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RÉPUBLICANISME KANTIEN ET ÉTAT-NATION : CONTRIBUTION À L’INTÉGRATION AFRICAINE
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Éthiopiquesn n°90.
Littérature, philosophie et art
Penser et représenter l’ethnie, la région, la nation
1er semestre 2013

Auteur : Éric Inespéré KOFFI [1]

Le projet kantien de l’unité nationale et de l’intégration régionale, arrimé à l’idée de la Fédération des nations, qui a innervé l’édification des grandes nations occidentales (allemande, anglaise, américaine, française…) autant que leur intégration sous régionale et régionale, a aussi trouvé un écho favorable en Afrique. Mais la stabilité relative qui résulte des communautés économiques et politiques d’États en construction n’est toutefois pas encore parvenue à l’état sûr et escompté de la paix nationale et continentale comme le montrent les nombreux conflits ethniques qui les minent. Leurs causes profondes dénoncées depuis toujours sont l’ethnocentrisme, le sectarisme et le fanatisme.
Alors se pose la problématique de la nation comme paradigme politique en rapport avec les ethnies et l’État en Afrique. D’où la nécessité pour le philosophe d’adopter une posture re-flexive et éristique permettant de ressaisir le sens kantien de la nation que l’empirie politique africaine a souvent dévoyé afin de comprendre son efficience en Occident et ses difficultés de mise en œuvre en Afrique. Il en résultera les enjeux de la liberté des peuples, de l’État de droit, de la démocratie, du développement et de la paix à l’effet de rationaliser la scène politique africaine en lui donnant plus de cohérence dans sa quête de l’intégration.
Il convient dès lors de méditer l’interpellation de ces interrogations : les défis de la démocratisation, du développement, de l’intégration et de la paix en Afrique peuvent-ils faire l’économie d’une articulation judicieuse de l’idée de la nation, de l’État et de la diversité culturelle et ethnique ? La construction de l’État-nation est-elle incompatible avec l’existence des ethnies ? Comment parvenir à l’unité nationale et à l’intégration régionale dans le respect des cultures ethniques ? Une étude comparative de la construction de l’État-nation en Europe occidentale, précisément en France, et en Afrique permettra de montrer que le républicanisme kantien doit être privilégié par les Africains en vue de nations multiculturelles favorisant une intégration régionale originale.

1. LA NATION DANS TOUS SES ÉTATS : LES ENJEUX DE LA LIBERTÉ

L’idée de la nation se situe à l’intersection de celles de communauté et de liberté comme le moyen pour celle-là de conquérir celle-ci. Cependant, toutes les communautés, étatiques ou non, qui s’en réclament, ne sont pas libres et le sens de la nation a évolué historiquement. Quelle est alors la relation des différents sens de la nation à la liberté ? A cette fin, une démarche génésique et analogique révèlera les conditions libératrices et erratiques de la nation.

