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Ethiopiques n°83.
Littérature, philosophie et art
2ème semestre 2009

Auteur : Joseph TEGUEZEM [1]

Etymologiquement, l’éthique ou la morale désigne de façon non différenciée - en grec et en latin - les mœurs, les habitudes naturelles ou acquises relatives à la pratique du bien et du mal. Ces habitudes sont généralement codifiées et destinées à régir les conduites des hommes qui vivent dans une même société. D’après André Lalande, la morale est précisément « l’ensemble des prescriptions admises à une époque et dans une société déterminée, l’effort pour se conformer à ces prescriptions, l’exhortation à les suivre » [2] ou l’« ensemble des règles de conduite tenues pour inconditionnellement valables » [3]. Ce faisant, M. Hémon considère la morale comme « toute doctrine qui prétend fonder sur des principes théoriques une téléologie idéale, et une obligation » [4]. On rappellera donc un individu à l’ordre en lui donnant ou en lui faisant des leçons de morale, en lui prescrivant des valeurs idéales qui doivent réguler sa pensée, ses actes et vers lesquelles il doit tendre perpétuellement. La morale ou l’éthique [5] est en définitive cette discipline normative qui porte non seulement des jugements de valeur sur nos différentes conduites qualifiées de bonnes ou de mauvaises, mais qui cherche également à répondre aux questions suivantes : Que dois-je faire ? Que dois-je faire pour bien faire ? Que dois-je faire pour être heureux ? Que devons-nous faire pour être heureux ensemble ?
Au rebours de l’éthique, le développement se définit en termes de croissance, de progrès ou d’extension. Cette croissance peut être quantitative et /ou qualitative. La quantité concerne la valeur numérique de ce qui est pris en compte alors que la qualité concerne plutôt la manière d’être de ce dernier ou ce qui le rend recommandable. Lorsque la croissance est quantitative, on parle du développement matériel parce qu’il s’agit justement de l’extension numérique des biens produits et consommés dans une société. Lorsque la croissance est qualitative, on parle plutôt du développement mental parce qu’il fait corps avec l’évolution intellectuelle et morale des acteurs en jeu. La différence entre les deux types de développement est telle qu’ « un pays peut atteindre un niveau de croissance élevée sans pour autant amorcer une véritable politique de développement dès l’instant où l’accroissement des biens matériels n’entraîne pas une mutation qualitative de l’être profond » [6].
Ainsi, pour celui qui a une conception matérialiste du développement, l’éthique et le développement constituent deux domaines spécifiques l’un par rapport à l’autre, car l’éthique est l’univers des normes, des devoirs, des obligations et des valeurs humaines tandis que le développement est le domaine de la croissance des biens de consommation. Il n’y a pas une corrélation mécanique entre éthique et développement. Ce sont deux notions qui sont a priori superflues l’une par rapport à l’autre. Toutefois, la spécificité de l’une et l’autre notion implique- t- elle que l’éthique et le développement sont condamnés à se rejeter dos à dos ? Peut-on accréditer la thèse selon laquelle éthique et développement sont deux notions superfétatoires l’une par rapport à l’autre sans ruiner en même temps le développement comme ce processus global [7] qui intègre à la fois les variables quantitatives et qualitatives ? En dépit de leur antinomie première, l’éthique n’est-elle pas a posteriori le socle même d’une vision du développement qui a pour finalité d’accroître l’humanité en l’homme au lieu de la détruire ?
Pour répondre à ces questions, nous procéderons en deux temps forts. Dans un premier temps, nous montrerons que si l’éthique n’est qu’une entité métaphysique coupée du reste du monde d’une part, et le développement l’expression de la croissance exclusive des biens matériels destinés à la commercialisation et à la consommation d’autre part, les deux notions se rejetteraient indéfiniment dos à dos. Dans un second temps, il sera question de transcender l’antinomie première constatée des deux notions par la postulation d’une urgente et effective moralisation du développement, aux fins d’assurer à l’homme un accomplissement et épanouissement optimums.

