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SENGHOR : L’HUMANISTE AFRICAIN
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Ethiopiques numéro 53
Revue semestrielle
de culture négro-africaine
1er semestre 1991
Hommage à Senghor
Forum d’Asilah (Maroc)

Auteur : Hassane II

Message de Sa Majesté le Roi Hassan II prononcé par Son Altesse Royale le Prince Héritier Sidi Mohammed

Il n’est pas toujours aisé de parler des gens que l’on aime et que l’on estime. L’exercice devient encore plus difficile sinon périlleux lorsqu’il s’agit d’un personnage aussi attachant et aussi multiple que Leopold Sedar Senghor. Dans sa diversité et sa complexité. Nous ne voulons ici retenir que ce qui caractérise l’homme.
Des son jeune age, son intelligence et sa volonté vont le distinguer de l’ensemble de ses condisciples.
Brillamment, mais avec une modestie qui va être l’un des traits fondamentaux de son caractère, il gravit tous les échelons pour atteindre les sommets qu’il n’a peut-être pas envisagés.
Différent de la société dans laquelle il évoluait, sa différence est pour lui un aiguillon tout puissant plutôt qu’un handicap. Il est brillant dans ses études, comme il est brillant et charmeur dans les milieux qu’il fréquente.
Rejetant par sa nature toute forme de politique politicienne, ses diverses qualités le distinguent cependant pour l’imposer comme un homme politique.
Ainsi, Ministre dans le Gouvernement français, se trouve-t-il parmi ceux qui sont en charge des destinées de ce qui était alors l’Empire français.
Et ce sont bien les destinées de cet Empire qui allaient être le centre de ses préoccupations bien plus que toute autre chose. Non qu’une quelconque duplicité marquât son action. Au contraire, sa loyauté à ses hautes fonctions était incontestable et immuable.
Attache aux principes de justice et d’égalité, ainsi qu’aux hautes valeurs qui doivent être tout naturellement la base des rapports entre les valeurs et entre les peuples, il avait toujours milité, sans haine ni passion, pour le triomphe de ces principes et de ces valeurs.
Puis c’est la magistrature suprême : il est Président de la République naissante du Sénégal.
Pour beaucoup, c’eut été le sacre. Pour Senghor, c’est une étape inscrite tout naturellement dans l’itineraire qu’il s’était trace des son enfance et qui devait, avec l’evolution et la succession des événements de l’epoque, l’y conduire.
Sa stature et sa dimension, conjuguées avec la politique de sagesse et de clairvoyance qu’il conduit, contribuent a donner de la jeune République du Sénégal l’image d’une nation aux nobles traditions, et d’un Etat pleinement conscient des responsabilités qu’il assume au sein du concert des Nations.
Le Sénégal acquiert ainsi ses litres de noblesse dans la famille africaine. C’est désormais un Etat écoute et respecte, à l’image de celui qui en conduit les destinées.
Naguère, tous les chemins menaient à Rome. Celui de Senghor l’a conduit à la magistrature suprême. Et alors que les Palais présidentiels exercent sur leurs hôtes un magnétisme ravageur, Senghor demeure insensible aux charmes des formes pour ne s’attacher qu’à l’essentiel. Dans la conjoncture où il évoluait, Senghor se trouvait être l’homme d’une mission, pour ne pas dire un missionnaire. Sa mission accomplie, il choisit d’autres espaces.
Mais ce choix d’autres espaces, s’il implique le retrait de la fonction, n’a guère valeur de retraite.
Le même esprit militant et la meme volante d’agir continuent d’habiter le Président Senghor.
Il s’est mis une bonne fois pour toutes au service d’un idéal, et il continue de le servir.
Et c’est bien l’un des traits principaux du Président Senghor : fidèle a ses amitiés, il demeure dévoue à ses idées.
Ses amis lui vouent la même fidélité, avec l’hommage et les éloges sincères que le Président Senghor mérite.





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