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DONSOMANA POUR KOYAGA OU LA MISE A NU DE LA LOGIQUE DE LA DEMOCRATIE POSTMODERNE
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Ethiopiques n°86.
Littérature, philosophie et art
Demain l’Afrique : penser le devenir africain
1er semestre 2011

AUTEUR : Jean-Fernand BEDIA [1]

Etrange antithèse que celle qui juxtapose démocratie et progrès dans un rapport d’exclusion et d’incomplétude, pour dénoncer les « saloperies » [2] de la démocratisation en Afrique sous la tutelle et la manipulation occidentales. « La misère engendrée par la démocratisation du pays devenait insupportable » (p. 350), est le témoignage du griot-narrateur qui replace ainsi le roman En attendant le vote des bêtes sauvages dans la pensée et la critique postcoloniales au sens où Ahmadou Kourouma explore l’essence du pouvoir politique sous les travers de la domination et de la dépendance entre les nations occidentales traditionnellement reconnues comme berceau de la démocratie et les anciennes colonies d’Afrique. Des relations de concupiscence qui ont fait de l’Afrique « le continent le plus riche en pauvreté et en dictatures » (p. 354), au moment où bon nombre de ses pays célèbrent aujourd’hui le cinquantenaire de leur indépendance. Situant sa fiction dans la trajectoire non moins évidente entre la mythologie et la politique, l’auteur convie ses lecteurs à un voyage ésotérique, où le cheminement vers le progrès emprunte les détours sinueux du sens métaphorique et ironique du donsomana psalmodié en l’honneur d’un putschiste pour qui le jugement de l’histoire n’est que futilité (p. 115).
La réflexion suscitée par ce donsomana romancé à contre-courant de la philosophie mandingue revient sur le piétinement de l’histoire du continent africain, sur la nature de la démocratie à lui imposée de l’extérieur par des démocrates pour qui diplomatie internationale et droits humains paraissent incompatibles. Qu’elle fasse allégeance à la conception soviétique du système politique ou à la vision occidentale de l’appareil d’Etat, la démocratie des partis uniques, réseaux « des gouverneurs à la peau noire » [3] toujours au service des démocraties occidentales, est loin d’avoir fait reculer les frontières de la pauvreté, de l’injustice et de la violence politique. En revanche, cette gouvernance obscurantiste a sacrifié l’indépendance des Etats-nations africains sur l’autel de la géopolitique, impitoyable à l’égard des présidents de la trempe de Fricassa Santos dans le roman, dont le parcours politique rappelle celui d’un Patrice Lumumba.

1. « SALOPERIES », « CONNERIES », « CRIMES ET ASSASSINATS » : TELEOLOGIE DE LA DEMOCRATIE POSTMODERNE

Empruntant l’ontologie critique que le préfixe « post- » charrie par habitus dans son emploi, l’adjectif « postmoderne » imprime ici un projet de questionnement de la démocratie et son éthique, telles qu’elles se manifestent dans les contextes de la colonisation européenne au XXe siècle, des relations Afrique-Occident pendant la guerre froide, dans le discours historique et ambigu de la Baule ; des moments de l’histoire commune des peuples revisitées par Ahmadou Kourouma. Ainsi la démocratie postmoderne, prise dans l’imaginaire du corpus, suggère d’un point de vue historique et moral l’approche de cet idéal politique qui justifie ou implique l’interaction des pouvoirs d’Etat nationaux dans la gestion des crises internationales. De ce point de vue, la notion synthétise les représentations de ces protagonistes étatiques et l’analyse des conséquences sur le destin des nations de leurs jeux de rôles où « saloperies », « conneries », « crimes et assassinats », pour citer Ahmadou Kourouma, deviennent en définitive téléologiques de la démocratie qualifiée de postmoderne et postcoloniale. Si, en apparence, En attendant le vote des bêtes sauvages est une critique sans fard des pouvoirs politiques autocratiques qui ont pris en otage la destinée de certains peuples africains au lendemain des indépendances, de façon plus intrinsèque, cette fiction est un voyage au cœur de la démocratie postmoderne ou postcoloniale observée sous le prisme des relations internationales, dont les pôles idéologiques dominants sont impliqués dans ce qui sera analysé comme assassinat du progrès en Afrique.

