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LES YARSE : L’AVOIR ET LA FOI AU SERVICE D’UNE IDENTITE (2ème partie)
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Ethiopiques n°83.
Littérature, philosophie et art
2ème semestre 2009

Auteur : Albert OUEDRAOGO [1]

Le Burkina Faso est une terre de migration qui a vu, le long des siècles, des groupes de population en provenance du Nord, du Sud, de l’Est et de l’Ouest s’installer les uns après les autres sur un territoire qui n’a cessé de se modifier. Les mouvements de populations ont été souvent le fait de calamités naturelles (sécheresse, épidémie ou inondation) ou humaines (guerres). C’est ainsi qu’à la suite d’une poussée démographique à Gambaga (Nord Ghana) un groupe de cavaliers (Nakomse ou Nakombse) va conquérir un territoire en plein pays bisa qui sera dénommé Tenkodogo (la vieille terre). L’arrivée, l’installation et l’expansion de ces conquérants ont provoqué des mouvements de répulsion et d’attraction dont le résultat fut le départ de certaines populations plus anciennement installées (tels les Dogons et les San) et l’arrivée de nouvelles populations en provenance du Manding, tels les Yarse, aux environs du XVIe siècle [2]. Ceux-ci constituent une des composantes ethniques de l’entité moaaga. Conscients de leurs origines, comme le sont les Nakombse, les Yõyõose, les Sukoomse (ou Sukombse), les Ninisi, les Silmi-Moose [3], les Yarse parviendront à obtenir des privilèges auprès des princes nakomse, dont ils réussirent à faire des alliés stratégiques [4], en s’inscrivant dans la culture des Moose comme les maîtres du colportage et les chantres de l’islam. Toute la littérature orale moaaga (contes, mythes, proverbes, devises et chansons) est riche de l’apport des Yarse qui, bien qu’apparentés aux Moose, cultivent une identité paradoxale. Ils sont les seuls, dans l’ensemble moaaga, qui, bien que s’exprimant exclusivement en moore (la langue des Moose), ne se reconnaissent pas comme étant des Moose. Avec les Yarse, il apparaît que la langue de l’autre est un outil qui n’est pas nécessairement source d’aliénation ou d’acculturation. Il s’agit, dans le présent article, d’analyser les spécificités identitaires du Yarga (ou Yεrga) à travers un certain nombre de devises qui lui sont propres et qui s’articulent autour de deux préoccupations majeures : l’économique et le religieux. L’examen des devises, qui sont des constructions langagières achevées (du point de vue de la substance et de la forme), visera à faire apparaître l’image du Yarga à travers la pratique du commerce et l’exercice de la foi musulmane.


1. LE COLPORTAGE COMME UN MODE DE VIE

Le commerce caravanier, dont les Yarse étaient coutumiers, les emmenait à relier les pays du Sahel aux pays de la Côte. C’est une traversée qui durait plusieurs mois et qui nécessitait, de la part des voyageurs, une bonne condition physique et beaucoup de courage et d’endurance. C’est ce qui justifie le fait que les chansonniers, dans leurs textes, focalisent leur attention sur les jeunes colporteurs yarse (un silence semble entourer les personnes âgées et les femmes [5]) qui parcourent de longues distances faites de privations et de sacrifices :

« Le jeune commerçant Yεrga, qui ne saurait faire porter une charge importante à un chien » [6].
« Vers quelle brousse irai-je et déjà nous en parlons ?
Je vais faire appel à ma mère qui monte à Zoore pour chercher l’intelligence
Je parle du fils du commerçant qui ne peut pas détourner l’hivernage
Celui qui boit une eau malsaine et en tire une récompense
S’appuie sur autrui et obtient la puissance
Le Yεrga est l’homme pour qui une commission ne procure jamais de satisfaction
........................................................................
Le Yεrga est l’homme qui, à la vue d’une belle clairière, descend sa marchandise » [7].

Pour les besoins du colportage, la monture privilégiée du Yεrga (ou Yarga) est l’âne, qualifié par certains comme l’animal du pauvre. Qualifié de têtu, cet animal robuste nécessite très peu d’entretien, à la différence du cheval. Mais pour le Yεrga, l’âne est moins une monture qu’un moyen de transport pour la marchandise : le Yarga est « Celui qui fait porter des charges à l’âne et se contente de marcher » [8]. Entre l’homme et l’animal existe une relation symbiotique qui suscite, de la part des Moose, beaucoup de sarcasmes perceptibles dans certaines formules proverbiales [9] :

- Yεrga mi bõanga ! Bõang mi Yεrga ! (Le Yεrga connaît l’âne ! L’âne connaît le Yεrga !)
- Yεrg bõang menem yã, t’a lιkd lιngẽ n baood-a (Le Yεrga ayant perdu son âne se crut obligé de le rechercher tout au fond de sa gourde).
Le commerçant yεrga endure les difficultés et les privations en vue de se procurer de la fortune :

« Je flatte ma mère que je reviendrai demain !
En fait j’atteindrai l’année prochaine !
L’eau de la gourde est meilleure que celle de la jarre
Une fois l’âne chargé, j’inspecte ses flancs
La barre de sel sera mon coussin
La tête blanchie envahit la brousse
L’absence de ma mère ne m’interdit pas le voyage
Le buveur des eaux sales de Tombouctou » [10].

La séparation d’avec les parents (mère), les privations (eau de la gourde et non de la jarre), l’inconfort dans le voyage (une barre de sel servant de coussin) et la soif (consommation d’eaux sales) constituent les prix à payer pour l’obtention de la fortune et de la considération sociale :

« Ne s’agit-il pas de celui qui se prive de nourriture pour la quête de la renommée : Yεrga » [11].
« Celui qui boit une eau malsaine et en tire une récompense s’appuie sur autrui et obtient la puissance » [12].
« Celui qui recherche la renommée en marchant sous le soleil » [13].

