L’HORIZON MAUDIT
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Ethiopiques numéro spécial.
Littérature, philosophie et art
10e anniversaire. Senghor, d’hier à demain

Auteur : Cheikh Abdou LO

Par le sable fin du Sahara,
à la rame sur l’océan aplati,
tu échoues au large _ de Lampedusa
tu manques la main
tendue de Melilla
l’accolade ibérique
de la paisible Ceuta.
Sur la blancheur conquise _ de ton linceul errant,
je lis la douleur broyée
de ton destin fatal
de nos phobies bâtardes _ gavées de récoltes d’hiver.

Au couchant des ismes salauds
de la Guardia déchaînée,
tu seras au foyer, brûlé
par le feu nourri des Sarko. _ Ton regard qui réfléchit _ la haine retournée de ma race,
sous la douleur comprimée _ des grossesses d’un couvent,
se dispute en chœur
les tétines sevrées
des restos du cœur.
Tes panses de clochard _ avide de régal arrosé
sont ligotées de racisme raffiné.
Je souffle la trompette des vents,
la battue des valets cochers _ de luxure matinale,
qui scrutent le cirque abîmé
des bouffons de mon palais
sous l’iris corrompu _ de mon peuple ignare.

Sur la médaille castrée
du tirailleur, je hais la bronca _ des pétards qui troublent
le sommeil éternel des morts. _ Sur les tarmacs pudibonds
hantés de rêves coagulés
je vomis la poubelle des charognes
sur le cercueil immaculé des charters
qui pétrissent l’Afrique couchée _ sur son humanité culbutée.

Mon frère affamé d’ailleurs _ pèlerin naufragé d’été indien
je laboure des champs d’amour
sur le Finistère Sud.
Tu ne récolteras plus la haine _ la faim et la mort
sous l’auvent austère
des châteaux du Nord.

Morceau crevé d’un ciel amer _ frère retourne à ton hameau perdu
où le sein généreux de ta mère _ en offrande bénie nourrira _ ta sébile infectée de mépris _ repêché des fantasmes du renifleur
qui bande et jouit sur les brisures _ de tes rêves volés des négriers d’hier.





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