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BAZEMO, Maurice, Esclaves et esclavage dans les anciens pays du Burkina Faso, Paris, L’Harmattan, 2007, 4 annexes, 4 cartes, 4 illustrations, 272 pages.
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Ethiopiques n°81
Littérature, philosophie et art
2ème semestre 2008

Auteur : Mariama GUEYE

Dans son ouvrage, Maurice Bazemo retrace l’histoire de l’esclavage vécu par les ethnies des anciens pays du Burkina Faso, de l’époque précoloniale à l’ère coloniale ; il s’interroge sur l’impact qu’il a eu sur l’évolution actuelle de la société burkinabé. Maurice Bazemo a exploité les Archives du Burkina Faso, du Sénégal et du Niger et les sources orales qui regroupent 64 témoignages. Il n’a pas, un seul instant, hésité à plonger dans les profondeurs des sources gréco-romaines. Il part des théories de la domination développées par Aristote, Cicéron et Salluste, théories légitimées par les sociétés antiques, pour expliquer le discours construit par les ethnies dominantes des anciens pays du Burkina Faso. Il est revenu sur le concept fondamental de « barbarie » qui, à lui seul, constitue « un critère d’hiérarchisation » et sous-tend les « représentations de soi-même et de l’Autre ». A l’instar des Romains qui ont eu à y recourir pour asservir Africains, Gaulois, Parthes..., Moosé et Peuls, eux, s’en sont servis pour capturer et assujettir leurs voisins (Gurunsi, Sénoufou, Bassa et Sana). Le « barbare » qui est tout d’abord celui dont la langue est inconnue et ensuite celui qui évolue dans un groupe sans aucune organisation politique devient, enfin, avec la propagation de l’islam et le renforcement du pouvoir des Peuls, celui qui n’est pas islamisé et celui qui arbore une couleur de peau foncée. Cette perception négative, que Moosé et Peuls ont eu des autres ethnies qui partageaient pourtant avec eux le même espace géographique, se lit clairement à travers les attributs éloquents qu’ils s’affectaient respectivement, Burkina et Pullo (p.53), ceci pour signifier non seulement « l’homme civilisé » mais encore pour circonscrire la place qu’occupe le « barbare » dans leur imaginaire.
Certes l’esclavage est un phénomène social connu par de nombreuses sociétés et à des époques différentes. Toutefois, il existe des dissemblances entre les modèles romains et l’autre connu et vécu dans les pays du Burkina Faso précolonial. Si à Rome l’esclave est une res , malgré sa spécificité humaine qui le distingue des autres bona, tel n’est pas le cas dans les anciens pays du Burkina Faso où l’esclave est considéré comme un membre de la cellule familiale de son maître (p.131). Chez les Lobi, l’esclave peut se marier non seulement dans la famille du maître mais il peut faire partie aussi des héritiers ; ceci ipso facto l’enracine dans son nouveau milieu (p.130-131). Toutefois cette intégration ne lui ouvre pas automatiquement les portes de la société qui, elle, continue à le percevoir comme un esclave ou un descendant d’esclaves. A travers ce livre, Maurice Bazemo analyse les multiples rôles de l’esclave dans les sociétés anciennes du Burkina Faso. Suivant l’évolution historique de ces pays, les fonctions de l’esclave changent et se diversifient. D’abord signe de prestige social et force de production participant au développement de l’exploitation agricole du maître, l’esclave devient, avec l’arrivée des marchands musulmans du Maghreb, une « monnaie-d’échange » contre les produits de luxe. Les Noirs commencent ainsi à peupler les marchés d’esclaves du Sahel (p.101-103). Ensuite, l’esclave, qui n’a de volonté que celle de son maître, manipulé par ce dernier, sert d’instrument de lutte contre le pouvoir colonial en place ; ceci lui ouvrira plus tard les portes de l’affranchissement. Mais, en dépit de cette émancipation soutenue par une politique coloniale ambiguë, les populations serviles continuent à porter la macule de l’esclavage qui les marginalise.
En abordant l’étude de l’esclavage local, Maurice Bazemo soulève un point délicat et douloureux de l’histoire africaine. Il rappelle que l’Afrique Noire n’a pas seulement été victime de la traite atlantique qui l’a profondément meurtrie mais elle a également subi l’esclavage local favorisé par les razzias, les djihads, la famine et la pression fiscale coloniale. Même si l’auteur ne construit aucune relation entre les conditions de vie des captifs et les modalités d’entrée en captivité, il établit néanmoins des liens directs entre le traitement des esclaves et l’appartenance religieuse des maîtres (p.137). Les séquelles de cet esclavage interne, qui rappellent l’existence des mondes des « anciens maîtres » et des « anciens esclaves » demeurent ; ils affectent encore les rapports sociaux malgré le jeu social de « la parenté à plaisanterie » qui, par l’humour, cherche à dédramatiser et à atténuer ce climat de méfiance. L’étude de cet aspect de l’histoire participe à une meilleure connaissance du continent africain. Elle favorise le rapprochement et la réconciliation des différentes ethnies qui permettent de relever le défi de l’édification de grands ensembles politiques.





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