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MANIFESTE POUR LE FEDERALISME EN AFRIQUE
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Ethiopiques n°54.
Revue semestrielle de culture négro-africaine
Nouvelle série volume7-2ème semestre 1991

Auteur : Pape Amadou Sow [1]

Plus que la contrepartie d’un mythe, c’est le chemin même d’une vérité qui finit par se livrer dès que l’histoire du Continent Noir est ramenée à la vallée du Nil, aux Royaumes du Bénin et du Zimbabwé ; aux Empires du Ghana et du Mali...
Voici quel fut le témoignage de Bossuet, prélat et fameux orateur français : « Les Egyptiens sont les premiers qui aient su les règles du Gouvernement. Cette nation grave et sérieuse connut d’abord la vraie fin de la politique qui est de rendre la vie commode et les peuples heureux. » [2]
Cette attention au bonheur des peuples est encore un défi fondamental des temps modernes. Mais voila que de partout s’élèvent des voix : l’Egypte Antique était-elle vraiment peuplée de Noirs ? La civilisation qui s’y est développée n’est-elle pas l’œuvre d’une population blanche ? Assurément, l’histoire, surtout lointaine, comporte toujours des doutes et, de façon générale, les doutes en histoire sont légitimes. Mais, autant il est vicieux de prétendre que le cheval blanc d’Henri IV avait une tête noire, autant il est vicieux d’affirmer que le Continent Noir fut d’abord un îlot de populations blanches.
La filiation de l’Afrique Noire à l’Egypte pharaonique n’est pas seulement une hypothèse plausible, elle est même une vérité indiscutable et Cheikh Anta Diop, l’un des plus grands savants que l’Afrique ait jamais eus, un homme mondialement connu, n’exagère point lorsqu’il écrit :« De quelque cote qu’on recueille les origines d’un peuple en Afrique Noire, la direction indiquée n’est autre que la vallée du Nil comme point de départ ». [3]
Que toute l’Afrique se glorifie donc et soit fière d’une origine aussi prestigieuse.

Perpétuation sub-saharienne de la tradition de l’Egypte antique

La chute de l’Egypte avec l’occupation de Cambyse II n’a pas mis fin au rayonnement du Continent Noir. Bien au contraire, la tradition d’esprit créateur et d’excellence dans l’art politique, la culture, la gestion des grandes cités... s’est perpétué dans l’Afrique sub-saharienne. Un des grands témoins de l’histoire de notre Continent, le Professeur Joseph Kizerbo, rapporte : « De nombreuses Cités comme Oyo. Ifé, Ibadan, Kumasi, Abeokuta. Abomey, Onitsha, Ijobu, ont pratiqué à la perfection l’art du bronze. C’est an XVe siècle que ces Villes atteindront leur urbanisme le plus achevé. La ville de Bénin était une cité qui dépassait la plupart des grandes villes européennes de l’époque. C’était une grande ville de plan rectangulaire, avec de longues avenues de 120 pieds de large et une lieue de long, qui joignaient les grandes portes et se coupaient à angles droits, bordés par des arbres bien alignés ». [4]
Les témoignages sur les brillantes civilisations qui ont jalonné toute l’histoire de l’Afrique sub-saharienne sont nombreux, notamment, la contribution de Léon l’Africain : « Il y a dans Tombouctou de nombreux juges, (docteurs, prêtres, tous bien appointés par le Roi. Il honore grandement les gens de Lettres » . [5] Il faut ajouter que des Professeurs célèbres comme Ali Takaria, Ahmed Ibn Abder Rahim et surtout Ahmed Baba enseigneront l’Astronomie, le Droit, la Grammaire en langue songhay, dans tout l’empire du Mali, avant de les enseigner à Marrakech (Maroc) et en Espagne. La consécration des grands Empires en Afrique Noire, leur organisation sociale et politique, ainsi que leur rayonnement culturel et leur prospérité, furent les signes de la fécondité de cette tradition de l’Egypte Antique, rendue vivante, loin, très loin de son foyer originel. Mais autant les plus beaux moments du Continent Noir furent incontestablement ses moments de plus grande unité, autant son morcellement aujourd’hui semble s’inscrire dans une décadence.
En effet, l’Afrique Noire est, de nos jours, caractérisée par une extrême division, cause première de son blocage économique et politique. Ses membres sont séparés de telle sorte que le géant, désormais mutilé, ne peut que se résigner à survivre et attendre sa destruction complète avec le temps. Telle est la réalité, oh combien triste, mais irrécusable. Au demeurant, cette situation du Continent n’est pas du tout une fatalité qu’il resterait à entériner. Elle est l’occasion offerte pour une action politique d’envergure, appelant la mise en oeuvre d’un art et d’un pouvoir d’initiative qui n’ont jamais fait défaut à l’homme noir. La division actuelle de l’Afrique Noire constitue un défi permanent aux peuples noirs dans leur ensemble et la colonisation ne prendra réellement fin que lorsque les Africains sauront effacer les frontières artificielles qui en sont les humiliantes marques. Il ne s’agit donc pas aujourd’hui d’apprendre à respecter ces frontières « héritées » de la colonisation, mais de mettre en oeuvre un projet permettant de les effacer. Que faire ?
Il faut nécessairement renouer avec la tradition de l’Afrique des grands ensembles, si tant est vrai, comme il a été dit plus haut, que les plus beaux moments de l’Afrique Noire furent ceux de sa plus grande unité, tandis que ses jours sombres correspondent à ses périodes de division. Bien entendu, loin de nous l’idée de préconiser, par cette réconciliation avec notre propre histoire, une simple réouverture du caveau des grands empires africains. L’unification politique de l’Afrique, du Cap de Bonne Espérance au Cap-Vert ne saurait relever ni du rêve, ni de la mythologie : elle sera la sonnette du matin qui appelle au réveil, en plaçant devant nous les dures tâches de la journée. Quelle doit en être la forme et comment en dessiner le contour ?


De l’unité politique de l’Afrique au Sud du Sahara

La question de l’Unité politique de l’Afrique n’est pas nouvelle. Elle fut d’abord formulée en rapport avec une certaine prise de conscience de la Diaspora Noire, dont les dignes représentants furent Sylvester Williams (Trinité), Edward Bughart du Bois (USA). Elle fut ensuite débattue sur le Continent même, surtout aux lendemains des indépendances. C’est en 1963 que Kwamé Nkrumah interpelait les Africains, en ces termes, sur leurs responsabilités devant l’histoire :
« La survivance de l’Afrique libre, les progrès de son indépendance et l’avance vers l’avenir radieux auquel tendent nos espoirs et nos efforts, tout cela dépend de l’unité politique... Les forces qui nous unissent sont plus grandes que les difficultés qui nous divisent à présent, et notre but doit être de rendre l’Afrique digne, moderne et prospère (...). C’est à nous de saisir cette occasion magnifique et de nous prouver que le génie du peuple africain peut triompher des tendances séparatistes pour devenir une Nation souveraine, en constituant bientôt, pour la grande gloire et la prospérité de son pays, les Etats-Unis d’Afrique ». [6]
Elle connut enfin des tentatives avortées : l’Union Ghana-Guinée en 1958 ; la Fédération du Mali, regroupant le Sénégal et le Mali ; la Fédération de l’Afrique Orientale : Tanzanie, Ouganda, Kenya, avant que quelques hommes de sciences, notamment le professeur Cheikh Anta Diop, ne viennent lui fournir des assises théoriques.
Pour notre part, en posant la question de l’Unité politique de l’Afrique Noire, nous nous inscrivons dans une tradition ; non pas en vue de la perpétuer telle quelle, mais pour rompre positivement avec elle en élaborant de nouveaux concepts et de nouvelles stratégies, permettant d’atteindre l’objectif visé par cette tradition même, à savoir l’Unité politique de l’Afrique, du Cap-Vert au Cap de Bonne Espérance, en excluant tout sectarisme et toute approche partisane.

