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FATOU DIOME : L’AUTRE VISUALISATION DE L’ÉMIGRÉ ET L’EXCEPTION DANS LA MISE EN ÉCRIT DE L’ÉMIGRATION
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Éthiopiquesn n°90.
Littérature, philosophie et art
Penser et représenter l’ethnie, la région, la nation
1er semestre 2013

AUTEUR : Denis Assane DIOUF [1]

La veine désillusionniste de la littérature africaine, née dans la première décade des indépendances, a connu, dans les années 90, un recadrage thématique du fait de certains événements et phénomènes qualitativement nouveaux. Il est alors apparu une nouvelle génération d’écrivains que nous appellerons, à la suite de Pabé Mongo, les écrivains « des sept plaies » [2] de l’Afrique. Au nombre de ces derniers figure Fatou Diome. Au demeurant, elle s’intéresse particulièrement à la huitième plaie : l’émigration.
De ses œuvres romanesques s’exhale une préoccupation invariable à décrire comment et jusqu’à quel point l’émigration et ses corollaires ont affecté ou infecté la société de départ. Elle insiste sur l’impact de ce phénomène social dans la vie et l’imaginaire collectifs sénégalais en même temps qu’elle déconstruit le mythe ou le mirage de l’eldorado occidental, sans oublier d’analyser le problème identitaire de l’émigré.
Cette étude porte sur la manière dont cette romancière sénégalaise visualise et analyse singulièrement ce phénomène social et ses conséquences. Pour ce faire, nous nous intéresserons d’abord à la déstructuration de l’identité de l’émigré et ensuite à l’écriture romanesque comme mémoire.

