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LA MORT DE SAMBA DIALLO : PORTÉE SYMBOLIQUE D’UN ACTE DE DÉMENCE
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Éthiopiques n°97.
Littérature, philosophie, sociologie, anthropologie et art.
2nd semestre 2016

LA MORT DE SAMBA DIALLO : PORTÉE SYMBOLIQUE D’UN ACTE DE DÉMENCE

Auteur : Cheick SAKHO [1]

Au lendemain des indépendances africaines, plus précisément en 1961, Cheikh Hamidou Kane publie son premier roman L’Aventure ambiguë [2]. Cette œuvre phare de la littérature africaine traite de la situation du pays des Diallobé au lendemain de l’occupation européenne, une situation qui était par ailleurs la même dans toute l’Afrique :

Le pays des Diallobé n’était pas le seul qu’une grande clameur eût réveillé un matin. Tout le continent noir avait eu son matin de clameur.
Étrange aube ! Le matin de l’Occident en Afrique noire fut constellé de sourires, de coups de canons et de verroteries brillantes. Ceux qui n’avaient point d’histoire rencontraient ceux qui portaient le monde sur leurs épaules. Ce fut un matin de gésine. Le monde connu s’enrichissait d’une naissance qui se fit dans la boue et dans le sang
. L’Aventure Ambiguë, p. 59.

L’auteur sénégalais aborde dans ce roman plusieurs sujets intéressants et développe plusieurs thèmes parmi lesquels celui de la folie et celui de la mort, thèmes récurrents dans la littérature mondiale, en général, et la littérature africaine, en particulier.
Cheikh Hamidou Kane, dans ce roman remarquable qui guide et qui éclaire, fait intervenir un personnage qui est psychologiquement dérangé. Il s’agit d’un fils du pays qui a vécu longtemps en Occident et qui en est revenu complètement métamorphosé à cause des horreurs qu’il y a découvertes. Son intervention dans le récit a une portée symbolique réelle et une double fonction : La sagesse des traditions ne dit-elle pas que la vérité sort de la bouche de l’enfant, et que c’est le fou qui dit tout haut ce que tout le monde pense tout bas ?
Ce personnage, en raison de son état psychique, est une sorte de dernier rempart contre l’assimilation culturelle dont sont victimes les Africains. Son geste consistant à tuer le héros vaincu parce que n’ayant pas su assumer son double héritage culturel est certes regrettable, mais il peut aussi être considéré comme un geste réparateur visant à préserver la culture et les traditions africaines. Sans s’enchevêtrer, ces deux données sont en parfaite corrélation et sont intimement liées dans cette œuvre monumentale.
Dans ce travail nous étudierons d’abord les itinéraires des deux personnages, c’est-à-dire celui du fou et celui de Samba Diallo ; ensuite, nous analyserons les raisons de leur altercation qui marque la fin de l’aventure très ambiguë de l’enfant du pays des Diallobé. Enfin, nous tenterons de voir que la disparition de Samba Diallo dans le récit doit appeler nécessairement l’intervention d’un autre personnage qui va poursuivre avec succès l’œuvre entamée par le héros de L’Aventure ambiguë.

