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CHEIKH ANTA DIOP LE PANAFRICANISTE : UN REPERE POUR L’AFRIQUE ET SA JEUNESSE ?
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Ethiopiques n°87.
Littérature, philosophie et art
2ème semestre 2011

Auteur : Célestine Colette Fouellefak KANA [1]

Dans la dédicace de son ouvrage intitulé Cheikh Anta Diop, Volney et le Sphinx, Contribution de Cheikh Anta Diop à l’historiographie mondiale, Théophile Obenga [2] écrit :

Je dédie cet ouvrage à la jeunesse africaine, qu’elle accroisse sans cesse en autonomie intellectuelle, qu’elle prenne totale mesure de sa responsabilité africaine et mondiale. Après l’orage destructeur, tous les ouvriers doivent se mettre à bâtir pour l’éternité. (OBENGA Théophile, 1986 :10).

L’auteur qui a été longtemps l’assistant de Cheikh Anta Diop, saisissait l’occasion d’une synthèse de l’œuvre de son maître pour le proposer comme modèle à la jeunesse africaine [3]. Avant sa mort le 07 février 1986, ce savant sénégalais, un mois plutôt, avait honoré le Cameroun d’une visite qui s’était révélée un testament légué à la jeunesse camerounaise et au-delà, à l’Afrique. Sindjoum Pokam devait plus tard parler de « la leçon de Yaoundé » [4]. Cette leçon recelait à juste titre de vigoureuses formules transmises en testament à cette jeunesse et qui suscitèrent de la part de Jean Marc Ela cette remarque.

Dans les capitales du continent, des milliers de jeunes envahissent les amphithéâtres pour écouter dans un silence quasi religieux, le maître prestigieux partager le fruit de ses longues années de recherche. L’auditoire accueillait ses interventions avec admiration et enthousiasme. L’éminent historien savait parler un langage clair et enthousiaste. En dépit du contenu, de ses démonstrations savantes, son style était accessible au grand public. (ELA Jean Marc, 1989 :9).

Le contenu de ces démonstrations le situait dans la trame des penseurs panafricains, qui ont su relever ce que l’américain Edward Wilmut Bylden appelle la personnalité africaine « The african personnality » [5].
Prenant la suite de ces penseurs africanistes, il s’agit pour nous de fixer la pensée de Cheikh Anta Diop, de poser l’Afrique noire comme objet et enjeu scientifiques. Hier : exclusion des peuples africains de l’humanité, traite négrière, colonisation ; aujourd’hui, maladies endémiques, immigration choisie, programmes d’ajustement structurel, co-développement offert sans pudeur comme solution miracle à des pays surexploités rendus pauvres et très endettés. Dans le sillage de l’héritage panafricain de Marcus Garvey, d’Edward Burgardt Du Bois, de Sylvester William, d’Alexandre Walters, de Nkwame Nkrumah, de Théophile Obenga, Thabo Mbeki et autres, nous voulons rompre le silence face au chaos dans lequel est plongée l’Afrique, sa jeunesse en particulier. Cette jeunesse, qui meurt en mer dans la perspective de trouver des conditions de vie meilleures, vit une grande tragédie avec les pandémies et le chômage. Elle a besoin de repères. La construction d’une Afrique nouvelle que nous appelons de nos vœux repose sur cette jeunesse dont l’aptitude à cette tâche ardue, requiert des modèles et une fondation sociale. Sans boussole fiable, comment cette jeunesse africaine naviguerait-elle dans cette mer instable qu’est la mondialisation sans risque de perdre le nord ?
En ayant en vue la recherche des voies et moyens d’affermir la conscience panafricaniste chez les jeunes africains, nous examinerons dans un premier temps les racines de cette idéologie et ensuite, nous nous attarderons sur la figure prestigieuse de ce leader panafricain qui fut Cheikh Anta Diop et que nous proposons à la jeunesse africaine comme repère.

1. LES FONDEMENTS CULTURELS ET HISTORIQUES DU PANAFRICANISME

Le panafricanisme se définit comme mouvement politique et culturel qui, considérant l’Afrique, les Africains et leurs descendants d’Afrique comme un seul ensemble, vise à régénérer et à unifier l’Afrique, ainsi qu’à encourager un sentiment de solidarité entre les populations du monde africain. Ce mouvement trouve ses origines dans la diaspora noire américaine [6]. Il a été toutefois alimenté par la résistance anticoloniale de l’Afrique continentale et par l’affirmation de la personnalité africaine. (Georges Padmore, 1961 :21). Le mouvement, reconnaît Jean Ziegler, possède une double histoire ; celle des Congrès, des discours, des disputes idéologiques et celle de l’histoire des peuples noirs. (Jean ziegler, 1980 :77). _ En visitant la première, l’on parcourt avec les Congrès l’histoire organisationnelle du mouvement dont les grandes dates de références sont les différents forums tenus à Paris [7] (1919), à New York(1929), à Manchester [8] (1945), à Accra (1958) : _ Les péripéties de l’organisation du mouvement panafricain sont complexes. Elles reflètent sa confusion idéologique. Pour comprendre cette complexité, il faut dépouiller les actes des six Congrès Panafricains et analyser les débats intervenus dans bon nombre d’organisations parallèles inspirées de l’idéologie panafricaine. (Padmore Georges, 1961 : 37-65) _ Elle a pour pères fondateurs William Edward Burgardt Du Bois [9]- Sylvester William [10]- Alexandre Walters [11]- Marcus Garvey [12]- Georges Padmore. D’autres ont contribué à la mettre en relief notamment, Nkwame Nkrumah [13]- Amilcar Cabral - Barthlémy Bokanda - Ruben Um Nyobe - Cheikh Anta Diop - Thabo Mbeki pour ne parler que d’eux. Dans quelle mesure leurs discours peuvent-ils favoriser l’émergence, sur la scène internationale, d’un message africain susceptible de mobiliser la jeunesse africaine ? _ Pour répondre à cette question, l’on doit se souvenir que le mouvement panafricain possède une idéologie idéaliste dont la thèse centrale est la suivante :

