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DIKKO HARRAKOYE1, DEESSE DE L’AMOUR ET MERE UNIFICATRICE DU SAHEL
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Ethiopiques n°84.
Littérature, philosophie et art
1er semestre 2010

Auteur : Moussa HAMIDOU TALIBI [1]

Ce propos sur Harrakoye Dikko est une présentation d’un mécanisme traditionnel de prévention et de résolution de crises sociopolitiques entre des communautés différentes. Il s’agit d’une rationalité mythique qui a sa logique, sa cohérence systémique, ses motivations et ses enjeux. Comme le dit Hegel, les peuples déposent dans les arts, les religions, les philosophies ce qu’ils ont de plus cher [2]. Bref, ces éléments culturels, pour ceux qui se donnent les moyens de les appréhender dans la logique qui les fonde, ont leur contenu sémiologique, sémantique et axiologique qui leur procure légitimité et relief. Il faudra également les juger par rapport à leurs motivations et par rapport aux objectifs qu’ils visent. La rationalité mythique dont il est question ici est celle de la tradition songhay [3] - un des modèles des traditions culturelles des terroirs africains. Le mythe de Harrakoye Dikko, déesse du fleuve Niger, fait partie de ces visions du monde qui cherchent à mieux structurer les rapports des hommes. Dans le cas qui nous occupe ici, il s’agit des rapports devant régir les populations qui partagent les environs de ce grand fleuve d’Afrique de l’Ouest ; fleuve qui serpente sur une bonne partie du Sahel. Mais comment les Songhay ont-il cherché à rendre viables les rapports qu’ils entretiennent avec les autres communautés ? Comment, dans les conditions d’une rareté hydrique une construction mythique peut-elle favoriser une coexistence pacifique et un meilleur vivre ensemble entre des ethnies différentes ? Et qui est Harrakoye Dikko ? D’où vient qu’elle soit devenue la déesse du fleuve Niger ? De quelles populations sahéliennes est-elle la mère ? Que représente-t-elle pour les communautés qui lui consacrent un culte ? Notre argumentation se fondera sur les travaux de Jean Rouch et de Boubou Hama ; le premier, anthropologue et cinéaste français ayant consacré beaucoup de recherches aux Holley [4] (divinites songhay), le second, politicien, historien et homme de culture nigérien. Notre entreprise empruntera trois perspectives : la présentation de l’origine mythique du fleuve Niger et de sa déesse ; la description de la filiation trans-ethnique de Harrakoye, et l’exposé des mécanismes de la coexistence pacifique entre les communautés riveraines du fleuve Niger.

1. L’ORIGINE MYTHIQUE DU FLEUVE NIGER ET DE DIKKO HARRAKOYE

Les visions mythiques songhay du fleuve Niger et de sa déesse nous sont présentées, d’une certaine façon, par Boubou Hama dans Merveilleuse Afrique [5] en des termes qui rappellent l’origine du monde selon la cosmologie égyptienne - telle que systématisée par Cheikh Anta Diop dans Civilisation ou barbarie. En effet, selon Boubou Hama, le Niger – le fleuve – serait un rejeton séminal du Noun qui représentait pour les Egyptiens les « eaux primordiales », « les eaux noires » contenant les archétypes de tous les êtres. Des êtres que, selon Civilisation ou barbarie, Ra, « la première conscience (qui) émerge ainsi du Noun primordial » [6], fera émerger de l’obscurité et du chaos [7].
Mais, d’après Merveilleuse Afrique, le premier être à surgir du Noun n’était pas Ra : « Du fond des âges, ce fut l’Océan qui avait surgi. Et celui-ci était le « module » qui véhiculait Mami Wata dans son immense domaine, quand il n’y avait pas encore les fleuves, ni le Nil ou le Niger » [8]. Mami Wata [9] était, avant le surgissement de l’Océan, avant l’émergence de Ra. Elle serait confondue, en quelque sorte, à cette divinité qu’était le Noun, ces eaux primordiales :


Et l’eau était l’essence de la « vie », une « mère » dont l’eau noire était le berceau. Il y eut donc l’eau, et en son sein liquide, la « mère » de la vie, « Mami Wata », la dame aux serpents qui en faisait ses beaux colliers [10].