De quelques solutions partielles

L’UNITE POLITIQUE VUE SOUS L^ANGLE DE L’EMANCIPATION DE LA CLASSE OUVRIERE

Quelques milieux politiques ont posé le problème de l’unité politique de l’Afrique Noire, en le subordonnant à l’émancipation de la classe ouvrière dans les différents Etats. De sorte que le ciment de cette union serait avant tout idéologique. Le fédéralisme apparaît dans une telle perspective, comme fondu dans la moule de l’idéologie.
Il est vrai que les expériences malheureuses de fédéralisme en Afrique au sud du Sahara ont été des expériences d’union factice sans préparation préalable. Mais cette préparation, si elle devait avoir lieu, - et il faudra absolument qu’elle ait lieu - ne saurait se présenter sous la forme d’une agitation idéologique partisane, ou même sectaire. Bien au contraire, la préparation du fédéralisme consistera à montrer la nécessité vitale de cette forme d’organisation politique qu’est l’Etat fédéral, d’autant que le fédéralisme exige une alliance. Un Etat fédéral est, par conséquent, une association, un regroupement, qu’il s’agisse de personnes ou de communautés, d’où son intérêt pour l’Afrique dans son ensemble.
Pour nous, fédéralistes, la première « tâche est donc celle de la mobilisation nationale autour du fédéralisme. Nous savons que tel a été aussi l’esprit du Panafricanisme. Parce qu’il précède avant tout d’un rejet total des divisions « consacrées » par la carte actuelle de l’Afrique Noire, le Panafricanisme n’est pas limité à une simple solidarité entre Africains. Il était même devenu le programme du rassemblement prêché dans les années 60 par Kwamé Nkrumah sous le mot d’ordre « Etats-Unis d’Afrique » (...) Quel sera alors le rôle du Panafricanisme dans ce combat fédéraliste ?


DU PANAFRICANISME

L’ancêtre de toute revendication de l’Unité politique de l’Afrique Noire est le panafricanisme. Né de la Diaspora Noire, il porte les marques de son origine : le sentiment domine la politique, de sorte que les différences et même les antagonismes entre Africains, nés dans les limites des territoires crées par la colonisation et, plus tard dans celle des Etats, sont souvent négligés au profit du sentiment général d’un destin commun à l’Afrique Noire tout entière.
Mais tant par l’action que par l’esprit, le Panafricanisme fut primordial et dépasse singulièrement le simplisme des slogans. D’ailleurs, Nkrumah, le principal animateur du Panafricanisme en Afrique, dans son ouvrage « Le Consciencisme », a fondé, au mépris des frontières, l’Ecole Africaine de Philosophie Politique. Inutile de dire qu’il reste capital pour le devenir de l’Afrique intellectuelle.
Ainsi, nous devrions enrichir notre culture fédéraliste de toutes les graines qui ont été semées dans le champ de l’unification politique de l’Afrique Noire. L’apport historique du Mouvement panafricaniste, le consciencisme qui en est la philosophie de base, ne saurait, en ce sens, être rejeté.

DE LA CONFEDERATION

La Confédération est dans son essence même une négation de la Fédération. Elle n’ouvre pas la voie à un processus fédératif. La Confédération d’Etats souffre de fragilité congénitale et ne saurait créer un lien indissoluble entre ses membres. Elle regroupe des Etats et non des peuples. De même, la Confédération ignore la nationalité commune et ne possède pas de territoire propre ; elle comporte autant de nations et de territoires qu’il y a d’Etats.
Par ailleurs, la Confédération d’Etats repose sur un traité, donc relève du droit international public. Comme tout traité, le pacte confédéral est assorti de la fameuse clause « Rebus Sic Stantibus » : l’engagement ne saurait survivre à la situation qui l’a engendré. Les conflits dans la Confédération se règlent par voie diplomatique, avec des négociations sans fin, où la politique domine le droit. Elle connaît donc la multiplicité des politiques étrangères particulières, source de frictions et cause de faiblesse.
En effet, dans la mesure où elle maintient la compétence internationale des Etats confédérés, elle sauvegarde le principe de la souveraineté nationale auquel, justement, le fédéralisme porte forcement atteinte en prônant un abandon de cette souveraineté de la part des Etats fédérés. Le cas de la Suisse est particulier et il faut d’ailleurs souligner que la Confédération Helvétique, appelée ainsi depuis 1291, serait plus proprement appelée aujourd’hui une Fédération. Car, ne l’oublions pas, ce pays est un Etat fédéral depuis 1848, d’où sa stabilité et sa réputation désormais légendaires. Pour nous donc le choix du fédéralisme est d’autant plus justifiable que pour la prospérité et la sécurité de toute la fédération, l’Etat assure la gestion des domaines vitaux et primordiaux. Ainsi, les domaines économique et financier (monnaie, banque, commerce international) et les armées se trouvent fédérés.

LES INTEGRATIONS ECONOMIQUES

Quant aux intégrations économiques, nul ne peut douter de leur intérêt. Elles témoignent, par leur existence même, d’une certaine prise de conscience par les Etats africains de leur communauté de destin en matière économique. Mais il faut ajouter que l’efficacité réelle des intégrations économiques n’est viable qu’a l’intérieur d’une Afrique Noire élevée au rang d’une communauté politique unie.
Car, c’est dans ce cadre que la politique économique unique, oeuvre d’une autorité politique unique, est possible. De sorte que ces intégrations économiques elles-mêmes apparaîtront comme les marques d’une véritable organisation de l’économie jusque dans la production et, au plan superstructurel, dans les processus de décision. Elles ne sauraient donc, ainsi, telles qu’elles sont mises en oeuvre aujourd’hui dans les divers constituants sociogéographiques de notre Continent, être considérées comme une fin, car seule l’union politique leur conférera l’efficacité escomptée.


LES ALLIANCES MILITAIRES

Elles n’ont, jusqu’à ce jour en tout cas, jamais eu pour but de faciliter l’union politique de l’Afrique Noire, ayant toujours supposé l’existence sur le Continent même d’autres Etats qui seraient des ennemis potentiels déclarés ou des alliés. Dans le même sens, elles ont souvent été des ententes entre régimes politiques pour assurer leur propre survie. Dans ces conditions, les desseins de l’unité de l’Afrique n’ont jamais été servis, et ne peuvent pas l’être, car procédant d’une mauvaise conception de la Défense nationale.
Dans le cadre du fédéralisme, notre position est la suivante : les armées d’Etats seront fondues en une armée unique, sous le commandement du Gouvernement fédéral et dont la vocation naturelle est de préserver l’intégrité territoriale de manière efficace.
Pour tout ce qui a précédé, et ce qui va suivre, nous considérons, nous, fédéralistes africains, que l’intérêt supérieur de l’Afrique, du Cap-Vert au Cap de Bonne Espérance, impose plus que jamais l’option fédéraliste. Mais quelle est notre conception d’un tel choix ? Qu’est-ce que le Fédéralisme ? Quel Fédéralisme pour l’Afrique ?