1. ETHIQUE ET DEVELOPPEMENT : DEUX NOTIONS SUPERFETATOIRES L’UNE PAR RAPPORT A L’AUTRE ?

L’éthique contre le développement

Le développement matériel apparaît comme étant déshumanisant, voire superflu à une certaine morale traditionnelle africaine qui n’en voit pas un agent indispensable de réforme ou de progrès moral. Cette morale [8] considère en effet l’accumulation effrénée des biens matériels comme avilissante, car cette accumulation s’enlise dans la satisfaction inique des besoins économiques au grand dam d’une vie morale, spirituelle et rigoureusement orientée vers Dieu, comme si le développement concernait seulement l’homo economicus. Le problème demeure alors celui de savoir s’il suffit de produire et d’accumuler les biens matériels pour que soit assuré le développement humain.
Dans L’Aventure ambiguë, Cheikh Hamidou Kane fait en effet état d’une pensée religieuse (morale) africaine (traditionnelle) située aux antipodes d’un développement sinon d’une civilisation occidentale (moderne) qui a douté progressivement de l’existence de Dieu jusqu’à le tuer définitivement pour exalter la toute-puissance de l’homme et le caractère frénétique de son travail :

L’Occident [...], écrit - il, a commencé, timidement, par reléguer Dieu « entre des guillemets ». Puis deux siècles après, ayant acquis plus d’assurance, il décréta : « Dieu est mort. » De ce jour, date l’ère du travail frénétique. Nietzsche est contemporain de la révolution industrielle. Dieu n’était plus là pour mesurer et justifier [9].

Il est évident que pour cette morale africaine traditionnelle, le salut de l’homme n’est ni dans l’accumulation délirante des biens matériels, ni dans l’infidélité à Dieu, mais dans la foi et l’obéissance renouvelée en Dieu. A la vérité, le sujet d’une pareille morale n’est pas enraciné dans ce monde, même si, par ailleurs, il a une conception déifiée de ce monde. Il est engagé en Dieu au point que sa vie n’est pas à proprement parler la sienne mais celle de Dieu. Ses efforts quotidiens se traduisent par conséquent en prières constantes, assorties d’une vie ascétique dans laquelle le corps et ses désirs mondains sont regardés comme les bourreaux de l’âme. Ici, tout se passe comme chez le sage platonicien pour qui le corps est un tombeau pour une âme éprise du salut du monde intelligible, donc du paradis céleste. La prolifération des églises, des idoles, des sectes et le fanatisme religieux participent sans doute aujourd’hui de cette conquête passionnée du paradis céleste, même si, de l’avis du philosophe camerounais Ebénézer Njoh Mouelle, « la multiplication des sectes religieuses [...] ne sont pas autre chose que des actes d’escroquerie en matière de vente du paradis à des fidèles en proie à des difficultés quotidiennes de survie » [10].
D’après l’Occident, le développement implique un combat acharné contre l’agressivité du monde extérieur via une maîtrise scientifique des lois de la nature. Or cette manière de concevoir le développement est plutôt, aux yeux du moraliste traditionnel africain, une désacralisation de la nature, une contestation de l’ordre divin. Il refuse donc d’enraciner le développement dans la domination du monde extérieur et notamment dans la quête frénétique des richesses matérielles. Lorsque Karl Marx critique et qualifie la religion de ses prédécesseurs (christianisme) comme l’opium du peuple, c’est justement parce que la morale qu’elle enseigne est une leçon d’inhibition, c’est-à-dire un discours d’ensommeillement et d’aliénation des consciences créatrices et révolutionnaires concernées. La même critique est valable pour une morale traditionnelle africaine qui convie son sujet à démissionner devant un monde dont la transformation devient de plus en plus préoccupante pour se retrancher dans sa tour d’ivoire. Mais toute la question qui reste en suspens est celle de savoir si le développement n’est qu’une idée, c’est-à-dire je ne sais quelle inhumaine entité planant dans le ciel de mystérieuses essences divines.
Le développement est en effet celui d’un homme qui garde « les pieds sur terre ». Il n’implique pas cet angélisme qui fait de l’homme un être désincarné. Le moraliste traditionnel africain a une conception purement spéculative du développement qui l’enferme du coup dans l’inertie, dans la contemplation et l’interprétation divine du monde. Or, comme le disait à juste titre Francis Bacon, « les hommes doivent savoir que dans ce théâtre de la vie humaine, il ne convient qu’à Dieu et aux anges d’être spectateurs » [11]. S’adressant en effet à Samba Diallo, icône de la morale traditionnelle africaine dans l’Aventure ambiguë, le Chevalier affirme que « la contemplation de Dieu est l’œuvre pie par excellence » [12] et que « si un homme croit en Dieu, le temps qu’il prend à sa prière pour travailler est encore prière. C’est même une très belle prière » [13]. Ainsi, pour le Chevalier, l’épanouissement de l’homme en général et de l’homme occidental en particulier est dans le travail permanent et non dans la contemplation stérile de Dieu, comme le prétend paradoxalement son interlocuteur Samba Diallo, car seul le travail passionné peut permettre à l’être humain d’ « obstruer le trou du besoin [...] en multipliant la richesse » [14]. La morale, sous-tendue par la fidélité sans faille à Dieu, n’est dès lors pour le Chevalier qu’une courtisane qui existe pour la satisfaction de l’esprit pur et non pour l’épanouissement concret des générations présentes et futures. C’est une morale idéaliste, égotique qui réduit le développement aux aventures du sujet absolu. Elle se présente donc comme le véhicule par excellence du développement transcendantal de l’esprit pur. Et en tant que tel, ce développement n’est qu’une masturbation intellectuelle qui méprise les leçons de l’expérience concrète. La fidélité à Dieu, donc l’obligation éthique, ne serait-elle qu’une entorse au développement, c’est-à-dire à la production et à l’accumulation frénétique des biens matériels à l’œuvre dans la civilisation occidentale ?