1. SAMBA DIALLO ET LE FOU : DEUX ITINÉRAIRES DIFFÉRENTS

Pour bien comprendre les raisons de l’altercation finale entre Samba Diallo et le fou, il faut voir leur itinéraire respectif et analyser les conditions de leur rencontre avec la civilisation européenne. Il faut tout d’abord souligner qu’ils ont, tous les deux, été en contact avec l’Occident, mais dans des conditions tout à fait différentes.
Le héros a, pour sa part, commencé à se frotter à la culture française dès son jeune âge, quand il fréquentait l’école nouvelle dans la ville de L. où son père travaillait dans l’administration coloniale et où il a eu comme camarades de classe Jean Lacroix et sa sœur, enfants d’un administrateur colonial français et collègue de son père. Cette expérience s’est poursuivie avec son intégration à la Sorbonne pour suivre des études supérieures de philosophie. On peut affirmer dès lors qu’il a eu le temps de prendre le recul nécessaire par rapport à cette culture occidentale qui a tendance à jouer la carte de l’assimilation dont il a eu le temps nécessaire d’apprécier, avec lucidité, les aspects positifs et les aspects négatifs pour choisir ce qu’il doit en retenir et ce qu’il doit rejeter.
En ce qui concerne le fou, dont on ne connaît pas grand-chose, d’ailleurs, sinon que c’est un fils du pays qui a séjourné longtemps en Europe et qui en est revenu mentalement perturbé, on remarque que son contact avec l’Europe a été particulièrement bouleversant. Contrairement à Samba Diallo dont le contact avec l’Occident s’est fait de manière progressive, le sien a été très brusque. Il a, vraisemblablement, dû être, comme tant d’autres de ses compatriotes africains, recruté dans l’armée coloniale française pour aller défendre la métropole, pour servir de chair à canon, devrions-nous dire. Ils se sont retrouvés ainsi, subitement, loin de chez eux, au cœur d’une guerre qui ne les concernait pas, une guerre que les nations européennes se livraient entre elles.
Le compatriote de Samba Diallo a été, dès lors, transposé au cœur de l’horreur, au milieu des sifflements des balles, des bruits de bottes et de canons, des cadavres en décomposition, des cris des blessés et des gémissements des mourants, découvrant ainsi toute la cruauté et toute la bestialité dont est capable l’homme blanc qu’il considérait, lui comme ses congénères, comme un être supérieur. La vision de l’horreur a dû être le facteur déclenchant sa folie. Ce qui explique en quelque sorte son rejet de l’Occident, particulièrement de sa civilisation. Le personnage adopte ainsi ce qu’on pourrait appeler un repli identitaire. C’est là une différence fondamentale entre les deux personnages. Le fou préfère se replier sur lui-même à la suite de cette expérience douloureuse alors que Samba Diallo s’engage dans une autre voie : celle de l’ouverture à l’Autre. Par le repli sur soi et le rejet de l’Autre le fou sombre dans l’autarcie qui a pour corollaires l’intolérance et l’intégrisme.

2. L’ALTERCATION ET LA MORT DE SAMBA

Après avoir campé le décor de ce qui va aboutir à une situation dramatique et de ce que l’on peut considérer comme étant l’étape ultime de l’aventure terreste de Samba Diallo, voyons maintenant comment et dans quelles conditions l’auteur présente cette scène.
Pour ce faire, nous allons d’abord voir comment la mort est vécue par les membres de la communauté des Diallobé, et les rapports que le héros Samba Diallo entretient avec elle.
L’évocation de la mort revient régulièrement dans les litanies scandées par les jeunes disciples en haillons dans la fraîcheur matinale. Voici quelques extraits de ces chants exhortant les habitants du pays des Diallobé à plus de générosité et à être moins égoïstes avec les pauvres disciples à la recherche de leur pitance quotidienne, en des termes qui donnent des sueurs froides.


Gens de Dieu, songez à votre mort prochaine. Éveillez-vous, oh, éveillez-vous ! Azraël, l’Ange de la mort, déjà fend la terre vers vous. Il va surgir à vos pieds. Gens de Dieu, la mort n’est pas cette sournoise qu’on croit, qui vient quand on ne l’attend pas, qui se dissimule si bien que lorsqu’elle est venue plus personne n’est là. L’Aventure ambiguë, p. 21.

Ou :

Gens de Dieu, la mort n’est pas cette nuit qui pénètre d’ombre, traîtreusement, l’ardeur innocente et vive d’un jour d’été. Elle avertit, puis elle fauche en plein midi de l’intelligence. L’Aventure ambiguë, p. 22.

Et :

Gens de Dieu, vous êtes avertis, reprit Samba Diallo. On meurt lucidement, car la mort est violence qui triomphe, négation qui s’impose. Que la mort dès à présent soit familière à vos espritsL’Aventure ambiguë, p. 22.

