » [3] .
Dès l’avertissement, l’auteur lui-même rappelle que « nous avons songé à interdire ces pages, à les condamner à être lacérées et brûlées [...] car contenant des expressions et imputations téméraires, scandaleuses et injurieuses à la Haute Magistrature en général, à l’africaine en particulier » [4]. En effet, l’auteur n’a pas tort d’avertir son lecteur car, dès l’entame du roman, il est confronté au dévergondage textuel. Depuis le bas peuple de Moundié, représenté par le Maître cuisinier de Tonton ou le mari de Elengui, jusqu’à la magistrature suprême de Tonton Bwakamabé Na Sakkadé, le sexe est omniprésent. Il fait partie du décor textuel qui décrit la chute du pouvoir démocratique de Polépolé à la suite d’un coup d’État perpétré par l’armée du Maréchal Ideloy Bwakamabé Na Sakkadé. C’est une occasion pour l’auteur de faire la critique des nouveaux régimes dictatoriaux parvenus à la magistrature suprême par un coup d’État. Comme ses congénères, Henri Lopes met l’accent sur une des plaies qui gangrènent le continent noir : la dictature qui fit disparaître des milliers de cadres africains parce que tués ou exilés pour fuir une mort certaine et atroce, car comme le dit souvent Alioum Fantoure : « C’était un crime d’avoir une conscience » [5] . Tous ceux qui n’étaient pas convertis aux idéaux du nouveau régime étaient considérés comme les ennemis du parti unique. Ils étaient alors pourchassés, torturés, massacrés ou disparaissaient dans les prisons cimetières. C’est dans ce climat de terreur que l’auteur inscrit l’écriture de la sexualité, car comme le rappelle encore Jacques Chevrier : « Il est clair que la sexualité constitue aujourd’hui l’un des thèmes dominants de la plupart des textes majeurs de ces dernières années que ce soit dans les œuvres de Henri Lopes ou de Soni Labou Tansi » [6].
L’auteur prend prétexte du damuka ou veillée d’un mort pour camper le thème de la sexualité. Contrairement à Alioum Fantoure qui confie son récit au jeune adolescent Bohi Di, dans Le Cercle des Tropiques ou à William Sassine, qui fait autant avec Oumarou, dans Le Jeune Homme de Sable, Henri Lopes fait appel à un adulte marié affectueusement surnommé Maître par le tout nouveau président du pays pour orienter le lecteur à travers les dédales du discours érotique de son roman. Comme personnage principal, à la fois acteur et témoin des tourbillons de la dégradation des mœurs, Maître fera le récit de tout ce qu’il verra et entreprendra. Son arrivée au damuka lui permet de s’appesantir d’abord sur la présence des femmes, une présence fortement marquée par toutes les catégories de femmes, des adolescentes aux femmes âgées, ensuite par le quartier des hommes qui, eux aussi, se sont regroupés par groupes d’âge ou par amitié. C’est de ce damuka que s’organisait la rencontre entre les deux sexes. C’est aussi le point de départ de la conquête effrénée de la femme. « J’ai quitté le damuka vers minuit. Les jeunes intellectuels aussi. Ils se donnaient la consigne qu’aucun ne téléphone chez l’autre en rentrant » [7].