Le développement contre l’éthique

Le développement de la techno - science avec ses effets induits se démarque aujourd’hui de plus en plus de l’éthique ci-dessus décrite et tend même à l’ignorer systématiquement. La croyance en Dieu et la conscience morale sont ici étouffées, mises entre parenthèses ou tout simplement exécutées par les impératifs du progrès de la science et de la technologie, science et technologie considérées par les sociétés industrielles avancées comme des savoirs indispensables à une production toujours plus massive et performante des moyens et des biens de consommation.
Cette production s’intensifie, se mondialise et s’isole dans une sphère où les valeurs morales et divines n’ont pas droit de cité : c’est le règne de la concurrence, de la guerre des intérêts égoïstes, de l’inégalité, de l’injustice, de l’affairisme lubrifié par des considérations purement matérielles, de la profanation de certaines valeurs traditionnelles africaines. Dans son rouleau compresseur, la techno-science veut en effet confiner l’homme dans une véritable croissance unidimensionnelle. Il devient alors difficile de concilier la conscience morale de l’homme avec sa conscience matérielle. Si celle-ci n’anéantit pas carrément celle - là, elle la domine systématiquement et en fait un simple épiphénomène. Et pourtant,

Le développement matériel n’est pas la finalité dernière du développement ; il en est plutôt l’instrument. L’homme a besoin d’un optimum d’équipement matériel pour se libérer de l’entrave du besoin aliénant. Le danger serait donc de transformer le moyen en finalité, l’accessoire en l’essentiel [15].

Si l’Occident doit sa révolution industrielle aux travaux frénétiques des hommes de science et à la mise à mort de Dieu, l’on ne saurait en même temps nier que cette révolution est aussi mortifère pour l’homme lui-même. Après la mort de Dieu, c’est celle de l’homme qui a été programmée, car le développement consécutif à cette révolution persécute l’homme aux fins de produire et d’accumuler les biens de consommation. Il faut en effet reconnaître avec Cheikh Hamidou Kane que

L’homme n’a jamais été aussi malheureux qu’en ce moment où il accumule tant. Nulle part, il n’est aussi méprisé que là où se fait cette accumulation. C’est ainsi que l’histoire de l’Occident [...] paraît révélatrice de l’insuffisance de garantie que l’homme constitue pour l’homme [16].

Lorsque la production et l’accumulation méprisent et mortifient l’homme, elles cessent en même temps de faire de ce dernier la visée finale du développement. En effet, l’accumulation et la consommation massives des biens matériels ne sont pas toujours des critères d’un développement durable. Elles permettent seulement à l’homme de pallier certains besoins ponctuels dont la non satisfaction entraverait son épanouissement optimal. Accumuler pour accumuler signifie aussi consommer pour consommer. Et le risque de confondre le moyen avec la fin devient grand. La question même de la signification de notre existence, et notamment celle du sens que nous voulons lui conférer, semble fondamentale et prioritaire par rapport à la problématique même de l’accumulation et de la consommation.
L’hyper accumulation et l’hyper consommation ne vont pas sans affecter négativement le physique et le mental de l’homme, car une existence réduite à exécuter les mêmes gestes finit par se mécaniser, par s’engluer dans une vie unidimensionnelle, donc par annihiler toutes les capacités innovatrices de l’homme. Or notre existence n’a de sens que lorsque nous sommes capables de nous affirmer perpétuellement comme des hommes libres, en totalisant et en transcendant les multiples et différentes perspectives que nous offre notre « être-au-monde », au sens heideggérien de cette expression. Certes, les promoteurs du développement techno-scientifique promettent depuis des années reculées de l’histoire humaine d’assurer incontestablement par leurs activités respectives le progrès matériel, humain et moral. Mais de telles promesses sont -elles aujourd’hui tenues ?
En 1936, le politicien et scientifique Paul Painlevé écrivait à propos de la science : « C’est la science qui assurera aux sociétés humaines des lois et une organisation juste et rationnelle. Elle résoudra les problèmes sociaux de l’homme, en créant de nouvelles richesses qui n’auront été ravies à personne... » [17]. A cette déclaration, il faut ajouter celle du chimiste Marcelin Berthelot intervenue quelque temps avant, en 1897 : « C’est la science qui établit les seules bases inébranlables de la morale [...] La science joue un rôle capital dans l’éducation intellectuelle et morale de l’humanité » [18]. Et plus proche de nous, le biologiste Jacques Monod concluait en se demandant en 1970 :

