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Jean-Pierre MARTIN, Marie-Agnès THIRARD et Myriam WHITE-LE-GOFF (dir.) L’Enfance des héros, Arras, Artois Presses Université, 2008, 331 p.
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Ethiopiques n°82.
Littérature, philosophie, art et pluralisme
1er semestre 2009

Auteur : Ibrahima WANE

Jean-Pierre MARTIN, Marie-Agnès THIRARD et Myriam WHITE-LE-GOFF (dir.), L’Enfance des héros, Arras, Artois Presses Université, 2008, 331 p.

Cet ouvrage réunit les différentes communications qui ont été présentées au 4ème congrès du Réseau Euro-Africain de Recherches sur les Epopées (REARE) qui s’est tenu du 11 au 16 septembre 2006 à Arras et à Lille. Ce conclave autour du thème « L’enfance dans les épopées et les traditions orales en Afrique et en Europe » avait réuni des oralistes, des médiévistes et des spécialistes de la littérature africaine venus de plusieurs horizons : Niger, Sénégal, Cameroun, Etats-Unis, Roumanie, Belgique, Portugal, France. Les actes du colloque s’organisent en trois parties.
La première partie, consacrée aux « Enfances merveilleuses », s’ouvre sur une contribution d’Abdoul Aziz Issa Daouda qui aborde le mythe de l’Enfant terrible sous l’angle de l’intertextualité. Il analyse la destinée d’Izé Gani, « l’enfant vert » des Zarma-Songhay, et du Petit Poucet, des pistes pour la comparaison des littératures traditionnelles d’Afrique et d’Europe. Claudine Le Blanc, quant à elle, nous promène dans l’univers indien à la découverte de la figure de l’enfant divin qu’est Krishna, protagoniste du Mahâbhârata, qui a donné lieu à de nombreux récits. Les caractéristiques du futur héros en tant qu’incarnation des valeurs du groupe sont aussi passées en revue à travers le Mvett des sociétés Béti-Bulu-Fang d’Afrique centrale et une épopée islamique ouest-africaine respectivement par Emmanuel Matateyou et Ibrahima Wane.
Le conte est interrogé par Marie-Agnès Thirard qui revient sur l’itinéraire des êtres d’exception qui peuplent les récits des deux côtés de la Méditerranée. Antoinette Tidjani Alou investit elle aussi le pays universel du contage mais pour examiner l’action d’un héros transgresseur qui tourne en dérision les valeurs du groupe, reflétant ainsi la nécessité du changement dans la société « traditionnelle » hausa.
Les communications regroupées dans la deuxième partie traitent de l’épisode de l’initiation. Bassirou Dieng y propose une analyse de ce syntagme narratif qui, avec l’enfance, ouvre la biographie des héros qui sous-tend le récit épique. Danielle Buschinger part du même motif pour dégager les ressemblances typologiques entre l’épopée mandingue Soundjata et l’épopée peule du Fuuta Tooro Samba Guéladio Diégui, d’une part, et le roman de Tristan, le Parzival de Wolfram von Eschenbach et la Chanson des Nibelungen, d’autre part. Jean-Pierre Martin choisit le tournant que constitue l’exil, en tant que moment de formation et de révélation qui permet au héros de s’accomplir, pour mettre en parallèle des récits qui réfractent l’Angleterre, l’Arménie et le Mali du Moyen Age. Le thème de l’enfance insoumise sert de support à Amade Faye qui fait ressortir la manière dont la rébellion expose dans le conte une situation sociale ou morale conjoncturelle et se fait dans le mythe et l’épopée le prolongement d’un combat idéologique ou politique. Ousmane Tandina, dont l’article clôt ce chapitre, s’appuie sur trois épopées nigériennes pour montrer que « chaque société traite ou appréhende l’éducation de l’enfant en fonction de l’image qu’elle se forge de sa propre identité ».
La dernière partie de l’ouvrage, intitulée « Des enfants terrifiants », fait une large place au roman. Frédéric Bricot y propose une relecture de La ruine presque cocasse d’un polichinelle de Mongo Beti où l’enfance n’est pas un état, mais un outil qui sert d’aune au politique. Louis Bertin Amougou se penche sur En attendant le vote des bêtes sauvages d’Ahmadou Kourouma qui met en scène un dictateur dont la violence et la démesure étaient perceptibles dès le berceau. Boubacar Daouda Diallo s’appesantit, pour sa part, sur la représentation des enfants soldats dans les romans francophones.
Les contributions qui se succèdent dans cet ouvrage, au-delà des éclairages qu’ils apportent sur le thème de l’enfance, constituent un pas important dans la promotion des études comparatistes sur la littérature épique des sociétés d’Europe et d’Afrique.





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