La nation libératrice

L’État-nation, escompté et célébré comme libérateur par les sociétés contemporaines sur l’initiative des sociétés occidentales, fut conçu par les Modernes. Il reste toutefois l’aboutissement d’un long processus historique qui part de son sens antique et médiéval. Georges Gusdorf relève ainsi que « l’étymologie latine de nation renvoie à une racine commune à des mots comme nature, naissance où se laisse percevoir l’idée d’une origine vitale, d’une croissance organique [2]. Le terme natio, en latin, est proche des termes qui désignent le peuple, les tribus, avec référence à une communauté ethnique ». [3]
Conformément à ce sens traditionnel, une nation est un État et/ou une communauté reconnaissant son unité par la langue, la culture, la religion et même la race [4].
A l’époque médiévale, elle correspondait à un peuple, une tribu, une ethnie localisée dans une Province. Ainsi, les nations du Moyen-âge français sont les peuples Breton ou Basque, Flamand, Bourguignon, Lombard, Gaulois… Ce sont des nations ethniques [5] à l’état de nature. Il a donc fallu les unir par la force et la volonté d’un monarque de droit divin. Ernest Renan rappelle cette douloureuse étape de la construction de la nation française : « L’unité se fait toujours brutalement ; la réunion de la France du Nord et de la France du Midi a été le résultat d’une extermination et d’une terreur continuée pendant près d’un siècle … » [6].
Cependant, ce passage des nations ethniques à l’État-nation connaît une mutation sémantique injuste de l’idée de la nation. D’abord étendue au rassemblement des populations françaises autour du roi comme figure emblématique de leur unité et de leur sécurité, elle est ensuite instrumentalisée par les nobles et ramenée à leur association avec lui, laissant ainsi en marge la grande masse des populations désignée comme le tiers état. Ces hommes, privés de liberté politique, de conscience et d’expression croupissent dans la misère et sont livrés à des déclarations de guerre fantaisistes car « le souverain n’est pas citoyen mais propriétaire de l’État … » [7]. La Révolution française permettra la sortie de cet autre état de nature.
Considérée par Kant comme l’événement historique et politique par excellence [8], la Révolution accélère la sécularisation. Alors, avec la contribution de l’abbé Sieyès, le mot de " nation " reprend le sens de "peuple", entendu comme le tiers état devenu la substance du pouvoir de l’État et dont la volonté, présentée comme générale, doit constituer l’épine dorsale de la future constitution car « l’obéissance à la loi qu’on s’est prescrite est liberté » [9]. D’où la transformation des "États Généraux" convoqués par le roi en "Assemblée nationale" [10]. Par suite, la constitution ne sera républicaine qu’en respectant la volonté du tiers état en son article 3 du 3 septembre 1791 : « La souveraineté du pouvoir de l’État appartient à la nation comme (…) corps d’associés vivant sous une loi commune et représenté par la même législature » [11]. Ainsi s’opère le passage du particulier à l’universel qui consolide l’État-nation moderne français et assure la liberté de tous. Renan complète ce sens juridique par un autre moral en le caractérisant par « le désir de vivre ensemble, la volonté de continuer à faire valoir l’héritage (…) reçu indivis » [12] plutôt que par les contingences historiques déterministes.
Cet aperçu historique de l’État-nation en France montre que sa construction procède de l’évolution du sens traditionnel et ethnique de la nation à son sens moderne et républicain favorisant la conquête de la liberté, de la justice et de l’égalité des citoyens face aux oppressions internes de la monarchie et externes des États voisins. En ce sens, la nation est effectivement libératrice. Qu’en est-il en Afrique ?


Des nations à libérer

Le Moyen-âge africain est également marqué par les nations ethniques ashanti, manding, mossi, dahomey, senoufo, etc. qui s’affrontent entre les VIIIe et XVIIIe siècles à travers différents Empires [13] mettant ainsi en jeu les libertés individuelles et collectives. En termes kantiens, la nature y avait mis en œuvre une dynamique conflictuelle endogène devant aboutir à un équilibre interne des frontières et des populations entre les futurs États modernes. Mais la conférence de Brazzaville a tracé des frontières arbitraires au regard de l’hétérogénéité des populations internes à chaque État post-colonial qui devait se constituer en État-nation.
Paradoxalement, l’émergence des tensions ethniques fut étroitement liée à celle des États modernes. En effet, plus centralisés, ayant un poids considérablement supérieur aux communautés et aux empires précoloniaux sur la vie des individus, ils auront plus de difficultés à faire face aux différences ethniques. Dans son principe, l’État moderne doit bâtir sa puissance sur la standardisation de ses institutions et de son mode de vie, avec l’adoption d’une langue officielle et l’écriture de son histoire nationale exaltant le génie particulier de son peuple. Mais la difficulté des États modernes africains était de réussir le passage du particulier à l’universel. En ce sens, comment déterminer l’universel ? A partir de quels critères ?
La réponse à ces questions et la responsabilité de la construction de la nation post-étatique incombe à titre principal à l’État en tant que superstructure ayant à charge d’assurer la liberté, l’égalité et la justice entre les citoyens. La réussite d’une telle mission minimiserait l’importance des ethnies et supprimerait leurs conflits. Une bonne gouvernance doit permettre aux individus de se reconnaître comme citoyens de l’État plutôt que comme membres d’une ethnie. Par suite, les conflits ne seront plus communautaires mais individuels. Ils seront plus facilement réglés par le pouvoir judiciaire et avec moins d’effets collatéraux.
Mais dans le contexte du parti unique des « soleils des indépendances », les pères des différentes nations embryonnaires, présidents de la République et chefs de l’État, adoptèrent, pour la plupart, selon Kisito Owona, l’ethnocratie en tant que « forme de théorisation de la politique de l’ethnie, mode d’exercice du pouvoir où la gestion ethnique est au cœur de la vie politique, la membrane nourricière du discours politique » [14] plutôt que la démocratie. Ce mode de gouvernement despotique et ethniciste est responsable de la confusion bien partagée en Afrique entre les intérêts ethniques du souverain et ceux de l’État qui en fait une « communauté illusoire… » [15] aux mains d’une communauté ethnique pour l’exploitation et l’aliénation des autres. Il s’ensuit nécessairement une involution de la liberté civile.
Face à la mauvaise gouvernance, les revendications et les conflits ethniques sont donc d’abord et souvent des moyens de lutte et de conquête de la liberté menacée ou confisquée par un pouvoir ethniciste injuste. Car, comme il fallait s’y attendre avec Kant, « le peuple sera-t-il maintenu le plus longtemps possible dans l’obéissance (…) à la fois par la sévérité ou l’appât des distinctions qui flattent la vanité, par la puissance souveraine d’un seul (…) ? C’est chose incertaine » [16].
En définitive, l’ethnie n’est pas la source principale des divers conflits en Afrique, elle est davantage le moyen dont se servent les dirigeants politiques pour mobiliser leurs partisans dans leur conquête égoïste du pouvoir et de la richesse au prix de la liberté des individus et des nations ethniques. Elle n’est que l’aspect visible de l’iceberg qu’est la crise multiforme que connaît l’État moderne africain. Comme telle, elle est l’arbre qui cache la forêt. Les communautés ethniques ne sont pas plus agressives les unes avec les autres en Afrique qu’en Europe. Ici également, des nations ethniques, traditionnelles, aspirent à la liberté en se battant pour la conquérir ou la conserver. Elles sont prises au piège d’États-nations despotiques en crise et sont donc à libérer par des États véritablement républicains.

