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MUKARONGA, Scholastique, Notre-Dame du Nil, Paris, NRF, collection Continents Noirs, 2012
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Éthiopiques n°91.
Littérature, philosophie et art
2ème semestre 2013

MUKARONGA, Scholastique, Notre-Dame du Nil, Paris, NRF, collection Continents Noirs, 2012

Auteur : Lilyan KESTELOOT, Dakar, IFAN

Cette auteure rwandaise n’est pas une inconnue pour les lecteurs de Continents Noirs. En effet, c’est le quatrième ouvrage de Madame Mukaronga que publie cette estimable collection. Le fait qu’il reçoive cette année le prix Renaudot honore à la fois l’auteur et la collection. Ce n’est donc pas un premier roman, alors que le sujet aurait pu le laisser penser. Car il s’agit d’un récit de souvenirs de lycée, qui a tout l’air d’emprunter de larges parts au vécu de l’écrivain, ou de quelqu’un qui lui fut proche. _ L’époque où se situent les événements semble précéder de peu le génocide de 1993. Mais plusieurs faits relèvent des années 60, alors que le parti Parmehutu avait pris le pouvoir, détrônant la royauté traditionnelle et l’aristocratie tutsi que la colonisation avait ménagées. Révolution de l’ethnie majoritaire, certes, mais inspirée et soutenue par le colonisateur belge pour contrecarrer les revendications d’indépendance des Tutsi « évolués ».Par !a suite les Français prendront le relais et soutiendront le gouvernement hutu, croyant trouver dans cette révolution comme un écho de 1789.
Ces précisions chronologiques et politiques ne sont pas évoquées par la romancière ; elle écrase le temps de façon considérable, elle nous donne l’impression que cette révolution vient d’avoir lieu, et que la République toute jeune est en cours d’installation…cependant que le massacre de 1993 est imminent.
Or donc, ce lycée situé à l’écart de Kigali, dans les montagnes et près de la source du Nil, est destiné à former « une élite féminine » à la hauteur des nouveaux dirigeants africains : ministres, ambassadeurs, hauts fonctionnaires de l’administration et de l’armée.
Ces jeunes filles sont recrutées dans des familles déjà fortunées, en appliquant un quota strict de vingt Hutues pour deux Tutsies par année scolaire les Tutsi étant censés n’être qu’un dixième de la population rwandaise. Les héroïnes sont les deux Tutsies de terminale, dont la narratrice nous décrit les rapports avec les autres élèves, les professeurs, les religieuses et l’aumônier. Bien entendu, tout l’encadrement est hutu, européen et chrétien. La ségrégation s’exerce même dans les langues : seuls sont tolérés le kinyarwanda et le français, le swahili étant proscrit, car c’est la langue des musulmans. La formation politique et religieuse est assurée par l’aumônier hutu qui mélange les deux de façon excessive, au point d’en être ridicule.
Mais l’une des élèves, fille du premier ministre, est carrément odieuse dans sa prétention militante de servir les intérêts de la République. Ses brimades envers les quelques étudiantes tutsi sont systématiques et aboutiront à leur élimination du lycée qu’il « faut nettoyer de ses cafards ».
La plume de Mukaronga est volontiers satyrique, et ne résiste pas à caricaturer les personnages extrêmes de son histoire. Mais la Mère supérieure, les professeurs étrangers, et même les autres élèves hutus sont eux aussi très souvent portraiturés avec ironie. Si bien que malgré la situation qui s’aggrave au fil des pages, le récit évite le ton et l’atmosphère du drame, et se pare de scènes drôles parfois grotesques, et parfois surréalistes. Ainsi, la description des repas où le thé le corned beef et le boulgour ont remplacé le lait caillé, le poisson séché et le manioc », nourritures de sauvages », car les jeunes filles doivent apprendre à manger civilisé ». Ou encore l’épisode de la destruction et de la réfection du nez tutsi (sic) de la statue de la Vierge noire qui trône près de la source du Nil. De même, ce vieux colon blanc qui croit avoir retrouvé les ancêtres des Tutsi dans l’antique royaume de Méroé, et la réincarnation de la déesse Isis en Veronica, l’amie de la principale héroïne.
Cependant que la visite au lycée de la reine Fabiola de Belgique, visite sans doute historique, est narrée de manière presqu’aussi rocambolesque. Plus intéressantes sont les confidences que s’échangent les jeunes filles sur les coutumes et croyances villageoises, le mode de vie en famille, les recettes de cuisine de leurs mères, les crèmes à éclaircir le teint,… ; et leurs projets d’avenir.
On sait que toute la famille de S. Mukasonga a été exterminée et ses livres précédents ont suffisamment rendu compte des tragédies de cette terre « où Dieu venait se reposer ». On appréciera d’autant plus ce « roman » qui nous restitue d’autres aspects récents et moins récents du pays des mille collines.





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