Il existe une personnalité africaine qui est commune à tous les hommes, toutes les femmes de race noire ; cette personnalité recèle des valeurs spécifiques de sagesse, d’intelligence, de sensibilité. Les peuples noirs sont les peuples les plus anciens de la terre. Ils sont voués à l’unité et à un avenir commun de puissance et de gloire (Jean Ziegler, 1980 :78).

Cette idéologie panafricaine refuse par conséquent toute idée d’assimilation, d’intégration à l’univers du dominateur [14]. Cette idéologie du refus de toute assimilation est une force motivationnelle d’une extraordinaire puissance. L’histoire retient que le mouvement nationaliste africain a pris une ampleur extraordinaire à la suite du panafricanisme [15]. De même, les insurgés de Soweto (juin 1967) sont morts parce qu’ils refusaient d’accepter l’enseignement africaans dans les collèges noirs. Que dire encore du téméraire Camerounais Um Nyobé à l’ONU en 1952 se prononçant pour une indépendance politique du Cameroun ?


De Marcus Garvey à Thabo Mbeki en passant par Nkwame Nkrumah et Cheikh Anta Diop, tous ont prôné un Etat fédéral panafricain continental, une renaissance africaine. Cette idée du panafricanisme dont Nkrumah est le prophète moderne est une idée aussi vieille que la déportation massive outre-mer des Africains. C’est la partie invisible, sécrète, celle de l’histoire des peuples noirs. Bien des Noirs ont été déportés, beaucoup sont morts, d’autres ont survécu. Ces hommes les plus divers ont combattu avec fanatisme leur déportation, refusant la séparation d’avec leur terre d’origine [16]. Dans la nuit de l’esclavage miraculeusement, le peuple déporté continuait à vivre, à créer, à inventer son rêve :

Je ne vois guère d’autres exemples dans l’histoire d’une telle force de caractère, d’un tel courage, d’une telle foi chez un peuple qui, victime d’une telle oppression si totalement inhumaine, a non seulement sauvé, mais épanoui sa culture en terre étrangère. (Jean Ziegler, 1980 :79).

Face à ce qu’ont montré leurs ascendants, quelle est la capacité de la jeunesse africaine à penser, à réfléchir et à trouver des solutions sur les problèmes actuels du continent ? Dans le sillage de l’héritage panafricain, quelle leçon la jeunesse africaine peut-elle retenir afin de résoudre de façon originale et profonde les problématiques africaines contemporaines ? C’est à cela que nous voulons nous pencher en scrutant la pensée Cheikh Anta Diop.

2. CHEIKH ANTA DIOP, PROPHETE DU PANAFRICANISME ?

2.1. Cheikh Anta Diop comme modèle

De nationalité sénégalaise, Cheikh Anta Diop à été un savant multidisciplinaire : physicien, historien, anthropologue, linguiste, sociologue, philosophe, homme politique, panafricaniste. Il aura œuvré à valoriser l’Afrique et l’Homme africain, et y sera parvenu en prouvant scientifiquement l’unité culturelle de l’Afrique, posant ainsi les jalons de l’urgence d’un Etat fédéral africain. Le chercheur a toujours interpellé la jeunesse africaine, considérant le rôle qu’elle doit jouer pour sortir l’Afrique de la torpeur. Sa dernière interpellation fut à Yaoundé en 1986 :

Je vois en chaque jeune Africain susceptible de recevoir une éducation un bâtisseur de nation et c’est ce bâtisseur qui sommeille en chacun de nous que notre éducation doit réveiller [17].