L’option fédéraliste

Nous pouvons dire que les différentes conceptions qui se sont développées au sujet de l’Unité africaine ont un défaut commun : c’est leur incapacité à rendre doublement compte de la réalité des Etats africains et de la nécessité impérieuse de l’unité de l’Afrique Noire. Tantôt la passion pour cette unité fait oublier la réalité et la personnalité propre des Etats existants. Tantôt c’est le droit de ces Etats qui l’emporte sur la nécessité de l’unité, et même l’empêche de se réaliser.
Le concept politique par lequel doit être pensée l’Unité de l’Afrique Noire est, selon nous, le concept du Fédéralisme. Et l’on ne saurait le considérer comme une voie supplémentaire venant s’ajouter à toutes les autres : le Fédéralisme est la voie par excellence de l’unité politique d’une nation et l’Afrique ne fera pas exception.

QU’EST-CE QUE LE FEDERALISME ? EN QUOI RESIDE LA FORCE DU FEDERALISME ?

C’est une étude qui introduit une dialectique vivante. Fédéralisme vient du mot latin foedus : alliance. Une fédération est par conséquent une association, un regroupement structuré, qu’il s’agisse de personnes, d’Etats ou de communautés. Le mot foedus lui-même vient de fides : la foi jurée. C’est-à-dire, la parole qui engage parce qu’elle est librement consentie. Une fédération, ce n’est pas n’importe quelle alliance, mais celle qui lie les contractants par ce qu’ils ont de plus sacré : la confiance. Il s’ensuit qu’aucune fédération ne saurait exister hors d’un engagement profond, sans restriction, ni de contrainte d’aucune sorte. Le fédéralisme est à la fois une technique juridique et une philosophie politique.
La technique juridique définit la forme d’un Etat Fédéral. La philosophie politique est un courant de pensée qui voit dans le système fédéral le mode d’organisation politique et sociale. Ainsi donc, une fédération d’Etats, dans le cadre du fédéralisme ne saurait être la simple juxtaposition, encore moins la fusion d’intérêts immédiats, en vue d’objectifs de caractère circonstanciel. Elle n’est pas davantage une coalition d’arrières-pensées qui ne se lient en apparence que pour mieux se dégager le jour où, un certain résultat obtenu, chacun se sentira assez fort pour vivre seul, et au besoin, se retourner contre ses anciens partenaires.
Mais une fédération n’exige pas non plus l’aliénation des Etats ou des communautés qui ont choisi de s’unir. Bien au contraire, elle n’existerait plus si les parties contractantes se fondaient dans un tout indistinct, au sein duquel chacune d’entre elles perdrait définitivement son individualité, partant, sa capacité de faire exister la fédération et d’en bénéficier : les Etats qui se fédèrent n’abandonnent qu’une partie de leur indépendance antérieure explicitement définie dans le contrat de fédération. Mais ce qu’ils apportent est donné sans retour et c’est cette loyauté dans la clarté qui leur donne l’assurance de rester eux- mêmes. L’unité repose alors sur le respect des identités, donc sur le consentement et la permanence des diversités, nullement sur leur absorption, leur réduction ou leur mise en tutelle.
De même, les Etats qui en sont devenus membres sont non seulement garantis contre les atteintes extérieures, mais encore transformés au dedans d’eux-mêmes par la connaissance et la reconnaissance des autres : c’est l’effet cumulatif de l’énergie sociale. Dans la solidarité, les autonomies, loin de s’affaiblir, s’accomplissent.
Teilhard de Chardin, dans son ouvrage L’énergie humaine ne dit pas autre chose. Il écrit : « En vertu de ce principe fondamental, les personnalités élémentaires peuvent et ne peuvent que s’affirmer en accédant à une unité psychique ou une âme plus élevée. Mais ceci, toutefois, a une condition : c’est que le centre supérieur auquel elles viennent s’agréger sans se mêler, ait lui-même sa réalité autonome. Puisqu’il n’y a ni fusion, ni dissolution des personnalités élémentaires, le centre où celles-ci se rejoignent doit nécessairement être distinct d’elles, c’est-à-dire, avoir sa propre personnalité » . [7]
Et c’est bien, en effet, d’un processus de personnalisation qu’il s’agit. L’impulsion initiale de la fédération est sans doute la recherche de la force, non dégression, mais de dissuasion et de production.. Cependant, ce qui lui est propre, ce qu’elle est seule à posséder, c’est la force qu’elle tire de son indissolubilité ; c’est aussi, le principe interne de sa constitution en vertu duquel elle ne peut naître que par la garantie du droit et ne se perpétuer qu’en l’accroissant. Car le fédéralisme imprègne l’existence quotidienne, puisqu’il n’est pas une réalité statique, mais essentiellement un processus dynamique toujours nouveau à assumer.


INDISSOLUBILITE DE LA FEDERATION

En regroupant non seulement des Etats, mais aussi des peuples, la fédération est à la fois une société d’Etats, et une société d’individus. C’est dire qu’elle entretient des rapports directs avec ces derniers, qui sont aussi bien des sujets des Etats fédérés que des sujets de l’Etat fédéral. D’où, chez eux, un double sentiment d’appartenance : à l’association tout entière et à la collectivité plus restreinte dont ils sont membres originels.
De même, la fédération possède un territoire unique qui, comme celui de l’Etat unitaire, ne comporte que des frontières administratives. Aussi, les Personnes, les Biens et les Capitaux, s’y déplacent-ils sans entrave d’aucune sorte. La force de la fédération vient de ces deux points d’appui :
- En s’appuyant sur le peuple, elle domine des Etats.
- En s’appuyant sur les Etats, elle contrôle la dynamique sociale.
Elle se place au point d’intersection des volontés collective et individuelle. D’où sa souplesse et sa fermeté à la fois.
La fédération, société d’Etats et d’individus, crée une « Association » indissoluble, à l’abri des fluctuations des intérêts égoïstes des Etats. Elle rejette le droit de sécession et la clause Rebus Sic Stantibus propre à la Confédération (voir Confédération, p.12 du présent manifeste). Si d’aventure, comme ce fut le cas aux USA en 1861, quelques Etats manifestent la volonté de séparation, il y a révolte, et non pas exercice légitime d’un droit. Fort du pouvoir de contrainte qu’il détient, le Gouvernement fédéral a la possibilité de leur imposer le respect du lien communautaire.
C’est dire que, dans la fédération, le droit prime la force. Les Etats, en se fédérant, renoncent à l’emploi des voies de fait. Ils se soumettent volontairement à l’empire du droit. Sans doute, les luttes ne cessent pas pour autant, mais elles se poursuivent dans le cadre juridique et se résolvent par le recours de ce qu’on appelle le « Tiers indifférent », c’est-à-dire, au juge. A l’arbitraire des procédures diplomatiques (comme dans la Confédération), la fédération offre la garantie des procédures légales. Aussi, l’ordre et la paix y sont-ils assurés avec autant d’efficacité qu’on l’aurait souhaité.
Sur le plan des institutions, l’Etat fédéral se donne une organisation perfectionnée au service des Etats et des communautés. En somme, c’est le fédéralisme qui fournira le cadre institutionnel permettant le jeu politique dans une Afrique Noire unifiée et la gestion quotidienne de l’Etat qui en résultera. La force du fédéralisme africain résidera dans sa capacité à faire d’une multitude de micro-Etats existants une entité politique unique, forte, dans laquelle les uns et les autres se reconnaîtront. Cette entité politique unique ne viendra que consolider les bases de la Nation africaine.