Démocrates en Occident et fossoyeurs de démocratie en Afrique : l’éthique condamnable des acteurs de la démocratie postmoderne

En choisissant de planter sa fiction dans la temporalité de la guerre froide, Ahmadou Kourouma ne vise d’autre objectif que de situer, pour les lecteurs, la responsabilité établie des démocraties occidentales et autres puissances communistes dans l’échec des politiques socioéconomiques en Afrique. Le vide hagiographique de cette période charnière des indépendances dans les livres d’histoire ainsi comblé par l’imaginaire critique du roman, restitue, en réalité, une vérité censurée dans le discours socio-éducatif élaboré dans le cadre scolaire. Les démocraties qui, à travers la France, les Etats-Unis, l’ONU et autres institutions mondiales, ont, pour le commun et des citoyens des pays anciennement colonisés, contribué à écrire les pages les plus glorieuses de l’histoire commune contemporaine. Elles sont, présentées comme des tortionnaires des démocraties naissantes sur le continent africain.
La propagande, le harcèlement et le double langage érigés en critère de civilisation politique et de démocratie par les Occidentaux dans leurs relations avec l’Afrique inspirent à Ahmadou Kourouma la parabole de « la quatrième méchante bête qui menace le chef d’un parti unique ». Dans la guerre froide qui régissait l’univers, le choix d’un camp était un acte essentiel et risqué, prévient le dictateur au totem caïman, qui, avant son entrée en politique et avant que lui soit imposé d’une curieuse façon le camp du libéralisme et de la France, avait cru aux balivernes de dignité de l’homme noir, de solidarité entre les peuples, de droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, etc. (p. 190-191). Justifiant ainsi le point de vue de Francois-Xavier Verschave qui confie qu’un certain nombre d’hommes politiques et d’intellectuels africains a adhéré ou n’a pas refusé cet ordre néocolonial en gestation, en raison, sans doute d’une certaine forme de désespoir et de fatalisme [4].
Sans incarner la défense de tous ces dictateurs dont Ahmadou Kourouma a su proposer dans sa médiation de l’histoire des sosies, François-Xavier Verschave lie les dérives des démocrates occidentaux en Afrique à un état d’esprit, à une perception psychologique qui fait du mépris une topique fondamentale des relations internationales entre ex-puissances coloniales et nations indépendantes d’Afrique. De façon consciente ou inconsciente, le politologue français propose au discours comparatiste qui se projette dans la temporalité postcoloniale comme objet de recherche, un paradigme qui éclaire tout en rejetant l’éthique inavouée de cet autre paradigme de civilisation légitime qui a justifié le colonialisme européen en son temps.
Le mépris, au vu des exemples cités par François-Xavier Verschave, que l’on retrouve par ailleurs dans le roman d’Ahmadou Kourouma, est un sentiment qui demeure au fondement des représentations qui servent d’alibi à toutes les politiques sordides déployées en Afrique (esclavage, colonialisme, néocolonialisme, génocide rwandais, etc.). Sous cet angle, il devrait s’imposer autant à la théorie qu’à la temporalité postcoloniale, comme un paradigme au sens où l’emploie Thomas Kuhn, c’est-à-dire qu’il permet au scientifique et en l’occurrence l’historien, le critique ou le comparatiste de voir simplement les choses d’un autre œil [5]. Si le mépris explique pourquoi des démocrates « bien intentionnés » peuvent laisser libre cours à des pulsions primaires hors des frontières de leurs pays, au point d’être complices des plus grandes barbaries qualifiées d’extrêmes contemporains du XXe siècle, en tant que paradigme, il objective un nouvel ordre de la pensée qui voudrait voir dans la définition de la démocratie une valeur de la modernité dont l’application aux peuples ne soit pas guidée selon des critères somato-culturels abscons. En dehors de cette exigence éthique qui prend en compte la tendance irréversible à la mondialisation telle que constatée par Dominique Wolton [6], il n’existe aucune démocratie, sinon des pseudo-démocraties dont la puissance est immoralement liée à la sous-traitance des guerres, des assassinats d’hommes d’Etat, à l’instrumentalisation des altérités identitaires, à la déstructuration de tissus socioéconomiques nationaux, bref à la violation de droits humains les plus élémentaires hors de leurs frontières, comme le dénonce le donsomana de Koyaga. Un donsomana qui est aussi dans l’esprit de ce qui précède, le donsomana de ces « Tartuffes » de la démocratie représentant allégoriquement la France, les Etats-Unis d’Amérique, le FMI en république du Golfe, après un demi-siècle d’indépendance.
Sorte de levier d’Archimède de la puissance occidentale et française en particulier, comme l’écrit Pierre-Michel Durand [7], l’Afrique n’a jamais eu de relations saines avec cette nation sur un plan géopolitique, tant que la duplicité, le mépris ont organisé et défini idéologiquement les enjeux de cette destinée. S’il a mis un terme à l’aventure coloniale, de Gaulle n’a pas moins fait de la coopération la nouvelle stratégie de décolonisation sans décoloniser, en inventant et en entretenant des présidents de la République qui se faisaient appeler pères de la nation (p. 76-77). Dans le prolongement de cette critique du romancier ivoirien, François-Xavier Verschave confirme que la souveraineté de la grande majorité des ex-colonies africaines de la France est un leurre, car tous les éléments de la vie politique, économique et sociale, financière, policière, militaire, diplomatique, culturelle ont été maintenus dans le girons français avec des méthodes parallèles d’une violence extrême.
Cette logique haïssable de la démocratie postmoderne a pour conséquence un scénario de catastrophe politico-humanitaire que le romancier met en scène en jouant de l’ésotérisme, de l’hyperbolisme et de l’anecdote qui plongent le lecteur dans les républiques fictives du roman comme dans autant de contrées africaines où le progrès a été assassiné sur l’autel des relations internationales de ces cinquante dernières années.