1. L’IMPASSE IDENTITAIRE DE L’ÉMIGRÉ

« C’est sous la pluie froide et le ciel d’octobre que j’ai débarqué, un matin, à Paris, et tout était gris, jusqu’aux monuments fameux. Quelle déception ! », confesse Léopold Sédar Senghor [3], un des premiers émigrés africains, à sa réception par le conseil municipal de Paris, en avril 1961. Depuis, il y a eu les aventures ambiguës de bien d’exilés déstabilisés par les mirages de Paris.
Après, il y eut eu une nouvelle génération d’émigrés, un renouvellement thématique, aussi. Cette fois-ci, l’émigration n’était plus vécue « sur le mode de la nostalgie ou de l’aspiration au retour. [Elle] est revendiquée et assumée comme un mode de vie transnational » [4].
Certains auteurs, tels Abdourahman Ali Wabéri, Baenga Bolya, Kossi Efoui, n’hésitent d’ailleurs pas à abandonner toute orientation africaine, pour se poser « écrivains » tout court, un peu à la manière des écrivains cosmopolites du début du siècle, qui disaient appartenir à une internationale littéraire et rejetaient toute forme de nationalisme [5]. L. Kesteloot observe avec pertinence que cette tendance s’additionne d’un « refus de l’exclusivité du référent culturel » – non pas francophone –, mais africain, au profit des influences très françaises du nouveau roman (dépassé déjà en France) et du roman « hard » branché sur le sexuel, le sang, la violence. Leurs alibis avancés sont « le refus des cloisonnements et des limites » et la volonté de « libération des contraintes identitaires » [6].
Les personnages d’émigrés qu’on rencontre dans les romans de cette période, spécialement ceux de Fatou Diome, sont porteurs de cette « espèce d’entre-deux » [7] identitaire. À ce titre, il est intéressant de remarquer que cette romancière sénégalaise ne se focalise pas sur un archétype de l’émigré ; elle peint une galerie d’émigrés dont les sorts diffèrent. Cette peinture bigarrée et variée des émigrés lui permet à vrai dire de rendre le phénomène dans toute sa totalité : dans ce qu’il a de beau et de charmant, comme de laid et de repoussant.
Au demeurant, l’essentiel pour elle est de poser en permanence l’invariable dilemme de l’émigré africain : « s’intégrer ou s’isoler ». En effet, ses personnages émigrés sont tous partagés entre l’intégration utopique, l’isolement suicidaire ou le retour impossible. Et ce déchirement est d’autant plus pénible qu’il croise le dilemme du métropolitain : « accepter ou refuser ». Aussi s’adonnent-ils à une quête identitaire, qui devient très vite une conquête identitaire.
A cet effet, la première réponse qu’ils obtiennent au fameux « Qui-suis-je ? Quelle est ma nature ? » de saint Augustin, ou plutôt « Que suis-je » (Diome, 2008 :184) leur vient de leur premier contact avec leur société d’accueil.
Passée l’idyllique attirance des mirages de l’eldorado occidental, le nouvel émigré se rend compte, dès l’aéroport, de la catégorisation des Hommes. À l’évidence, il prend conscience qu’il n’est plus chez lui. Il réalise que le dumping culturel, les médias, par les langues et la promotion des valeurs cardinales humaines de la civilisation de référence ne sont qu’un saupoudrage, un leurre. Cette société « happe et […] asphyxie » les « bons sauvages venus se civiliser » (Diome, 2005 :177).
Étrangers ils sont, étrangers ils resteront. Et on ne manque plus jamais l’occasion de rappeler ce statut au point qu’ils en prennent conscience : « En Europe, mes frères, vous êtes d’abord noirs, accessoirement citoyens, définitivement étrangers, et ça, ce n’est pas écrit dans la Constitution, mais certains le lisent sur la peau ». (Diome, 2005 :176).
La couleur de leur peau et leur origine leur rappellent sans cesse « leur condition d’immigrés et son corollaire : le mépris. L’Arc de Triomphe n’est pas pour les Nègres » (Diome, 2005 : 241). Auraient-ils oublié ce proverbe pourtant bien connu en Afrique : « Le séjour dans l’eau d’un tronc d’arbre ne le transformera jamais en crocodile ».
C’est donc en vain que les personnages expatriés de Diome multiplient leurs tentatives d’intégration dans leur société d’accueil. A l’érudition en linguistique française de Salie, l’agent de police de l’aéroport oppose un mépris raciste : « Je m’en fous de votre Georges et de sa fortune, dira-t-il, ce qui m’emmerde, c’est de vous voir tous, autant que vous êtes, venir chercher la vôtre ici (Diome, 2005 : 205) ». De même, le jeune Moussa croit s’intégrer en manifestant un intérêt et une connaissance poussés de l’histoire culturelle et intellectuelle française. Il explique vainement à ses jeunes coéquipiers du centre de formation de football que la rue Pigalle doit son nom au célèbre sculpteur Jean-Baptiste Carpeaux, un des chefs de file du romantisme français.
Il faut, plus que l’obtention du visa, de la carte de séjour, la naturalisation ou la nationalité pour être un Français. Et les enfants issus de l’immigration le savent bien :

Bercés par le refrain Liberté, Egalité, Fraternité, [ils] perdent leurs illusions lorsque, après un combat de longue haleine, ils se rendent compte que la naturalisation enfin obtenue n’ouvre pas davantage leur horizon. Le petit carton de la nationalité ne colle pas sur leur front ! […] Ils n’ont aucun moyen de convaincre les défenseurs de la préférence épidermique de leur légitimité tricolore (Diome, 2005, p.176).


Malgré les ministères de l’intégration, de l’identité nationale, malgré les quotas dans l’emploi public, les exilés africains de Diome restent toujours étrangers – peut-être de moins en moins étranges, mais, quand même, issus de l’immigration. Aussi finissent-ils par rentrer en Afrique, pour la plupart.
Les frontières et les barrières de Ceuta et Melilla ne s’effacent pas si facilement. Et « la frontière, pire que le mur de Jéricho, c’est une bande de glaise gluante, ou [l’] humanité humiliée [des émigrés] trébuche, s’affaisse, s’enfonce, terrassée par le regard de l’Autre ». (Diome, 2008 :184).
Déçus par ces échecs d’intégration, il leur vient instinctivement à l’esprit d’opérer un repli ou, mieux, un regroupement grégaire identitaire : « Les Africains, toutes vagues confondues, vivent en majorité dans des taudis » (Diome, 2005 :176), constate Salie. Ce reflexe primaire de survie des immigrés reste bien sûr inopérant.
Conséquemment, ils entreprennent la plongée souterraine à la recherche de leur Eurydice. Mais, tel Fama des Soleils des indépendances, le recouvrement de l’authenticité culturelle de leur pays d’origine les fuit : « Nostalgiques, ils rêvent d’un retour improbable dans leur pays d’origine ; pays qui, tout compte fait, les inquiète plus qu’il ne les attire, car, ne l’ayant pas vu changer, ils s’y sentent étrangers lors de leurs rares vacances » (Diome, 2005 :176).
La mythomanie et la mystification deviennent alors, pour certains émigrés, une stratégie narcissique, de valorisation, et d’insertion dans la société d’origine (cf. de l’homme de Barbès) :