D’UNE NATION AFRICAINE

Dès qu’on évoque la question de la Nation africaine ou de l’unité de l’Afrique au sud du Sahara, on s’entend dire ceci : l’Afrique est « truffée » de centaines d’ethnies trop diverses constituant autant d’obstacles à l’instauration de son unité ; il n’existe pas de Nation africaine, comme il en existe en Europe ou en Amérique.
Mais, que l’on se rassure : il existe une Nation africaine. Le problème est que la condescendance avec laquelle on essaie d’expliquer trop souvent une impossibilité d’appliquer le « modèle » européen de l’Etat-Nation à cette Afrique des « nationalismes ethniques » provient d’un usage abusif et équivoque du mot nation. Car, on amalgame deux acceptions distinctes : l’une désuète, l’autre actuelle.
L’idée de Nation qualifiée de « nationalisme ethnique » attribuée à l’Afrique est médiévale, alors que celle contenue dans l’Etat-Nation, attribuée à l’Europe, est moderne et contemporaine. En effet, l’étymologie du mot nation (nascere), évoquée par Isidore de Séville au VIIe siècle, a commandé le sens du terme nation au Moyen-Age, à savoir : groupe d’hommes qui se réclament de la même naissance, et qui, à ce titre, constituent une communauté ethnique. Aussi, ne faut-il pas s’étonner si l’idée de Nation comme groupe ethnique a, pendant de nombreux siècles en Europe, exclu celle de partie commune, et dans ces conditions, suivant la remarque de Strayer : « L’échelle des allégeances de la plupart des hommes au Moyen-Age était à peu près ceci : d’abord et avant tout, je suis chrétien, ensuite, un bourguignon et enfin, un français » . [8]
Il faudra, selon Ernest Renan, Hazard Lestocquoy, attendre le XVIIIe siècle et surtout la Révolution française (1789), pour que s’impose l’idée de communauté territoriale, c’est-à-dire d’une patrie, point de départ du sentiment national. « Une nation est une âme, un principe spirituel : avoir des gloires ensemble, avoir fait de grandes choses ensemble, vouloir en faire encore », écrivait Ernest Renan . [9]
En effet, une Nation n’est point une réalité déjà constituée, mais une conquête graduelle ; elle n’est pas une donnée préalable, mais une construction et même une volonté de construction. Parler de « nationalisme ethnique », c’est recourir, par habileté ou par ignorance, à un archaïsme lexical, propre au seul Moyen-Age et qui, académiquement, n’est plus de mise aujourd’hui. Et le privilège du mot Nation est autant approprié à l’Afrique qu’à tout autre Continent : l’Afrique est une Nation.
En tout état de cause, si « l’héritage »de la Conférence de Berlin en 1885, dont est issue l’Afrique émiettée, est un obstacle à l’idée de Nation, rien, en revanche, n’astreint à le tenir pour une fatalité historique, surtout si la Nation implique la volonté d’accomplir, précisément contre les obstacles historiques, de grands ensembles, selon le mot de Renan.
Toute la question est là. Le sentiment d’appartenance à une communauté humaine de même origine, qui a connu la même histoire, qui connaîtra sans doute le même destin et dont les éléments essentiels de culture sont identiques, ce sentiment fut et continue d’être le moteur de la « longue marche » du peuple africain vers son unité. C’est sur cette base, sur cette conscience, que presque toutes les grandes nations se sont formées par agrégat de petites entités originelles, cela même , avant l’apparition du concept de fédéralisme.
Ainsi l’unité de la France a été bâtie en associant au noyau de l’Ile-de- France des groupes indiscutablement ethniques comme le Berry, la Picardie et la Flandre, la Normandie, l’Anjou et la Touraine, l’Auvergne, la Bretagne, etc., bref, presque toutes les religions de France, entre 1101 et 1860. D’ailleurs, toutes les entités s’appelaient tout simplement des Etats Particuliers ; il en fut de même pour des pays comme le Royaume-Uni et l’Espagne.
Il ne faut pas perdre de vue une constante : les tentatives d’unité et de regroupement fédéral se font chaque fois qu’un danger externe se présente et menace la future entité fédérale dans son existence même. L’Amérique, (les futurs Etats-Unis), se sentant beaucoup trop « étouffée » sous le joug colonial britannique, avait un besoin vital d’unir toutes ses forces pour survivre. Les différents groupes ethniques, alémanique, romanche, tessinois et romande ont pu échapper à la domination du Saint Empire Romain Germanique, qui était une tentative de restauration de l’ancien Empire Romain, pour fonder ce qu’on connaît aujourd’hui sous le nom de la Confédération Helvétique.
Avant Bismarck (Chancelier d’Allemagne de 1870 à 1890 qui domina la diplomatie mondiale), l’Allemagne du premier Reich ne comprenait-elle pas à elle seule 350 Etats. Villes libres, Evêchés, Abbayes, Seigneuries minuscules, différents par les coutumes, les institutions, les variations linguistiques ? Cette impressionnante diversité a-t-elle empêché la construction de l’unité ou de la Nation allemande en 1870 ?
Rien ne désigne donc ces quelques centaines d’ethnies dont on parle avec tant de complaisance en Afrique et ailleurs comme autant d’obstacles à l’instauration de l’unité. Dans le contexte qui lui est propre, le fédéralisme en Afrique Noire aura un triple fondement historique, économique et culturel. On comprend, dès lors, pourquoi nous nous limitons à l’Afrique au sud du Sahara, sans intégrer le Maghreb dans notre démarche.


POUR UNE CLARIFICATION

L’efficacité même de l’action politique impose que la question de l’unité politique de l’Afrique Noire et celle de la construction du Grand Maghreb cheminent côte à côte, sans jamais se confondre.
En effet, les trois éléments historique, économique et culturel, qui sont des atouts respectifs de l’Afrique Noire et du Maghreb lorsque les deux sont séparés, deviennent aussitôt des obstacles dès qu’on se propose de les réunir dans un même ensemble politique. Car l’expérience historique, économique et culturelle du Maghreb, si elle présente des traits semblables à ceux de son voisin du sud du Sahara, en diffère aussi largement.
La construction du grand Maghreb et l’union politique de l’Afrique Noire sont les deux versants d’un seul et même édifice, que l’efficacité de l’action amène à considérer séparément. De sorte que les fédéralistes d’Afrique Noire sont les alliés naturels des fédéralistes maghrébins.

Quant à l’Etat d’Afrique Noire, nul ne peut prévoir dans les détails la série d’événements qui vont présider à la naissance, ni les modalités exactes de sa formation. Nous dirons toutefois que nous croyons raisonnablement à la naissance préalable d’un noyau auquel se feraient des adhésions progressives. D’ailleurs, l’une des caractéristiques de la fédération est l’union démocratique des Etats. Elle est donc étrangère à l’expansionnisme, l’annexion, et à toute entreprise contraire aux principes du droit international.
De la nature même du fédéralisme découle la nature des institutions qu’il met en oeuvre, à savoir des institutions démocratiques, le pivot étant constitué par le principe de la séparation des pouvoirs. Au demeurant, nul ne saurait pour l’heure prévoir le mécanisme des institutions fédérales africaines, et de vaines hypothèses dans ce sens ne feraient que gêner la créativité des décideurs, le moment venu. En tout cas, le fédéralisme en Afrique Noire sera un fédéralisme ouvert.