Le but poursuivi par le Yεrga, à travers les grandes distances parcourues, est de parvenir à vendre les marchandises avec une marge bénéficiaire substantielle. Pour de telles transactions, il faut des espaces aménagés tels les marchés. C’est ce qui vaut que les devises des Yarse les présentent comme les inventeurs des marchés au Moogo :

Zĩ-peen-sõng dυυg teed / La belle clairière et les marchandises sont installées
Sẽn sik lebg raaga / Une fois déposées et voilà le marché surgir
Pa ta yir n tiid saongo [14] / Le hangar se construit avant d’atteindre la demeure
N yã kυk n bilg ne zãnde [15] / Voir un caïlcédrat et le confondre avec un hangar

Les produits transportés, quoique variés, sont fonction des sites d’approvisionnement et des demandes de la clientèle. Ainsi, en provenance des régions du Nord, les Yarse rapportent du sel de Tombouctou (« Tĩmbd ko-beed yũuda » [16]), des animaux et « des produits secondaires tels que les étoffes, les nattes, les poissons séchés, les manuscrits arabes pour leur usage, les baguettes de cuivre » [17]. Du Sud, ils ramènent surtout des noix de cola et des esclaves : « Dυυg Zoor n wa ne yamb » [18] (Bendr n Gomd, p. 220). Le commerce procure aux Yarse une aisance matérielle et du prestige que le commun des Moose envie :

« Ne s’agit-il pas de celui qui se prive de nourriture pour la quête de la renommée : Yεrga, » [19]
« Celui qui boit une eau malsaine et en tire une récompense s’appuie sur autrui et obtient la puissance » [20]
« Je veux le nouveau riche qui a déjà oublié sa souffrance, Yεrga » [21].


Fort de l’aisance matérielle que lui procure le commerce, le Yεrga développe un complexe de supériorité vis-à-vis du simple Moaaga enfoncé dans la pauvreté et la soumission totale aux coutumes et au naam (Pouvoir politique) ; selon A. Kouanda : « Pour le Yarga, le Moaga n’était rien et il pensait lui avoir tout apporté : islam, commerce, cola, circoncision, propreté, vêtement » [22]. La jeunesse (le jeune commerçant Yεrga) alliée à un enrichissement subit constitue un terreau pour le développement de la mentalité du « parvenu » perceptible dans des attitudes ostentatoires qu’affichent certains Yarse [23]. Ayant « déjà oublié » les « souffrances » du passé (faim et soif), ils courent après la « renommée » sociale, comme le décrit A. KOUANDA :

Le commerce n’était plus seulement le monopole des Yarsé qui s’attachaient de plus en plus à un mode de vie agraire après avoir acquis des habitudes qui ont trahi leur fortune. De ces habitudes, il faut retenir la volonté de se donner des airs de grandes personnalités ou d’hommes vertueux, le désir d’être bien vêtu et le zèle de faire aux pauvres l’aumône d’une manière peu discrète [24]. En dépit de la protection dont bénéficiaient les Yarse de la part des souverains, ils n’étaient pas toujours à l’abri des exactions et des pillages perpétrés par les Nakomse : « Ce pillage des hommes et de leurs biens ne se faisait pas sur les Yarsé parce qu’ils étaient les protégés du souverain » [25]. De telles exactions sont perceptibles dans la littérature orale. Ainsi dans un proverbe, que rapporte le Lagl-naab a Abga, l’on perçoit le Yεrga dans une mauvaise posture : « Sãr-y Yεrga ! Baas-y yã-a ! yaa yams gilg raabo. A sã n kιse, yaa : « bas-a t’a loge ! » (Trad. Pendez le Yεrga ! achevez- le ! Tout ceci exprime le désir de s’emparer de la boule de sel. S’il consent à la donner, alors il s’ensuit un « relâchez-le ! »). En effet, les Yarse, en transportant des richesses (sel, vivres, vêtements, cola, cauris, etc.) dans un milieu où sévit une grande pauvreté, s’exposent à de graves dangers. En dépit des privilèges et de la protection dont ils jouissent auprès du souverain, ils « n’étaient pas à l’abri de toute exaction malgré la vigilance des nabas » [26]. En outre, l’acharnement pour l’activité de colportage suscite de l’admiration, mais également certains sarcasmes (rancœurs) de la part des autres membres de la communauté moaaga que relatent certaines devises :

« Yer-bi toand dagr na kuil a zaala » / trad. Le jeune colporteur Yεrga frivole s’en ira nu.
« A sor kaoogr kõn tong raodgo : Yεrga » / trad. On ne combat pas la malchance (route brisée) en utilisant une passerelle : Yεrga !
« Yεrg bi-toandg kõn gõog sigri : Yεrga » / trad. Le jeune colporteur Yεrga ne saurait arrêter la course de l’hivernage : Yεrga ! [27]