Cette conscience de la mort est inculquée à Samba Diallo et à tous les enfants du pays des Diallobé dès l’enfance. Le Foyer Ardent, c’est-à-dire la demeure du maître des Diallobé, est à la fois le lieu d’expérimentation et la pépinière où l’on cultive la peur de l’Au-delà et du Jugement dernier. À travers ces litanies chantées par les disciples de Thierno, on note une réelle appréhension de la mort. Nous remarquons également que la préparation pour le voyage vers l’Au-delà est une préoccupation de tous les jours. La mort est à la fois espérée et redoutée. La quête mystique commence donc, chez les Diallobé, au Foyer Ardent où l’enfant, en quête de son Seigneur, est soumis à la rigueur du maître qui lui enseigne l’humilité, la modestie, la patience, l’abnégation, le courage, l’endurance…
Il faut aussi noter que le fait d’évoquer la mort au quotidien peut avoir l’effet d’une catharsis visant à la rendre plus présente dans l’esprit des gens, et donc plus familière. C’est peut-être la raison pour laquelle le cimetière est le lieu de refuge privilégié pour l’enfant Samba Diallo chaque fois qu’il décide de fuguer. La tombe de la vieille Rella est considérée, à cet effet, comme un refuge, donc un espace de sécurité, et la défunte, comme une confidente. Une conversation avec l’occupante du tertre est vite entamée par le héros fugueur. Le dialogue voulu et espéré par Samba Diallo tourne au soliloque devant l’absence de réponse de la mère de Coumba. Cet entretien préfigure celui qu’il aura, plus tard, avec le maître des Diallobé, vers la fin du roman et, partant, de son aventure. Cette scène montre deux aspects importants de l’écriture de Cheikh Hamidou Kane. D’un côté, elle marque l’esprit naïf du personnage qui est, à ce moment, à l’âge de l’innocence et de l’oubli, donc à une étape particulière du développement psychologique de l’individu :

Vieille Rella, bonsoir, Vieille Rella si tu m’entends. Mais si tu ne m’entends pas que fais-tu ? Où peux-tu être ? Ce matin même, j’ai aperçu Coumba, ta fille. Tu l’aimais bien, Coumba. Pourquoi n’es-tu jamais revenue la voir ? Tu l’aimais bien cependant. Ou peut-être te retient-on ? Dis, Vieille Rella, te retient-on ? Azraël peut-être ? Non, Azraël ne peut rien. C’est seulement un envoyé. Ou, Vieille Rella, peut-être n’aimes-tu plus Coumba ?... Tu ne peux plus aimerL’Aventure ambiguë, 51-52.

Par ailleurs, elle étale le talent d’humoriste qui tranche nettement avec le ton sérieux du roman et la situation évoquée dans la scène. En effet, l’attitude de l’époux de Coumba qui, découvrant une forme allongée à côté de la tombe de sa belle-mère, s’enfuit en criant, ne manquera certainement pas de susciter l’hilarité chez chaque lecteur qui arrive à ce stade du roman.
Cheikh Hamidou Kane emploie la prosopopée également dans l’avant-dernier chapitre de son roman où il montre Samba Diallo, près du tertre du maître des Diallobé, lieu fatidique, discutant avec l’occupant invisible, disparu deux mois avant son retour de France.

Maître des Diallobé, mon maître, pensa Samba Diallo, je sais que tu n’as plus de chair, tu n’as plus d’yeux ouverts dans l’ombre. Je sais et grâce à toi, je n’ai pas peur.
Je sais que la terre a absorbé ce corps chétif que je voyais naguère. Je ne crois pas, comme tu me l’avais appris quand j’étais enfant, qu’Azraël, l’Ange de la mort, eût fendu la terre en dessous, pour venir te chercher. Je ne crois pas qu’en bas, sous toi, il y ait un grand trou par lequel tu t’en es allé avec ton terrible compagnon. Je ne crois pas… je ne crois plus grand-chose, de ce que tu m’avais appris. Je ne sais pas ce que je crois. Mais l’étendue est tellement immense de ce que je ne sais pas, et qu’il faut bien que je croie….
[…] Comme je voudrais encore que tu fusses ici, pour m’obliger à croire et me dire quoi ! Tes bûches ardentes sur mon corps… je me souviens et je comprends. Ton Ami, Celui qui t’a appelé à Lui, ne s’offre pas il se conquiert. Au prix de la douleur. Cela je le comprends encore. C’est peut-être pourquoi tant de gens, ici et ailleurs, ont combattu et sont morts joyeusement… Oui, peut-être qu’au fond c’était cela… En mourant parmi la grande clameur des combats livrés au nom de ton Ami, c’est eux-mêmes que tous ces combattants voulaient chasser d’eux-mêmes, afin de se remplir de Lui. Peut-être, après tout
L’Aventure Ambiguë, p. 185-186.