L’histoire du personnage constitue elle-même un exemple d’autodétermination. Pour comprendre la signification de son travail, il est avant tout nécessaire de savoir quelles étaient la pensée et la situation historique au moment où il a commencé à écrire et à agir. Puis, il faudra examiner quels étaient sa thématique et sa contribution intellectuelle. Ensuite, l’on pourra analyser la signification de son œuvre pour la conscience historique des jeunes africains. _ Nous situons la pensée de l’auteur au moment où des thèses européocentriques, nourries par les courants philosophiques et anthropologiques reniaient toute valeur au Noir. Dans ce contexte, l’auteur le plus cité est probablement le philosophe G.W.F. Hegel (1770-1831) [18] qui maintenait l’Afrique comme le seul continent sans histoire qui n’aurait jamais produit ce qu’on pourrait appeler « civilisation ». Tout comme Arthur Gobineau (1816-1882) dont l’ouvrage de référence Essai sur l’inégalité des races constituait la base idéologique aux grandes théories racistes [19]. D’autres institutions, comme l’Institut d’Ethnologie de France créé en 1925 par Lucien Lévy Bruhl, enseignaient que les Noirs avaient une mentalité prélogique. Les théoriciens s’appliquaient à légitimer, au plan philosophique et ethnologique, l’infériorité intellectuelle du Nègre. La vision d’une Afrique anhistorique et atemporelle, dont les habitants, les Nègres, n’avaient jamais été responsables d’un seul fait de civilisation s’imposait dans les écrits et s’ancrait dans les consciences (Théophile Obenga, 1996 :17-25). Ainsi, lors de la parution du livre Nation Nègres et culture de Cheikh Anta Diop, le contenu semblait si révolutionnaire que très peu d’intellectuels, même Africains, osaient y adhérer. La pensée diopienne avait provoqué des réactions extrêmement controversées. Il a fallu vingt ans pour qu’une partie de ses idées soient reconnues au niveau international. Ce fut lors du colloque international du Caire de 1974, initié par l’UNESCO, qui réunissait les plus éminents égyptologues du monde entier [20]. Cette pensée reste d’actualité et pose la question de l’apport de son œuvre aux jeunes Africains. Quelle valeur a-t-elle par rapport à un développement autodéterminé ?
Le continent africain traverse une grave crise multidimensionnelle. Face à cette crise qui nous réserve un avenir incertain, l’homme moderne, armé de nouvelles technologies, ne sent-il pas la nécessité de se tourner vers les hommes illustres tels que Cheikh Anta Diop qui ont su utiliser la science avec conscience et fait la politique pour l’intérêt général et non pour eux-mêmes, pour tenter de déceler quelques promesses d’avenir ? Cet homme remarquable dont la contribution à l’élaboration de la civilisation de l’universel est inégalable, aura répondu au discours de Sarkozy un demi-siècle avant qu’il ne le prononçât à l’université de Dakar. Cet illustre savant qui se prononça contre les accords de partenariat économique, un demi-siècle avant que le président Wade constate ses effets pernicieux mérite d’être connu. Mieux, Cheikh Anta Diop ne se sera pas limité à dénoncer cette mainmise des puissances occidentales sur l’économie africaine, mais aura proposé des solutions dont la plus urgente est l’unité culturelle


La question que nous sommes en droit de nous poser est celle de savoir ce qu’était la quintessence du message de l’illustre disparu et comment la jeunesse africaine peut l’assumer.

2.2. L’Egypte ancienne comme culture africaine et base de l’unité culturelle africaine : un message fort à la jeunesse africaine

Cheikh Anta Diop est un panafricaniste [21]. Sa thèse sur la parenté culturelle profonde de l’Egypte avec le reste de l’Afrique, fondement de l’unité des peuples africains, reste d’actualité. En fait, L’Egypte ancienne représente le point central de la pensée de Cheikh Anta Diop. Il en est le point principal, essentiel, vers lequel vont toutes ses interrogations, toute sa quête historique. Il le dit lui-même : « Tout provient de la vallée du Nil et tout revient à elle, comme à un référentiel incontournable » [22].
De Nations Nègres et Culture (1954) au Colloque d’Egyptologie du Caire (1974) [23], Cheikh Anta Diop n’a cessé de montrer la vallée du Nil, la région des grands lacs à la méditerranée, comme l’origine même des civilisations négro-africaines. Pour l’auteur, cette vallée remplit plusieurs fonctions déterminantes de temporalité de l’Afrique noire ; elle est substratum, socle, fondement commun des civilisations négro-africaines en leur diversité historique et géographique [24].
La jeunesse africaine peut-elle s’abreuver de cette thèse ?
Certainement en considérant que l’Egypte est la référence historique et culturelle de l’histoire générale de l’humanité. En cela, la vallée du Nil (Egypte-Nubie) se doit d’être considérée comme le fil conducteur des études historiques de l’Afrique Noire. Ce qui signifie que le fond culturel, riche d’atouts divers, peut fournir le fondement d’un nouveau départ basé sur une intégration régionale véritable. A partir des données matérielles des éléments de la culture ancienne donc, il faut appréhender les fondements de l’unité des peuples constitutifs de cet espace géographique. La conséquence de cette réflexion est celle-ci : l’unité de l’Afrique ne se réalisera pas uniquement par des Unions douanières à caractère politique, mais également par des projets culturels fédérateurs, fondés sur les valeurs africaines, sur les objets et lieux de mémoires des peuples africains, traducteurs de leur originalité, de leur identité, et de la solidarité entre les peuples et les nations. Voilà la première leçon que Cheikh Anta Diop lègue à la jeunesse africaine. Il l’invite en outre à assumer des valeurs africaines.