De la nature du fédéralisme en Afrique Noire

OUVERTURE DU FEDERALISME AFRICAIN AU RESTE DU MONDE

Le fédéralisme africain en tant qu’actualisation de la doctrine générale du fédéralisme est ouvert au reste du monde. Car l’idéal de l’homme raisonnable serait de parvenir à un rapprochement de tous les peuples dans une communauté politique unie. A cet égard, le cosmopolitisme ou encore le mondialisme sont des doctrines admirables. Mais les faits ont imposé des limites à la volonté humaine, de sorte que l’intégration de l’Afrique Noire dans une union mondiale nous paraît peu envisageable, car relevant de la pure utopie.
En attendant que l’évolution générale de l’humanité en décide autrement, les fédéralistes du monde entier sont les amis des fédéralistes africains. En revanche, le futur état fédéral africain sera la terre propice pour les fils éparpillés un peu partout dans le monde.

L’ETAT FEDERAL D’AFRIQUE ET LA DIASPORA NOIRE

Plus naturelle est la question du statut de la Diaspora Noire face à l’Etat fédéral d’Afrique au sud du Sahara. Nul ne peut décider à la place de ces frères loin du Continent. Mais, en tout état de cause, l’Afrique reste de Bien commun de tous les Noirs, et l’Etat fédéral qui s’y formera devra laisser la porte ouverte à tous ceux d’entre eux qui voudront y prendre place.
Le fédéralisme africain puisera loin des rives du pays une partie de ses forces, d’autant plus que les Noirs de la Diaspora portent toujours la marque indélébile de leur africanité. A Cuba, par exemple, s’est constituée une communauté qui se revendique des traditions Yoruba, conservées dans toute leur pureté, loin du syncrétisme qui masque parfois la qualité africaine des autres communautés. Là, le souci de l’africanité a triomphé de la stratégie de l’éparpillement qui empêchait les esclaves de transmettre à leurs descendants les coutumes de leurs ancêtres. Cuba offre une parfaite projection de l’aire culturelle guinéenne, ou l’anthropologie culturelle retrouve le vaudou, l’usage de l’huile de palme dans le rituel vaudou. A Haïti, le vaudou se mêle au catholicisme sans perdre pour autant sa spécificité africaine.
Au-delà des divers regroupements automatiques, ce qui frappe l’observateur, c’est la permanence d’une africanité inaltérée chez ces africains que l’on a, paradoxalement, rendus plus que jamais à eux-mêmes, en essayant de les disperser. Cela ne les a pas empêchés d’organiser des révoltes est des résistances, surtout aux Etats-Unis, leur permettant la sublimation d’une colère transfigurée en plaintes africaines, sous les noms de « Negro-spirituals » puis de « Jazz ». Au Brésil et aux Antilles, les entrailles de l’Afrique résonnent dans le Tam-Tam et la Samba. Dans ce rassemblement culturel, on ne voit que le caractère totalement africain.
Aussi, n’est-il pas étonnant que l’un des membres de cette Diaspora, Crummel (cité par Ibrahima Baba Kake dans son ouvrage Les Noirs de la Diaspora) écrive : « Une attirance naturelle appelle les enfants de l’Afrique qui vivent à l’étranger, à venir participer à l’exploitation des Trésors du pays de leurs ancêtres. Bien que ces Trésors soient le Bien tangible de Dieu aux Noirs, ces Noirs ne récoltent qu’une très petite partie de leurs bienfaits et de leurs avantages. Il en a toujours été ainsi dans le passé ; et aujourd’hui où les ressources de l’Afrique sont de plus en plus exploitées, le bénéfice que nous en recueillons est de plus en plus petit... ». [10]
Voilà qui témoigne de notre communauté de destin avec la Diaspora Noire. Que celle-ci trouve ici l’expression d’un hommage particulier des fédéralistes africains. Qu’ils sachent que nous sommes pour toujours à leur côté, dans leur lutte pour leur émancipation et la restauration de leur dignité. Nous partageons leurs douleurs et leurs plaintes légitimes. Notre pensée les accompagne dans leur vie de tous les instants.
« ... les ressources de l’Afrique sont de plus en plus exploitées... » Voila qui donne tout son sens à l’instauration du fédéralisme en Afrique Noire : conférer enfin à notre pays la force économique qui lui revient, par la gestion de notre patrimoine naturel. Car l’intérêt du fédéralisme, c’est de permettre aux populations fédérées la maîtrise de leur destin dans tous les domaines et, à l’Etat fédéral, une meilleure répartition des ressources de la Nation.


DU GOUVERNEMENT DU FUTUR ETAT FEDERAL D’AFRIQUE NOTRE

A ce sujet, Paulin Joachim observe : « Pour vivre ou pour conjurer le danger d’une nouvelle mort, vivre et assumer notre destin... ; l’unité africaine est un impératif de notre sécurité comme de la croissance économique et de l’essor culturel de nos populations. Nous vivons en ce moment ce que Julius Nyerere de Tanzanie appelle la seconde ruée sur l’Afrique et elle est capable, si nous n’y prenons garde, de nous être fatale... ». [11]
En effet, pas plus que sa carte politique, la carte économique de l’Afrique ne parvient à être une projection de l’Afrique sur elle-même. C’est dans cette dénaturation du Continent qu’il faut chercher l’explication géopolitique d’une économie désastreuse. Car l’Afrique condamnée, au nom de quelle fatalité, à importer des biens d’équipement et de consommation, possède pourtant, avec ses ressources naturelles, les éléments pour avoir l’une des plus puissantes économies du monde et pour s’en convaincre, il suffit de considérer ses différentes régions.
Nigeria, Angola, Gabon, Congo, Cameroun, tous ces Etats, pour ne citer qu’eux, produisent 300 millions de tonnes de pétrole par an. L’énergie hydraulique (barrages Ingas I et II au Zaïre, barrage de Cabora-Bossa, au Mozambique) a un potentiel atteignant 40 % du total mondial. Le diamant, le cobalt, l’or, les phosphates, le chrome 65 % de la production mondiale.
D’ailleurs, l’importance de ces richesses explique certains aspects de la vie politique, sociale et économique africaine. Le cuivre, l’or, les diamants, l’uranium, le pétrole de l’Afrique Australe « justifient » largement les rigueurs ségrégationnistes (apartheid) qui dépossèdent les africains de tous les droits à leurs terres. La bauxite de la Guinée et du Ghana, le fer de la Mauritanie, d’Afrique Australe, du Gabon qui représente plus d’un milliard de tonnes de réserves, exercent un attrait irrésistible sur les capitaux extérieurs.
N’est-il pas paradoxal, voire scandaleux, de constater que l’Afrique, malgré ses immenses richesses naturelles, soit une Nation pauvre ? Pourtant ce Continent, incontestablement, occupe le 3e rang mondial dans ce domaine, après l’URSS et la Chine.
Ses réserves sont inestimables. On sait que l’Afrique Noire demeure le premier pays producteur d’or, de diamant et de chrome ; le deuxième producteur mondial d’uranium après les Etats-Unis. Et pourtant, nous ne pouvons pas, à l’heure actuelle tirer profit de ces matières précieuses, vitales. A Kolwezi, dans le Shaba (Zaïre), la plus grande mine de cuivre du monde exporte la totalité de sa production hors d’Afrique.
Les choses étant ainsi, nous, africains, avons besoin de nous unir pour bien défendre et bien illustrer notre dignité recouvrée. Il nous faut construire un réseau dense de solidarités horizontales, afin d’échapper définitivement à ces mondes autour de nous, riches en forces de pression. Il nous faut être vigilants si nous ne voulons pas perdre. L’unité qu’il nous faut forger maintenant, à tout prix, sous peine de disparaître, face à cette "deuxième ruée des puissants sur l’Afrique", ne devra pas être fermée sur nous mêmes. Il s’agira bien pour nous d’écouter le monde extérieur, de tendre tous les ressorts de notre intelligence, pour ne retenir que ce que nous croyons conforme à l’intérêt de l’Afrique. Dans ce sens, une référence , permanente à notre patrimoine culturel sera une nécessité impérieuse.