Alors, pendant que, pour rehausser leur image, des aides-soignants se font passer pour des médecins, des vacataires de l’enseignement pour des professeurs, des techniciennes de surface pour des gérants d’hôtel, certains vacanciers racontent avec moults détails la vie de personnes dont ils ignorent tout (Diome, 2005 :188).

Ce faisant, ils se fabriquent une identité circonstancielle et intérimaire, qui ne peut être que fausse : « Un tâcheron quittait un foyer anonyme de la Sonacotra, un pharaon débarquait à Dakar, avant d’aller installer sa cour au village » (Diome, 2005 :186).
Écartelé sans compromis en vue, la dépersonnalisation est donc inévitable pour l’émigré. Pas même la compromission :

Les Blancs, il ne pouvait plus les sentir, disait-il, à cause de leur sournoise façon de relativiser le racisme pour mieux le pratiquer ou de rester indifférents aux difficultés de ceux qui en sont victimes. Les Noirs, il ne les supportait plus, à cause de leur manie de voir le racisme partout, [...]. Antiraciste radical, il était devenu lui-même raciste, déclarait-il, raciste anti-cons, toutes races confondues (Diome, 2005 : 163).

Voilà pourquoi, se trouvant sans boussole, Salie vit un dérèglement identitaire jusqu’à l’errance, et qu’elle croit résoudre ou bien par le cosmopolitisme (« alors, partout où je pose mes valises, je suis chez moi » (Diome, 2005 : 254)) ou par une sorte d’addition de ses fragments : « Enracinée partout, exilée tout le temps, je suis chez moi là où l’Afrique et l’Europe perdent leur orgueil et se contentent de s’additionner » (Diome, 2005 : 181-182).
Mais le constat est là : ce « pays là où on apprécie l’être-additionné, sans dissocier ses multiples strates ; [ce] pays-là où s’estompe les fragmentations identitaires » (Diome, 2005 : 254) n’est qu’un idéal, une utopie. Madické en est conscient, lui qui refuse d’entreprendre ce voyage. De même, le voyage sans destination, voire la disparition de Betty, l’héroïne d’Inassouvies, nos vies, n’a de sens que dans cette perspective.
Ni noir ni blanc, pour reprendre une expression triviale wolof, ou Congaulois, selon Boniface M. Mboussa, l’émigré n’a finalement point de port d’ancrage identitaire. C’est un erratique identitaire qui connaît une impasse existentielle profonde. Et personne n’a dit mieux que Salie ce sentiment d’identité fuyante et d’une vie inassouvie d’émigré : « Chez moi ? Chez l’Autre ? Être hybride, l’Afrique et l’Europe se demandent, perplexes, quel bout de moi leur appartient. Je suis l’enfant présenté au sabre de Salomon pour le juste partage. Exilée en permanence, je passe mes nuits à souder les rails de mon identité. » (Diome, 2005 : 254).
Dès lors, la tentative est grande d’envisager l’écriture comme un moyen possible de réaliser la fusion des identités. Tel est l’avis de Virginie Blinker. Elle affirme sans ambages que l’écriture de Fatou Diome « n’en demeure pas moins sa « marmite de sorcière » dans laquelle « la nuit [elle] mijote des rêves », parvenant ainsi à relier les deux berges, souder les deux cloisons, réaliser l’alchimie qui mène peu à peu à la joie et à la sérénité » [8].