2.3. Retour à la culture africaine et à ses valeurs

Qu’entend-on par valeurs africaines et quelles sont celles susceptibles de donner à cette jeunesse son nouveau départ ? _ Pour éclairer notre interprétation, sans doute devrions-nous donner le contenu que nous retenons dans le vocable de « valeur ». Il n’est pas rare que, dans des échanges d’opinions, l’on utilise les mêmes termes, avec toutefois des compréhensions différentes. Tout simplement les compréhensions des uns et des autres reflètent des prédispositions pycho-mentales qui ne sont pas nécessairement de même résonance. Nous avons estimé utile de faire connaître ce que nous entendons par « valeur » dans cette étude. _ Des différents sens donnés par le Petit-robert de 1992 le tout premier nous a semblé contenir l’essentiel. Il s’agit en effet de : « Ce en quoi une personne est digne d’estime, quant aux qualités que l’on souhaite à l’homme dans le domaine moral intellectuel, professionnel ». _ Cette définition a retenu notre attention tout simplement parce qu’elle colle le mieux, à notre sens, avec la notion de culture telle que définie par Edouard Tylor : « Le savoir des Africains, toutes leurs croyances, tout leur art, tout leur système éthique, toutes leurs lois, aptitudes et coutumes… » (Edouard Tylor, 1981 :8).
La nuance suggérée par Alexis Kagame apporte un supplément à cette présentation de Tylor et éclaire davantage notre préoccupation [25]. Les préjugés voudraient que le savoir des Africains, leurs croyances, leur art, leur système éthique, leurs lois, aptitudes et habitudes acquises soient inaptes à promouvoir un quelconque dynamisme historique orienté vers le développement. Sous-entendent-ils aussi que toute capacité de création, existant en tout être humain, fait par les facultés que sont : intelligence, volonté et autres énergies soit inexistante chez l’Africain ? Serait-il totalement taré ? N’a-t-on pas, en effet, déduit du nominalisme de Locke, vers la fin du XVIIIe siècle, que : « Les Nègres n’étaient, dans la grande chaîne des êtres, qu’un rang au dessus des singes qui, d’ailleurs, venaient aussi d’Afrique » (Martin Bernal, 1996 : 249). _ L’analyse que nous nous proposons de faire vise ainsi à apporter les éléments de réponse à ce double niveau, actif et passif. Les Africains ont donné des preuves qu’à l’instar des autres groupements humains dans le monde, ils sont dotés des capacités créatrices propres à leur génie. Ils ont donné la preuve de ce que nous appelons, à la suite d’A. Kagame, une culture active. En clair, ils se sont montrés capables, comme les autres, d’explorer, d’exploiter et de transformer les éléments de leur environnement propre pour faire face à leurs besoins fondamentaux. Tous ceux qui se sont intéressés à ce continent, tel qu’il a vécu avant les contacts en question ici, soit des balbutiements de ses débuts jusque vers les XVe / XVIe siècles, ont unanimement attesté de la réalité de cette culture active à travers toute l’Afrique [26]. _ Les travaux de Cheikh Anta Diop peuvent permettre de bâtir une lexicologie historique en tant que source de renseignements historiques pour la jeunesse africaine. L’homme était un modèle pour ses compatriotes. Ses amis d’enfance [27] reconnaissent qu’il vouait une obéissance et un dévouement exceptionnel à sa mère. Malgré son instruction, Cheikh a toujours respecté les valeurs socioculturelles, fait rare chez nos jeunes (intellectuels) d’aujourd’hui. Il vivait le principe de l’enracinement d’abord et de l’ouverture ensuite. Il a grandi dans un environnement épris de valeurs de solidarité, d’assistance et d’entraide et l’a pratiqué au quotidien. Ce sont ces valeurs, entre autres, qui constituent le patrimoine culturel africain. Il s’agit des lois, des interdits, des croyances religieuses, des rites, de la médecine traditionnelle dont il faut assurer la préservation et la transmission de génération en génération. Il s’agit aussi des témoins matériels à valeur patrimoniale ; lieux sacrés, sites archéologiques, art scriptural, marqueur identitaire des peuples. Ces vestiges ont de la valeur du point de vue historique et artistique. _ Parmi ces valeurs, nous insistons sur les croyances religieuses africaines, comme jalons d’une intégration spirituelle. Elle permet d’appréhender l’unité culturelle des différents peuples d’Afrique rassemblés autour d’un Dieu créateur auquel ils accèdent par l’intermédiaire des génies, esprits et ancêtres. Nous ne saurons oublier leur Patrimoine linguistique ; la langue comme expression ultime d’une intégration, d’une unité et, en même temps, le véhicule le plus authentique de la culture. Elle est donc, pour les Africains, le véritable dénominateur commun, le trait d’identité culturelle par excellence. Montesquieu, en précisant que « tant qu’un peuple n’a pas perdu sa langue, il peut garder espoir » a voulu montrer l’importance de cet élément du patrimoine culturel. La langue, comme le confie Cheikh Anta Diop, même non écrite, est considérée comme la cristallisation en énigmes plus ou moins difficiles à déchiffrer de l’histoire d’un peuple. Elle comporte nécessairement des traces de tout le passé du peuple qui le parle c’est-à-dire son héritage culturel. _ Combien de jeunes parlent encore leur langue maternelle ? Quels sont ceux des jeunes africains qui peuvent réciter quelques versets des prières traditionnelles ? Ce sont là les valeurs qui constituent le socle de tout homme et les travaux de Cheikh Anta Diop montrent bien que l’Egypte ancienne constitue bien une thématique centrale et riche d’enseignements pour la jeunesse africaine. Dans Nation Nègres et Culture, l’Egyptologue sénégalais déclare :

L’Egypte jouera dans la culture africaine repensée et rénovée le même rôle que les civilisations gréco-latines dans la culture occidentale. (Ch. A. DIOP, 1954 :14-15).