On peut donc dire que si Ra, le Dieu-soleil, représente pour les Egyptiens la divinité « qui va achever la création » [11], pour les Songhay, au contraire, Mami Wata serait celle qui donnerait naissance aux êtres vivants. L’image « la Dame aux serpents » est une métaphore pour parler de l’océan originel et de ses affluents, les fleuves. C’est dans ce sens qu’il faut comprendre ce passage de Merveilleuse Afrique :

Le Niger, ce n’est pas un fleuve, c’est de l’eau, de l’eau qui serpente, qui se tord, telle une vie, stylisée sous la forme du serpent d’eau, le « gorou-gondi » [serpent de rivière] ou le « hassou » [la pieuvre] des Zarma et Songhay, et l’eau fut quand le Niger n’existait pas encore [12].

Selon la cosmogénèse songhay, telle que présentée par Boubou Hama, les hommes vinrent plus tard, après le surgissement des océans et des fleuves. Comme dans la genèse biblique, les hommes, au lieu de vivre dans une bonne moralité, se pervertirent, en souillant, par la même occasion, « l’eau-vie » de Mami Wata. Dans sa « colère déluge », elle « vomit » de l’eau sur la surface de la terre, épargnant le prophète Noé :

Voilà, aurait dit Mami Wata à Noé, la vie que j’ai donnée m’a échappé. Elle se pervertit dans les espèces, et surtout chez les hommes. Les nombreuses filles que j’ai eues se livrent à la débauche. Elles se sont frayé un chemin sur la terre, par des routes d’onde, à l’image de mes colliers. Du ciel, un de mes fils, « Dongo » [13] leur envoie de l’eau. Il n’a même pas honte de s’accoupler à ses sœurs. Plus, chaque année, elles m’envoient leurs « baves » souiller mon domaine. Je veux les punir et, pour cela, afin de continuer les espèces sur une autre plateforme de vie, je t’ordonne de faire une grande barque pour en cueillir un couple par espèce [14].

Le déluge ne laissera derrière lui que Noé, les couples des espèces embarquées et les fleuves au fond desquels les filles rebelles de Mami Wata constituent leur royaume – « sur la lancée de la mauvaise éducation pour laquelle leur mère avait puni l’humanité du temps de Noé ».
Ainsi, Harrakoye serait une des filles rebelles de Mami Wata, comme le Niger, un des « serpents-colliers » de la déesse mère. La première Harrakoye, c’est-à-dire fille rebelle de Mami Wata, aurait fait son lit dans le Nil où elle aurait connu l’adoration des premiers pêcheurs traditionnels, les Sorko [15], qui lui sacrifiaient chaque année « une jeune fille vierge » [16] pour obtenir l’autorisation de pêcher les poissons, les caïmans et les hippopotames du fleuve. Mais, un jour, les Sorko durent quitter le Nil pour l’intérieur du Continent. Ils s’établirent sur le fleuve Niger après avoir successivement séjourné sur le Lac Tchad, la Komadougou Yobé et la Bénoué. Ce sont ces Sorko, devenus maîtres du fleuve Niger, qui sont chargés du culte [17].