Où donc retrouver la source de la vérité et l’inspiration morale d’un humanisme socialiste réellement scientifique, sinon aux sources de la science elle-même, dans l’éthique qui fonde la connaissance en faisant d’elle, par libre choix, la valeur suprême mesure et garant de toutes les autres valeurs ? [19].

En célébrant la science, ces savants en font non seulement le modèle archétypal de toutes les valeurs possibles, mais également le point d’ancrage ontologique de tout progrès : social, économique, intellectuel et moral. Ils considèrent la science comme un véritable humanisme. Or, à certains égards, cette glorification de la science n’est qu’une gloriole, en dépit de quelques bienfaits de ses résultats depuis le 19ème siècle : c’est elle qui, par ses applications, a soulagé l’homme de la misère, de la maladie, des longues distances, etc. Présenter en effet la science comme le baromètre de tous les secteurs d’activités humaines ou comme le point d’attache originel et original de tout progrès humain, c’est manquer d’humilité, de modestie. La connaissance scientifique n’est qu’un modèle particulier et même limité du savoir dans l’échiquier général des sciences relatives au monde et à l’homme. Le Progrès de l’humanité n’est pas le résultat des investigations d’un secteur du savoir isolé, mais le couronnement d’une intelligente confrontation entre des expériences scientifiques variées. Aussi constatons-nous, non sans le condamner moralement, que le prestige accordé aujourd’hui aux découvertes scientifiques entraîne parfois les savants dans des concurrences mortelles, l’autoritarisme et la tricherie. Ebénézer Njoh Mouelle nous donne un exemple fort condamnable de cette tricherie consécutive à l’activité de nos savants et notamment des fabricants des outils informatiques :

A un niveau de « subtilité » plus élevé, écrit-il, se trouvent les producteurs de logiciels informatiques ; en même temps qu’ils poussent à des mises à jour de tout le temps de nos ordinateurs, ils sont encore ceux-là qui lancent des virus dans le circuit de l’Internet pour revenir tranquillement nous proposer d’acheter les logiciels antivirus qui auront été produits en même temps que les virus qu’ils se chargent de détruire ! [20].

Le manque d’humilité, les rivalités et la tricherie orchestrés par les investigations scientifiques ne sont pas cependant les seuls maux qui condamnent moralement les savants. Les innovations scientifiques, technologiques et biotechnologiques sont aujourd’hui les causes de la majorité des violences perpétrées sur l’espèce humaine. Ce qui turlupine les consciences, ce ne sont plus tellement les guerres qui rendent précaires la sécurité et le séjour de l’homme sur la terre, mais « le terrorisme ontologique » auquel la nature humaine est aujourd’hui exposée. Car, A côté du terrorisme classique qui mobilise la planète depuis les tristes événements du 11 septembre 2001, l’on assiste à une autre forme émergente de terrorisme, qui mobilise moins les esprits : le terrorisme ontologique. Il se traduit par la dé / reconstruction, la falsification et le remodelage de la nature humaine au travers des techniques procréatives ; la perspective téléologique étant la production des bébés parfaits, ou bébés sur mesure, incarnation de la post-humanité annoncée, et soumis à une programmation génétique plutôt déshumanisante. On aura compris que c’est le devenir même de l’espèce humaine qui est en jeu ici [21].

Tout le problème devient donc le suivant :

L’être biotechnologique est-il un être humain, fils de Dieu ou de la Nature, jouissant de son autonomie, de son identité et de sa liberté, ou alors un être technique, fils de l’homme, ployant sous le joug de l’aliénation, de l’hétéronomie et de la détermination de l’autre ? Autrement dit, l’être issu de l’ingénierie procréatique, dont la configuration ontologique aura été remodelée, fait-il partie de l’espèce humaine ou de l’espèce technique ? [22].