L’histoire reconnaît que l’Egypte fut un lieu d’inspiration mythique. Jésus dès l’âge de douze ans, Socrate, Platon, Thalès, Pythagore, tous ont été initiés au pied des pyramides et sur les bords du Nil à la perception intelligible et imminente des mystères de l’univers. La jeunesse africaine peut, elle aussi, puiser dans les trésors de l’Egypte ancienne, de la sagesse africaine. Elle peut développer une confiance en sa culture et en la valeur de cette dernière. Loin d’être un narcissisme, le retour aux valeurs africaines doit chercher à utiliser celles susceptibles d’enraciner l’Africain, sa jeunesse en particulier. Ceci veut dire que les jeunes Africains peuvent prendre le contre-pied de l’enseignement colonial et néocolonial, conscients de leur potentiel créateur, convaincus de la capacité à se prendre en charge eux-mêmes. Pour cela, leur conscience historique en tant que peuples noirs d’Afrique aura pour fondement, dans le temps et dans l’espace, cette terre noire. Il faut restaurer la dignité du Noir. Il y a donc urgence pour nous Africains de nous armer de courage et d’abnégation pour nous défaire du complexe d’infériorité et du manque de confiance en soi. Les travaux de Cheikh Anta Diop concourent à encourager la jeunesse de faire des recherches sur l’Afrique.

3. L’IDEOLOGIE PANAFRICAINE COMME MODELE A LA JEUNESSE AFRICAINE ET COMME STRATEGIE DE LIBERATION DU CONTINENT AFRICAIN

Comment l’idéologie panafricaine peut-elle jouer un rôle de moteur pour la jeunesse africaine dans le développement du continent ? _ Ce questionnement, presque conclusif à notre réflexion, repose sur le contexte politique et économique infernal qui a plongé des milliers de jeunes dans le désespoir absolu. Face à cette situation, de nouvelles orientations tant continentales, géostratégiques que politiques en ce début du XXIé siècle se dessinent. D’autres paradigmes au plan politique notamment s’imposent aux Africains, à sa jeunesse en particulier, de toute urgence, dans le sillage de puissants leaders panafricanistes. La vie est une répétition de la vie, les hommes sont des copies des autres, vivants ou morts. Chaque personne cherche un modèle, une référence. Tous les jours, les médias nous proposent des modèles que nos jeunes imitent et copient à la lettre. Et finalement, qui veut comprendre les comportements des uns et des autres n’aura qu’à interroger la télévision. De même, connaître ce qui se passe à la télévision, c’est regarder la société. A vrai dire, les Africains mériteraient le prix Nobel de l’imitation. L’illustration la plus parfaite, c’est celle des stars que les médias imposent. Ces modèles sont-ils en phase avec les défis multiples que nos pays pauvres doivent relever ? Malheureusement, les modèles que nous proposent les médias ne sont pas les meilleurs, les plus utiles pour former les jeunes compatriotes, citoyens sensibles aux défis de leur patrie. Une jeunesse qui s’occupe de l’avenir de son pays, qui respecte les biens publics, les lois et les institutions. On verra plutôt des jeunes acculturés et empressés de fuir leur patrie au risque de leur vie, des jeunes qui manifestent de plus en plus du dégoût pour les études. Et pourtant des bons modèles ne manquent pas. C’est dans cette optique que Cheikh Anta Diop devrait être promu comme modèle de référence sur tous les plans. Cet homme n’est pas connu par la majorité de nos jeunes. Sont-ils fautifs de ne pas connaître Cheikh Anta Diop ? Certainement pas, car on ne parle de lui dans les médias qu’une fois par an à l’occasion de la commémoration de l’anniversaire de sa disparition.
En prenant les leaders panafricains pour modèle, la souffrance africaine doit se transformer en tremplin historique pour la restauration de la conscience africaine et de la renaissance africaine. Telle est la mission léguée à la jeunesse africaine par l’illustre disparu.

3.1. Restauration de la conscience historique africaine

Si l’on examine les conséquences de l’œuvre de Cheikh Anta Diop pour les Africains en général, la jeunesse en particulier, on peut dire que la restitution du passé de l’Afrique a rendu possible la restauration de sa conscience historique. La restitution d’une réalité historique, c’est mettre fin à la falsification de l’histoire et de restaurer chez les Africains le sentiment d’avoir une antiquité et des pratiques culturelles et religieuses. _ Cette conscience historique africaine confère donc à tout le monde africain, à sa jeunesse en particulier, le sentiment d’une réelle solidarité culturelle, d’une communauté historique ayant ensemble des valeurs fondamentales héritées des ancêtres communs. La réconciliation des Africains avec leur propre histoire, leur passé culturel est d’une nécessité vitale : « Sans conscience historique, les peuples ne peuvent pas être appelés à de grandes destinées » [28]. _ L’auteur de cette citation délivre un message fort en enseignement à la jeunesse africaine. Pour l’Egyptologue sénégalais, l’élaboration du concept de conscience historique africaine est une chose indispensable pour l’Africain ; il s’agit de la confiance en soi, face à l’histoire qui a été, qui est et qui sera, selon la propre volonté des Africains. _ Il ressort de toute cette immense synthèse historique un bénéfice moral pour les générations actuelles. Il est possible dès lors, c’est-à-dire une fois le terrain déblayé, la continuité et la conscience historique restituées, de faire en sorte que les antiquités égyptiennes deviennent les antiquités classiques pour toutes les communautés noires contemporaines. L’expérience égyptienne fut essentiellement nègre et tous les Africains sans exception peuvent en tirer le même bénéfice moral que les Occidentaux vis-à-vis de la civilisation gréco-latine. Il faut par conséquent enseigner les civilisations de la vallée du Nil, les langues de cette espace historique comme des antiquités négro-africaines classiques. Autrement dit, pour Cheikh Anta Diop, le passé égypto-nubien doit être réanimé constamment par les communautés noires. Un héritage n’est vivant que s’il est entretenu par des communautés qui l’assument à la manière d’un legs ancestral. Le jeune africain doit chercher les ressorts dans la tradition africaine, dans les valeurs africaines. La conscience du passé historique doit redonner confiance aux jeunes Africains.