Une géographie politique du progrès assassiné au nom de la démocratie

Derrière le voyage initiatique de Koyaga qui l’a conduit à ses rencontrer homologues africains, vicaires honoraires et assermentés de la tyrannie des démocrates occidentaux, se dresse honteusement la cartographie politique du progrès assassiné. De la République du Golfe à la République des Djébel et du Sable, en transitant par la République des Ebènes, la route de la misère des peuples africains a pour maître d’œuvre des institutions financières mondiales opérant dans l’intérêt des démocrates partisans de l’anarchie des souverainetés au-delà des frontières de leurs pays. Entendu comme avancée sociale et politique, le progrès africain vu à travers les conditions de son avènement, selon les civilisations, se réclamant du siècle des Lumières, fait l’objet d’une peinture très critique et ironique, qui atteint son paroxysme dramatique avec les paraboles des « bilakoros », « oiseaux des ciels orageux » (p. 325-337), des « handicapés dans les mines d’or et de diamant de la République du Grand Fleuve » (p. 236-240), du « vote des bêtes sauvages » (p.358).
Que les « bilakoros déscolarisés » contribuent à mettre à genoux la dictature en République du Golfe (p. 344), que « les handicapés portent et transportent sur leurs voiturettes les hommes valident » (p.240), que « les animaux sortent de la brousse, se munissent de bulletins et plébiscitent » un dictateur au cours d’un vote boudé par les hommes (p. 358), toutes ces scènes hyperboliquement surréalistes sont tout simplement symptomatiques de l’échec de la démocratie imposée de l’extérieur aux pays africains. Pour qui veut se donner le temps de percer le mystère sémantique de ces différents tableaux ésotériques dans la narration, doit d’abord identifier sans complaisance les acteurs qui œuvrent à rendre possible la démocratie en Afrique et qui, pour cette raison, font des choix dont on ne comprend mieux la portée que par ce récit foncièrement ironique dont seul Ahmadou Kourouma dispose du secret depuis son premier roman Les soleils des indépendances. Cheikh Hamidou Kane, pour sa part, résumera dans la préface qu’il rédige à l’essai d’Aminata Traoré, L’Afrique Humiliée, le sens de cette imagination débridée dans En attendant le vote des bêtes sauvages, par cette boutade : « […] on nous a fait évoluer dans un monde qui marche à l’envers […] » [8]. En effet, à l’image de la France gaulliste fictionnalisée dans le roman d’Ahmadou Kourouma, ces démocraties, pourvoyeuses de dictatures et de pauvreté en Afrique qui sont pourtant les premières à appeler de tous leurs vœux à des élections justes et transparentes dans les Etats qu’elles contrôlent, ont les moyens et la latitude de mettre n’importe quel pays africain endetté en cessation de paiements de salaires et de bourses. Ce qui signifie le pouvoir de les déstabiliser s’ils ne se montrent pas soumis à leur discipline [9]. Dans le même état d’esprit que le romancier ivoirien, Aminata Traoré veut pouvoir se convaincre de la réponse à la question de savoir où se situe la réalité du pouvoir démocratique quand ceux qui sont censés en être les modèles s’en détournent au nom de leurs intérêts ou de leur perception égocentrique du pouvoir [10].
Si le roman d’Ahmadou Kourouma décrit concomitamment le processus de paupérisation en République du Golfe, en République du Grand Fleuve et le double jeu des « banquiers-diplomates » (p. 324), c’est pour mieux démystifier les instruments d’assassinat du progrès, des instruments qui voilent en réalité un système géopolitique et géostratégique dont on ne saurait ignorer l’emprise sur le destin de l’Afrique après avoir été instruits des « saloperies », des « conneries », des « crimes et assassinats » à l’origine de ce donsomana atypique, dont les impensés idéologiques constituent l’autre temps fort de ce propos.

2. UN DONSOMANA ENTRE IMPOSTURE POLITIQUE, FALSIFICATION ET DESIR DE VERITE HISTORIQUE

Koyaga héroïque : une allégorie de l’imposture politique et de la falsification de l’histoire