Tout le monde semble banaliser le sexe car, pour les vieux, « une femme seulement c’est une seule corde à sa kora ou un homme qui reste avec une seule femme est un infirme. Mêmes les autres femmes le méprisent. Elles racontent à qui veut l’entendre que l’homme-la, oh c’est pas un homme. Et la honte retombe jusque sur vos parents » [8]. De leur côté, les mamans qui transmettaient la tradition « enseignaient bien qu’une épouse qui veut garder un homme pour soi seule est une égoïste » [9]. Telle semble être la loi décrétée par toute une nation, tout un peuple, une loi qui lance les hommes à l’assaut des femmes, en somme une loi qui autorise le dévergondage sexuel. Comparée à un objet, la femme apparaît alors comme du matériel au service ou à la disposition de l’homme qui en use sans scrupules. Et l’homme, quel est donc son statut dans ce contexte ? Se présente-t-il lui aussi comme un objet au service de la femme ou comme un étalon reproducteur ou tout simplement comme un coq dans sa basse-cour ? Pourquoi se considère-t-il comme un complément de la femme à qui il doit amour et respect ? Quelle orientation l’auteur veut-il donner à son roman ?
Dans cette recherche effrénée de la femme, les intellectuels sont les premiers indexés. Et pourtant c’est bien eux qui devaient assainir les mœurs parce que connaissant d’autres civilisations qui prônent le respect de la femme. Ils ont été en contact avec d’autres cultures qui enseignent d’autres modes de vie et d’autres comportements plus sains.
En commençant par les intellectuels, Henri Lopes veut dénigrer la société congolaise par sa composante la plus importante, à savoir la matière grise du pays, c’est-à-dire le socle de la nation. Si cette matière grise se détériore, qu’adviendra-t-il du reste illettré de la population ? Tout risque de s’effondrer.
Le héros, qui va transporter le lecteur dans les méandres érotiques du roman d’Henri Lopes, était un cadre dans l’hôtellerie, c’est-à-dire maître d’hôtel au Relais, un restaurant apprécié des Oncles. A ce titre, il deviendra le Maître d’hôtel de Son Excellence le Président Bwakamabé Na Sakkadé. Ayant atteint désormais le sommet de la magistrature suprême, il servira de guide pour mieux connaître les mœurs de cette société qui commence des bas fonds de Moundié à la présidence. Il apparaît comme un véritable chasseur de primes féminines.
Sa première victime est Soukali, une grande dame, la femme d’un inspecteur des douanes, un membre de la haute société qui habite avec les Oncles coopérants au quartier Plateau. C’est avec cette femme qu’il trompe souvent Elengui, sa femme légitime. Quand l’inspecteur est en tournée, c’est chez sa femme et sur son propre lit que Maître passe le plus clair de son temps, prétextant des retenues ou des retards au travail pour justifier ses absences auprès de sa femme Elengui. Même quand l’inspecteur était présent, sa femme trouvait toujours le moyen de le tromper avec son amant, Maître. Les copines de Soukali, complices de ce jeu tant apprécié de toutes les couches de la société, leur prêtaient leurs maisons pour un tour de passe. De jour comme de nuit, on s’adonnait à ce libertinage favori qui gangrène la nation jusqu’au sommet de l’État et que l’auteur cherche à dénoncer.
On pourrait parler d’exagération en invoquant les relations conjugales entre Maître et Ma Mireille, la préférée du Président. Connaissant le caractère farouche et impitoyable de tout dictateur, qui oserait donc s’approcher de sa femme, de surcroît sa favorite surtout dans le palais présidentiel et sur son propre lit ? Quelle témérité a donc poussé Maître à accepter l’invitation de Ma Mireille ? Quelle audace pour un simple cuisiner de vouloir faire plaisir charnellement à la première dame du pays sur son propre lit ? Connaissait-il les risques qu’il encourait s’il venait à être découvert ?
