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Lamine NDIAYE, Parenté et Mort chez les Wolof. Traditions et modernité au Sénégal, Paris, L’Harmattan, 2009
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Ethiopiques n°83.
Littérature, philosophie et art
2ème semestre 2009

Auteur : Moustapha SAMB

Dans cet ouvrage, l’auteur L. Ndiaye nous montre avec intelligence la relation que le Wolof entretient avec la mort. Cet ouvrage pose aussi en filigrane la problématique du rapport entre la vie et la mort. Sous cet angle, il est clairement établi que la mort, dans la cosmogonie négro-africaine, n’est qu’une transition, un passage pour rejoindre l’autre phase de la vie qu’on appelle Au-delà. En Afrique, comme disait le poète Birago Diop, « les morts ne sont pas morts ». Cette vision est en porte-à-faux avec celle de la plupart des Occidentaux qui considèrent la mort comme la fin de la vie. A ce propos, l’Auteur, avec aisance, en s’appuyant sur une bonne documentation et des investigations de terrain adossées à des outils méthodologiques solides, nous présente une lecture africaine de la mort ; mieux, la façon dont le mort est perçue par les siens, je veux dire par les parents une fois sous terre.
Dans sa démarche, il s’appuie sur des auteurs occidentaux et africains qui font autorité dans le domaine de la sociologie et de l’anthropologie. Des auteurs européens comme Louis-Vincent Thomas, Patrick Baudry, Michel Woronoff et le Sénégalais Abdoulaye Bara Diop
L. Ndiaye fait également ressortir la dimension socioculturelle et la spécificité de la conception africaine de la parenté face à la mort. Il a manifestement voulu sortir des sentiers battus, en mettant à la disposition de l’universel des us et coutumes, des pratiques acestrales car l’animisme n’est pas synonyme de mécréance ou d’incroyance. Il se trouve seulement que le Dieu Un est tellement Grand, tellement Inaccessible qu’il fallait trouver ou inventer des divinités intermédiaires qui sont ses représentantes accessibles sur terre. Dans cette perspective, les religions monothéistes ont fait le reste en supprimant les divinités intermédiaires mais l’Africain est et a toujours été fondamentalement monotheiste. La mort, dans ce cadre, ne peut être que le prolongement de la vie. Ce n’est pas un hasard que lorsque quelqu’un meurt en Afrique, on dit qu’il est au Paradis. L’auteur apporte une contribution majeure à la diffusion et la vulgarisation des traditions de son peuple. Dans cet ouvrage, il met aussi l’accent sur la valeur et le sens social de la parenté, du matriarcat et la signification historique de la reproduction de l’espèce à travers la continuité transgénérationnelle de la famille, du nom et de la relation parentale. En Afrique, la mort revêt plusieurs facettes. Elle n’est pas seulement physique ou biologique, elle peut aussi être sociale. Ne pas laisser de progénitures est des fois interprété ou perçu comme une mort sociale alors que la personne considérée est toujours vivante.
Au Sénégal, les Wolof constitue le groupe ethnique majoritaire. Chez les Wolof tout un arsenal de pratiques, de croyances et de modèles est mis en branle pour envisager la mort comme une continuité. Le cimetière, espace symbolique, l’auteur l’a si bien dit, devient dans l’univers wolof le lieu par excellence de la cristallisation de la parenté renaissante. L’auteur ne s’est pas contenté dans son analyse de nous apprendre des choses sur la société wolof. Il a tenté, autant que faire se peut, de comparer les deux cosmogonies africaines et occidentales. Sous ce rapport, il nous apprend que l’Occidental observe une attitude de distanciation et de mise en silence de la mort et du discours sur la mort, à la place, il oppose une culture africaine qui tente de vaincre l’acte inéluctable par le truchement d’un ensemble de croyances, d’imaginaires et de pratiques quotidiennes.
La société wolof, pour paraphraser l’auteur, a servi de modèle pour montrer comment la mort, souvent associée à la fin éternelle dans les sociétés occidentales dites modernes, peut être perçue comme une phase transitoire vers un monde infini et bien défini : le village sous terre. En Afrique, comme l’affirme d’ailleurs Patrick Baudry, la question de la mort n’est pas exotique. Elle n’est ni étrangère, ni marginale. Chez les Wolof, penser la mort et en parler publiquement revient à méditer sur la vie et sa signification. Il n’y a pas de rupture entre la vie et la mort. Pour faire la démonstration de cette continuité entre la vie et la mort, L. Ndiaye s’est servi et de très bonne manière de l’institution parentale et de sa place dans la cosmogonie négro-africaine.





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