Tout porte ainsi à montrer que le développement inauguré et entretenu par la techno-science ou par la biotechnologie n’est pas moralement une immaculée conception. Ce développement suscite des interrogations qui bouleversent notre conscience morale. On peut alors se demander, non sans pertinence, avec Axel Kahn : « Et l’homme dans tout ça ? » [23]. A la vérité, le savant qui s’enferme dans son laboratoire se préoccupe généralement de ce qu’il peut produire comme résultat de ses investigations. Il est guidé par ce qu’il convient d’appeler, dans le jargon du néolibéralisme économique, « l’axiomatique de l’intérêt » [24]. L’usage que les autres peuvent en faire ne le préoccupe guère. C’est à l’Etat ou à toute autre autorité compétente d’en veiller au bon usage. Toutefois, en dépit de leur hétérogénéité établie, faut-il soustraire le développement du jugement moral, si tant est que l’épanouissement optimal de l’homme prenne en compte aussi bien les apports matériels qu’intellectuels, donc moraux de ses divers efforts ?

2. L’URGENCE D’UNE ETHICISATION DU DEVELOPPEMENT

Soumettre le développement à une vigilance éthico -axiologique

A partir du moment où le développement issu de la technoscience du néolibéralisme économique et de la biotechnologie génère aussi bien le bien que le mal, le bon que le mauvais et se mondialise au galop, il est plus que jamais urgent de le soumettre à une vigilance éthico - axiologique qui se chargera précisément de dénoncer ses dérapages nocifs, de l’orienter vers des perspectives téléologiques toujours plus humanisantes, c’est-à-dire vers ce que Francis Fukuyama appelle à juste titre « les finalités humaines supérieures » [25] pour signifier les idéaux et les valeurs susceptibles d’accomplir l’humanité de l’homme.
Prises en effet dans le carcan de la pensée unique et de la mondialisation, les sociétés contemporaines semblent gérées comme une gigantesque entreprise par la logique marchande dominée par la finance internationale et les intérêts privés, à telle enseigne que les hommes politiques semblent ne plus avoir de pouvoir réel sur l’économie qui aurait ainsi pris le contrôle de la société au détriment de la politique. Bien plus, grâce aux nouveaux moyens de communication plus performants qui s’étendent à l’ensemble de la planète, le néocapitalisme libéral, inscrit dans une compétition commerciale,

Procède d’un choix de société tendant à transformer chaque personne en consommateur, prisonnier de besoins souvent artificiels où le désir et le plaisir sont les armes de la séduction. Le renouvellement intensif des biens de consommation devient alors le but essentiel de la vie. Cette machine économique nous enferme dans un schéma de jouissance matérielle immédiate où seule compte la satisfaction du présent. Cette philosophie hédoniste de la vie à court terme génère une grave rupture avec l’héritage du passé et se désintéresse, par conséquent, de toute vision d’avenir collectif. En ce sens il existe une fracture culturelle d’envergure au sens anthropologique, civilisateur, du terme. Nous vivons dans le culte intensif du spectaculaire, de l’immédiat, de l’éphémère, de l’exploit, du corps, tel qu’il est socialement, médiatiquement et commercialement organisé favorisant ainsi un enfermement individualiste qui donne l’illusion de la liberté alors qu’il ne renforce qu’un nouveau mode sournois d’aliénation, pour ne pas dire d’auto aliénation [26].

En d’autres termes, le néolibéralisme économique a comme support idéologique l’hédonisme, c’est-à-dire cette doctrine philosophico-matérialiste fondée sur la recherche frénétique et la satisfaction permanente des plaisirs, même des plaisirs les plus éphémères. La logique d’une telle idéologie étant d’investir, autant que faire se peut, sur la libido des consommateurs pour un désir toujours renouvelé sans que ces derniers ne se rendent compte du caractère aliénant et éphémère de leur opération. Cette idéologie est une philosophie de l’instant et de la séduction : pour elle, ce qui compte, c’est la satisfaction des désirs instantanés et l’excitation tous azimuts des passions corporelles des hommes intéressés. La rationalisation de cette satisfaction immédiate, l’impact de celle-ci sur la santé des clients, véritables machines à consommer, et la prévention de la satisfaction des futurs besoins ne sont jamais à l’ordre du jour. Tout se passe comme si cette idéologie néolibérale avait pour seul leitmotiv : « acheter, consommer d’abord et on réfléchira sur le reste après, car le plus urgent, c’est le présent et non le futur ». Comme l’on peut bien le constater, une pareille politique de la production et de la consommation ne répond pas à l’éthique d’un développement durable et humainement pensé. En effet, le 27 mai 2005, l’ASTS (Association Science Technologie Société) a organisé au Collège de France un séminaire international sur la question suivante :

« Y a-t-il une éthique propre à la recherche [scientifique] pour le développement ? ».Au cours de ce séminaire, le physicien et académicien Gérard Toulouse affirmait que les démarches scientifiques et éthiques sont cousines, car « la science, c’est se donner les moyens d’approcher la vérité. L’éthique, c’est se donner les moyens d’approcher l’agir juste [27].

