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Ethiopiques n°88.
Littérature, philosophie et art
1er semestre 2012.
Espaces publics africains, crises et mutations

LE LION D’ANTAN

Auteur : Raphaël A. NDIAYE [1]

Déjà le coq a chanté
Et s’est levée l’étoile du matin
L’aurore a point
Et le soleil se réveille
Passée son heure de rêver
Il sourit se redresse et s’étire
Mais toi tu dors encore !
Le moineau vient se poser
Il s’approche et t’observe
Il te taquine te serine :
« Diogoye ne mangera point
Ne mangera point ! »
Heey Diogoye lion d’antan debout !

Ah la complainte des pilons
Lorsque geignent les mortiers
La glume vole au vent
Alors que dansent les vans
Rires épanouis des femmes
Quand elles lavent le grain
Dans les eaux salées de la lagune
Et les petits poissons en bancs serrés
Se régalent et frétillent de bonheur !
Tourterelle vient et te regarde
Et te roucoule grave son message :
« Ndew a tant vanné tant vanné ! »
Heey Diogoye lion d’antan debout !

Le soleil est au zénith
Et grue couronnée bruit
D’une mélopée ensorcelante
Alors les anciens tendent l’oreille
Dans l’arène des bas-fonds argileux de Ndiémâne.
Les maîtres travailleurs retournent la terre
Leur sueur est un étang d’abondance
Mais tu dors encore à poings fermés
Tourterelle revient à ton chevet
Et t’abreuve de sa harangue solennelle :
« Chevalier de Kodou chevalier de Kodou ! »
Heey Diogoye lion d’antan debout !

Le soleil arrête sa course
Parade et piaffe quelle superbe !
Bat le sol d’un pied nerveux
Rythme sa louange sur le tam-tam
Déroule sa parole incantatoire et défie
Et si nombreux les vaillants qui s’éclipsent
Et résonnent les salves d’honneur des canons
On t’attend lion d’antan mais tu dors toujours
Or voici le francolin moqueur
Il te toise du faîte d’une termitière
Ah ! sa moue de dédain lorsqu’il te crie :
« Pas biné le champ, pas biné le champ ! »
Heey Diogoye le lion d’antan debout !

Le soleil oblique sa course
Se pare d’atours flamboyants
Et les chœurs de battements de mains !
Tourterelle maillée dresse sa queue
Elle est altière de hardiesse
Toi que Kumah nomma Eléphant
Tourterelle maillée fit mander
Et de toi elle se moque et rit
Long et fin son crachat de dédain
Suprême affront elle entonne :
« Eléphant m’a piétinée je me suis tue
De nouveau piétinée je me suis tue
L’ai piétiné il gémit : koûk koûk koûk ! »
Diogoye lion d’antan debout !
Ceins tes reins dès l’aurore
Chaque aurore !


[1] Extrait de Cadences et lagunes, Dakar, les Editions Feu de brousse, 2003.




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