QU’IL FAUT UN ETAT MULTILINGUE

Dans tout Etat, comme d’ailleurs dans tout groupe d’hommes déjà constitué, il se pose le triple problème de la communication horizontale entre ses membres, de la communication verticale entre les membres et la direction de l’Etat ou du groupe, de la communication enfin avec l’extérieur. Ce triple problème se ramène à celui de la langue comme moyen privilégié de communication. A cet égard, on peut dire que l’Etat fédéral d’Afrique Noire sera d’abord et forcément un Etat multilingue, dans lequel sera aménagée une politique culturelle visant à l’institution d’une langue unique. Le choix d’une langue devra alors reposer sur le double critère de son efficacité, au regard de la communication intérieure et de la communication extérieure. Et ce choix consiste non pas dans la décision de l’imposer, mais plutôt dans celle de la promouvoir.
C’est qu’au stade actuel de leur développement, les sociétés africaines sont multilingues. Et tout laisse penser que cette situation se prolongera encore pendant longtemps. Il importe donc, à l’échelon de chaque état fédéré, de définir les grandes orientations d’une action gouvernementale, garantissant le respect et la dignité de langues et des cultures de toutes les communautés nationales.
La promotion d’une langue déjà largement répandue peut cependant se justifier par l’affirmation d’une certaine identité par rapport à l’extérieur, ou par des raisons administratives et financières évidentes. C’est un fait que certaines langues connaissent, dans l’Afrique d’aujourd’hui, une faible expansion, cependant que d’autres, au contraire, manifestent une progression remarquable qu’elles doivent, certes, à la leur utilité pratique et à l’importance démographique et économico-politique de leurs locuteurs d’origine, mais surtout à des facteurs sociologiques modernes, comme l’urbanisation rapide et le rayonnement des capitales et centres urbains qui constituent des pôles d’attraction pour les populations rurales.


QUESTION DES DIFFERENTES POPULATIONS

De même que l’Etat fédéral d’Afrique Noire sera multilingue, de même il sera une fédération d’Etats avec les populations ou ethnies qui les traversent. Cette capacité à rendre raison du multiple dans l’unité est, en effet, l’une des forces du fédéralisme. Mais cela pose le problème de l’organisation fédéraliste. Comment se présente-t-elle ?
Le fédéralisme assure le respect des individualités dans l’opinion, garantit la paix et la coopération fructueuses. On peut, sans le fédéralisme, cultiver les particularismes, tel que cela peut être assuré dans les micro-Etats. On peut, sans le fédéralisme, réaliser l’unité, mais c’est alors l’unité morose d’un monde totalitaire, où les particularismes et les libertés se trouvent à jamais engloutis. Si l’on désire ainsi concilier l’aspiration à une paix durable et sûre et le légitime respect des entités originelles, il n’y a pas d’autre solution que de nouer entre ces entités des relations de type fédéral.
Quoi de plus souhaitable, de plus légitime, dans cette Afrique tellement émiettée, que l’instauration du fédéralisme, pour le plus grand bien de ses populations ! Mais le fédéralisme n’est pas une recette applicable, les yeux fermés, à toute situation donnée. Sa réussite dépend de la topologie de l’espace à fédérer. Elle dépend aussi d’atouts psychologiques, à savoir, d’une certaine disposition d’esprit des partenaires en présence.
En ce qui concerne l’aspect topologique, l’expérience montre qu’un fédéralisme fondé simplement sur l’union de plusieurs entités ethniques est toujours aléatoire. Le cas de Chypre le prouve de façon éclatante. Le fédéralisme institué à Chypre, lors de l’indépendance, et ancré dans la Constitution internationalement garantie, a rapidement volé en éclats, de telle sorte que la minorité turque n’eût d’autre ressource que de se replier sur des enclaves territoriales (des quartiers de villes ou des villages) exclusivement contrôlées par elle. Ce territorialisme en mosaïque lui-même a fait place, depuis 1974, à la bipartition de l’île. Et l’on se trouve là, maintenant, devant le fait accompli apparemment irréversible, les Turcs étant bien décidés à conserver leur territoire, puisqu’une République turque de Chypre a même été proclamée.
Car, c’est une certitude bien établie, dans ce qu’on appelle l’ethnopolitique, que la cohabitation de différentes populations au sein d’une même entité politique est une source de conflits et présente des dangers pour des ethnies minoritaires. La chose s’observe, aisément, qu’il s’agisse de groupes définis par la langue, ou de groupes définis par la religion. La minorité menacée cherche alors un refuge dans l’obtention d’un territoire propre, qu’elle contrôlera. Et ainsi, le groupe linguistique ou religieux pourra gérer, de la manière dont il l’entend, sa vie culturelle ou économique ; se maintenir et s’épanouir pleinement.
De telles constatations vont peut-être à l’encontre d’une vision cosmopolitique, assez répandue, des relations inter-groupes, selon laquelle toutes limites, tout compartimentage, toute restructuration devraient disparaître de la carte du monde. Mais elles ne s’en trouvent pas moins, chaque jour, confirmées par l’histoire ressente, par l’actualité. L’exemple de Chypre cité plus haut le montre.
Un autre exemple : la Constitution de l’union indienne a créé des Etats et des territoires ethniquement définis. Certaines de ces entités, cependant, restaient polyethniques, en ce sens qu’un ou plusieurs groupes minoritaires, établis sur le sol ancestral, formaient une proportion appréciable de la population totale. Or, ces entités se sont défaites, les unes après les autres, pour faire place à ces circonscriptions plus finement découpées, selon la langue ou selon la religion. Ainsi, les principales révisions constitutionnelles intervenues en l’espace de trente ans ont été toutes provoquées par cette aspiration des ethnies minoritaires à l’autonomie territoriale. Ainsi, afin de mieux réussir un fédéralisme convenable, le respect d’un certain équilibre est nécessaire.