2. LA CONSTITUTION RÉPUBLICAINE COMME CLEF DE VOÛTE DE L’ÉTAT-NATION ET DE LA PAIX NATIONALE EN AFRIQUE

Le diagnostic kantien de la crise de l’État trouve sa thérapie dans l’institution d’une constitution républicaine. Quelle est donc son importance dans l’appareil juridique de l’État ? En quoi peut-elle être bénéfique à la construction de l’État-nation en Afrique ?

La rationalité de la constitution républicaine

La crise de l’État en Afrique conduit les individus, les ethnies et les gouvernants à recourir à la violence pour résoudre leurs différends. C’est un retour à l’état de nature où aucun droit n’est assuré, la liberté est en permanence menacée, l’État n’a plus d’autorité et la nation est compromise. Alors se fait entendre l’impératif catégorique juridique de la raison pure pratique : « Tu dois sortir de cet état de nature pour accéder à un état juridique » [17]. Pour les Africains, à la quête de l’État-nation, l’état juridique résulte de l’institution d’une constitution républicaine qui, seule, peut assurer la paix nationale [18].
En effet, comme le souligne Simone Goyard-Fabre, « pour Kant, la constitution est le principe fondateur des lois de la république » [19]. De fait, une des difficultés de la vie dans l’État est la compatibilité entre l’obéissance aux lois et la préservation de la liberté des individus par l’exercice de l’autorité publique. Or, outre que la constitution républicaine repose sur les principes de la liberté des membres de l’État, de la dépendance de tous à l’égard d’une législation unique et de l’égalité de tous, elle est l’expression de « la volonté concordante et unie de tous, en tant que chacun décide la même chose pour tous et tous la même chose pour chacun » [20]. Les citoyens obéissent donc aux lois républicaines parce qu’ils y reconnaissent leur volonté. Selon Habermas, le rapport de l’État aux citoyens ne se fait plus alors sous le mode de la domination d’une partie sur une autre, mais plutôt sous celui de "l’autolégislation démocratique" [21]. Les citoyens sont donc libres dans le respect des lois. L’État acquiert ainsi une légitimité et une autorité effective par le droit de recourir à la contrainte publique pour assurer la liberté sans être accusé de discrimination ethnique.
Par ailleurs, « la constitution est l’acte de la volonté générale qui fait de la multitude un peuple » [22]. Ce passage est celui du particulier à l’universel. Les critères contingents de la langue, de la religion, de l’histoire et des coutumes ne sont plus représentatifs du peuple. Seule importe la volonté des différentes populations de respecter une législation commune et de vivre harmonieusement ensemble. Cette volonté est alors générale parce que rationnelle, elle est universelle.
La philosophie politique transcendantale de Kant s’émancipe, en effet, du contingent et de l’historique pour fonder tous les actes juridiques et politiques dans la raison pure pratique. Elle seule ordonne la sortie de l’état de nature par la fin des conflits ethniques, l’obéissance au droit public en reconnaissance de l’autorité de l’État, le respect de l’autre comme fin pendant la gouvernance politique et la limitation de la liberté individuelle par celle d’autrui. En elle, « les principes métaphysiques du droit appartiennent à ce sol originaire qui est, en définitive, le factum rationis lui-même » [23].
Avec Kant, les Africains, gouvernants et gouvernés, sont appelés à se fier à la raison universelle par l’adoption d’une constitution républicaine qui consolide la construction de l’État-nation par des dispositions juridiques précises.