Rappelons-nous le titre du roman, Le Pleurer Rire, où l’auteur alterne joie et souffrance, bonheur et tristesse. Par cette audace, Henri Lopes tient en haleine le lecteur qui s’attend au pire, car ne pouvant s’imaginer une telle situation. Mais comme nous sommes dans le grotesque et le ridicule du dictateur, l’auteur s’autorise de tels agissements, de telles exagérations dans son propre palais. Il devient cocu par les œuvres de son subalterne, de son sujet, son cuisinier. Maître pouvait-il de son côté refuser l’invitation de Ma Mireille au risque de périr ? « Elle serait capable de dire que j’avais voulu la violer. Alors la, Tonton... Yé » [10]. Ce dilemme à double risque ou plutôt cette énigme, Francis Bebey le rappelle dans une de ses chansons « La femme de mon patron ». Dans un cas comme dans l’autre, l’auteur a cherché à mettre l’accent sur la légèreté des mœurs de la société observée jusqu’au plus haut sommet de la nation car la femme du chef de l’État n’échappe pas à ce phénomène social. Madame la Présidente avait tout organisé pour assouvir ses plaisirs avec son cuisinier. Elle avait libéré sa servante, Cécile, pour être seule avec son étalon. La dégradation des mœurs est arrivée à ce point. Mais cette même Cécile connaîtra elle aussi les assauts de Maître. C’est à croire qu’il en fait une spécialité ou un second emploi, sinon son loisir préféré.
« Ma Mireille m’a dit de bien m’occuper de toi. Que tu ne manques de rien jusqu’à ce que tu montes dans l’avion » [11]. C’est par ces mots que Cécile, servante, confidente et dame de compagnie de la femme du Président de la République, elle aussi victime de Maître, justifie ses rapports sexuels avec le personnage principal du roman. Comme Soukali ou Ma Mireille, Cécile vient gonfler le nombre de femmes qui se sont occupé de Maître. Qu’avait-il de particulier pour drainer toute cette panoplie de femmes de la haute hiérarchie congolaise derrière lui ? Qu’est-ce qui faisait courir Soukali, Ma Mireille, Cécile et tant d’autres derrière le mari de Elengui ? Si Elengui, Ma Mireille et Cécile jouissent sans complexe de leur corps en gérant leur plaisir sexuel et en s’imposant comme des actrices actives dans l’acte amoureux, ce n’est pas le cas pour Soukali pour qui l’acte sexuel apparaît comme une lutte. Possessive et jalouse à la fois, elle exigeait de son partenaire l’exécution des différentes positions sexuelles qui inspirent le combat : « Celle du gladiateur, de la panthère, de la brouette de Monsieur Pascal, pour terminer par la chevauchée de l’hippocampe » [12]. Le couple se retrouvait parfois par terre, épuisé.
En fait, le cuisinier du Président de la République n’est qu’un bout de l’iceberg. Il constitue un top-modèle, un échantillon, voire la vitrine de la société congolaise. C’est par lui que l’auteur cherche à critiquer les comportements dévergondés de tout un système social, puisque même le chef suprême de la nation n’est pas épargné.
Le Maréchal Hannibal-deloy Bwakamabé Na Sakkadé, président de la République, chef de l’État, président du Conseil des ministres, président du Conseil national de la Résurrection nationale, père recréateur du Pays, titulaire de plusieurs portefeuilles ministériels, fils de Ngakoro, fils de Fouléma, fils de Kiréwa, ou tout simplement Tonton, n’est pas exempt de ces comportements incontrôlés. En plus de Ma Mireille, sa préférée, Tonton, comme un roi nègre, avait son harem, « ses petites maman ou dames de compagnie ».
Comme Maître, son cuisinier, Tonton était insatiable. Lors de « sa visite officielle » dans sa région natale de Libotama, le président Bwakamabé n’avait pas hésité à satisfaire ses instincts sexuels sur une jeune collégienne et une autre mineure : « Je suis sûr d’avoir vu entrer, ce soir-la, dans la résidence affectée à Tonton, successivement la jeune fille qui servait à boire au chef, lors de notre arrivée, puis l’une de celles que nous avons vu danser » [13]. Il semble d’ailleurs que c’est la coutume, « un legs des vieilles traditions » car :
« Jusqu’à un certain rang, les membres de la délégation avaient le plaisir de découvrir sous leur moustiquaire, à la fin de la journée, un cadeau vivant, jeune, chaud et ferme qu’il eût été malséant, voire injurieux, de refuser. J’en ai moi-même profité bien des fois » [14].
« La femme apparaît dans ce roman comme une proie de l’homme et de ses fantasmes où elle devient objet de consommation et relais de pouvoir entre les hommes » [15].