Il importe d’ajouter qu’ils entretiennent avec les hommes des relations étranges comme le flirt ou le mariage. Voila comment Harrakoye, aux allures d’une belle Peule, en est arrivée à séduire des hommes, jusqu’à obtenir une progéniture avec eux. Elle est devenue de ce fait une sorte d’intermédiaire privilégié entre les génies et les hommes. Parmi les Holley, les Torou [18] apparaissent comme les maîtres des éléments naturels dont les eaux, la pluie, les animaux sauvages, la savane… Harrakoye est la Torou magistrale de laquelle descendent les autres. C’est des Torou que Harrakoye est la mère, et leurs pères proviennent d’ethnies différentes.
Harrakoye et ses enfants constituent les génies du fleuve qui sont sollicités pour des problèmes existentiels : une bonne saison des pluies, conjuration des maux qui menacent les individus ou la communauté a une bonne fécondité… A ce titre, des rites spécifiques – danses de possession, sacrifices, libations…– leur sont consacrés. La famille trans-ethnique que la mythologie songhay attribue à la déesse de l’eau va au- delà du Songhay et du Niger. La signification de cette filiation est à souligner ici. Elle pourrait bien remonter aux empires précoloniaux que sont ceux du Mali et du Songhay.
Selon le mythe, Harrakoye elle-même serait issue d’un mariage mixte, entre un Songhay et une Peule. Sa beauté est légendaire. Elle est présentée sous les traits d’une très belle femme peule, drapée seulement de sa longue chevelure noire. La nuit tombée, elle se met sur la berge pour tenter les hommes. Seuls les téméraires se hasardent dans les environs du fleuve à des heures indues. Mais la tentation étant plus forte que tout, plusieurs amants succombent à l’appel de la déesse et se comptent parmi toutes les ethnies riveraines du fleuve Niger. Elle aurait poursuivi le métissage en se mariant plusieurs fois avec des soupirants d’ethnies différentes ; soupirants qu’elle séduirait et qu’elle quitterait, selon la légende, dès qu’ils lui auraient donné un enfant. Mais la légende est muette sur les raisons profondes qui poussent la déesse de l’amour à repousser les amants, une fois ses désirs de maternité assouvis. Comme il arrive souvent, dans ces symbolismes du mythe, ces raisons sont à imaginer ou à interpréter en se fondant sur la moralité véhiculée.
Ainsi, on peut supposer que Harrakoye est à l’image de l’eau qu’on peut recueillir mais qui sait aussi se faire rare dans le désert et se soustraire au désir des hommes ; comme l’eau, elle est désir jamais assouvi ; comme l’eau, elle est la chose la plus désirée dans le Sahel. Comme chacun rève de disposer de l’eau, chaque soupirant espère garder Harrakoye pour lui ; mais, comme l’eau, elle vous laisse toujours sur votre « soif », avec sa beauté fatale.
De la même façon que le Peul berger symbolise le nomadisme, la rencontre et le métissage, Harrakoye incarne l’eau qui ne connaît pas de restriction frontalière, qui coule du continent vers la mer ; d’où on pourrait imaginer que chaque peuple riverain d’une mare, d’un fleuve ou d’une mer possède sa déesse de l’eau : n’est-elle pas, par exemple, la réplique de la déesse Djommayo, propriétaire du fleuve, telle que célébrée par les populations peules du village Ngaoulé riverain du fleuve Sénégal ? Harrakoye, n’est-elle pas la « Mami Wata » des pays côtiers comme le Bénin, le Togo ou le Ghana ? Harrakoye pourrait bien avoir des rapports, à rechercher, avec les croyances des autres peuples du Continent. C’est pourquoi on peut être d’accord avec Jean Rouch que

les races représentées dans ce petit groupe sont Songhay, Peul(h), Touareg, Gourmantché, Haoussa, Bella et Bariba. [Mais que] Harrakoy(e) eut encore d’autres fils avec des pères différents, selon son habitude….

On peut donc supposer d’autres ethnies non mentionnées par le mythe qui pourraient bien intégrer la filiation trans-ethnique de la déesse de l’eau. D’où la nécessité de rechercher en Afrique d’autres textes oraux ou autres sources pour des études plus approfondies sur la question. Mais, déjà, sur la base du tableau ci-dessous, on pourrait tirer les significations et les ressorts d’une telle construction fondée sur la tradition orale songhay. Nous sommes dans un contexte ou la matrilinéarité est un facteur important de socialisation et d’intégration systémique.