A notre avis, ce rapprochement entre les démarches scientifiques et éthiques montre implicitement celui que l’on pourrait établir de façon similaire entre le développement issu des recherches scientifiques et l’éthique, car se développer, c’est se donner, comme la science, non seulement les moyens de s’approcher de la vérité, mais c’est également se trouver les moyens de vivre juste, humainement. En nous permettant de démêler le bon et le mauvais moyen, l’éthique nous recommande en même temps un usage rationnel, prudent et juste des moyens choisis.

L’éthique ou la dynamique humanisante du développement

La moralisation du développement nous permet en effet de le marquer d’une dynamique humanisante, car il ne signifierait rien si au lieu d’humaniser l’homme qui en est simultanément le sujet et la finalité, il contribue paradoxalement à l’émasculer, à l’instrumentaliser, à le marchandiser et à le réifier [28]. D’après Emmanuel Kant, l’homme est une fin et non un moyen. Aussi la moralisation du développement devrait-elle faciliter le libre et plein accomplissement de ce dernier. On ne saurait en effet promouvoir véritablement un développement sans s’interroger sur sa finalité, ses conditions d’usage et son impact sur l’humanité et la post humanité [29]. C’est à l’éthique que reviennent le sauvetage et la sauvegarde de l’âme humaine des ruines des excroissances d’un développement éconofasciste [30] prêt à faire de l’homme non pas un être sacré mais plutôt un produit manufacturé dont la marchandisation et la mondialisation obéiraient, comme tous les autres produits industriels, aux nouveaux canons du néolibéralisme économique. Les impératifs de compétitivité et de rentabilité qui sous - tendent en effet l’idéologie néolibérale sont quasi inhumaines et gangrènent par l’effet même de son expansion tous les secteurs d’activité.
Si, étymologiquement, l’éthique renvoie à un certain nombre de règles édictées et acceptées par tous dans une société comme guides par excellence du choix des valeurs et d’actions promotrices de la croissance dans toute son envergure conceptuelle, il ne serait pas erroné de conclure que les règles morales qui sont en vigueur dans une société sont en même temps celles de son développement. Ainsi, le véritable sujet du développement n’est pas l’individu enfermé sur soi, à l’instar de ce « marché global (avec) sa clôture inhumaine » [31]. Il est plutôt l’ensemble des individus qui la composent et font du respect de la réglementation et de la solidarité agissante le credo du succès collectif. Cette conception humanisante et totalisante du sujet du développement ne saurait cependant occulter la célébrité de certaines individualités qui peuvent se démarquer de la masse pour innover toutes seules et dans l’intérêt de tous. Loin de rejeter l’initiative individuelle, elle l’intègre en son sein. Elle met seulement l’accent sur le fait que le développement n’est pas le privilège des actions combinées des uns rompus à la tâche sous le regard contemplateur et parasitaire des autres.
Par ailleurs, la moralisation du développement ne peut véritablement l’humaniser que si elle est bien pensée : il faut d’abord savoir sur quoi fonder les lois éthiques avec lesquelles l’on veut lui insuffler une dynamique humanisante, l’orienter humainement et ensuite, si l’autorité à laquelle incombe cette tâche est suffisamment éclairée. Tout le problème serait donc de savoir s’il faut justifier le choix de nos options de développement par l’arithmétique des intérêts personnels (le plaisir du ventre, le vouloir-vivre, la volonté de puissance, etc.), par la raison ou bien par Dieu. Si l’autorité chargée de moraliser et d’humaniser le développement n’a pas de repères éthiques adéquats et une bonne maîtrise des jeux et des enjeux du type de développement poursuivi, le naufrage de la société serait inéluctable. Autant il doit éviter une morale purement idéaliste comme celle de l’Africain traditionnel, autant il doit éviter un développement comme celui de l’Occident spécialisé exclusivement dans la production des biens matériels. Rabelais disait que science sans conscience n’est que ruine de l’âme. En le plagiant, on peut également dire que développement sans morale n’est que ruine de l’âme, et inversement morale sans développement n’est que ruine du corps. C’est l’une des raisons pour lesquelles la problématique même des mentalités n’est pas en reste dans les causes du sous - développement.
En effet, dans son ouvrage intitulé Et si l’Afrique refusait le développement ? [32] Axel Kabou se demande fort pertinemment si, au seuil du XXI ème siècle après la colonisation, le sous - développement des pays d’Afrique noire est encore dû au manque des moyens de production et des ressources humaines qualifiées ou à une certaine mentalité. Répondant lui-même à cette question, l’auteur nous fait comprendre que ce sous-développement est beaucoup plus d’ordre mental, donc moral que matériel. Car le comportement de plusieurs africains est réfractaire au développement, ils accusent encore, et bien sûr à tort, aujourd’hui la colonisation et l’impérialisme européens qui ont déstabilisé l’Afrique et l’ont vidée de ses ressources matérielles et humaines. Les Africains gagneraient donc à se regarder de nos jours dans le rétroviseur de leur passé, non pas pour reconstruire sempiternellement les diverses contradictions et aliénations qui ont émaillé leur histoire, mais pour transcender celles -ci par l’adoption des mentalités innovatrices et porteuses de valeurs humanisantes. Toute théorie de développement est avant tout historiquement, politiquement et idéologiquement une construction où les croyances et les représentations diverses ne sont pas exclues.