LE RESPECT D’UN CERTAIN EQUILIBRE

Par conséquent, il faut, pour fédérer valablement, choisir un cadre propice ou l’aménager. C’est-à-dire créer entre les entités à fédérer des rapports de puissance satisfaisants et éviter, autant que possible, le terre-à-terre de deux unités. Mais n’y a-t-il pas quelque artifice, contraire à l’esprit du fédéralisme, à vouloir remodeler les structures sociologiques ? A vrai dire, il ne s’agit pas de violenter le réel, mais de rechercher si, par delà les formes juridiques qui prétendent l’exprimer, il ne présente pas des structurations, des lignes de clivages variées que l’on pourrait précisément faire valoir dans une reconstruction plus adéquate du réel social. Le principe d’exacte adéquation, l’une des clés de voûte du fédéralisme, invite à effectuer ce genre d’enquête, qui permettra de faire ressortir les structures authentiques de la société. On peut même être assuré d’avance que ces structures sont beaucoup plus fines, plus riches que l’organisation étatique, réductrice, ne le laisse paraître. Il ne s’agit pas de procéder à des découpages, opérations toujours arbitraires, mais de faire ressortir des lignes de force multiples du tissu social et de proposer ce pluralisme du réel comme base adéquate d’une société africaine.
Mais l’union fédérale suppose que soient aussi remplies certaines conditions psychologiques minimales. A quoi servirait-il de suggérer des solutions intrinsèquement réalisables, si l’opinion publique concernée, leur étant fondamentalement hostile, devait le demeurer ? Dans ce vaste domaine, incertain, mouvant, de la psychologie qui conditionne strictement toute solution politique, deux éléments émergent avec force en Afrique : la coexistence harmonieuse de deux religions, ou chrétiens et musulmans se retrouvent aux sources collectives d’une spiritualité : la spiritualité animiste.
Ainsi, « chrétiens et musulmans », en Afrique Noire, communient dans une identité spirituelle telle qu’aujourd’hui on est loin des clivages que l’on rencontre dans d’autres contrées ou musulmans et chrétiens s’entre-déchirent. En Afrique, cette diversité récente des croyances religieuses (chrétienne et musulmane) n’a pas pu exclure la conscience collective d’origines spirituelles communes.
Par les combinaisons multiples, les oppositions et les rapprochements qu’elle permet, la diversité des appartenances offre les conditions d’une organisation pluraliste d’une société africaine. Il suffirait, pour qu’elle prenne corps, que ces hommes et ces femmes différents et semblables, accèdent à la conscience généralisée du phénomène réel d’entrecroisement. Tous comptes faits, nous devons nous rendre compte, une fois pour toutes, que les croyances religieuses récentes en Afrique dérivent autant de similitudes que de différences, avec comme lien ombilical, notre religion animiste, reflet de notre identité africaine.
Nous avons la matière propice à une construction fédéraliste, le fédéralisme se caractérisant par sa vision pluridimensionnelle de la société et sa volonté d’organiser la pluralité des allégeances. Mais, il ne faut pas perdre de vue que le fédéralisme est un univers en expansion et un phénomène complexe.

FEDERALISME, UN UNIVERS COMPLEXE MAIS EN EXPANSION

Citant Chateaubriand, Littré, dans son dictionnaire de la langue française dit du fédéralisme : « Qu’il était une des formes politiques les plus communes employées par les sauvages ». Les sauvages auront fait école ! Aujourd’hui, c’est la moitié de l’humanité qui vit dans les systèmes fédéraux. De l’Union Soviétique aux Etats-Unis ; de l’Union Indienne au Mexique ; de la Yougoslavie au Canada ; du Nigeria en Australie, semble se vérifier la prédiction de Proudhon annonçant pour le XXe siècle, l’ère des fédérations. Cela veut dire que le fédéralisme se joue des systèmes politiques et économiques : vieilles démocraties ou régimes oppressifs de tous bords peuvent indifféremment s’en réclamer. Qu’y a-t-il de commun entre cet exemple de démocratie traditionnelle qu’est la Suisse et les systèmes policiers, totalitaires qu’on connaît dans le monde, et le régime discriminatoire comme l’Afrique du Sud ?
Question bien embarrassante qui montre que la quête d’une communauté d’inspiration philosophique propre à tous les systèmes fédéraux risque d’être décevante. Sauf à décréter qu’il y a les bons régimes fédéraux qui sont les seuls vrais et authentiques, et les autres, sortes de travestis politiques qui dissimulent leurs versions derrières l’orthodoxie trompeuse de formes vides.
Question moins embarrassante pour le chercheur scientifique qui a cru, pendant longtemps, pouvoir opposer l’Etat fédéral à l’Etat unitaire, sur la base de critères juridiques simples, mais que la diversité des formules fédérales rend aujourd’hui inopérants. Quelle Constitution est la plus fédéraliste ? Celle de l’Union Indienne qui soumet des Etats-membres à la tutelle drastique de New-Delhi ou celle de la République une et indivisible italienne dont les régions se sont vu reconnaître une large autonomie ?
Le fédéralisme, ce n’est pas seulement une forme particulière d’organisation de l’Etat. C’est aussi, et même d’abord, historiquement, un certain type d’alliance entre Etats souverains désireux de s’unir partiellement pour un objet limité d’intérêt commun. Ces unions d’Etats ne constituent pas, dans le phénomène fédéraliste, une catégorie plus homogène. Encore s’agit-il là, toujours, de phénomènes dont l’Etat constitue le coeur, qui se définissent par rapport à lui. Malgré leur grande diversité, ils ont un dénominateur commun : l’Etat.
Mais on ne peut prétendre sérieusement rendre compte aujourd’hui du fédéralisme en ne l’abordant que sous ses manifestations étatiques ; et c’est la problématique du fédéralisme. Sans doute, ont-elles longtemps obnubilé l’observateur.
A l’heure où nous sommes, le fédéralisme s’affranchit enfin de l’étatisme. C’est dans l’ensemble des manifestations de la vie sociale qu’il se révèle ou, mieux, que l’on sait le découvrir et le reconnaître.
On pressent dès lors que la connaissance du fédéralisme ne saurait se limiter aux analyses que peuvent faire de cette réalité, toujours complexe, juristes, économiques, politologues, historiens... Ou alors, on se met dans l’impossibilité de comprendre le fédéralisme.
Ainsi, cette réflexion sur le fédéralisme commence par un inventaire des données brutes, se prolonge par un effort de systématisation, et débouche sur une approche doctrinale de la perspective de l’unité à laquelle elle se réfère. On a ainsi les trois points de vue d’où s’éclaire la problématique fédéraliste : Celui de l’expérience, celui de la connaissance, celui de la doctrine.
L’expérience fédéraliste présente la caractéristique d’être essentiellement empirique. Contrairement à d’autres transformations comparables, lesquelles, telles la démocratie parlementaire et la promotion de la souveraineté populaire, ont été précédées d’interminables et brillants débats politiques, le fédéralisme des origines a été, avant tout le fruit des circonstances. Les constitutions qui régissent l’Etat fédéral, de même que les structures qui l’organisent, résultent de compromis pragmatiques entre les forces en présence et non de la réflexion préalable des théoriciens. Sans doute, les « Federalist Papers » ont éclairé la constitution de 1787, mais, c’est l’équilibre à réaliser entre les differentes tendances qui se sont affrontées à Philadelphie qui a donné à la constitution américaine ses traits caractéristiques. Le cas de la Suisse n’a pas échappé à cette règle.
Désormais, l’étude du fédéralisme échappe au monopole qu’en avaient jusqu’alors les juristes. C’est une nouvelle connaissance du fédéralisme qui se constitue.
Le fédéralisme a beaucoup évolué. C’est-à-dire qu’il est perçu comme une technique d’union de groupes, quelle que soit leur nature. Son champ d’application n’est donc plus seulement celui, du politique, mais son domaine s’étend aux secteurs proprement culturels. Carl Friedrich, à ce sujet écrit :« La fédération nuit, sans les détruire, aux entités qui s’unissent et a le destin de les renforcer dans leurs relations mutuelles et dans la poursuite de fins et d’objectifs communs ;... le fait est la combinaison et la diversité, de telle sorte que coexistent les sphères d’autonomie pour la communauté globale et pour la communauté particulière, que coexistent les sphères de fidélité pour l’une et pour l’autre, et qu’une caractéristique distinctive (que de soit le fait de vivre sur un territoire particulier, d’appartenir à une église particulière, ou de se livrer à une activité particulière) puisse servir de base, pour rattacher les personnes à la communauté particulière comme à la communauté globale ». [12]
Ce qui conduit à une sorte de fédéralisme intégral, c’est-à-dire, à une méthodologie générale de l’organisation sociale, reposant sur des principes fondamentaux qui sont les principes d’autonomie et ses corollaires (auto-affirmation, auto-définition, auto-organisation, et exacte adéquation). Pour ne pas allonger trop le débat, limitons nous aux principes essentiels.