La première devise est une satire relative au jeune Yεrga séducteur/frivole qui s’expose aux représailles des Moose. Dans la tradition, les séducteurs sont considérés comme des ennemis du groupe social et il leur est réservé des traitements peu enviables. Un amant, surpris par un époux ou les parents de celui-ci, n’a d’autres choix que de fuir et d’abandonner tous ses biens. La nudité dont il est question dans la devise peut signifier aussi bien la nudité physique [28] que le fait de repartir bredouille [29].
Ces deux devises des Yarse décrivent les efforts vains déployés par les Yarse pour vaincre l’adversité et conjurer le mauvais sort. Ainsi dans la première devise (A sor kaoogr kõn tong raodg : Yεrga), il s’agit de la métaphore d’une route brisée qu’on ne peut recoller avec une pièce de bois. La devise s’est construite autour de deux réalités : la jambe fracturée (karg kaoogre) et la route brisée (sor kaoogre). Pour comprendre la métaphore, il faut se situer dans les pratiques thérapeutiques des rebouteux moose qui, pour soigner une fracture, placent le membre blessé entre deux pièces de bois ; l’ensemble est, par la suite, ligoté pour une parfaite immobilisation du membre. Au bout de quelques semaines, la fracture est résorbée et l’individu peut de nouveau marcher ou faire usage de son bras. « La route brisée » (sor kaoogre) est une métaphore qui désigne la malchance. Ainsi donc, contrairement à la fracture d’un membre qui peut se soigner juste en apposant des pièces de bois reliées au membre par des ficelles, la malchance est plus complexe à combattre. Il n’existe pas de remèdes infaillibles (telles les pièces de bois pour le cas des fractures) pour solutionner les situations de méventes, de pertes ou de sinistres (mort des animaux, attaques de bandits, maladies des commerçants, etc.) qui sont considérées comme des « fractures » (sor kaoogre). En pareil cas, le Yεrga a recours à des sortilèges (tιιm) et non à des méthodes rationnelles (raodgo).
La deuxième devise « Yεr-bi-toandga kõn gõog sigri » (trad. Le jeune commerçant yεrga ne saurait détourner le cours de l’hivernage) est également une métaphore qui décrit le commerçant yεrga transportant, à dos d’âne, des denrées et des objets périssables tels le sel, les poissons séchés, les livres, etc.
Le pays moaaga connaît deux saisons : la saison des pluies ou l’hivernage (juin à septembre) et la saison sèche (octobre à mai). Contrairement à la mentalité occidentale qui nomme « mauvais temps » la période de pluies, dans les pays de savane, l’hivernage est qualifié de « beau temps » que les paysans espèrent. La hantise du jeune colporteur est de se retrouver, à cette période, loin de ses terres. Ce qui signifierait pour lui l’impossibilité de pratiquer l’agriculture. En pareil cas, il aurait aimé disposer du sortilège capable de « retarder l’hivernage », juste le temps de revenir au village et de se mettre aux travaux champêtres, à l’instar des paysans moose. Le terme / gõoge / est un verbe qui signifie « retenir, empêcher de poursuivre la route » [30] ; il s’emploie lorsque l’on entreprend de dissuader un individu de poursuivre un déplacement. L’hivernage est considéré, chez les Moose, comme un être en déplacement (sigr loogda [31]). Tout individu qui entreprend un voyage peut se retrouver dans l’obligation d’y renoncer, suite à la survenue de contingences heureuses ou fâcheuses. Tout semble indiquer que les paysans moose, à travers la raillerie, expriment une certaine satisfaction de voir le Yεrga en difficulté de pratiquer, avec le même succès, et le commerce et l’agriculture. La relative incompétence du Yarga pour l’agriculture se trouve affirmée dans la devise suivante « a pυυg faagẽ n nok raaga » qui stipule que « celui dont le champ a subi une cure d’amaigrissement et qui se trouve obligé de se réfugier au marché ». Une telle devise, qui s’adresse aux Yarse, est une raillerie (rakιιre) de la part des paysans moose pour montrer que les Yarse sont de piètres agriculteurs ; l’attrait du marché n’étant qu’un aveu de l’échec au champ !


2. L’ISLAM OU LA SOURCE DU SAVOIR LIBERATEUR

Après le commerce, la pratique de l’islam constitue un des traits distinctifs des Yarse. Toute la littérature orale des Moose les présente comme les premiers à avoir introduit l’islam au Moogo. L’histoire situe l’entrée des Yarse au Moogo au XVIe siècle, en provenance du Mandé (actuel Mali) [32]. Une telle origine est attestée par une de leurs devises qui mentionne expressément la ville de Tombouctou : « Tĩmbd ko-beed yũuda » (Le buveur des eaux sales de Tombouctou) [33]. Tombouctou (université médiévale africaine) qui fut un des grands foyers de l’islam en Afrique occidentale abrite encore de nos jours des documents précieux en langue arabe. Comme l’affirme A. Kouanda :

« Les Yarsé se donnent une origine toujours musulmane en affirmant qu’ils sont originaires de la Mecque, ou même du Mandé qui était un centre très islamisé. En réalité, ces grammaires, autour d’une éventuelle origine non seulement musulmane mais arabe, ne sont qu’un mythe dont la vocation est de les rattacher au monde de l’islam » [34].

Dans un environnement essentiellement animiste, les Yarse apparaissaient comme des êtres singuliers. En effet, selon A. Kouanda, le terme Yarse proviendrait du terme Yaare qui signifie « individu vulgaire qui ne respecte aucun principe, ni aucune valeur » [35]. Il s’agit en fait des principes et des valeurs moose qui consistent en une soumission absolue aux souverains (nanamse) et aux cultes des ancêtres dont les Yarse se sont affranchis. Ils jouissent de libertés et de certaines prérogatives : port de bonnet ou de chaussures devant le chef, pratique de l’islam, possession de biens personnels, accès à l’espace réservé aux épouses dans la Cour royale, etc.
Persuadés d’être ceux par lesquels l’islam a pénétré pacifiquement le Moogo, les Yarse se définissent à travers les gestes et les symboles caractéristiques du pieux musulman. Le bon musulman est tenu de respecter les obligations de l’islam que sont : croire en Dieu et en son prophète Mohamed, les cinq prières journalières, le jeûne du ramadan, l’aumône, la zakat et le pèlerinage à la Mecque. L’obligation relative à la foi en Dieu (Allah) et aux prières se trouve inscrite dans certaines devises des Yarse. Ceux-ci sont considérés comme « les hommes qui se lèvent très tôt pour s’entretenir avec Dieu », (Sãd beoog n gom ne Wẽnde). La prière est ici décrite comme une conversation que le croyant tient avec l’Etre suprême qui, selon le Coran, est unique et incomparable :

« Il est Dieu !
Il n’y a de Dieu que lui.
Il est le Roi, le Saint, la Paix,
Celui qui témoigne de sa propre véridicité.
Le Vigilant, le Tout-Puissant,
Le Très-Fort, le Très-Grand
Gloire à Dieu !
Il est très éloigné de ce qu’ils lui associent !
 » [36].