La falsification de l’histoire africaine est une thématique concurrente de la question du pouvoir dans En attendant le vote des bêtes sauvages. C’est le sens de l’imposture narrative qui proclame le despote Koyaga comme un héros de donsomana. Mais en opposant le portrait du dictateur de la République du Golfe à celui du véritable héros de ces poèmes épiques des traditions littéraires des griots mandingues, l’auteur, opérant à travers le narrateur du roman, tente de lever l’équivoque de la distanciation tissée entre les points de cette imposture. Parce que le dayndyon, autre appellation synonymique du donsomana, « ne se joue pas pour quelqu’un parce qu’il jouirait d’une grande fortune, […] parce qu’il serait un monarque » (p.295-296), l’on comprend dès lors comment les puissants de l’histoire contemporaine, qu’ils soient incarnés par un individu, par une multinationale, par une institution ou même par une nation, ont piétiné et détourné la vérité historique à leur avantage, afin de mieux dominer.
L’entrée de façon complaisante et sanglante de Koyaga dans l’histoire de la République du Golfe réussie parce que l’Occident ne l’avait pas jugé contraire à ses intérêts dans la guerre froide (p.179), est un prologue qui prépare, dans le roman de Kourouma, aux règnes des imposteurs, des masques politiques et à la falsification historique au détriment de l’Afrique, comme en témoignent les causes narratives de la destitution du président Fricassa Santos ou de l’interruption brutale de l’ordre institutionnel en faveur du régime militaire en République du Golfe. Le refus du gouvernement de Fricassa Santos de payer aux démobilisés de la Guerre d’Algérie leurs pensions militaires prévues par la France est un subterfuge narratif symptomatique des causes fallacieuses avancées pour justifier des soulèvements de soldats dans certains pays, notamment en Côte d’Ivoire en 1999. Un scénario qui porte en abîme la version officielle de l’histoire du premier coup d’Etat militaire sur le sol ivoirien, où une soldatesque, réclamant son dû après sa participation à une opération des Nations Unies en Centrafrique, conduira une action de déstabilisation du président élu.
Plus qu’une parodie de grille de lecture manipulée à laquelle Kourouma adjoint non sans ironie le paradigme ethnique qui sert de moule idéologique aux crises africaines, ces subterfuges laissent paraître en filigrane un procédé routinier de réinterprétation, de réécriture, bref, de falsification que Jack Goody commente simplement comme le « vol de l’histoire » [11]. La mémoire sélective qui en a découlé va perdurer pour corrompre le discours historique produit pendant la guerre froide, une période dont l’un des principaux enjeux a été de prendre en otage les indépendances africaines et de favoriser une hagiographie pro-occidentale de la période postcoloniale. L’enjeu purificatoire et cathartique de ce donsomana de l’imposture, qui éclipse la fonction mémorielle et éducative dévolue originellement à ce type de récit du répertoire littéraire des griots de chasseurs dans la sphère culturelle mandingue, met vraisemblablement en abîme l’intention d’Ahmadou Kourouma de « dire la vérité sur [les] dictature[s] [africaines], sur [leurs parrains, que dis-je] [leurs] parents, [leurs] collaborateurs […], sur [leurs] saloperies, [leurs] conneries, [leurs] mensonges, [leurs] nombreux crimes et assassinats » (p. 10).

Désir de vérité historique : une conséquence postcoloniale

Dans le donsomana nominal où le mythe de Koyaga se déploie comme un mode de signification, comme une parole définie aussi bien par son intention que par sa lettre, chaque parcours politique de dictateur est une pièce unique du puzzle de l’entrée de l’Afrique dans l’histoire de l’humanité. Ainsi, malgré les velléités de falsification de l’histoire dont la plus affirmée depuis la fin du colonialisme reste le discours du président français Nicolas Sarkozy sur le sol sénégalais – ironie de l’histoire, – les confidences et confessions de Tièkoroni à son hôte montrent que l’Afrique a bel et bien une contribution aux pages de l’histoire de l’humanité, qu’elle soit sombre ou glorieuse. Mieux l’heure est venue de dénoncer l’imposture idéologique qui fait dire à des hommes d’Etat de nations respectables que « l’homme africain n’est pas assez entré dans l’histoire » [12]. De cette façon, le donsomana de Koyaga n’est pas seulement un prétexte pour dévoiler les vicissitudes du pouvoir politique africain. C’est aussi une inflation et une substantivation de la parole mythique, pour reprendre des termes de Roland Barthes, dont l’intention est de gommer la falsification historique et de mettre à nu le rôle des masques politiques complices de l’assassinat du progrès qui demeure le discours épigonal de En attendant le vote des bêtes sauvages. C’est le cas lorsque le narrateur insiste pour faire accepter l’idée selon laquelle le dayndyon est un hymne, un art musical qui préserve la mémoire de toutes les révolutions et luttes pour la liberté dans le monde bambara, malinké, sénoufo, dogon (p.297). Signifiant étymologiquement « force d’âme, sang-froid », cet air entonné pour les héros de toutes les épopées convoque dans son sillage énonciatif et idéologique un événement majeur de l’histoire ouest-africaine dont l’héritage en termes de patrimoine culturel et juridique est rarement évoqué, même par les livres d’histoire destinés à l’éducation des citoyens africains. Il s’agit de la Charte de Kurukan Fuga [13] (Cercle de Kangaba en République du Mali), convoquée en 1236 après que le Manding fut libéré du joug du roi sorcier Soumaoro Kanté. Selon les traditionnalistes mandingues réunis au cours d’un atelier avec les communicateurs des radios rurales, cette charte, longtemps antérieure à la Déclaration française des Droits de l’Homme et du Citoyen de 1789, a posé les grands principes devant régir la vie du grand peuple mandingue dans toutes ses composantes et sur tous les aspects organisationnel, économique, culturel, juridique, environnemental, etc. Elle offre un cadre de régulation du travail, de gestion des conflits, de l’hospitalité, de la coexistence pacifique et de la tolérance.
Contrairement aux négationnistes de l’histoire, le donsomana de Koyaga ou le mythe de l’imposture est une fiction historique qui s’offre paradoxalement le droit de revenir sur les termes de l’histoire des idées, telle qu’elle prend forme à travers les discours politiques et médiatiques.