La profondeur de ces questions marque une autre étape dans l’évolution psychologique du héros. Samba Diallo a mûri. Ses interrogations relèvent de la métaphysique. En effet, le jeune disciple de Thierno, maître des Diallobé, qui croyait sans rechigner tout ce qu’on lui apprenait, est devenu un philosophe. Moins crédule qu’avant son départ, le mystique enfant a acquis un esprit cartésien, au contact de l’Occident. La philosophie est par essence une quête perpétuelle du savoir, des questions sans fin dont les réponses soulèvent d’autres interrogations. Le principe de la raison philosophique est contraire, en cela, au principe de la foi qui ne laisse pas beaucoup de place aux interrogations. Cette scène marquée donc par le doute de Samba Diallo qui, pourtant, était animé avant son départ pour la France d’une foi profonde, montre nettement les séquelles de l’influence du cartésianisme occidental sur les croyances religieuses du héros. Le héros, en proie au doute, cherche et essaie de comprendre pour ne pas perdre totalement la foi avant de recommencer à pratiquer la prière : un des cinq piliers de l’islam.
C’est donc durant cette phase de doute que l’auteur a placé l’altercation avec le fou qui poignarde Samba Diallo et met non seulement fin à l’ambiguïté de son aventure, mais également à un récit particulièrement alléchant. En effet, ce personnage psychologiquement dérangé ne pouvait admettre que Samba Diallo, en qui il voyait le défunt maître des Diallobé, refuse de faire sa prière malgré ses invitations répétées. Lui qui a vu le maître des Diallobé prier sur son lit de mort à la manière des agonisants, quelques instants avant de rendre l’âme, ne pouvait pas, effectivement, accepter que celui qu’il considère comme la réincarnation du maître des Diallobé refuse d’accomplir la prière.
Le héros n’a donc pas su conjuguer l’identité peule et l’efficacité cartésienne de la civilisation occidentale. Il a, certes, beaucoup appris au contact de l’Europe, mais aux yeux du fou ce qu’il a appris ne vaut pas ce qu’il a oublié, c’est-à-dire Dieu. Dès lors, on peut considérer que, dans une certaine mesure, l’acte du fou qui tue Samba Diallo est l’acte réparateur pour préserver la tradition. L’entêtement de Samba Diallo devant la détermination du fou à le voir accomplir sa prière est sans doute l’une des raisons sur lesquelles se fondent certains critiques qui considèrent que la mort du héros s’apparente à un suicide. En effet, s’il avait accepté de prier il aurait eu certainement la vie sauve.

2. SALIF BA, LA RÉINCARNATION DE SAMBA DIALLO

Par son geste fatal, le fou rétablit l’équilibre à l’intérieur de la communauté des Diallobé mais prive le monde d’une tête pensante. Dès lors, il faut aux Diallobé, un autre fils qui pourra, lui, réussir dans sa mission d’apprendre chez les Blancs « à lier le bois au bois pour faire des édifices de bois ».
L’œuvre de Cheikh Hamidou Kane montre deux visions différentes du monde à travers les objectifs que se fixe le Foyer Ardent et la finalité de l’école nouvelle. Le maître des Diallobé et le directeur de l’école régionale résument, chacun en ce qui le concerne, les objectifs qu’ils assignent à leurs apprenants.
Ainsi, pour le vieux Thierno :

Au foyer, ce que nous apprenons aux enfants, c’est Dieu. Ce qu’ils oublient, c’est eux-mêmes, leurs corps et cette propension à la rêverie futile, qui durcit avec l’âge et étouffe l’esprit. Ainsi ce qu’ils apprennent vaut infiniment mieux que ce qu’ils oublient. L’Aventure Ambiguë, p. 44.