L’islam est un savoir et un savoir-faire qui s’acquièrent au prix d’un long apprentissage auprès de maîtres et dans des espaces appropriés. C’est ce qu’exprime la devise suivante : « karen-bok zem ne tãnga » (le trou d’études est aussi haut qu’une montagne). L’espace d’apprentissage du coran est désigné par le terme karen-boko qui signifie littéralement « le trou d’études » et non par le terme karen-doogo (étude-maison) qui sert à désigner l’école. Il s’agit-là d’un usage métaphorique qui ne peut être appréhendé que si l’on considère l’expression sãnem-boko (or-trou) qui désigne la mine d’or. Mais pourquoi la mine peut-elle être comparée à une montagne, quand on sait que la mine est une excavation dans la terre et non un monticule ? Dans le cas de la mine d’or, pour atteindre le filon, les orpailleurs sont obligés de creuser des galeries et de dégager ainsi une importante masse de terre qui est rejetée en surface. Les gravats dégagés s’amoncellent pour devenir un monticule dont l’importance est fonction de la profondeur de la mine. Vu sous cet angle, les mines sont susceptibles de générer des monts ! Si l’on revient à la métaphore de « la mine d’études qui est aussi haute qu’une montagne », il apparaît clairement désormais que les études (karengo) sont à l’instar d’une mine qu’il faut creuser afin d’atteindre le métal précieux, en l’occurrence le savoir et la connaissance de Dieu et de l’islam.
A la différence du peuple des Moose, jadis analphabètes, les Yarse sont des hommes du Livre et de l’Ecriture ; à ce titre, ils se font le devoir de propager la Parole de Dieu et de son prophète Mohamed, en même temps qu’ils font fructifier leurs affaires. Leur attachement au Livre saint (Coran) et aux différents ouvrages religieux est perceptible à travers la devise-ci : kitaab-korg kõn medg bãoko (Trad. La sacoche contenant les kitabs [37] ne saurait blesser l’épaule). Pour les Yarse, le transport d’ouvrages religieux (quel que puisse être par ailleurs leur poids) ne constitue nullement une corvée, voire une peine. Il s’agit plutôt d’une activité noble et gratifiante pour des croyants à la recherche de nouveaux adeptes. La devise ci-dessus doit être mise en relation avec une autre qui stipule que le « kẽ-kẽ » [38] ne saurait blesser la bouche (kẽ- kẽ kõn medg noore). Ainsi dit, tous les efforts que le Yεrga fournit, aussi bien dans le commerce que dans la pratique ou la diffusion de l’islam, ne sont pas vécus comme des souffrances ou des traitements inhumains et dégradants (blessure à l’épaule ou à la bouche). En tant qu’érudits, les Yarse doivent détenir, par devers eux, à travers leurs tribulations, les preuves de leur science : le Saint Coran et les kitabs.
Le Saint Coran enseigne aux croyants les prières et l’adoration de Dieu. Pour cela, le musulman doit se purifier le corps en procédant à des ablutions. Les cinq prières journalières sont précédées par les ablutions qui se font avec une petite quantité d’eau contenue dans un ustensile réservé à cet usage ; il s’agit du pυυs-laag (prière-plat) [39] qui sert également de gourde pour le Yεrga lors de ses longues randonnées. Une telle réalité a été immortalisée à travers la devise-ci : « Puus-laag zem ne sĩnga » qui indique que la bouilloire a autant de valeur que la jarre. Chez les Moose, la jarre sert de récipient pour l’eau ou la bière de mil (dãam) [40] et la bouilloire (pυυs-laaga) est au Yεrga ce qu’est la jarre (sĩnga) aux Moose. En effet, au Sahel, l’eau ou la bière de mil (dãam) constitue une denrée précieuse qui mobilise une part importante de l’activité des femmes. L’eau contenue dans la bouilloire (qui est régulièrement renouvelée) assure, au cours des longs voyages, la survie du Yεrga et lui permet de se présenter devant Dieu (aux moments des prières) avec une certaine pureté. L’importance de l’eau est affirmée dans une autre devise des Yarse ainsi libellée : « Lιng koom yιιd yuur » (Trad. L’eau de la gourde est meilleure que celle de la jarre) [41]. Pour le voyageur, l’eau qui étanche la soif et sauve est celle qui se trouve précisément dans la gourde que l’on transporte avec soi.