3. EN ATTENDANT LE VOTE DES BETES SAUVAGES : LA FIN DE LA PENSEE GLOBALE D’ALIENATION

Avant qu’elle ne tombe dans le domaine des critiques et des théoriciens, toute écriture est dépositaire de sa propre idéologie qui émerge de l’interaction entre son esthétique formelle et le monde de sa fiction. De ce point de vue, le roman d’Ahmadou Kourouma invite à une réflexion sur le choix de narrer les manifestations du colonialisme et de la guerre froide, deux historicités fondatrices des relations internationales contemporaines, en recourant au donsomana, structure littéraire et anthropologique de l’imaginaire politico-cynégétique en pays mandingue. Pareille approche analytique de l’idéologie de cette œuvre romanesque se développe dans un constructivisme qui voit dans le grotesque et l’ironie du mythe de Koyaga la réponse à une préoccupation majeure chez Ahmadou Kourouma, à savoir « défataliser » la postcolonialité du continent, dont l’historiographie n’a, semble-t-il, pas encore trouvé sa place dans les livres d’histoire de nombre de pays africains.
Cette incurie, qui n’est pas sans peser sur l’efficacité des stratégies politiques nationales en matière d’éducation des citoyens, conduit à souligner le caractère pionnière de l’œuvre d’Ahmadou Kourouma, si tant est que le modèle esthétique du donsomana, qui reste une résonance du multiculturalisme en cette mondialisation des peuples et des civilisations, se lise comme une stratégie narrative qui porte le sceau de l’efficacité du discours et du message dont est porteur le roman. En l’occurrence, eu égard aux nombreuses références historiques et institutionnelles comme la conférence de Berlin, le parti unique, la guerre froide, le FMI, l’ONU, etc., l’on ne peut s’empêcher d’observer une volonté manifeste d’Ahmadou Kourouma de réinscrire la littérature africaine contemporaine dans le champ dynamique de l’histoire des idées. Pour rendre pertinente l’aspiration de Patrice Nganang exprimée dans son manifeste [14], par ses choix esthétiques et imaginaires, l’inventeur de Koyaga n’hésite pas à sonder les profondeurs mythiques de la littérature africaine incontestablement installée dans la vision préemptive de l’histoire.

La dénonciation des vicissitudes de l’histoire-mythe : le discours conditionnel du progrès africain

L’évocation du parti unique, de la dictature et de la « langue » malinkisée a servi de prétérition par la critique pour évacuer de l’œuvre du romancier ivoirien le sens que ce dernier donne des péripéties de l’histoire-mythe qui a façonné le destin actuel de l’Afrique. Sans tomber dans une écriture affectionnant le sensationnalisme, Ahmadou Kourouma a, depuis la publication des Soleils des indépendances, établi la relation entre l’histoire-mythe et le mythe du progrès assassiné en Afrique.
L’imbrication réelle ou supposée dans l’esprit de ses personnages des époques de la traite des Noirs, de la colonisation, de l’indépendance, de la guerre froide et du multipartisme est une approche narrative qui autorise à parler chez Ahmadou Kourouma d’histoire-mythe, dont les grands moments ainsi que leurs justifications n’ont de significations que celles que la version ethnocentriste occidentale a jugé nécessaire de transmettre dans la perspective d’une prétendue culture universelle. Le paradigme d’histoire-mythe sied ici pour résumer les moments historiques à partir desquels s’est construit et imposé à l’Afrique le système global de la pensée unique et dominante. Que ce soit dans l’imaginaire du discours politique, du discours médiatique ou dans celui des arts, cette histoire-mythe désigne non seulement cet ensemble de faits historiques incontournables et récurrents dans l’évocation des relations entre les peuples l’Afrique et ceux du monde occidental, mais souffre de la tyrannie de l’ethnocentrisme des seconds, telle qu’elle peut transpirer dans la romance sarkozyenne sur l’Afrique.
Dans l’extrait ci-après qui rapporte de façon ironique les stéréotypes associés à l’histoire-mythe, le narrateur de En attendant le vote des bêtes sauvages revient sur la représentation de l’Afrique conçue intentionnellement et stratégiquement sans doute. Une représentation faite de concupiscence et d’allégeance de ses dirigeants vis-à-vis de leurs pairs des nations occidentales ; une représentation dont la caractérisation anecdotique et métaphorique tend à construire une essence mythique sans laquelle une interprétation de l’histoire serait dénuée de sens :

[Ils] suivent des pistes tracés, suivent des pistes banalisées, suivent des initiateurs, des maîtres. Ils ne connaissent pas les rosées matinales qui trempent, les obstacles qui défient l’inconnu des nuits noires, l’inconnu des espaces infinis. Leur problème dans la vie c’est de trouver leur homme de destin. Leur homme de destin est celui qu’ils doivent suivre pour se réaliser pleinement, pour être définitivement heureux. Ce n’est pas facile de trouver son homme de destin, on n’est jamais sûr de l’avoir rencontré (p. 60-61).