Alors que pour l’instituteur : « L’école apprend aux hommes seulement à lier le bois au bois… pour faire des édifices de bois… », L’Aventure Ambiguë, p. 19.
Pour mieux comprendre la quête de Samba Diallo, il faut avant tout voir le contexte dans lequel il évolue et les espoirs placés en lui et en tous les jeunes africains qui ont, comme lui, été envoyés à l’école des Blancs.
Avec la disparition de Samba Diallo du récit, l’auteur Cheikh Hamidou Kane se doit, dès lors, de créer un autre personnage pour prendre le relais et réussir là où l’autre a échoué. En effet, des personnages, des scènes et des actions des Gardiens du temple [3] ayant beaucoup de similitudes avec des personnages, des scènes et des actions de L’Aventure Ambiguë (la prestance de Daba Mbaye, l’agrégée d’histoire intellectuelle et révolutionnaire rappelle curieusement celle de la Grande Royale, la transmission du pouvoir religieux entre Thierno Ahmet Baba Baal et Thierno Saîdou Barry fait penser à celle entre Dembel et Thierno, l’itinéraire de Salif Bâ et la mission qui lui est assignée sont identiques à ceux du héros de L’Aventure Ambiguë), on peut donc considérer que le second roman de Cheikh Hamidou Kane constitue la suite du premier.
À force de se poser des questions sur la vie et sur ce qu’il doit croire ou ne pas croire, le philosophe s’est retrouvé ébranlé dans sa foi musulmane, un des critères les plus déterminants de l’identité peule avec, bien sûr, la vache et le pulaagu ou éthique peule.
En proie au doute, Samba Diallo doit dès lors s’effacer au profit de Salif Bâ, son cousin ingénieur. Par sa fonction, Salif Bâ est plus habilité à accomplir l’une des missions fondamentales qui étaient assignées aux enfants africains envoyés à la nouvelle école, c’est-à-dire apprendre « à construire des demeures qui résistent au temps. » Le nouveau héros et les intellectuels de sa génération doivent alors apporter une large contribution à la construction nationale. Le pragmatisme de l’ingénieur s’oppose ici au doute et aux perpétuels questionnements de l’éveilleur des consciences, c’est-à-dire le philosophe. Samba Diallo renaît, certes, en Salif Bâ ; cependant, il nous revient non pas comme il nous avait quittés, mais réincarné en ingénieur agronome. C’est pour cela que le rôle du héros des Gardiens du temple, dans la construction du pays où tout est à faire, est déterminant. Le territoire en question se situant dans la vallée du fleuve, région particulièrement bien arrosée (même si on note dans cette deuxième œuvre la présence des cousins Sérère qui n’habitent pas cette zone géographique, ce qui nous sort du pays des Diallobé, et annonce la nation sénégalaise), il lui sera donc plus facile de mettre en pratique, grâce à l’abondance de l’eau, les connaissances qu’il a acquises à l’école occidentale.

CONCLUSION

En définitive, œuvre majeure de la littérature africaine, L’Aventure ambiguë traite plusieurs thèmes qui intéressent son époque et fait office de roman d’avant-garde sur plusieurs autres sujets qui seront développés par de nouvelles générations d’écrivains.
Les thèmes de la mort et de la folie qui nous ont occupés dans ce travail s’y trouvent intimement liés. Le fou qui donne la mort au héros acculturé symbolise la résistance de la tradition face à la menace de la modernité. Son geste entraîne un renouvellement générationnel qui permet à d’autres personnages issus de la période d’après les indépendances d’émerger et de prendre le relais afin de procéder à l’œuvre d’édification nationale. Salif Bâ et ses camarades de la Fédération des Étudiants d’Afrique Noire en France (FEANF) sont les grands acteurs de cette époque.

BIBLIOGRAPHIE :

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- L’Aventure ambiguë, Paris : Julliard, 1961.
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[1] Université Chekh Anta Diop de Dakar, Sénégal

[2] KANE, Cheikh Hamidou, L’Aventure ambiguë, Présence Africaine, Paris, 1961.

[3] KANE, Cheikh Hamidou, Les gardiens du Temple, Abidjan, NEI, 1996.




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