Les principes juridiques pacificateurs de la constitution républicaine

La rationalité de la constitution républicaine l’oppose aux tendances passionnelles, égoïstes et ethnicistes. Pour circonscrire leur incidence sur l’abus du pouvoir, la raison pure pratique formule le principe de la séparation des pouvoirs de l’État en exécutif, législatif et judiciaire. Ainsi,

« chacun constitue le complément des deux autres pour conduire à son accomplissement la constitution de l’État, mais (…) ils sont aussi subordonnés les uns aux autres, de sorte que l’un ne peut pas, en assistant l’autre, usurper sa fonction » [24].


Même si le temps du parti unique semble révolu, les États africains n’ont pas encore compris et réalisé véritablement cette séparation. Cette insuffisance est perceptible dans le fonctionnement des différents pouvoirs où l’exécutif usurpe souvent les compétences des autres. De fait, la séparation du législatif et de l’exécutif reste encore défaillante car les députés représentent davantage la volonté du gouvernant que celle du peuple. D’où l’existence de pouvoirs aux allures despotiques car, au-delà des apparences, les lois sont « l’exécution arbitraire, par le Chef de l’État, des lois qu’il a promulguées lui-même, où, par conséquent, la volonté générale est tenue pour appliquée par la volonté privée du gouvernant » [25]. Le respect strict de leurs compétences respectives mettra un terme aux conflits ethniques causés par l’injustice des lois.
Il se pose alors le problème de la représentativité des élus politiques qui est un principe juridique tributaire de la séparation des pouvoirs. La représentativité n’est, en ce sens, pas seulement politique et juridique, elle est aussi morale et métaphysique. Elle ne s’épuise pas dans l’occupation politique d’un siège mais s’accomplit véritablement dans l’expression de la volonté générale. En ce sens, « ce que le peuple tout entier ne peut décider pour lui-même, le législateur ne peut non plus le décider pour le peuple » [26]. Or, rationnellement, les différentes ethnies d’un État ne peuvent vouloir leur affrontement permanent nuisible à leur liberté et à leur vie. Il incombe donc aux élus de mettre en œuvre une politique d’égalité et de justice entre toutes les communautés ethniques pour être de vrais représentants du peuple.
Le pouvoir judiciaire doit également être mieux séparé de l’exécutif. A cette fin, il doit être entièrement indépendant par la nomination des juges par leurs paires car « c’est (…) uniquement le peuple qui peut juger chacun de ceux qui lui appartiennent, bien que ce soit seulement de façon médiate, grâce à ses représentants qu’il met en place à cette fin (le jury) » [27]. Les juges sont caractérisés par leur formation qui justifie leur compétence. A leur image, tous les hommes politiques, principalement les chefs d’État, doivent être formés dans des établissements spécialisés et compétents et non provenir de tous les horizons et s’improviser gestionnaires des hommes [28]. Les conflits entre les pouvoirs seront alors réduits et la gouvernance sera assainie. Par ailleurs, l’exécutif ne doit pas être au-dessus des lois pour ne pas illustrer et favoriser l’impunité qui fait de la constitution un vain formulaire. Il doit également accepter l’alternance du pouvoir sans laquelle le peuple ne peut sanctionner sa gestion et exprimer ainsi sa souveraineté originelle et absolue.
Enfin, pour éviter la guerre ou au moins la réduire au maximum, la constitution républicaine comporte le principe de la consultation du « suffrage des citoyens (…) pour décider si la guerre doit avoir lieu ou non » [29]. La consultation de la raison ne peut qu’indiquer au peuple les conséquences désastreuses d’une telle décision dont l’absurdité apparaît d’elle-même.
En somme, il faut dire avec Kisito Owona que par son respect de la liberté, des droits et des différences des populations de l’État, « pour le triomphe de l’universel, la constitution républicaine semble être la forme de gouvernement la plus appropriée » [30]. La consolidation de l’État permet alors d’envisager la nation républicaine et l’intégration régionale.