Ainsi le lecteur de En attendant le vote des bêtes sauvages découvre dans une peinture empreinte d’ésotérisme et de philosophie le rôle de l’Afrique par la médiation de ses dirigeants dans l’histoire commune. Peut-on chercher à gloser sur ces paroles du sora sans penser à les remettre dans ce contexte de mondialisation où le message des théories postcoloniales qui, à l’instar du narrateur dans une certaine mesure, invitent à réfléchir sur cette place abusivement décrite comme téléologique ? En proposant, dans cette forme d’exclusivité romanesque, un demi-siècle de la politique africaine de l’Occident à travers le donsomana d’un imposteur politique, Ahmadou Kourouma ne répugne pas à traquer les incuries des idées reçues sur le pouvoir politique en Afrique. Ces représentations stéréotypées, par essence, évitent d’aborder la relation synergique entre le combat que se livrent les démocraties occidentales pour le contrôle des points stratégiques de la planète et la banqueroute des Etats-nations africains. Or la particularité des textes de cet auteur, depuis son premier roman connu sous le titre mythique de Les soleils des indépendances, consiste à explorer les travers de la géopolitique, la guéguerre idéologique, culturelle et politique entre Occidentaux et communistes pour mieux comprendre les implications dans l’assassinat du progrès des pays africains.
Le positionnement critique d’Ahmadou Kourouma s’inscrit ainsi dans une logique de questionnement de l’histoire-mythe vue précisément sous l’âge d’un système global d’aliénation ayant atteint sa maturité paradoxalement après le « temps des indépendances », une historicité dominée par la guerre froide. Pour cette raison, il paraît dogmatique de vouloir cerner En attendant le vote des bêtes sauvages en particulier et l’œuvre du romancier ivoirien en général, sans remonter à la « généalogie idéale », comme écrirait Patrice Nganang, c’est-à-dire sans retracer son enracinement dans l’histoire contemporaine des idées. Ce qui justifie pourquoi le roman commence par la fin, par le « donsomana purificatoire » d’un agent demi-centenaire du système global de domination afin que la vérité puisse éclore pour l’éducation des nouvelles générations d’Africains, mais aussi d’Occidentaux. Dans un contexte où la complexité des relations entre pays indépendants et anciennes puissances colonisatrices n’est pas un simple slogan ; dans une conjoncture géopolitique habilement revisitée où les intérêts asymétriques font que coexistent les formes séculaires de l’oppression, de l’exploitation, de l’humiliation et les nouvelles formes d’hégémonies, de géostratégie, une conscience critique postcoloniale filtre de la fictionnalisation de ce système global d’aliénation dans lequel la guerre froide devient le prisme privilégié d’observation et d’analyse de l’Afrique contemporaine dans l’œuvre romanesque d’Ahmadou Kourouma. Il apparaît aux yeux du géographe des républiques fictives des Ebènes, du Nikinaï, du Golfe, du Grand Fleuve, des Deux Fleuves, des Djébels et du sable, etc. que la responsabilité historique des démocraties occidentales ne doit pas rester l’angle mort de l’exégèse du progrès assassiné dans nombre de pays africains. Pareille attente de lecture qui signifie que considérer séparément chaque épisode de ce système global d’aliénation dans l’explication du progrès assassiné sur le continent n’est que manipulation et endoctrinement visant la confiscation de la vérité historique ; une attitude qualifiée de négationniste par Aminata Traoré que cultivent des politiciens, des journalistes, des intellectuels, dont les négrologues [15].
Ce positionnement critique par la médiation du genre romanesque qui se prête à l’exercice éprouvant de la quête de la vérité et de l’écriture de la mémoire de l’histoire commune est porté par l’authenticité de l’esthétique ainsi que par la force de la parole africaine, convoquées et auditionnées dans le roman sous le modèle narratif du donsomana. Là où le romancier ivoirien entend contribuer au multiculturalisme esthétique du roman, participer à la polyphonie des débats sur l’état de la mondialisation, se lit aussi et sans aucun doute une critique courageuse des modèles politiques et sociétales dont la promotion se produisit pendant le déroulement de l’histoire-mythe. A travers ce texte qui passe par habitude de pensée pour un procès impitoyable contre les partis uniques et les dynasties des Pères de la Nation, affleure aussi la critique des prétendus chantres de la « Civilisation » et de la « Démocratie », dont les antagonismes idéologiques et culturels ont inauguré, sous le prétexte de la modernité, le continent africain comme un champ d’expérimentation de l’anarchie des souverainetés. Une représentation qui continue d’influencer les relations internationales entre puissances économiques, militaires, et territoires voués à l’occupation, à la domination.
Il ne fait aucun doute que pour Ahmadou Kourouma, plume mythique postcolonial au sens où la critique saïdienne emploie cet adjectif, il n’y a pas d’un côté un Occident de valeur et de progrès, un Occident démocratique, un Occident des Lumières, et de l’autre une Afrique des ténèbres et des malheurs, dès l’instant où l’on pénètre la logique de la démocratie postmoderne et ses mécanismes de domination et d’aliénation. En revanche, les démocraties occidentales prises dans leurs relations à l’histoire-mythe souffrent, au regard de leurs responsabilités mises en scène de façon romanesque dans l’assassinat du progrès en Afrique, d’une profonde déficience morale et éthique au point où l’on s’interroge sur leur prétention à être des démocraties où l’humain est à la fois l’alpha et l’oméga. Que vaut, en effet, une démocratie dont les trophées sont les procès sommaires et les liquidations physiques de figures du panafricanisme, ainsi que le dénonce le donsomana du dictateur de la République du Grand Fleuve ; que valent des démocraties qui collaborent à l’organisation de génocide, à l’anéantissement des civilisations, à la paupérisation des peuples par le biais de « stratégies de chocs » [16] menées par des politiciens et des institutions financières coupables de complicité d’assassinat du progrès ?