Les Yarse ont introduit au Moogo un islam tolérant ; d’aucuns diraient un islam laxiste qui, à certains égards, collabore avec les pratiques de l’animisme des Moose. Comme l’indique A. Kouanda : « l’islam des Yarsé n’était pas un islam militant et de ce fait ses possibilités de prosélytisme restaient très limitées » [42]. Il s’agit d’un islam syncrétique qui trouve ses origines dans la complexité de l’identité yεrga. Comme l’a si bien montré le mémoire de A. Kouanda, de nombreux Moose se sont ‘‘yarsifiés’’ (en adoptant l’islam qui les affranchissait des rigueurs des lois coutumières) tout comme certains Yarse se sont ‘’mossifiés’’ par abandon de l’islam et adoption des valeurs animistes des Moose. Les Yarse tout comme les Moose croient en un Etre Suprême unique dénommé Wẽnde (Dieu) qui s’apparente au Soleil ou au Ciel et qui a pour épouse Tẽnga (la Terre). Mais il est si éloigné de la Terre que les hommes font recours aux divinités secondaires que sont les esprits des morts (kιιmse) et les génies (kĩnkirsi). En sus de ces divinités, les Moose demeurent convaincus que le malheur, la maladie et la mort sont tributaires de la malveillance humaine incarnée par les nin-wẽnse (êtres malfaisants), les sõaaba (mangeurs d’âmes) et les tι-rιtba ou tι-tuudba (les adeptes de sortilèges) dont il faut se protéger en ayant recours à des fétiches (tẽnkuga) ou à des libations.
En dépit de leur foi musulmane, des Yarse se sont servis du Coran et des ouvrages religieux comme des talismans conférant amour, puissance et prospérité. Pour les souverains moose, les Yarse possèdent des pouvoirs magiques extraordinaires dont l’utilité est perceptible à travers les bénédictions prodiguées :

« En échange des privilèges, les Yarse avaient des devoirs vis-à-visduroiet de son royaume : servir et protéger le moog-naaba et tout son empire contre les puissances invisibles et les ennemis magiquement puissants. Pour cela, chaque vendredi matin, leurs représentants allaient le saluer et lui faisaient des bénédictions et des doosé » [43].

Convaincus de la puissance occulte des Yarse, les souverains moose ont progressivement commencé à manifester une certaine défiance vis-à-vis de leurs conseillers spirituels traditionnels (Poeese, Tẽngsob-n-dãmba, Benda, Sãeeba, Yõgse, Silmiisi, bagba et tιιm-dãmba) [44] qui vont nourrir, en retour, une rancoeur à l’égard des Yarse. C’est ce qui sous-tend les relations à plaisanterie que les Yarse entretiennent avec tous ces clans de Moose, sur un fond d’hostilité historique :

« L’arrivée des Yarse au Moogo, en dépit de la bienveillance des Nanamse (ou à cause justement d’une telle bienveillance) a suscité une vague d’hostilités de la part de plusieurs groupes claniques. Mais devant l’impossibilité de voir disparaître l’adversaire par le recours à une violence physique (rendu improbable du fait de l’autorité des nanamse), ces différents groupes vont s’accepter et apprendre à vivre ensemble. Et à défaut d’être des parents, ils vont sublimer leurs différends et engager les pulsions mortifères sur des voies socialement valorisantes et valorisées que l’on nomme rakιιre ou dakιιre (alliance à plaisanterie) » [45].

Les Moose ont rapidement perçu les Yarse comme de nouveaux féticheurs qui possèdent de puissants sortilèges. Mais contrairement aux autels des Moose maculés du sang, des poils et des plumes des animaux sacrifiés [46], l’espace de prières des Yarse doit demeurer propre. C’est ce que dévoile la devise qui affirme que « Le chien ne saurait être promis en holocauste à l’espace de prières » (Gĩngr kõn pulem baaga). Outre le fait qu’aucun animal n’est égorgé sur le lieu de prière, le chien est considéré, en islam, comme un animal impur.
Pour s’attirer les bonnes grâces de Dieu, et permettre une fructification de leurs commerces, les Yarse n’hésitent pas à recourir à des fétiches qui leur sont propres : « Tιιm duglg n maneg beoogo » [47] (Trad. « La potion en cuisson pour rendre demain meilleur »).
Compte tenu de toutes ces connaissances et de toutes ces pratiques, les Yarse ont suscité de l’admiration et de la crainte auprès des différents clans de Moose (à l’exception des Nakomse) :

« Quant à la crainte, elle provient du fait qu’ils étaient marabouts et que les Mossi n’hésitaient pas à venir consulter pour avoir des remèdes contre les sorciers et tous les mauvais génies » [48].

Il faut souligner que certains Yarse possèdent des sortilèges (susceptibles de nuire) et s’adonnent à des pratiques animistes [49]. En dépit du fait que l’islam (autant que le christianisme) a combattu le masque africain comme la manifestation la plus achevée du paganisme, il se trouve des groupes de Yarse qui possèdent le culte du masque :

« Les danseurs du Yale (danse caractéristique des Yarse) portent un costume en tissu et en fibres tressées ; ils dansent à visage découvert ; certains d’entre eux portent cependant une cagoule en tissu (Nimbolofo), couverte d’amulettes diverses (cauris, bec de calao, talismans en cuir de forme géométrique...), ressemblant exactement à celle des griots bwaba. Pour les Yarse, ces masques-cagoules permettent de voir l’invisible, et plus particulièrement le mauvais sort (pebre) qu’un sorcier pourrait jeter à l’un des danseurs » [50].