3.2. Renaissance africaine

Quand pourra-t-on parler de renaissance africaine ? Dans quelle mesure ce discours peut-il favoriser l’émergence sur la scène internationale d’un message susceptible de mobiliser la jeunesse africaine ?
Disons tout de suite que le concept de renaissance a fait son entrée dans les sciences sociales avec la civilisation de la renaissance de Jacob Burckardt en Italie [29].


Apparu d’abord en Italie, la renaissance dans l’histoire de la civilisation est une période qui suit le Moyen Age dans l’histoire de la civilisation occidentale au XVé et au XVIé siècle. Cette période renoue donc avec l’héritage de l’antiquité gréco-latine sur les plans philosophique et artistique et crée une nouvelle ère en se distinguant par l’Humanisme. C’est la période de l’émancipation de la conscience individuelle, laïcisation du savoir, renouvellement des formes de pensée. L’on a noté un exceptionnel épanouissement des arts, des lettres et des sciences favorables à l’essor du commerce international. Il s’est agi, au total, d’un nouvel esprit qui caractérise véritablement la vie d’un peuple. En Italie, les académiciens surgirent à Florence et à Rome. Les architectes utilisèrent les ordres antiques et s’inspirèrent des proportions du corps humain. Léonard de Vinci, Raphaël, Michel Ange, Titien, Borticelli… tous furent de grands génies de la renaissance italienne. En Hollande l’humanisme se développe avec Erasme…, En France, la littérature fut renouvelée Par Clément Marot, les poètes de la Pléiade ; Rabelais et Montaigne. _ En étudiant l’Histoire du Monde donc, on constate que lorsqu’un peuple a été dans la misère, et la souffrance, il cherche à renaître, Ce fut le cas du Japon avec l’ère Meiji, des Juifs avec la naissance de l’Etat d’Israël, de l’Europe avec la renaissance du XVIé siècle. Cette renaissance s’impose aussi à l’Afrique car nous avons subi le malheur pendant plusieurs siècles. _ Si Cheikh Anta Diop se réfère à la renaissance, c’est à coup sûr pour l’enthousiasme général de cette époque d’innovation audacieuse, de créativité intense et soutenue, d’acquisition de nouveaux concepts et de nouveaux instruments de mesure, d’observation, de propagation des idées et de formes nouvelles de pensée. C’est l’époque où les banquiers florentins sont devenus les plus importants bailleurs de fonds de l’Occident.
Le caractère prométhéen de la renaissance devait plaire à Cheikh Anta Diop en quête d’une renaissance pour les siens, en développant une culture africaine fondée sur un passé, sur l’héritage historique, sur les langues africaines avec de nouvelles expressions plastiques, musicales, architecturales. La renaissance africaine implique d’abord pour l’égyptologue la reconnaissance assumée de la vallée du Nil, foyer inaugural de la civilisation écrite sur le continent africain. _ Le discours de renaissance africaine est réactualisé par Thabo Mbeki et a pour ambition de changer la vision du continent africain et de lui donner toute sa place dans la Mondialisation [30]. Il conçoit une renaissance libératoire qui trouve son origine dans la redécouverte des réussites oubliées de l’Afrique. C’est pour lui le seul moyen de résoudre la question de l’exception africaine et de contredire les stéréotypes qui associent la condition africaine à l’instabilité politique à la dépravation morale et sociale, à la dépendance économique et à la pauvreté. _ Que reste-t-il à faire à la jeunesse africaine, à part renaître de nouveau, reprendre un nouvel élan, un nouvel essor ? Pour y parvenir, ne suffit-il pas de se servir des valeurs africaines, des ressources naturelles, de son intelligence ? C’est tout à fait normal si l’on suit l’histoire des peuples. _ Cela parait tout à fait possible, nous avons tout ce qu’il faut, les cerveaux, l’imagination, nous sommes largement comblés par la nature avec les différents fleuves africains, les forêts encore vierges, les animaux sauvages, qui n’existent qu’en Afrique, nous avons les sous-sols les plus riches du monde, nos valeurs restent codées dans les croyances religieuses africaines. Chaque jeune doit mettre son expérience personnelle et professionnelle au profit du continent.

CONCLUSION

L’idéologie panafricaine, force d’une extraordinaire puissance pour la jeunesse africaine, a été l’axe central de nos développements. A travers l’exemple d’un prophète panafricaniste, nous avons relevé que le fond culturel africain, riche d’atouts, pouvait fournir le fondement d’une renaissance africaine. Cheikh Anta Diop invite à juste titre la jeunesse africaine à une meilleure connaissance de son histoire. Son message se trouve ainsi résumé : la jeunesse africaine doit connaître son histoire, sa civilisation, condition sine qua non pour sortir l’Afrique de sa léthargie. Il s’agit en fait d’une autodétermination des jeunes Africains par la restauration de la conscience historique. Il suffit d’initier des débats comme ceux-ci sur la jeunesse africaine afin d’ouvrir les yeux de cette jeunesse africaine qui accepte d’aller mourir dans la méditerranée. Si l’Occident avec ses divers satellites (Banque Mondiale-FMI) sont mis au banc des accusés, leurs mandataires africains ne le sont pas moins. Contre toutes ces forces d’agression du continent, nous disons avec T. Obenga que la jeunesse Africain doit se détourner des méthodes et pratiques responsables du chaos :

La jeunesse africaine doit faire bouger les choses, développer des idées novatrices, s’organiser au plan continental panafricain, ambitionner une Afrique différente de celle des pères fondateurs et des présidents à vie, protégés par l’Occident, pour les seuls intérêts occidentaux. OBENGA Théophile, 1996 : 12).