LE PRINCIPE D’AUTONOM

Ce n’est autre chose que la reconnaissance du droit à l’existence organisée de tout groupe humain, droit étendu à toutes les formes d’organisation sociale. De ce principe d’autonomie dérivent le principe d’auto-organisation et le principe d’exacte adéquation, sans oublier les garanties qu’ils présupposent.

LE PRINCIPE D’AUTO-ORGANISATION

C’est le droit de se doter librement du statut de son choix. C’est le pouvoir constituant, celui qui permet de s’organiser comme on l’entend et non sur un modèle imposé par un pouvoir extérieur. Ce droit est toutefois limité. Il doit s’exercer en restant compatible avec les statuts des collectivités plus vastes. L’Etat en l’occurrence, dans lequel s’agrégent les collectivités autonomes. Il faut cependant noter que c’est là un droit que bien peu de systèmes fédéraux existants respectent.

LE PRINCIPE D’EXACTE ADEQUATION

On sait que le système fédéraliste est constitué par une pluralité de collectivités. Les communautés autonomes s’intègrent dans les ensembles plus vastes. Cet étagement social, cette superposition des communautés, de la plus petite à la plus vaste, cette pyramide qui, dans l’ordre territorial, va de la commune à la fédération, suppose un principe de répartition, de distribution des compétences aux différents niveaux.
A la base, cela veut dire que les compétences appartiennent, en principe, aux communautés de base qui ne les délèguent que subsidiairement à la collectivité supérieure. Ce qui se traduit par une énumération limitative des compétences fédérales. C’est le sens d’exacte adéquation. Celle-ci veut que chaque niveau reçoive compétence pour résoudre les questions qui, soit par leur nature, soit par leur dimension, ne sont solubles que là, et qu’il doit recevoir pour cela l’aide de la Fédération, si nécessaire. Ainsi, telle minorité linguistique gérera ses propres écoles et, si elle est trop pauvre pour les payer, recevra l’aide financière indispensable à cet effet de la Fédération.

LES GARANTIES

Il est évident que ce système, conçu pour des sociétés humaines, doit être le théâtre de rivalités, de conflits, d’affrontements entre la multitude de collectivités qu’il entend coordonner. Comment préserver les plus petites contre les plus grandes, les plus faibles contre les plus fortes ? Le fédéralisme intégral compte, d’une part, sur la garantie normative qui découle de la formulation démocratique, associée à la formulation du droit de tous ceux auxquels il s’applique, de l’ordre juridique, d’autre part, sur la garantie juridictionnelle qui doit assurer le recours systématique à l’arbitrage et la mise en place d’un système judiciaire, indépendant des influences extérieures.
Cette démarche scientifique n’a été qu’un point de départ. Elle a été éclairée par une vision philosophique qui l’oriente et qu’il convient d’exposer en quelques mots. Elle repose sur des choix objectifs clairs : dialectique de l’individu et de la société ; dialectique entre le tout et les parties.

DIALECTIQUE DE L’INDIVIDU ET DE SOCIETE

C’est l’apport le plus authentique. Les fédéralistes récusent tout autant les conceptions qui prétendent donner la primauté à l’individu que celles qui prétendent tout sacrifier à la société.
Les unes comme les autres sont très insuffisantes et procèdent de visions réductrices de la société.
Les fédéralistes ne reconnaissent que la personne, perdue comme une réalité concrète qui se modèle par sa pluri-appartenance, par son insertion dans une pluralité de groupes où elle peut, effectivement, assumer pleinement son destin unique.


DIALECTIQUE ENTRE LE TOUT ET LES PARTIES

Ici, l’équilibre repose sur une tension permanente entre les forces centrifuges, qui portent à l’éclatement anarchique, et les forces centripètes, qui conduisent à la centralisation totalitaire. C’est le fédéralisme qui, seul, peut assurer cette mécanique de poids et de contrepoids, ce mouvement de bas en haut et de haut en bas qui corrige continuellement cette tendance à la perversion de tout système social. C’est lui qui règle les conflits.
Le fédéralisme apparaît comme la méthodologie qui guide et le modèle qui inspire. Parce qu’il est l’institutionnalisation du compromis permanent, seul il peut favoriser l’expression des solidarités nécessaires, sans pour autant mutiler les intérêts légitimes qui s’y expriment. Il tend aussi à donner à chaque individu et à chaque communauté les moyens d’assumer ses responsabilités, dans le respect des droits et des libertés des autres. Le fédéralisme s’identifie tout simplement à une authentique démocratie.
Nous lançons ici un appel à tous les africains épris de solidarité avec leur peuple, pour une reconnaissance de notre destin commun et l’impérieuse nécessité de son accomplissement dans l’unité politique, seul gage d’une prise en main effective de notre devenir.
La volonté des peuples est incontournable, et l’engagement de toutes les couches sociales de l’Afrique Noire permettra de concrétiser nos idéaux de paix, de justice et de progrès, qui fondent la philosophie même de notre action. Dans cette perspective, la convergence de tous vers cette arène où l’Afrique s’est donne rendez-vous avec l’histoire, sera plutôt de nature à réduire les clivages qui ont si souvent laissé le champ libre aux forces obscures de la division et de la domination.
On peut ranger les taches immédiates des fédéralistes africains sous trois ordres : diffuser la culture fédéraliste en général, susciter des débats autour de la question du fédéralisme en Afrique Noire, oeuvrer à la création d’une structure capable de prendre en charge le destin théorique et les objectifs pratiques du fédéralisme en Afrique Noire.

L’actuel comité est un pas dans ce sens

Dans le cadre de l’accomplissement de cette tâche, il est à noter que l’actuel Comité d’Initiative pour le fédéralisme en Afrique Noire est un véritable pas.
Il est vrai que cette unité politique est difficile ; loin d’être impossible, elle constitue même une légitime ambition. Les difficultés sont des occasions pour les hommes de caractère et non point des obstacles. Quant à l’ambition, il est temps que chaque africain en ait quelque peu pour l’Afrique. Du reste, la construction de l’Unité politique, aujourd’hui, n’est pas plus difficile que l’édification des pyramides de l’Egypte autrefois.

L’Afrique Noire doit s’unir


[1] Président du C.I.F.A.N.

[2] Bossuet : Discours sur l’histoire universelle, Hachette et Cie, 1881, p. 416.

[3] Cheikh Ante DIOP : Nations nègres et cultures, T.2 Edit. Présence Africaine, 1979,p.371.

[4] J. KI-ZERBO : Histoire générale de l’Afrique Noire, Edit. Hatier, 1972

[5] L. l’Africain : De l’Afrique ; traduction de Jean Temporal, Réimpression de l’édition de 1556, p. 208-209. T.2.

[6] K. NKRUMAH : Africa must unite ; Internal. Publishers C°, Inc.

[7] T. de CHARDIN : l’Energie humaine, T.VI,p. 179-180.

[8] J.R. STRAYER : Les origines médiévales de l’Etat moderne. Edit. Payot, 1979, p.153-155.

[9] E. RENAN : Oeuvres complètes, Caïman- Levy, Paris, 1947, Vol. 1 : questions contemporaines.

[10] I.B. KAKE : Les Noirs de la Diaspora, Edit. Lion, Libreville, 197 8, p. 180.

[11] P. JOACHIM : Editorial Africain ; Imprimerie des dernières nouvelles de Strasbourg, 1967 p. 13.

[12] C. FC. FRIEDRICH : Cité par Denis de ROUGEMONT dans « Lettre ouverte aux Européens ». Edition Masson, 1970.




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