CONCLUSION

Les conséquences néfastes et inhumaines d’un développement technoscientifique, biotechnologique et néolibéral, développement échafaudé par une neutralité axiologique sans pareille, remettent aujourd’hui la question de l’éthique sur la sellette. Heidegger disait que le philosophe est le gardien de l’Etre. Dans le même esprit, l’éthique doit être la gardienne du développement dans un univers menacé de déshumanisation, c’est-à-dire la base d’un développement durable et humain. Il n’y a « pas de développement véritable sans éthique » [33]. Il faut transcender la thèse selon laquelle les notions d’éthique et de développement sont superfétatoires l’une par rapport à l’autre vers une perspective qui, sans les confondre, s’interdit en même temps de les renvoyer définitivement dos à dos. Cheikh Hamidou Kane affirmait qu’« il faut au bonheur de l’homme la présence et la garantie de Dieu » [34]. Dans le même ordre d’idées, il faut au développement de l’homme la présence et la garantie de l’éthique. Le développement comme processus global est une combinaison nécessaire des variables quantitatives et des variables qualitatives. La quantité est de l’ordre du numérique et du matériel tandis que la qualité est du ressort du mental et de la valeur, donc de l’éthique. L’éthique contribue à coup sûr à protéger le développement contre les risques de déshumanisation de l’être humain, elle apparaît finalement comme le socle d’une vision du développement qui a pour objectif d’accroître l’humanité en l’homme au lieu de la détruire. L’opposition entre les notions d’éthique et de développement n’est donc pas à notre avis aussi radicale que la prétendue opposition platonicienne entre le corps et l’âme.

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WEBER, Max, Le savant et le politique, Introduction de Raymond Aron, Coll. ,10/18, Paris, Plon, n° 1003.


[1] Université de Dschang, Cameroun

[2] LALANDE, André, Vocabulaire technique et critique de la philosophie, Avant - propos de René Poirier, Paris, Puf, 1985, p.306.

[3] Ibid., p.655.

[4] Cité par LALANDE, A, ibid., en note, p. 306.

[5] Dans la présente réflexion, les notions d’éthique et de morale sont synonymiques. Nous nous en tiendrons donc uniquement à leur définition étymologique, bien qu’il existe, au-delà de cette étymologie, une différence fondamentale entre les deux notions.

[6] ADOUM, Mbaisso, « Contribution à une approche psychosociologique des problèmes de développement en Afrique », in Annales de la Faculté des Lettres et Sciences Humaines, Séries Sciences Humaines, vol. IV, n°2, Yaoundé, juillet 1988, p.41-53.

[7] Une véritable politique du développement tient compte de la double dimension matérielle et mentale de la croissance, c’est-à-dire qu’elle intègre aussi bien les variables quantitatives que les variables qualitatives dont les incidences sont mesurables à partir de l’épanouissement matériel, affectif, cognitif et moral de l’ensemble de la population. En effet, selon le Préambule de la Déclaration sur le droit au développement adoptée par l’Assemblée Générale du Haut - Commissariat aux droits de l’homme dans sa résolution 41/128 du 4 décembre1986, « le développement est un processus global : économique, social, culturel et politique, qui vise à améliorer sans cesse le bien-être de l’ensemble de la population et de tous les individus, sur la base de leur participation active, libre et significative au développement et au partage équitable des biens- faits qui en découlent ».