Le personnage de Cheikh Anta Diop constitue un exemple d’autodétermination par excellence et donc un modèle pour la jeunesse africaine. Pour qu’il puisse être ainsi reconnu, pour qu’il soit un modèle de référence, ses héritiers et les universitaires africains en général ont un rôle fondamental à jouer : promouvoir l’enseignement de l’égyptologie. Les jeunes trouveront leur salut, non en Occident comme semblent penser bon nombre d’entre eux, mais chez eux.

BIBLIOGRAPHIE

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KOUMOU, Michel, Le panafricanisme : de la Crise à la renaissance. Une stratégie globale de reconstruction effective pour le 3é millénaire, Paris, Clé, 2008.
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PADMORE, G., Panafricanisme ou communisme, 1961.


[1] Université de Dschang, Cameroun

[2] L’auteur connaît bien la pensée de son maître. Après avoir étudié la philosophie à l’Université de Bordeaux, l’histoire au Collège de France, à Paris et l’égyptologie à Genève en Suisse, il a suivi une formation en sciences de l’éducation à Pittsburgh aux Etats Unis. Docteur d’Etat es lettres, il est chef de département d’études des civilisations africaines à l’Université San Francisco en Californie.

[3] Dans son dernier livre, Appel à la jeunesse africaine, contrat social africain pour le 21ésiècle, Editions Cinia communication, 2007, T. OBENGA expose son point de vue quant à la nécessité de la création des Etats-Unis d’Afrique. Face aux nombreuses tragédies qui touchent le continent africain, il appelle cette jeunesse africaine à se réveiller, à sortir de son état de désœuvrement et à agir pour la renaissance africaine.

[4] Sindjoum Pokam, philosophe, intervention dans une table ronde le 07 février 2005, texte d’hommage et d’anniversaire du savant disparu.

[5] Edward Wilmut Bylden (1832-1912) est l’un des pères fondateurs du mouvement panafricain moderne.

[6] Le mouvement panafricain est né pour l’essentiel dans les régions de langue anglaise, au sud des Etats-Unis d’Amérique et aux Antilles Britanniques.

[7] Convoqué par William Edward Burghart Dubois qui réclame conformément à Woodrow Wilson, le droit des peuples à disposer d’eux même.

[8] Autrement appelée cinquième congrès panafricain de Manchester, il a joué un rôle dans l’émancipation politique des pays africains.

[9] William Edward Bugardt Du Bois, auteur de Black Princes, fervent défenseur de l’idée sioniste qu’il tentera d’adapter à la diaspora noire. Leader du mouvement de résistance noire américaine, il est le fondateur du grand mouvement de protestation ; la NAACP ( National Association for the Advancement of Coloured People). Il est un antimarxiste convaincu.

[10] Sylvester William, avocat né aux Antilles britannique, ardent défenseur de la démocratie bourgeoise. Il a consacré toute sa vie à aider les chefs coutumiers bantous de l’Afrique Australe à échapper aux contraintes des immigrés Boers et des agents britanniques de la Compagnie à Charte de Cecil Rhodes.

[11] Alexandre Walters est un évêque de l’African Methodist, Episcopal Zion Church.

[12] Une des plus importantes de ces organisations parallèles est fondée par Marcus Aurélien Garvey à New York le premier août 1920. Garvey convoque le premier parlement noir de l’Afrique libre et fonde « la ligue universelle du progrès des communautés africaines ». Jamaïcain, il est celui qui organise le plus grand mouvement nationaliste noir ; l’UNIA (Universal Negro Improvment Association) dont l’objectif était l’établissement des liens confraternels aux niveaux sociopolitiques et culturels entre les pays noirs, des Amériques, d’Afrique et d’Europe.

[13] - Nnandi Azikiwé[[Nnandi Azikiwé, premier gouverneur général du Nigeria indépendant, nommée par la reine d’Angleterre, il est l’auteur d’un document célèbre du mouvement panafricain : The atlantic charter and British West Africa (1943). Il y refuse expressément toute idée de rupture avec le système capitaliste et exige l’intégration sur une base égalitaire, des futurs gouvernants noirs autonomes au Conseil de l’Alliance Atlantique.

[14] BASTIDE, R., Les Amériques Noires, Paris, Payot, 1967, document cité par Jean ZIEGLER, ibidem.

[15] Sous l’impulsion de Nkrumah, le Ghana, ancienne Côte de l’or (Gold Coast) est le premier pays d’Afrique Noire à se libérer de l’occupation blanche. Ce territoire devrait devenir le bastion d’où devaient partir les diverses armées coloniales pour la guerre d’indépendance du continent africain.

