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Ethiopiques n°86.
Littérature, philosophie et art
Demain l’Afrique : penser le devenir africain
1er semestre 2011

TRACES [1]

Auteur : Marouba FALL, op. Cit., p. 28-32.

Il a beau pleuvoir
tes traces restent intactes
L’eau ni le temps
qui grignotent la Langue de Barbarie
n’érodent
mais lustrent tes pas

Tu n’as pas marché
sur un sable se ridant fuyant devant le vent
et s’amoncelant à l’encoignure de la vanité
Comme les premiers hommes
tu as inscrit tes initiales
dans la mémoire pariétale d’un roc fidèle
Tu as emprunté
tous les chemins de la fraternité
dormi
dans les bras de tant de terres diverses et envoûtantes
recueilli
le miel pour le partager
de tant de bouches de vérité et de paix
fécondé
des esprits désenchantés
et secoué
des cœurs au sommeil de pierre

La tombe qui se ferme
est le rideau qui tombe
et te rend au jour lumineux
qui éclabousse vif ma vue
Et sur ma poitrine
que soulève l’orage des sanglots
coule lente ma douleur

Va
L’aimant de ta voix me tire
Je titube sur la trace de ton odeur de fauve

Va
Ton ombre à ta recherche
se tapit à mon ombre
Je reste moi et je deviens toi
Toi moi
verbe et souffle
encre et salive
Je demeure la plume
tu étais la parole
l’enclume qui amplifie l’écho du marteau
Pour qui écrirai- je désormais
mais qui saura dire la tragédie inédite de l’Afrique
pusillanime
qui n’en finit pas de renaître
refuse de s’unir pour grandir
réunit pourtant le monde
pour quelle parodie
encore

Va
Le spectacle dure outre mesure
et ne mérite point l’attente du dénouement
Il n’y aura pas un coup de théâtre
Les Artistes se lèvent
Le public hue
La salle se vide
Place aux saltimbanques
aux thuriféraires
dont les costumes sont épinglés de billets de banque
et de médailles sans éclat

Marie Augustine Diatta et Oumar Seck dans les rôles de Nolivé et de Chaka dans la pièce de l’auteur : Chaka ou le roi visionnaire, dans une mise en scène de Mamadou Seyba Lamine TRAORE

Eclate encore ton gros rire sardonique
ton rire d’outre- scène
devant la comédie malsaine de la vie
véreuse
vénéneuse

va
Oumar-Chaka [2] à ta noce céleste avec Marie-Nolivé [3] dont le corps s’est dissout dans les entrailles de la mer
qui garde jalouse Le Joola.


[1] Poème écrit en hommage à Oumar Seck, comédien, sociétaire du Théâtre national Daniel Sorano (Sénégal), disparu le mercredi 24 mars 2010.

[2] Personnage principal de la pièce Chaka ou le roi visionnaire incarné par Oumar SECK.

[3] Personnage de la même pièce et fiancée de Chaka incarnée par Marie-Augustine Diatta disparue dans le naufrage du bateau Le Joola.




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