Autant d’exemples qui montrent la place qu’occupe le sexe dans la société congolaise où les jouissances érotiques apparaissent sous forme d’adultère chez Maître avec Soukali, la femme de l’Inspecteur et Ma Mireille, la préférée du président dictateur. Chez les autres, ce n’est que sodomisation et fornication où l’importance de la jouissance n’est qu’une fin en soi.
Mais, comme nous l’avions signalé au début de notre étude, la plupart des romanciers qui se sont appesantis sur la critique des indépendances ont abordé ce problème de la sexualité. En effet, dans Les Écailles du Ciel, Cousin Samba, le personnage principal du roman, a connu lui aussi des liaisons sexuelles avec des partenaires différents. Dans son second roman, Les Crapauds Brousse, Tierno Monénembo relate encore des actes érotiques entre le personnage principal du roman et la gent féminine qui s’y meut. Mais le plus grand scandale incestueux est rapporté par William Sassine dans Le Jeune homme de Sable. Le jeune Oumarou, à qui l’auteur confie le récit de son œuvre, couche avec la femme de son père, qui, lui aussi, avait gardé un lit de campagne dans son bureau pour y passer des moments intimes avec ses maîtresses. C’est un véritable imbroglio où, tout naturellement, tout le monde demeure irrésistible au sexe. Mais pourquoi une telle obscénité dans le roman postcolonial ? Pourquoi la présence du sexe dans le roman du procès des indépendances est-elle si évidente. Qu’est ce qui justifie de tels comportements de la part de la plupart des personnages principaux et des leaders africains issus des coups d’État à l’image du Maréchal Ideloy Bwakamabé Na Sakkadé ?
L’expression de la sexualité dans le roman de la critique des indépendances africaines mérite réflexion car sa présence n’est pas gratuite. Elle découlerait sûrement d’une certaine volonté des écrivains africains qui se sont intéressés à la question, plus particulièrement Henri Lopes, dans Le Pleurer Rire, qui constitue le support de notre analyse. Des critiques littéraires ont tenté de proposer des lectures de cette question. D’abord Boniface Mongo Mboussa dans son article intitulé « Deux approches de la sexualité dans le roman congolais : Henri Lopes et Sony Labou Tansi » ; puis Odile Cazenave avec « Érotisme et sexualité dans le roman africain et antillais au féminin » ; et ensuite Kangni Alem dans « Le bestial au cœur de l’homme » et enfin Jacques Chevrier avec « Pouvoir, sexualité et subversion » ont mené une recherche sur cet aspect pour essayer d’apporter une réponse à ce qui est un dénominateur commun aux écrivains de cette étape du roman africain. La liste n’est pas exhaustive puisque d’autres littéraires comme Nathalie Schon avec « Sexualité et Sacré dans l’œuvre de Xavier Orville » ou encore Nathalie Carré avec « Entre désir et raison, le choix des comportements » ont abordé la même question. Ce grand nombre de critiques littéraires, qui se sont intéressés à la question de la sexualité dans le roman africain, donne un aperçu de l’importance du thème que nous avons abordé. Mais alors pourquoi une telle importance ? Quels objectifs et quels buts les écrivains comme Lopes cherchent-ils à atteindre ?
Dans ses écrits satiriques relatifs à l’obscénité dans le roman, Jonathan Swift, l’un des plus grands satiristes du XVIIIe siècle, mettait déjà en évidence la question de la bestialité de l’homme, surtout l’homme dictateur qu’il grossissait pour mieux l’atteindre. Dans sa critique, l’homme était rétrogradé au rang d’animal incapable de contrôler ses impulsions, ses instincts grégaires. Trois siècles plus tard, cette animalité de l’homme réapparaît dans le roman africain, mais certainement avec des approches différentes.