2. L’ÉCRITURE-MÉMOIRE IDENTITAIRE DE F. DIOME

Dans son article « Littérature monde en français » (Monde des Livres, 16 mars 2006), Michel Le Bris décrétait avec certitude la fin de l’allégeance raciale et l’avènement d’une littérature africaine « a-ethnique » axée dorénavant sur la poésie et l’imaginaire. Pour lui, les écrivains africains actuels ne se sentent nullement assujettis au souci identitaire de leurs aînés, mais ils se projettent dans la mondialisation de la « world littérature ». Au regard des « romans du chaos » et de la littérature des émigrés, on pourrait, à la suite de L. Kesteloot, lui concéder une pareille lecture, encore que beaucoup de ces derniers soient des suppôts du nouveau roman français. Nous n’irons pas aussi loin que Boniface Mongo Mboussa, qui trouve l’origine de cette littérature dans le statut des écrivains : « enfants de l’errance » déçus et repoussés par l’Afrique, ils sont étrangers à son implosion ; exilés, ils se méprennent sur l’avenir du continent. Pour sa part, L. Kesteloot [9] se demande si cette perturbation majeure dans la conscience des écrivains africains émigrés qui les a conduits à se couper du grand courant de la littérature et à imiter les Français n’est pas lié au désir de plaire et de réussir leur intégration.
Et le critique de préciser « qu’il n’était pas nécessaire de faire toutes ces contorsions pour être lu et connu. Les meilleurs exemples sont ceux de Fatou Diome et Ken Bugul. Tout en restant elles-mêmes, et très « ethniques » de surcroît, elles sont très prisées par les médias et célèbres en très peu de temps ». [10] Curieusement, Fatou Diome elle-même croit faire dans cette littérature monde. Voici ce qu’elle dit à ce propos :

Avec la mondialisation, l’avenir de l’Afrique est chevillé à l’avenir de l’Europe, qui est chevillé à l’avenir de l’Asie, etc. [...] C’était dans la démarche esthétique une manière de dire que quand il s’agit d’aborder les problèmes humains, ce n’est ni l’origine, ni la couleur qui compte, c’est juste le dénominateur commun de l’être humain : sa sensibilité [11].

Elle a beau se défendre, nous pensons, comme L. Kesteloot, que son sentiment d’appartenance identitaire ne se dilue pas dans sa création romanesque. Sa sensibilité de romancière est bien africaine. Mieux, sa mise en littérature de l’émigration s’opère dans une écriture fréquemment enrichie par les artifices usuels, invisibles à première vue de son sérère maternel. Salie-Fatou ne fait-elle pas remarquer que « sa mémoire est son identité » (Diome, 2005 : 262) ? Or, cette mémoire est régie, voire formatée par Niodior et sa culture.
D’ailleurs, n’est-ce pas elle qui déclarait à Hervé Mbouguen :


Quand j’écris, je visualise aussi des choses dans ma tête que j’essaye de faire ressortir par le biais de l’écriture. Je pourrais presque vous dire que je sens l’odeur des villages ou des rues que je peux décrire. Je ressens cette odeur, je vois les couleurs [12].

Étant le genre narratif le plus populaire en Afrique, le conte s’impose instinctivement – dans son organisation structurelle et dans ses objectifs – à Fatou Diome, dès l’instant qu’elle décide d’écrire un roman, autrement dit de raconter. Ainsi, reconnaissant le conte africain comme l’hypotexte premier de ses récits, elle avoue à Renée Mendy-Ongoundou :

[…] car je voulais que mes écrits soient spontanés. Un peu à la façon dont on raconte des histoires, en Afrique... Les contes, en Afrique, ont toujours un but éducatif. J’ai été élevée par ma grand-mère et je me souviens que dans les contes africains, le but était toujours de montrer un exemple à suivre et un autre à ne pas suivre. Sans le vouloir, j’ai sans doute été un peu moralisatrice. C’est vrai que mon écriture a une fin qui oblige le lecteur à faire un choix [13].