3. LES ENJEUX DE LA NATION RÉPUBLICAINE EN AFRIQUE : CONSOLIDER L’INTÉGRATION

La résolution de la crise de l’État moderne en Afrique offre de nouvelles possibilités de parachever la construction des nations africaines par l’intégration nationale et régionale.

L’intégration nationale

La quête de l’universel par les États-nations africains sera plus efficace si elle privilégie l’intégration par rapport à l’assimilation. Les échecs des politiques d’assimilation coloniale et postcoloniale expriment une « résistance culturelle » [31] des identités ethniques et culturelles africaines qui doit révolutionner leur perception. Loin d’être archaïques et bélligènes, elles sont un moyen privilégié pour mobiliser la fidélité et l’énergie des peuples africains dans l’édification des nations à condition que la volonté générale les respecte. Par où il apparait que cette construction est un devoir régalien de l’État républicain contre les tendances ethnocentriques, tribalistes et exclusionnistes. En effet, à l’origine de l’État se trouve l’idée que « la volonté universelle du peuple s’est, de fait, unie en une société qui doit se conserver continuellement, et à cet effet, elle s’est soumise à la puissance publique interne, pour conserver les membres de cette société qui ne sont pas capables eux-mêmes de le faire » [32].
En développant « des synthèses propres entre les traditions et les apports de la modernité » [33], les États-nations africains seront riches de leurs diversités par opposition aux nations occidentales, fruits de l’uniformisation [34]. Si l’idée de l’État-nation s’est révélée universelle, la voie pour y parvenir ne l’est pas et les Africains peuvent et doivent construire les leurs autrement. Ce qui suppose en amont « d’arracher l’universalisme à la complicité dans laquelle il s’est engagé avec la colonisation des identités et de renouveler profondément cet universalisme, au point d’en faire désormais, par son ouverture à la diversité, le soubassement intellectuel de toute décolonisation des identités » [35].
Décoloniser les identités requiert une valorisation et un enseignement, au moins local, des langues ethniques parallèlement aux langues officielles d’origine occidentale. Mieux connues nationalement alors, elles seront plus tolérantes entre elles pour être la sève nourricière de « nations arc-en-ciel » [36], si tant est que la langue est le fait culturel par excellence et donc le condensé de la culture d’un peuple. Aujourd’hui, le revers tardif de la réduction de l’universel à l’uniformisation culturelle est perceptible à travers « le problème des minorités (…) présent partout en Europe, à l’est comme à l’ouest, (…) et la résurgence des nations longtemps interdites » [37] et donc le retour de l’ethno-nationalisme dont s’inquiète Habermas.
Le défi est de parvenir à une double intégration nationale des citoyens et des nations ethniques. Dans cette hypothèse, les identités ethniques ne sont pas incompatibles avec la citoyenneté et la nationalité. Leur harmonie résulte d’une dynamique relationnelle entre les individus s’étendant aux ethnies pour aboutir à une symbiose fortifiée par sa diversité. Il y a lieu de dire avec Renan que la construction des nations arc-en-ciel est aussi « un plébiscite de tous les jours » [38].
Ainsi initiée et encadrée par l’État républicain, l’unité nationale dans la diversité culturelle devient l’œuvre des individus et des communautés ethniques [39]. Au point de vue anthropologique, les Africains ne sont pas plus des « loups » pour leurs semblables que les autres hommes. Il faut penser avec Rousseau que la méchanceté des hommes prospère face aux injustices sociales. D’où la nécessité d’une évolution des États aux allures despotiques vers des États républicains en se réformant [40] en vue de plus de justice car telle est leur seule raison d’être au risque de voir abolir leurs lois et institutions injustes [41].
La justice de l’État républicain se manifeste également par un service public équitable. Chaque personne, dans l’exercice de ses fonctions publiques, ne doit pas penser à des fins individuelles et ethniques au détriment de l’unité nationale et de l’intérêt général. Une constitution républicaine qui ne se traduit pas dans des lois justes, ou des lois justes que personne n’applique, jettent le discrédit sur l’ensemble des activités de l’État. Il doit donc, par l’éducation et le pouvoir de contrainte public, veiller aux contributions individuelles et communautaires qui permettent de colliger les intégrations nationale et régionale.