[16] Lire BASTIDE, R., Les Amériques noires, Paris, 1967. L’auteur retrace cette martyrologie des millions de nègres morts sous la chicotte, souffrant de l’esclavage. En outre, deux romans explorent l’inconscient collectif de l’Afrique contemporaine ; À Schawartz BART, La mulâtresse solitaire, Paris, Seuil, 1971 et R. HALLEY, Racines, Paris, 1977.

[17] DIOP, Cheikh Anta, « Discours du 09 janvier 1986 », Palais des Congrès, Yaoundé- Cameroun.

[18] Georg William Friedrich Hegel est sans doute le premier penseur qui a montré que, dès le départ, l’histoire du monde est la manifestation progressive de la raison (vernuft), de l’esprit (der absolut geist). Pour l’auteur, la valeur de la raison est mesurée par l’expérience affective concrète que nous avons de la rationalité. L’Histoire universelle est la manifestation de la raison et l’Afrique noire a été exclue de l’universelle, de la totalité historique universelle parce que le fondement géographique lui fait défaut. Son texte célèbre La raison dans l’Histoire. Introduction à la philosophie de l’Histoire, trad de Kostas papaioonnou, Paris, Plon, 1965.

[19] Autant HEGEL excluait le Noir africain de l’histoire du monde, parce qu’il ne reconnaissait pas en Afrique Noire la révélation de la raison divine, de l’esprit universel, autant GOBINEAU refuse aux Nègres tout rôle majeur dans l’évolution historique de l’humanité, vu son infériorité. C’est cet obstacle racial que Cheikh Anta DIOP rencontre et règle dans toute sa démonstration scientifique.

[20] Le colloque du Caire, organisé par l’UNESCO en 1974, marque une étape capitale dans l’historiographie africaine. Pour la première fois, des experts africains ont confronté, dans le domaine de l’Egyptologie, les résultats de leurs recherches avec ceux de leurs homologues des autres pays, sous l’égide de l’UNESCO. Les participants ont été frappés par la méthodologie interdisciplinaire introduite par Cheikh Anta Diop et Théophile Obenga. Les recommandations reflètent la solidité de l’argumentation présentée par les deux Africains. Il a été reconnu clairement que l’Egypte appartient à l’univers négro-africain.

[21] Cheikh Anta Diop et son fils idéologique Mokefi Kete Asante sont les hérauts de la branche du panafricanisme dite afro-centriste. Ce mouvement réexamine l’histoire de l’Afrique d’un point de vue africaniste en l’opposant à l’eurocentrisme. Il s’agit d’un retour aux concepts traditionnels africains et à la culture africaine.

[22] « L’Égypte pharaonique et le continuum historique africain », table ronde avec Cheikh Anta Diop, Jean Devisse, Prince Dika Akwa, Nya Bonambela, Yaoundé – Cameroun, 6-9 janvier 1986, in Actes du Colloque sur l’archéologie Camerounaise.

[23] Colloque sur le déchiffrement de l’écriture méroéitique, organisé sous l’égide de l’UNESCO, le Caire, 28 janvier- 3 février 1974.

[24] DIOP, Cheikh Anta, « L’Egypte pharaonique et le continuum historique africain », table ronde avec Jean Devisse, Prince Dika Akwa, Nya Bonabela, Yaoundé, Cameroun, 6-9 Janvier 1986, in Actes du Colloque International de Yaoundé sur l’archéologie du Cameroun.

[25] Nous nous inspirons des analyses de Ola BALOGUN, H. AGUESSI et Pathé DIAGNE, Introduction à la culture africaine, Paris, UNESCO, 1977, p.29-32.

[26] L’on pourra s’en convaincre en se reportant, pour une bonne synthèse au volume IV de L’Histoire Générale de l’Afrique, UNESCO/NEA, 1985. Les auteurs illustrent cette réalité à travers tout le continent, du Nord au Sud, de l’Est à l’Ouest, en passant, bien sûre par le centre.

[27] EL Hadji Abdou Moutalib Sène, qui connut l’homme en 1943 et partagea avec lui 43 bonnes année, raconte dans un article publié dans Afrique histoire no12 paru en 1987 qu’en classe de terminale, Cheikh n’était pas encore affranchi de certaines servitudes domestiques. En effet, il se levait de bonne heure et balayait la cour de la concession avant d’aller chercher de l’eau à la borne fontaine pour les besoins de ménage de maman Maguette Diop.

[28] « Cheikh Anta Diop, un continent à la recherche de son histoire » (texte de 1957) cité par O. THEOPHILE in Volney et le Sphinx, contribution de Cheikh Anta Diop à l’historiographie mondiale.

[29] BURCKARD, J., HOLBON P.Gr. et HAJO, Civilisation of the renaissance in Italy, Modern Library Edition, 2002.

[30] La renaissance africaine de Thabo Mbéki repose sur quatre dimensions : politique, Mbeki souhaite que les leaders traditionnels démocratisent leur pouvoir afin d’être plus en phase avec le nouveau siècle. L’instrument utilisé est le concept de Gouvernement d’unité Nationale qu’il utilisé avec un succès mitigé en Angola et au Zimbabwe. Economique, il s’agit d’instaurer des réformes pour une économie mondialisée et compétitive (Création du NEPAD) pour tenter de conférer à l’Afrique un autre rôle que celui de fournisseur de matières premières. Economique et sociale, il s’agit de la dimension psychologique de la renaissance africaine selon laquelle « les Africains doivent être fiers de leur identité ».




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