Une écriture du nouvel ordre de la pensée postcoloniale africaine

A ces questions ci-dessus, la réponse dans ce roman symbolique de la nouvelle conscience des « Subalternes » apparaît sans faux-fuyant. Récit allégorique du nouvel ordre de la pensée africaine en l’occurrence, En attendant le vote des bêtes sauvages n’est plus au stade idéologique de la quête d’une liberté d’expression. Il donne plutôt l’assurance d’un questionnement existentiel décriant les failles de l’épistémologie historique censée rendre compte des raisons de la léthargie politique et socioéconomique de nombre d’Etats-africains un demi-siècle après leur indépendance. Pour Ahmadou Kourouma, s’ordonnancent ainsi les conditions du réveil de l’Afrique, lieu focal de la géostratégie depuis maintenant plusieurs siècles. C’est à ce titre que le donsomana de Koyaga se lit, par-dessus toutes les spéculations contre les dictatures africaines du XXe siècle, comme un prétexte pour dénoncer les « saloperies » et autres « conneries » de l’ONU, du FMI, d’Amnesty International, de la Ligue Internationale des droits de l’homme, dont la modération, pour ne pas dire la complaisance à l’égard du régime des despotes aux totems abscons, encourage l’assassinat du progrès dans les pays africains, à l’image de celui de Pat Humba (p. 220 et p. 221), anagramme dérivant entre la fiction et la mémoire de Patrice Lumumba. _ Début de réponse à la question centrale de l’essai de Gayatri Spivak, Les subalternes peuvent-elles parler ? [17], En attendant le vote des bêtes sauvages est un roman postcolonial né de la volonté d’un historien de son époque de reconstituer les circonstances d’un destin avorté. Le choix du xénisme « bilakoro » pour désigner cette jeunesse sacrifiée par la prétendue démocratisation est la preuve à la fois narrative et idéologique que les combats d’Ahmadou Kourouma et de Gayatri Spivak préservent des similitudes de nature heuristique. En effet, de même que l’héroïne de l’histoire rapportée par Gayatri Spivak a essayé de toutes ses forces de même de parler au point de faire de son suicide un message dans son essai, la mort de centaines de « bilakoros » piégés dans l’incendie criminel de l’amphithéâtre de la maison du parti qu’ils squattaient (p. 336) annoncera une aube nouvelle en République du Golfe. Etrangement prophétique peut paraître cet épisode annonciateur de la fin de Koyaga si l’on se transporte dans la révolution tunisienne de l’an 2011 dont l’événement déclencheur fut l’immolation par le feu d’un jeune commerçant, Mohamed Bouazizi.
Cette fin tragique rappelle celle de nombreux « subalternes », catégorie politico-sociologique qui dévoile métaphoriquement le véritable drame de certains peuples qui se joue dans les relations internationales, ce qui s’appelle aujourd’hui les problèmes Nord-Sud, comme le précise Gayatri Spivak [18]. Ainsi la phonologie mythique de ce statut légendaire de subalterne exprimé à travers le vocable malinké de « bilakoro » prend-t-elle tout son sens parce qu’il prépare au choix du romancier de faire du donsomana de Koyaga l’herméneutique de la fin du système global d’aliénation. Le bilakoro, dans la philosophie mandingue, préfigure en effet la fin d’un état, celui de toute personne privée de parole parce que immature et qui, par le rite initiatique de la circoncision, deviendra un homme, un adulte, âge métonymique de la liberté dans la parole, dans la pensée et dans l’initiative, si l’on se rappelle les romans L’enfant noir de Camara Laye et Comme une piqûre de guêpe de Massa Makan Diabaté. C’est cette représentation culturelle que l’auteur de En attendant le vote des bêtes sauvages a semblé annexer à son récit en faisant dire au narrateur que les « bilakoros » qui avaient mis à genoux la dictature de Koyaga deviendront les martyrs (p. 338) de ce pouvoir vicarial, violent par essence, et qui avait organisé leur immolation par le feu.
Mettre à genoux une dictature qui a prospéré depuis le colonialisme, la guerre froide, les indépendances et qui s’éternise encore aujourd’hui, c’est signer le début de la fin d’un système qui a rusé avec la démocratie, le progrès humain, en encourageant la violence, le mépris des peuples, de leurs souverainetés, de leur inclination aux idéaux de paix, de justice, d’égalité. La révolte des « bilakoros » qui déclenche le mouvement d’apocalypse interminable relevé par une narration itérative est métonymique d’une action limitative de la violence de l’histoire-mythe que le romancier a su mettre en exergue dans le projet global d’existence d’un dictateur dont l’envergure réaliste surpasse l’envergure fictive.