L’intégration régionale

La nécessité de l’intégration régionale est maintenant bien comprise en Afrique à travers les efforts de construction de l’Union Africaine et des différentes communautés politiques et économiques sous-régionales. Cependant, les difficultés énormes de fonctionnement et la persistance des nombreux conflits infra et interétatiques posent la problématique de la démarche appropriée à sa construction.
Du point de vue kantien, cette intégration ne peut se construire que par la paix entre les États africains qui, au regard de l’histoire récente et de l’actualité, sont encore à l’état de nature international. Interpellés par « le veto irrésistible » de la raison pure pratique, ils doivent en sortir pour un état de paix. Or, « la paix n’est pas la cessation des hostilités, c’est un état juridique qui doit être construit » [42]. Kant en détermine les principes métaphysiques.
Le premier stipule que « la constitution civile de chaque État doit être républicaine » [43]. Le républicanisme, contrairement au despotisme, a l’avantage d’instaurer la paix nationale et d’éviter la régionalisation des conflits nationaux. La gouvernance juste d’une nation arc-en-ciel évite que des ethnies, à cheval sur des États, provoquent des conflits en voulant se regrouper dans un même État à la recherche de meilleures conditions de vie.
Pour préserver la paix, le droit des États dispose également que « aucun État ne doit s’immiscer de force dans la constitution et le gouvernement d’un autre État » [44]. Ce principe, au-delà de la souveraineté des États, révèle leur interdépendance dans la construction de l’intégration régionale. La recherche du leadership des gouvernants ne saurait alors consister à faire et à défaire les pouvoirs voisins mais à contribuer à leur consolidation et ainsi concourir à la stabilité régionale. Le principe de « diviser pour régner » ne doit donc plus prospérer. Les conflits éventuels entre États doivent se résoudre par des institutions juridiques légitimes et justes.
Une intégration solide des États nécessite, également, des relations économiques sous régionales qui ont le double avantage de favoriser le développement des économies régionales et de permettre la libre circulation des personnes et des biens. A cet effet, le cosmopolitisme kantien reconnait à tout étranger le droit universel de visite et d’installation sur tout territoire étatique à condition qu’il respecte les lois du pays hôte. Ainsi, des États économiquement forts et politiquement stables prospèrent ensemble dans le respect de leur liberté et de celle de leurs citoyens. Ici se dévoile une réciprocité entre les constructions de la nation et de l’intégration régionale
Le principe du respect de la pluralité des États, des ethnies et de la différence des individus a pour corollaire la valorisation de la diversité culturelle entre les États que Monique Castillo considère comme une des dimensions essentielles de la paix nationale et internationale. En ce sens, l’option des États africains pour des Fédérations d’États plutôt que d’un État africain s’accorde avec le projet de paix kantien. La gestion d’un territoire presque trois fois plus grand que les États Unis d’Amérique par un seul pouvoir politique poserait encore plus de problèmes avec le risque majeur d’une pensée unique qui s’imposerait à tout le continent. Il faut donc convenir avec Marceline Morais que « la préférence accordée par Kant à une version non étatique de la société des nations repose (…) sur un jugement moral qui érige en valeurs absolues non seulement l’autonomie politique et juridique des États, mais aussi la diversité ethnique et culturelle » [45].
Relativement à ce principe, l’intégration africaine est en bonne voie. Il reste à mettre rigoureusement en œuvre les autres principes juridiques et politiques pour atteindre ses objectifs et consolider les libertés individuelles et collectives en Afrique.