3. L’AMOUR FILIAL COMME FACTEUR D’UNITE ET DE COEXISTENCE PACIFIQUE

Le Sahel, on le sait, dans la période pré-coloniale, a été le théâtre de guerres pour l’espace vital et pour des questions de souveraineté sur un territoire ou un espace donné. Cela a eu, entre autres, comme résultat la constitution de plusieurs empires à l’instar de ceux du Mali ou du Songhay. Le mythe de Harrakoye trouve son contexte historique, philosophique et politique dans le cadre de l’empire songhay. A quelques exceptions près, la filiation de Harrakoye intègre les communautés ayant appartenu à cet empire historique. Et l’importance des liens de mariage et de filiation peut être soulignée ici.
Le mariage compte parmi les motifs d’alliance entre différents groupes. Cela ressortit du fait que le mariage n’est presque pas un acte individuel, mais l’affaire de la communauté d’appartenance, des clans de ceux qui veulent fonder un foyer. Le mariage ne lie pas que des individus, mais des familles, des clans, des communautés qui finissent par constituer un seul bloc monolithique. Comme il est dit souvent les relations de parenté et l’intermariage agissent dans beaucoup de pays pour empêcher des hostilités ou pour fournir des moyens de réconciliation. L’importance du mariage et de la parenté transparaît dans ce mythe songhay : Harrakoye devient l’ancêtre tutélaire, sinon la mère des ethnies qui sont impliquées dans ses mariages multiples : le premier mariage avec un Songhay, le second avec un Touareg, le troisième avec un Gourmantché, le quatrième avec un Haoussa, et le cinquième avec un autre Touareg ; sans compter Dongo, fils adoptif, qui est un métisse de Bariba et de Touareg. En Afrique, les parents accordent plus d’attention à un enfant adopté qu’à leur propre progéniture.
A travers le mythe de Harrakoye transparaît aussi un thème cher aux populations africaines : la primauté de l’appartenance à la même mère, par rapport à celle liée au même père. En effet, les liens de parenté sont plus forts quand ils découlent de la matrilinéarité : si, du côté patrilinéaire le même sang est transmis, dans le cadre de la matrilinéarité, le sein maternel transmet le même lait qui donne vigueur et force vitale aux enfants. Et « la force du lait » rapproche plus que celle du sang. Cela est donné dans les expressions zarma, gney-izé (enfants issus de la même mère) et babey-ize (enfants de même père). Le terme gney-izé subsume la fraternité, l’unité, la solidarité, l’entente, au contraire de babey-izé qui suppose la rivalité, la division, l’inimitié et la mésentente entre les enfants qui n’ont que le père « en partage ». Ce sont donc ces symboles de fraternité, d’unité, de solidarité et d’entente que la déesse de l’amour Harrakoye incarne pour les différentes populations riveraines ou vivant dans l’espace fertilisé par le fleuve Niger. Et, dans cette optique, les mariages exogamiques et polyandriques de Harrakoye ne sont pas des actes de perversité, mais une volonté d’unir les populations qui sont obligées de coexister avec le long « serpent d’eau » qui n’est la possession de personne, comme la belle Harrakoye n’est la propriété privée d’aucun homme.
Les peuples africains sont marqués par l’esprit de communauté plutôt que par l’esprit de société. A l’esprit de communauté sont attachés les liens organiques fondés sur la filiation, les alliances, les pactes tacites entre les hommes, avec la parole donnée comme base de contrat ; tandis que l’esprit de société, d’essence moderne, fonde les relations entre les hommes sur des liens d’intérêts économiques et organise les rapports entre les hommes sur le contrat écrit et l’administration [19].
Le cousinage à plaisanterie intègre parfaitement l’esprit de communauté, puisqu’il s’agit d’un pacte tacite qui instaure la plaisanterie entre deux communautés ethniques différentes, ou des sous- groupes d’une même ethnie. La plaisanterie est amusante, elle est aussi une forme extraordinaire de relations fraternelles devant exister entre des groupes ethniques. Elle permet à ces communautés de cultiver des attaques plus ou moins méchantes mais pas vraiment blessantes ; des attaques que chacun doit accepter sans jamais transformer la plaisanterie en affrontement. C’est en fait une école de la tolérance et de la maîtrise de soi.
La filiation trans-ethnique de Harrakoye présuppose ce cousinage à plaisanterie. Les ethnies dont sont issus les enfants de la déesse sont des gney-izé, des enfants de la même mère, donc des cousins à plaisanterie. Et ce cousinage interdit entre elles des affrontements, des conflits ou des rivalités fratricides. Elles sont plutôt tenues à la solidarité et à l’assistance mutuelle. La signification de l’adoption de Dongo par Harrakoye montre que, par cet acte, il y a un pacte d’alliance entre le peuple bariba (Bénin) et les peuples du Sahel.
Tous ces mécanismes traditionnels du mieux vivre ensemble évoqués ici – le mariage exogamique, la force du lait et le cousinage à plaisanterie – sont encore plus ou moins pratiqués par les populations, malgré les clivages provoqués par la colonisation, le tracé des frontières et les « clôtures juridiques et étatiques » qui les enferment dans une logique marchande et politique qu’elles n’appréhendent pas clairement encore. Le mythe de Harrakoye est exemplaire de cette volonté des communautés traditionnelles africaines d’affronter la rudesse du temps et la difficile coexistence des hommes dans un contexte de rareté hydrique qui débouche parfois sur des conflits communautaires. Les intellectuels Africains gagneraient à repenser ces mécanismes traditionnels pour mieux impulser la modernité africaine tant recherchée.


[1] Université Abdou Moumouni, Niamey, Niger

[2] Nous savons, par ailleurs, que Hegel a ruiné cette idée lumineuse quand il a été question pour lui de parler de l’Afrique : celle-ci n’a pas eu droit à la reconnaissance comme peuple civilisé.

[3] Ce peuple se partage entre le Mali, la Mauritanie, le Burkina Faso, le Bénin et le Niger, de Tombouctou à Gaya, en passant par Gao, Tillabery et Niamey ; bref, sur une grande partie du fleuve Niger.

[4] Forces spirituelles, dans la mythologie songhay, qui sont des divinités intermédiaires entre Dieu et les hommes.