[8] Cette morale est comparable à « l’éthique de la conviction » dont parle Max WEBER dans Le Savant et le politique, Introduction par Raymond Aron, coll. ,10 :18, Paris, Plon, d. n°1003.

[9] KANE, Cheikn Hamidou, op. cit., coll. 10/18, Julliard, 1973, pp. 113-114.

[10] NJOH MOUELLE, Ebénézer, Discours sur la vie quotidienne. Essai, Afrédit Africaine d’Editions, février 2007, p.41.

[11] Cité par CUVILLIER, Armand, Partis pris sur l’art, la philosophie, l’histoire, Paris, A. Collin, 1956, p.68.

[12] KANE, Cheikh Hamidou, op. cit., p. 110-114.

[13] Id.

[14] KANE, Cheikh Hamidou, op. cit., p. 110-114.

[15] BIYA, Paul, Pour le libéralisme communautaire, Suisse, Eds Pierre Marcel Favre, 1987, p.98.

[16] Op. cit., p.114.

[17] PAINLEVE, Paul, cité par LEVY-LEBLOND, Jean-Marc, « La science dans l’idéologie », in Philosopher, les interrogations contemporaines, ouvr. Coll., S/D de Delacampagne, Christian et Maggiori, Roland, Fayard, 1980, p.375.

[18] Ibid., p.377.

[19] Idem.

[20] NJOH MOUELLE, Ebénézer, op. cit., p.35-36.

[21] TSALA MBANI, André Liboire, Biotechnologies et Nature Humaine. Vers un terrorisme ontologique ? Préface de Jean-Jacques Wunenburger, Paris, L’ Harmattan, 2007, Postface.

[22] Ibid.

[23] KHAN, Axel, Et l’homme dans tout ça ?, Paris, NIL Editions, 2000.

[24] ARONDEL, P., L’impasse libérale, Paris, Desclée de Brouwer, 1955, p.32.

[25] FUKUYAMA, Francis, La fin de l’homme, Paris, Table Ronde, 2002, p.194.

[26] FLAHAUT, François et GENEREUX, Jacques, « Economie, société et culture : quelles interactions ? 04 décembre 2003, in http:// www. asts. asso. Fr

[27] http:// www.asts.asso. Fr

[28] Parlant en effet de cette tendance de l’économie néolibérale à chosifier et à marchandiser l’homme, Ebénézer NJOH MOUELLE lève avec raison l’équivoque : « Si les choses ont un prix, les personnes humaines n’ont pas de prix. Ce sont des centres d’initiatives, des sujets, par opposition aux objets, bref ce sont des créateurs d’objets et des choses qui ne sauraient eux-mêmes se ranger au milieu des choses ni être vendus en entier ou en parcelles par le biais de leurs organes biologiques. La personne humaine est la mesure de toutes choses ; c’est elle qui est le centre autour duquel s’ordonnent les choses de ce monde, l’être qui est au cœur de tout échange et qui par conséquent n’entre pas lui-même dans la transaction des formes de l’avoir. Il est une conscience et c’est ce qui est sous-entendu quand on dit de lui qu’il est un sujet et non un objet [...] La conscience ne s’achète pas ; on n’achète que ce qu’on peut posséder ; ce dont on peut disposer à sa guise pour l’avoir entièrement acquis pour soi. La conscience qu’on peut s’imaginer avoir achetée demeure une liberté qu’on n’a pas mise et qu’on ne peut pas mettre dans sa poche, mais qui se réserve toujours la possibilité de se récupérer sur l’extérieur aliénant, de se rebeller, quitte à en subir toutes les conséquences y compris la mort physique. Il y a par conséquent dans l’ordre de la morale une évaluation qui n’a aucun rapport avec l’argent ou tout ce qui serait mercantile », op. cit., p.41-42.

[29] Cf. LECOURT, Dominique, Humain, posthumain, Paris, PUF, 2004.

[30] En effet, l’éconofascisme renvoie à la mondialisation ou globalisation d’une économie néolibérale et impérialiste qui fonctionne comme un empire selon ses propres lois et sans tenir compte d’un autre pouvoir et notamment du pouvoir étatique.

[31] Cf. AYISSI, Lucien, « Le marché global et sa clôture inhumaine », Communication à la Journée d’Etude de la faculté de Philosophie de L’Université Catholique d’ Afrique Centrale (U.C.A.C.) sur le thème : « Humanisme et Mondialisation », Yaoundé, juin, 2001.

[32] KABOU, Axel, op. cit., Paris, L’Harmattan, 1991.

[33] BIYA, Paul, Pour le libéralisme communautaire, p. 100.

[34] Ibid., p.114.




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