D’un autre côté, par le truchement de narrateur le plus souvent homodiégétique (Salie dans Le ventre de l’Atlantique et Betty dans Inassouvies, nos vies), Fatou Diome multiplie ses adresses à son auditoire-narrataire ; une façon pour elle d’assumer tour à tour ses fonctions de communication, testimoniale et idéologique. Ce faisant, soit elle établit ou maintient le contact avec son lecteur, soit elle atteste la vérité de son histoire et sa certitude vis-à-vis des événements, de ses sources d’informations, soit enfin elle apporte un propos didactique, et livre son jugement personnel et ses émotions [14] par rapport à l’émigration.
Sa narration est fréquemment enrichie par les artifices usuels de la langue quotidienne sérère : force détails dans la description, la précision dans la narration, la variation de rythme du récit, l’impossible linéarité chronologique due à la spontanéité du récit. _ Il sied de remarquer que l’écriture romanesque de Fatou Diome n’est pas métonymique, loin s’en faut. Elle emprunte à la poésie son aspect métaphorique ; elle multiplie alors jeux d’images, symboles, comparaisons, métaphores filées, etc. Il serait évidemment vain de chercher à cerner cette particularité si on la déconnecte de la littérature sérère qui informe en permanence sa création. Or, chez les Sérères, la création littéraire est essentiellement poétique, et se fonde sur la trinité : mélodie, image et rythme. Et comme les genres narratifs sont mineurs, voire inexistants – au moins dans leur expression fictive romanesque –, Fatou Diome reconduit quasi naturellement ce que sa langue maternelle lui offre. Et ce qu’elle lui offre, c’est un langage imagé et symbolique, fait des symétries asymétriques.
Les recours fréquents aux dictons, adages, sentences ou maximes ramène, d’une part, l’écriture de F. Diome dans une des ses matrices, à savoir les discussions ordinaires et les palabres sérères, et, d’autre part, ils constituent des moments forts de réflexion des personnages sur la vie dont la compréhension reste une obsession de F. Diome. Son sens de l’humour assaisonné de l’ironie et d’un emploi de termes roturiers se comprend dans cette dynamique.
L’écriture de Fatou Diome est donc protéiforme : la poésie s’invite dans le récit romanesque, qui lui-même emprunte assez souvent au conte sérère ses variations narratives, ses leçons de morale, ses techniques interpellatrices de l’auditoire, et au discours oral sérère, sa propension à l’utilisation des proverbes. Ce décloisonnement, voire cette superposition des genres, aboutit à la création d’une sorte de roman oral où le souci du « bien dire » féconde inlassablement la préoccupation narrative.
Les sérérismes et autres xénismes lexicaux et morphosyntaxiques dans l’écriture de Diome procèdent d’une volonté de déconstruction de la langue française. Par conséquent, ils constituent une résistance implicite, un échec volontaire au test de langue, de culture, de citoyenneté pour avoir des « papiers » français.
Ainsi, « par divers artifices, invisibles à première vue, [le sérère] vient souvent faire irruption dans le sens et perturber la cohésion de la langue française, ce [« butin de guerre », selon l’expression de l’écrivain algérien Kateb Yacine]. Ce qui fait que le lecteur francophone, s’il ne possède pas une connaissance des deux langues, des deux cultures, ne peut appréhender du texte qu’un infime éclairage » que son degré élémentaire, son premier degré [15].

CONCLUSION

Autant les personnages émigrés de Fatou Diome sont des êtres en conquête d’identité, autant l’émigration n’a pas fait sauter les verrous des mécanismes et structures narcissiques. En cela, elle constitue bien une exception dans l’écriture de l’émigration. Par son écriture fondée sur un enracinement ethnique, elle continue à manifester son estime de soi et sa confiance à sa culture d’origine. Contrairement aux récits de l’immigration plutôt marqués par le « sceau de l’hybridité, de la marginalité, du nomadisme littéraire et du syncrétisme », il nous semble qu’elle ne se déconnecte pas de la question identitaire de la littérature africaine ; il s’en faudrait de beaucoup. L’enchevêtrement des espaces chez elle, mais aussi des identités et des appartenances, ne va pas au-delà de la prise de conscience de la naissance d’un monde nouveau, hybride, hétérogène [16], qui appelle de la part de l’écrivain africaine une prise de conscience de la nécessité d’ancrer son discours dans son africanité.

BIBLIOGRAPHIE SÉLECTIVE

Corpus

DIOME, Fatou, Le Ventre de l’Atlantique, Paris, Anne Carrière, 2005.
- Inassouvies, nos vies, Paris, Flammarion, 2008.