[5] HAMA, Boubou, Merveilleuse Afrique, Paris, Présence Africaine, 1971.

[6] DIOP, Cheikh Anta, Civilisation ou barbarie, Paris, Présence Africaine, 1981, p. 389.

[7] N’oublions pas que Ra est le symbole du soleil vivifiant des êtres par ses rayons. Un proverbe songhay-zarma dit que « quand le soleil se lève, même le non-voyant vaque aisément à ses occupations ».

[8] HAMA, Boubou, Merveilleuse Afrique, op. cit., p. 182.

[9] Le vocable Mami Wata est la tropicalisation par les Africains de l’expression anglo-saxonne mami water qui veut dire « la mère de l’eau ».

[10] HAMA, Boubou, Merveilleuse Afrique, op. cit., p. 181-182.

[11] DIOP, Cheikh Anta, Civilisation ou barbarie, op.cit., p. 389.

[12] HAMA, Boubou, Merveilleuse Afrique, op.cit., p.181.

[13] Dongo (pour les populations du Sahel) ou Chango (pour les populations côtières d’Afrique) est le dieu de la foudre, du tonnerre. Pour les Songhay, quand la foudre tombe sur quelqu’un, c’est qu’il a commis une faute grave vis-à-vis de Dongo ; sinon, ce dernier n’aurait pas été amené à agir contre l’infortuné.

[14] HAMA, Boubou, Merveilleuse Afrique, op. cit., p. 183.

[15] HAMA, Boubou, Merveilleuse Afrique, op. cit., p. 183.

[16] Sacrifice qui rappelle celui de Toula, jeune fille vierge, nièce du chef de village de Tera (Niger), au génie de la mare de Yalanbouli, suite à une sécheresse terrible qui sévissait. Son sacrifice aurait sauvé le village, mais elle fut transformée en un génie protecteur de l’aile matrilinéaire (celle de sa mère, la sœur du chef), et ennemi impitoyable vis-à-vis de l’aile patrilinéaire du chef qui l’aurait sacrifiée.

[17] Le culte consiste en l’organisation de danses de possession au cours desquelles les génies se manifestent et communiquent avec les hommes à travers « les possédés », des mediums qu’on appelle les « chevaux des génies » (holley-tam) comme les considèrent les Songhay, qui entrent dans une transe provoquée par les incantations des maîtres de cérémonie (Zima, ou féticheurs) et les sons des instruments de musique.] consacré à Harrakoye.

2. LA FILIATION TRANS-ETHNIQUE DE HARRAKOYE

Dans La Religion et la magie songhay de Jean Rouch, on a une présentation du panthéon songhay constitué de Harrakoye et ses enfants. Le schéma n’est pas différent de celui développé par Tempels dans La Philosophie bantoue. En effet, les Songhay ont le sentiment, sinon la certitude, de vivre au milieu de forces visibles et invisibles, hostiles et favorables, maléfiques et bénéfiques, par rapport auxquelles il faut adopter une attitude sacrée, magique ou religieuse pour les conjurer ou être dans leur bonne grâce. La hiérarchie des forces place Dieu, l’innommable et l’inaccessible, au niveau du septième ciel, et les Holley, génies ou divinités locales, dont Harrakoye apparaît comme la plus importante, sont au premier niveau des cieux ; parmi les vivants, arrivent les hommes, puis les animaux, les végétaux et enfin les minéraux. Ces Holley sont, selon la tradition, des êtres similaires aux humains à plusieurs points de vue : même personnalité, mêmes qualités, mêmes défauts. Selon la tradition rapportée par Jean Rouch,


Les Holley furent créés soit avant les hommes, soit juste après les premiers hommes dont ils seraient issus. A la différence des autres créatures antérieures de Dieu, les Holley reçurent une forme humaine.
Dieu leur donna à chacun une race qui correspond aux différentes races des hommes et dont ils parlèrent les langues respectives. Ils se marièrent entre eux et eurent des enfants (…). Ils eurent les mêmes défauts et les mêmes qualités que les hommes ; ils furent courageux ou pleutres, voleurs ou fidèles, malpropres ou coquets, bavards ou discrets…
[[ROUCH, Jean, La Religion et la magie du Songhay, op. cit, p. 46.

[18] Les Torou sont les génies du fleuve à distinguer des Haouka, génies du vent, et des Gandji, génies de la brousse.

[19] Cf. SCHERER, René, Structure et fondement de la communication humaine, Paris, Société d’Edition d’Enseignement Supérieur (S.E.D.E.S.), 1965.




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