CONCLUSION

La construction de l’État-nation est un impératif pour les Africains aussi bien pour la paix que pour l’intégration nationale, sous-régionale et continentale. Dans le contexte des territoires nationaux dits « arbitraires » et des populations hétérogènes, il incombe à l’État de concevoir, d’organiser et de veiller à sa construction tant aux plans national qu’international. Les différences ethniques et culturelles n’en sont pas des obstacles en soi, leurs rapports conflictuels étant favorisés par les crises institutionnelles, politiques et armées récurrentes causées par les hommes politiques en lutte pour le pouvoir et les richesses. Bien souvent, elles en sont les instruments et les victimes plutôt que les responsables et les bénéficiaires.
L’histoire médiévale de l’Europe occidentale montre que l’Afrique n’est pas le seul continent à devoir organiser des nations ethniques qui réclament leur liberté en États-nations démocratiques. Le succès jusque là célébré de l’Occident repose pour une bonne part sur le républicanisme kantien. Mais aujourd’hui, il parait relatif eu égard à la résurgence des crises ethno-nationalistes qui dénoncent la politique de l’assimilation et de l’uniformisation ethnique et culturelle.
Le républicanisme kantien offre aussi à l’Afrique des possibilités de construire des États-nations modernes, mais autrement, dans le respect de la diversité ethnique et culturelle. Les efforts de démocratisation et d’intégration en cours doivent, en ce sens, être plus rationnels et rigoureux pour que les peuples africains occupent la place qui leur revient dans le concert des nations libres.

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[1] Université Alassane Ouattara de Bouaké, Côte d’Ivoire

[2] GUSDORF, Georges, « Le cri de Valmy », in Éléments pour une théorie de la nation, Seuil, Paris, 1987, p. 122.

[3] Ce sens traditionnel de la nation est conservé par FICHTE, Johan Gotthlieb et c’est son argument principal pour réclamer l’appartenance de l’Alsace et de la Lorraine à la nation allemande dans ses Discours à la nation allemande, Imprimerie nationale, Collection « Salamandre », Paris, 1992.
HABERMAS, Jürgen, dans L’intégration républicaine, Fayard, Paris, 1998, p. 122, reconnait ce sens dans les expressions « puissances de provenance » et « ethno-nationalisme » d’Hermann LÜBBE qu’il critique et oppose au « patriotisme constitutionnel », p. 124.

[4] RENAN, Ernest, Qu’est-ce qu’une nation ?, Collection électronique de la bibliothèque municipale de Lisieux, http://www.archives.vigile.net/04-1..., consulté le 05/12/12.

[5] KANT, Emmanuel, Vers la paix perpétuelle, Paris, P.U.F., 1958, p. 93.

[6] Dans « Le conflit des facultés », KANT présente la Révolution française comme le signe du progrès de l’humanité vers la conquête de sa liberté par le droit en substituant la République à la monarchie.

[7] ROUSSEAU, Jean-Jacques, Du contrat social, Paris, 10/18, 1973, p. 78.

[8] KANT, Emmanuel, approuve et justifie ce changement de dénomination synonyme de récupération du pouvoir de l’État par le peuple par le fait qu’en se faisant représenter « le pouvoir souverain du monarque disparut totalement (il ne fut pas simplement suspendu) et passa du côté du peuple, à la volonté législatrice duquel furent désormais soumis le mien et le tien de chaque sujet », « Doctrine du droit », in Métaphysique des mœurs II, Paris, GF Flammarion, 1994, p. 166.

[9] SIEYES, Emmanuel Joseph, Qu’est-ce que le tiers état ? http://www.leboucher.com/pdf/sieyes... , Consulté le 03/11/12.

[10] RENAN, Ernest, Qu’est-ce qu’une nation ?

[11] OWONA, Kisito, Kant et l’Afrique : la problématique de l’universel, Paris, L’Harmattan, 2007, p. 199.

[12] MARX, Karl et ENGELS, Friedrich, L’Idéologie allemande, Paris, Éditions Sociales, 1968, p. 61.

[13] KANT, Emmanuel, Vers la paix perpétuelle, p. 149.

[14] KANT, Emmanuel, Doctrine de droit, § 42, p. 121.

[15] KANT, Emmanuel, Vers la paix perpétuelle, premier article définitif : « La constitution civile de chaque État doit être républicaine », p. 91.

[16] GOYARD-FABRE, Simone, La philosophie du droit de Kant, p. 172.

[17] KANT, E., Doctrine du droit, § 46, p. 129. Le républicanisme apparait, chez KANT, comme l’autre nom de la démocratie représentative.

[18] HABERMAS, Jürgen, L’intégration républicaine, p. 151.

[19] KANT, E., Vers la paix perpétuelle, p. 95.

[20] GOYARD-FABRE, Simone, op. cit., p. 175.

[21] KANT, E., Doctrine du droit, §48, p. 131-132.

[22] KANT, E., Vers la paix perpétuelle, Premier article définitif, p. 95.

[23] KANT, E., Doctrine du droit, Remarque générale, § C, p. 147.

[24] Ibid., § 49, p. 134.