CONCLUSION

En conclusion, Ahmadou Kourouma a écrit un roman noir de la démocratie postmoderne, une notion qui incite à une analyse théorique et historique plus globale, en prolongement de la critique courante qui lit prioritairement dans ce texte une virulente diatribe contre la dictature en Afrique. En filigrane de ce sujet à travers lequel la critique a quasiment et inconsciemment enfermé l’essence de l’écriture d’un des auteurs emblématiques de la mondialisation littéraire, transparaît un nouvel ordre de la pensée postcoloniale, mais principalement africaine que des sociologues, des politologues et des critiques littéraires contribuent à faire émerger. Ce roman, à condition de ne pas en faire une lecture biaisée et complexée, pose un préalable inhabituel, celui de la responsabilité de la démocratie appliquée au faciès culturel des peuples et dont la conséquence la plus tangible est l’assassinat du progrès humain et sociétal en Afrique. La conscience de cette ironie de l’histoire africaine pensée en résonance avec l’histoire occidentale n’a encore pas trouvé sa place dans la stratégie des discours d’éducation nationale africaine, afin de poser les jalons intellectuels du progrès vrai sur le continent. En cela, le roman de Kourouma est éligible comme une œuvre postcoloniale pionnière parmi tant d’autres.

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[1] Université de Bouaké, Côte d’Ivoire

[2] Expression employée par Ahmadou KOUROUMA dans un rapport synonymique avec « conneries », « crimes et assassinats » pour dénoncer la logique des dictatures africaines imposées par les démocraties occidentales. Lire En attendant le vote des bêtes sauvages, p. 10.

[3] VERSCHAVE, François-Xavier et HAUSER, Philippe, Au mépris des peuples, Paris, La Fabrique Editions, 2004, p. 10.

[4] VERSCHAVE, François-Xavier et HAUSER, Philippe, op. cit., p. 14.

[5] KUHN, Thomas, La structure des révolutions scientifiques, Paris, Flammarion, 1983, p. 157.

[6] WOLTON, Dominique, L’autre mondialisation, sl, Flammarion, 2003, 211 p.

[7] DURAND, Pierre-Michel, L’Afrique et les relations franco-américaines des années soixante, Paris, L’Harmattan, 2007, p. 17.

[8] KANE, Cheikh Hamidou, in L’Afrique humiliée, Paris, Librairie Arthème Fayard, 2008, p. 14-15.

[9] TRAORE, Aminata, L’étau. L’Afrique dans un monde sans frontières, Paris, coll. Babel, Actes Sud, 1999, p. 70.

[10] Ibid., p. 65.

[11] GOODY, Jack, Le vol de l’histoire, Paris, Gallimard, 2010, 487 p.

[12] Lire le discours prononcé par Nicolas Sarkozy à l’université Cheikh Anta Diop de Dakar en juillet 2007.

[13] Radio rurale de Guinée, La Charte de Kurukan Fuga, Atelier régional de concertation entre traditionnalistes mandingues et communicateurs des Radios rurales (Kankan 02 au 12 mars 1998).
http://www.humiliationstudies.org/d....

[14] NGANANG, Patrice, Manifeste d’une nouvelle littérature africaine, Paris, Homnisphères, 2007, p. 12.

[15] TRAORE, Aminata, L’Afrique humiliée, p. 40.

[16] KLEIN, Noémie, La stratégie du choc, sl, Leméac/Actes Sud, 2008, 669 p.

[17] SPIVAK, Gayatri Chakravorty, Les subalternes peuvent-elles parler ?, Paris, Editions Amsterdam, 2009, 109 p.

[18] SPIVAK, Gayatri Chakravorty, op. cit., p. 106-107.




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