Dan Le Pleurer Rire tout comme dans la plupart des autres romans, Henri Lopes dénonce la violence faite aux femmes dans leur corps matriciel et dans leur psychologie. Soukali souffre quand elle ne voit pas son amant et elle fait tout son possible pour entretenir la flamme qui brûle en elle. Elle organise les rencontres, appelle régulièrement pour avoir de ses nouvelles. En somme, elle constitue le centre vers lequel converge la sexualité. Dans cette critique qui exprime la violence charnelle, le corps semble « être nié parce qu’il n’est plus que surface » [16], c’est-à-dire objet de consommation, de plaisir pour l’homme. Odile Cazenave reprend la même idée pour conclure que « la femme est d’abord une proie, proie pour l’homme, de l’homme en uniforme, religieux ou policier, qui l’exploite et la viole là où il est censé, de sa part sa fonction, la protéger » [17].
Ces deux femmes mettent en exergue le caractère dominant et initiateur de l’homme qui exploite la femme pour marquer sa virilité, sa masculinité. Ce que Boniface Mongo Mboussa souligne : « La sexualité variée et riche du narrateur avec plusieurs maîtresses n’a qu’une seule finalité : la jouissance pour la jouissance » [18]. Il va plus loin en avançant que l’une des fonctions du roman est de « dénoncer l’hypocrisie des Congolais qui, en copulant, pratiquement en direct à travers la danse (la fameuse rumba) jugent toute description sexuelle dans la littérature contraire aux valeurs africaines » [19]. On se rappelle que lorsque Mobutu avait affirmé l’authenticité zaïroise, la première victime était la femme à qui il était interdit de porter une jupe ou un pantalon.
Mais Boniface voit dans ce roman une autre orientation de l’auteur qui allie sexualité et humour. En effet, pour éviter au lecteur la violence narrative des scènes atroces d’une dictature sans limites, les auteurs du procès des indépendances introduisent souvent des séquences d’humour ou d’ironie. A côté de la souffrance, le lecteur introduit le rire, d’où cette réflexion : « Le recours à l’érotisme a pour fonction de revendiquer l’autonomie de l’art » [20] car chez Lopes « les scènes sexuelles sont à côté de l’humour des moments de détente du récit et de jouissances partagés entre le narrateur et son lecteur » [21].
Dans l’ensemble, Le Pleurer Rire d’Henri Lopes dégage un sentiment de domination et de puissance mâle vis-à-vis de la femme. La critique des dictateurs comme Ideloy Bwakamabé Na Sakkadé, anti-héros du roman qui a hypothéqué le pays et muselé le peuple, est également une critique contre le dévergondage sexuel, contre la société congolaise qui semble accepter la jouissance comme une fin en soi. « La sexualité chaotique observée chez Lopes signifie que l’exercice du pouvoir a été ravalé au niveau des instincts désordonnés, au niveau de l’animalité, dans ce qu’elle a de brut, de non humaine par la raison. Cette sexualité dans les textes chasse de l’instance du pouvoir l’intelligence, la responsabilité, le dévouement dans la gestion de la chose publique » [22]. En somme, l’omniprésence de la description de cette sexualité bestiale dans le roman participe à la dénonciation de la société congolaise, car l’auteur, tout en créant un espace de cordialité et de fraternité, critique l’aliénation de l’acte sexuel et prône un avènement d’une sexualité réciproque plus humaine, plus digne et mieux contrôlée. C’est pourquoi, « tout en décrivant des violences sexuelles dont sont victimes les femmes en temps que genre, ce roman nous donnerait à voir des Congolaises héroïques luttant pour préserver la dignité de la vie » [23]. Parviendra-t-elle à libérer son corps marchandise de l’exploitation mâle pour créer une nouvelle société où elle pourra exercer pleinement son véritable rôle d’amazone et de pionnière économique, sociale et politique à l’instar de la femme occidentale ?