[25] KANT, E., Réflexions sur l’éducation, Paris, Vrin, 2004, p. 108 : « Si ce meilleur état du monde doit être établi par les princes, alors il faut d’abord que l’éducation des princes deviennent meilleure… ».

[26] KANT, E., Vers la paix perpétuelle, Premier article définitif, p. 93.

[27] OWONA, Kisito, op. cit., p. 15.

[28] CHABAL, Patrick et DALOZ, Jean-Pierre, L’Afrique est partie !, Paris, Economica, 2003, p. 165. Pour eux, la persistance des identités ethniques face à l’élan de la mondialisation n’est pas un mal en soi, mais le signe de leur vitalité et de la volonté des communautés africaines de faire valoir leur droit à la différence sans se refermer sur elles-mêmes.

[29] KANT, E., Doctrine du droit, p. 144.

[30] ROBERT, Anne-Cécile, L’Afrique au secours de l’Occident, Paris, Les Éditions de l’Atelier/Les Éditions Ouvrières, 2006, p. 191. Cette hypothèse est déjà illustrée par certaines nations asiatiques telles que le Japon et Taïwan.

[31] WEIL, Simone, L’enracinement, Paris, Gallimard, collection Espoir, NRF, 1949. Elle y oppose le déracinement des Français suite à l’assimilation uniformisatrice opérée par les rois de France à la merveille d’une assimilation par laquelle les populations conservent leurs cultures vivantes, bien que modifiées.

[32] RENAUT, Alain, Un humanisme de la diversité. Essai sur la décolonisation des identités, Paris, Flammarion, 2009, p. 282.

[33] Cette expression sud africaine est un symbole édifiant pour tous les États-nations africains. Malgré ses insuffisances locales, elle les appelle à construire leur unité nationale en préservant leur diversité culturelle. Elle porte l’idée d’un modèle d’intégration nationale diversifiée vers lequel il faut tendre.

[34] YACOUB, Joseph, Les minorités dans le monde, Paris, Éditions Desclée de Brouwer, 1998, p. 259. L’auteur attire l’attention sur les crises nationalistes et minoritaires même dans les grandes démocraties pionnières de l’État- nation tels que la France avec le problème corse, l’Espagne avec le Pays Basque sans oublier la crise des Balkans depuis la chute du mur de Berlin et l’éclatement de l’Union Soviétique. Les conflits ethniques relèvent alors du problème mondial des minorités.

[35] RENAN, Ernest, op. cit.

[36] GELLNER, Ernest, Nations et nationalisme, Payot, Paris, 1989, p. 76 : « C’est le nationalisme qui crée les nations », pour dire que l’engagement nationaliste de l’État est le cadre et la motivation de celui des individus, des communautés sociales et des groupes socioprofessionnels. Il se traduit dans ses fonctions politiques, administratives et culturelles qui canalisent les volontés et les énergies vers un même idéal.

[37] KANT, E. privilégie la réforme constitutionnelle pour prévenir la révolution et les autres formes de renversement du pouvoir d’État. Les réformes en Afrique doivent être réorientées vers plus de démocratie que vers la monopolisation du pouvoir par la négation de son alternance.

[38] RAWLS, John, Théorie de la justice, Paris, Seuil, 1997, p. 29 : « Chaque personne possède une inviolabilité fondée sur la justice qui, même au nom du bien-être de l’ensemble de la société, ne peut être transgressée ». La violation des droits des individus et des communautés entraine de plus en plus, réciproquement, la violation des lois et des institutions de l’État provoquant une spirale de la violence. L’injustice de l’État est au fondement de sa fragilisation et de sa régression.

[39] KANT, E., Doctrine du droit, Conclusion, p. 182. « Il ne doit pas y avoir de guerre entre nous en tant qu’États ».

[40] BELLISSA, Marc et GAUTHIER, Florence, « Kant, le droit cosmopolitique et la société civile des nations », in Annales philosophique de la Révolution française, n° 3, Reims (France), 1999, p. 495-511.

[41] Ibid.

[42] Idem.

[43] KANT, E., Vers la paix perpétuelle, Premier article définitif, p. 91.

[44] Ibid, cinquième article préliminaire, p. 83.

[45] MORAIS, Marcelline, « Le souverain bien politique chez Kant. État des nations ou fédéralisme libre des États ? », in Dialogue, Canadian philosophical association, 2005, vol. 44, n°1, p. 41-66, p. 45.




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