Ouvrages

ALBERT, Christiane, L’immigration dans le roman francophone contemporain, Paris, Karthala, 2005.
MAALOUF, Amin, Le Dérèglement du monde, Paris, Grasset, 2010.

Articles

ALBERT, Christiane, Immigration et littérature [en ligne]. Disponible sur http://www.afrique-demain.org/debat... (consulté le 13 mai 2012).
BELMAÏZI, Mohammed, « Quarante ans d’immigration : Naissance d’une littérature » [en ligne]. in :http://www.plumescroisees.be/adminz... (consulté le 16 mai 2012).
BI KACOU, Parfait Diandue, « Le ventre de l’Atlantique, métaphore aquatique d’un mirage : idéal brise de l’ailleurs ? », [en ligne]. In Éthiopiques n° 74. Littérature, philosophie et art 1er semestre 2005, Altérité et diversité culturelle. Disponible sur : http://ethiopiques.refer.sn/spip.ph... (consulté le 16 mai 2012).
BLINKER, Virginie, « L’écriture comme cire chaude entre les cloisons des deux bords » [en ligne], in http://la-plume-francophone.over-bl... (consulté le 26 décembre 2012).
GUILLEMETTE, Lucie et LEVESQUE, Cynthia, « La narratologie », dans Louis Hébert (dir.). Signo [en ligne], 2006, Rimouski (Québec), in http://www.signosemio.com. (Consulté le 20 octobre 2012).
KESTELOOT, Lilyan, « Observations sur la nouvelle génération d’écrivains africains »[en ligne], in Ethiopiques n° 78. Littérature et art au miroir du tout-monde/Philosophie, éthique et politique. 1er semestre 2007. Disponible sur : http://ethiopiques.refer.sn/spip.ph... (consulté le 16 mai 2012).
SAKHO, Cheick, « Citoyenneté universelle : la quête obsédante d’une identité dans Le ventre de l’Atlantique », [en ligne], in Éthiopiques n° 78, Littérature et art au miroir du tout-monde/Philosophie, éthique et politique, 1er semestre 2007. Disponible sur : http://ethiopiques.refer.sn/spip.ph... (consulté le 16 mai 2012).


[1] Université Cheikh Anta Diop de Dakar, Sénégal

[2] Ce sont la faim, la sécheresse, l’endettement, la détérioration des termes de l’échange, la maladie, la “poubellisation”, les dictatures, le néocolonialisme.

[3] Liberté 1, p. 312.

[4] ALBERT, Christiane, Immigration et littérature [en ligne]. Disponible sur http://www.afrique-demain.org/debat... (consulté le 13 mai 2012).

[5] Ibid.

[6] « Observations sur la nouvelle génération d’écrivains africains »[en ligne], in Ethiopiques n° 78. Littérature et art au miroir du tout-monde/Philosophie, éthique et politique. 1er semestre 2007. Disponible sur : http://ethiopiques.refer.sn/spip.ph... (consulté le 16 mai 2012).

[7] ALBERT, Christiane, op. cit.

[8] BLINKER, Virginie, « L’écriture comme cire chaude entre les cloisons des deux bords » [en ligne], in http://la-plume-francophone.over-bl... (consulté le 26 décembre 2012).

[9] Ibid.

[10] BLINKER, Virginie, op. cit.

[11] Interview réalisé par Charlotte, le 22 septembre 2008. Disponible sur : http://www.madmoizelle.com/intervie... (consulté le 16 juin 2012).

[12] Disponible sur : http://www.grioo.com/info1151.html (consulté le 30 juin 2012).

[13] Interview publiée dans Amina en novembre 2001.

[14] GUILLEMETTE, Lucie et LEVESQUE, Cynthia, « La narratologie », dans Louis Hébert (dir.). Signo [en ligne], 2006, Rimouski (Québec), in http://www.signosemio.com. (Consulté le 20 octobre 2012).

[15] BELMAÏZI, Mohammed, « Quarante ans d’immigration : Naissance d’une littérature », [en ligne] in http://www.plumescroisees.be/adminz... (consulté le 16 mai 2012).

[16] CHRISTIANE, Albert, op. cit.




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