Les Yarse ont contribué à faire entrer, dans le Moogo ancien, le commerce, l’écriture et l’islam. Il s’agit de trois valeurs qui auraient pu profondément changer la culture des Moose, n’eût été la force de résistance des traditions qui ont, par moments, plié, mais sans jamais rompre. En effet, l’islamisation n’a touché, au début, que la personne du chef, sans toutefois atteindre la structure de la chefferie qui reste profondément animiste. De ce fait, les chefs islamisés n’ont pas trouvé nécessaire de mener une action de prosélytisme auprès de leurs sujets. Dans la mesure où l’islam libère de la soumission servile des princes et des rois, à l’instar des Yarse qui jouissent de certaines prérogatives dans les cours royales, de nombreux Moose (de condition ordinaire) ont préféré épouser la nouvelle religion et exercer une activité lucrative ; toutes choses qui leur assurent un bien-être matériel, une indépendance financière et une considération sociale. En effet, de nos jours, il paraît presque inconvenant de se réclamer exclusivement des pratiques religieuses animistes. Du reste, les institutions modernes n’offrent d’espace et de temps qu’aux religions dites révélées. Venus au Moogo comme de simples migrants, les Yarse, loin de s’être dilués, ont réussi à yarsifier [51] le Moogo en faisant, de nos jours, de l’islam [52] la principale religion des Moose, et du commerce la principale activité des Moose, après l’agriculture.

BIBIOGRAPHIE

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- L’Odyssée du pouvoir. Un royaume africain : Etat, société, destin Individuel, Paris, Eds. Ecole des Hautes Etudes en sciences sociales, 1992
KI-ZERBO, Joseph, Histoire de l’Afrique noire d’hier à demain, Paris, Hatier, 1972.
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NIKIEMA, Norbert et KINDA, Jules, Dictionnaire orthographique du moore, Ouagadougou : SOGIF, 1997.
OUEDRAOGO, Albert, Poétique des chants de funérailles de chefs en pays moaaga, Thèse de doctorat, Université de Limoges, UER Littérature comparée, 1986.
- « L’Epopée des Mosse ou la problématique quête de l’identité nationale », in Cahiers du CERLESHS, n°13, Ouagadougou, 1996.
- « La Bendrologie en question », in Annales de l’université de Ouagadougou, 1988.
- « Les Yarse ou le refus de la mossification », in Ethiopiques n° 80, Dakar, 2008.
PACERE, Titinga Frédéric, Bendr n gomde, Ouagadougou, Maison Pousga, 1988.
SKINNER, Percival Elliot, Les Mossi de la Haute-Volta (The Mossi of the Upper Volta : The political development of a Sudanese people), traduit par Tanneguy de Liffiac), Paris, Editions Internationales, 1972.
TIENDREBEOGO, Yamba, Histoire et coutumes royales des Mossis de Ouagadougou, Ouagadougou, Présence Africaine, 1964.
- Contes du Larhallé, Ouagadougou, Chez le Larhallé, 1964.
- Mogho ! Terre d’Afrique. Contes, fables et anecdotes du pays mossi, rédigés et présentés par P. AROZARENA, Ouagadougou, Chez le Larhallé, 1976.
VOLTZ, Michel, Le Langage des masques chez les Bwaba et les Gurunsi de Haute-Volta, Ouagadougou, 1976.
YILBUUDO, Jean T, Approche littéraire de la tradition orale moaaga et Perspectives kerygmatiques, mémoire, Séminaire de Koumi, Haute-Volta, 1971.

ANNEXES

1. Liste généalogique des souverains telle que récitée par les Benda (griots) du royaume de Ouagadougou [53]

Nom Nom
1 Naab a Wedraoogo 20 Naab a Wubi
2 Naab a Zũngrãana 21 Naab a Motba
3 Naab a Wubri 22 Naab a Warga
4 Naab a Naskẽeme 23 Naab a Zõmbre
5 Naab a Nasbιιre 24 Naab a Koom
6 Naab a Soarba 25 Naab a Saaga
7 Naab a Yĩng-Neongo 26 Naab a Rulgu
8 Naab a Kũmd-m-ye 27 Naab a Sawadgo
9 Naab a Kυυda 28 Naab a Karfo
10 Naab a Rãwegma 29 Naab a Bãoogo
11 Naab a Zoetrebusma 30 Naab a Kutu
12 Naab a Yãndfo 31 Naab a Sãnem
13 Naab a Na-kẽ-m 32 Naab a Wobgo
14 Naab a Namege 33 Naab a Sigri
15 Naab a Kiida 34 Naab a Koom II
16 Naab a Kιιmba 35 Naab a Saaga II
17 Naab a Goabga 36 Naab a Kugri
18 Naab a Gιgma 37 Naab a Bãoogo II
19 Naab a Zãana