BIBLIOGRAPHIE

Romans

LOPES, Henri, Le Pleurer Rire, Paris, Présence Africaine, 1982.
FANTOURE, Alioum, Le Cercle des Tropiques, Paris, Présence Africaine, 1972.
MONÉNEMBO, Tierno, Les Ecailles du Ciel, Paris, Présence Africaine, 1975.
- Les Crapauds Brousse, Paris, Présence Africaine, 1986.
SASSINE, William, Le Jeune Homme de Sable, Paris, Présence Africaine.
TANSI, Sony Labou, La vie et demie, Paris, Seuil, 1979.
- L’État Honteux.

Articles sur la sexualité

CHALAYE, Sylvie, « Des dramaturges qui n’ont du corps ou la musicalité culbute la langue », in Notre Librairie, Revue des Littérature du Sud, no 151, Sexualité et écriture, juillet/ septembre, 2003, p.1-8.
CAZENAVE, Odile « Erotisme et Sexualité dans le roman africain et antillais au féminin », in Notre Librairie, Revue des Littérature du Sud, no 151, Sexualité et écriture, juillet/ septembre 2003, p. 11-16.
CHEVRIER, Jacques, « Pouvoir, Sexualité et Subversion dans les Littérature du Sud », in Notre Librairie, Revue des Littérature du Sud, no151, Sexualité et écriture, juillet septembre, 2003, p.8-12.
COULIBALY, Adama, « Discours de la sexualité et postmodernisme littéraire africain », Abidjan, Université de Cocody, Côte D’Ivoire, Présence francophone, vol.65, 2005, p.212-23,
MONGO MBOUSSA, Boniface, « Deux approches de la sexualité dans le roman congolais : Henri Lopes et Sony Labou Tansi », in Notre Librairie, Revue des Littérature du Sud, no 151, Sexualité et écriture, juillet septembre, 2003, p17-23.


[1] IFE, Université Cheikh Anta Diop de Dakar

[2] COULIBALY, Adama, « Discours de la sexualité et postmodernisme littéraire africain », in Présence francophone, vol.65, 2005, p 212-231, Abidjan, Université de Cocody, Côte d’Ivoire.

[3] MBUYAMBA KANKOLONGO, Alphonse, « Présentation du pouvoir politique post colonial dans le roman africain », in Le Potentiel, Quotidien d’informations générales, n° 3911 du samedi 23 décembre 2006.

[4] LOPES, Henri, Le Pleurer Rire, Paris, Présence Africaine, 1982, p.11..

[5] FANTOURE, Alioum, Le Récit du Cirque de la Vallée des Morts, Paris, Buchet/Chastel, 1975, p.47.

[6] CHEVRIER, Jacques, « Pouvoir, Sexualité et Subversion dans les Littérature du Sud », in Notre Librairie, Revue des Littératures du Sud, no 151, Sexualité et écriture, juillet / septembre, 2003, p. 8-12.

[7] LOPES, Henri, Le Pleurer Rire, p.19.

[8] Idem. , p. 19.

[9] Idem.., p. 19.

[10] LOPES, Henri, Le Pleurer Rire, p.107.

[11] Idem.., p.253.

[12] LOPES, Henri, Le Pleurer Rire, p.107.

[13] Idem. p. 209.

[14] LOPES, Henri, Le Pleurer Rire.

[15] 14 CAZENAVE, Odile, « Érotisme et sexualité dans le roman africain et antillais au féminin », in Notre Librairie, no 151, Sexualité et écriture, juillet / septembre 2003, p. 11-16.

[16] CHALAYE, Sylvie, « Des dramaturges qui n’ont du corps ou la musicalité culbute la langue », in Notre Librairie, Revue des Littérature du Sud, no 151, Sexualité et écriture, Juillet/ septembre 200, p. 1-8.

[17] CAZENAVE, Odile, op. cit., p. 11-16.

[18] MONGO MBOUSSA, Boniface, « Deux approches de la sexualité dans le roman congolais : Henri Lopes et Sony Labou Tansi », in Notre Librairie, op. cit., p. 17-23.

[19] Idem., p.17-23.

[20] MONGO MBOUSSA, Boniface, op. cit., p.17-23.

[21] Idem

[22] MBUYAMBA KANKOLO, Alphonse, op. cit.

[23] MONGO MBOUSSA, Boniface, op. cit., p.22.




Site réalisé avec SPIP avec le soutien de l’Agence universitaire de la Francophonie