2. Corpus des devises des Yarse

Devises en moore Devises traduites en français
1 Bi-peel-lebre kõn bãng yalem Il est impossible de deviner la déficience mentale du mort-né
2 Yer-bi toand dagr na kuil a zaala Le jeune homme frivole retournera bredouille
3 Rι-gõsgo n paam yõodo Mal se nourrir pour mieux gagner
4 Gυυr moonem tõt saabo La rougeur de la cola qui refuse de s’affadir
5 Sag-raadem noom yιιd moende La pâte de céréale vendue est meilleure à celle faite à domicile
6 Zιlg bõang n kẽn tẽnga Faire porter la charge à l’âne et se contenter de marcher
7 Pιιs baoor n moend sãan Racler le fond du grenier pour faire à manger à l’hôte
8 Tιιm duglg n maneg beoogo La potion en cuisson pour rendre demain meilleur
9 Paam- yaoog yĩm a naongo Le parvenu oublie les souffrances d’antan
10 Wĩntoog kẽnd n baood yυυre Marcher sous la canicule pour la quête du prestige
11 N mong a pυg n baood yυυre Se priver de nourriture pour la quête du prestige
12 Gĩngr kõn pulem baaga Le chien ne saurait être promis en holocauste à l’espace de prières
13 Leebg ka kυυd yãanga Le commerce ne saurait tuer un gamin
14 Tooll kõn maag sũuri La commission ne procure jamais une satisfaction totale
15 Pugl-mak yãmb kãare La coiffe plate qui occupe la nuque
16 Bag seb-zabdg kõn miim tãnga Le vent violent du devin ne saurait secouer la montagne
17 Yar-bi tõandg kõn zιlg baaga kal bõanga » [54] Le jeune commerçant ne saurait faire porter la charge à un chien ; il lui faut impérativement un âne
18 Zĩ-peen-sõng dυυg teedo La belle clairière et les marchandises sont installées
19 Sẽn sik lebg raaga Le marché surgit dès que la marchandise est déposée
20 Pa ta yir n tiid saong [55] Le hangar se construit avant d’atteindre la demeure
21 N yã kυk n bilg ne zãnde Voir un caïlcédrat et le confondre avec un hangar
22 A sor kaoogr kõn tong raodgo On ne combat pas la malchance (route brisée) en utilisant une passerelle
23 Yεrg bi-toandga kõn gõog sigri Le jeune colporteur Yarga ne saurait arrêter la course de l’hivernage
24 Tĩmbd ko-beed yũuda Le buveur des eaux sales de Tombouctou
25 Sãd beoog n gom ne Wẽnde Etre matinal pour converser avec Dieu
26 Pυυg faagẽ nok raaga Le champ amaigri qui oblige à se réfugier au marché
27 Dυυg Zoor n wa ne yamb Remonter à Zooré et ramener avec des esclaves
28 Kitaab-korg kõn medg bãoko La sacoche contenant les kitabs ne saurait blesser l’épaule
29 Kẽ-kẽ kõn medg noore kẽ-kẽ ne saurait écorcher la bouche
30 Pυυs-laag zem ne sĩnga La bouilloire est égale à la jarre
31 Lιng koom yιιd yυυre L’eau de la gourde est meilleure à celle de la jarre

4. Noms patronymiques des Yarse

NOM
1 BAGUIAN
2 DERA
3 GUIRA/ GUIRE
4 KANAZOE
5 KOANDA
6 PAFADNAAM
7 RAABO
8 SAKANDE
9 SANA
10 SANFO
11 SISSAO
12 SORE

[1] Université de Ouagadougou, Burkina Faso

[2] Cf. Albert OUEDRAOGO, « Les Yarse ou le refus de la mossification (1ère partie) », in Ethiopiques n° 80, Dakar, 2008.

[3] Les Yõyõose, Sukoomse et Ninisi sont des populations plus anciennement installées avant l’arrivée des Nakomse. De nos jours, on appelle Moose, toutes ces populations qui ont créé des brassages. Les Silmi-Moose sont le produit du métissage biologique entre les Moose et les Peuls (Silmiise en moore) avec adoption, pour ceux-ci, du moore comme langue de communication.

[4] « Les pratiques et les références culturelles des Yarse sont susceptibles d’entrer en conflit avec les certaines des valeurs moose et de créer des difficultés de co-existence. Une telle éventualité a été levée grâce aux alliances plaisantes (rakiire) que les Yarse ont tissées avec leurs ennemis ou adversaires du passé » dans « Les Yarse ou le refus de la mossification » (Albert OUEDRAOGO), in Ethiopiques n° 80, Dakar, 2008, p. 7.

[5] Comme l’écrit KOUANDA, A. : « ...les femmes restaient pour s’occuper des enfants et des vieux qui étaient restés dans les familles. », op. cit., p. 77.

[6] OUEDRAOGO, A., Poétique des chants de funérailles de chefs en pays moaaga, Thèse de doctorat, p.164, vers 8.

[7] Idem., p. 486-487 ; vers 7-9 et vers 1-2).

[8] Idem., p. 331, vers 2.

[9] Dans les rapports de plaisanterie qui unissent les Yarse aux Moose, il est rappelé l’amour du Yarga pour le lait : « Bĩnegãsg lυi Yεrg bĩismẽ, t’a sak-a n fõog-a n yaool n lob-a, la a yeel-a : f waa ne f sablem, f le loogda ne f sablem ! (trad. Un bousier tombe dans le bol de lait du Yεrga. Celui-ci la prend, la suce et la rejette avant de lui dire : tu es venue noire et tu repars noire ! »).

[10] PACERE, T., Bendr n gomde. (la traduction est en partie de nous), p. 219-220, vers 575 à 582.

[11] OUEDRAOGO, A., ibidem, p. 405, vers 2.

[12] Idem., p. 487 vers 1.

[13] Idem., p. 358, vers 4.

[14] Extrait de Bendr n Gomd de T. PACERE, p. 218. La traduction est de nous.

[15] Extrait de Poétique des chants de funérailles de chefs en pays moaaga, p. 342.

[16] Extrait de Bendr n gomd, p. 220. Traduction : « Le buveur des eaux sales de Tombouctou » ; il s’agit de la mythique ville de Tombouctou (Mali).

[17] KOUANDA, A., op.cit., p. 74.

[18] Traduction : « Remonter à Zooré et ramener des esclaves ».

[19] Extrait de Poétique des chants de funérailles de chefs en pays moaaga, p. 405, vers 2.

[20] Ibid., p. 487 vers 1.

[21] Ibid., p. 331, vers 3.

[22] KOUANDA, A., op.cit., p. 73 ; des propos d’El Hadj Kouanda Souleymane recueillis le 23 juillet 1978.

[23] Un proverbe en moore, ainsi libellé « zι n yãnd noaaga, tι yũnugd a rẽnd kulgẽ », stipule que celui qui n’a jamais possédé un poulet se croit obligé de conduire le sien à la rivière pour le faire boire. En pays moaaga, seuls les ruminants (moutons, chèvres, ânes, bœufs, etc.) font l’objet d’une telle attention. Pour la volaille, l’on utilise un petit abreuvoir approprié (no-sare) à l’intérieur des concessions ; point n’est besoin de se rendre au puits ou au marigot.

[24] KOUANDA, A., op. cit, p. 57. Une telle attitude est perceptible à travers les chants de louanges adressées aux Yarse..

Les rapports entre les Yarse et les autres membres de la communauté moaaga sont bâtis sur des liens complexes, sur fond de rivalité et de conflits larvés[[Voir la première partie de la présente étude.

[25] KOUANDA, A., op. cit., p. 69. Mais dans son étude, KOUANDA reconnaît certaines violences dont les Yarse sont victimes lorsqu’il écrit : « Au sortir des villages, la caravane n’était pas à l’abri des brigandages et il fallait qu’elle s’arme ‘’jusqu’aux dents’’. Certains chefs mossi recevaient des cadeaux et en échange ils assuraient leur protection jusqu’à la limite de leur royaume », p. 76.

[26] TIENDEBEOGO, Y., Contes du Larhallé, Ouagadougou : chez le Larhallé, 1964 ; p. 193.

[27] OUEDRAOGO, A., Poétique des chants de funérailles de chefs en pays moaaga, p. 330.

[28] La nudité physique se dit « zaala » en moore.

[29] Leb nug zaala signifie “repartir les mains vides”.

[30] NIKIEMA, N. et KINDA, J., Dictionnaire orthographique du moore.- Ouagadougou : sous-commission nationale du mooré, 1997 ; p. 285.

[31] Trad. « L’hivernage est en train de s’en aller ». Le paysan doit s’activer pour profiter du « séjour » de l’hivernage qui dure trois à quatre mois pour apprêter le champ, semer les grains, désherber et récolter.

[32] A. KOUANDA situe l’arrivée des premiers Yarse au Moogo au XVIe siècle dans Les Yarse : fonction commerciale, religieuse et légitimité culturelle dans le pays moaga (évolution historique), Thèse de doctorat, Université de Paris I Sorbonne, 1984, p. 111.

[33] Voir note 39.

[34] KOUANDA, A., p. 51.

[35] KOUANDA, A., Les Yarse : fonction commerciale, religieuse et légitimité culturelle dans le pays moaga (évolution historique), Thèse de doctorat, Université de Paris I Sorbonne, 1984.

[36] Association pour l’Appel à l’Islam, Essai d’interprétation du Coran inimitable, p. 734, verset 22.

[37] Les ouvrages religieux inspirés du Saint Coran.

[38] Onomatopée pour guider les ânes.

[39] La bouilloire.

[40] La bière de mil est appelée en jula « dolo ».

[41] PACERE, T., Bendr n gomde ; p. 219, v. 577.

[42] KOUANDA, A., p. 45.

[43] KOUANDA, A., p. 71.

[44] Les différentes appellations désignent des composantes de la mosaïque moaaga. Certains termes font référence à des appartenances claniques (Poeese : les devins royaux ; Tẽngsob-n-dãmba : les populations paysannes antérieurement installées avant l’arrivée des Nakomse ; Benda : les griots généalogistes qui usent du tambour-gourde ; Sãeeba : les populations ninisi forgerons ; Yõgse : les artisans joailliers travaillant les métaux précieux tels l’or, l’argent ou le bronze ; Silmiisi : les populations fulbé, communément appelées Peul) tandis que d’autres désignent des activités spirituelles (bagba : devins et tιιm-dãmba : féticheurs ou guérisseurs).

[45] OUEDRAOGO, A., « Les Yarse ou le refus de la mossification », p. 19.

[46] Comme l’écrit Ahmadou KOUROUMA : « Le sang, vous ne le savez pas parce que vous n’êtes pas Malinké, le sang est prodigieux, criard et enivrant. De loin, de très loin, les oiseaux le voient flamboyer, les morts l’entendent, et il enivre les fauves. Le sang qui coule est une vie, un double qui s’échappe et son soupir inaudible pour nous remplit l’univers et réveille les morts » dans Les soleils des indépendances, Paris, Seuil, 1970, p. 147.

[47] OUEDRAOGO, A., p. 342, vers 4.

[48] KOUANDA, A., p. 73.

[49] Contrairement à ce que nous écrivions dans notre thèse : « Par opposition aux Yõyõose, nous pouvons ici parler de fétiches positifs car le Yarga ne cherche pas à nuire, mais seulement à s’attirer les faveurs des dieux » dans Poétique des chants de funérailles de chefs en pays moaaga, p. 651.

[50] VOLTZ, Michel, Le Langage des masques chez les Bwaba et les Gurunsi de Haute-Volta, Ouagadougou, 1976 ; p. 80-81. Ce que VOLTZ nomme « Yale » est « yarma », danse caractéristique des Yarse.

[51] Selon KOUANDA, Assimi, il s’agit du processus qui transforme les Moose en Yarse par adoption de l’identité yarga à travers l’adoption d’un patronyme (Kouanda, Guira, Sanfo, Kanazoe, Raabo, etc.) et/ ou la pratique de l’islam et du commerce.

[52] Actuellement, les Yarse ne sont pas tous des adeptes de l’islam. Il en existe de plus en plus qui épousent le christianisme ou qui ne se réclament d’aucune religion !

[53] Nous nous sommes inspirés de la liste établie par le Lagl-naaba Yamba TIENDREBEOGO dans Histoire et coutumes royales des Mossis de Ouagadougou, sous la rédaction de Robert PAGEARD, Ouagadougou, Présence Africaine, 1964.

[54] PACERE, Titinga, Bendr n gomde, Ouagadougou, Maison Pousga (s.d.), p. 217.

[55] Extrait de Bendr n Gomd de T. PACERE, p. 218. La traduction est de nous.




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