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LA CONTROVERSE « FROBENIUS » : PROPHÈTE EN AFRIQUE, FAUX-DÉVOT EN ALLEMAGNE ?
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Éthiopiques n°97.
Littérature, philosophie, sociologie, anthropologie et art.
2nd semestre 2016

LA CONTROVERSE « FROBENIUS » : PROPHÈTE EN AFRIQUE, FAUX-DÉVOT EN ALLEMAGNE ?

Auteur : Amadou Oury BA [1]

Malgré l´œuvre de Yambo Ouloguem, Le devoir de violence (1968), l´une des œuvres les plus critiques en Afrique concernant l´anthropologue culturel allemand, Leo Frobenius, la réputation de ce dernier reste intacte. Ce présent article se propose de revisiter la personne de Leo Frobenius et son rapport avec l’Afrique, au-delà des positionnements idéologiques et autres considérations analogue. Cette étude peut être intéressante à plus d´un titre car, comme le constate Frank Wittmann, l´intérêt qu’y voyaient Senghor et Césaire ne s´est pas du tout estompé, bien au contraire. Le magnétisme de Leo Frobenius est toujours actuel, particulièrement au Sénégal et dans beaucoup d’amphithéâtres universitaires en Afrique.
Cependant, ce savant qui a tant influencé les intellectuels d´Afrique les plus en vue dans les années 30 faisait, en son temps et dans son pays, face à une critique acerbe, à une adversité académique jusque-là insoupçonnée en Afrique et aux Caraïbes. Dans le monde occidental et surtout germanique, Frobenius est, surtout vers la fin de sa carrière, loin d´être adulé. Il fut l´objet d’une opposition des plus âpres, allant jusqu´à traiter son œuvre de spéculations et d´élucubrations scientifiques. Certains étudiants auraient même aspergé, en 1969, sur les murs de son institut à Francfort, l’écriteau, « Shrobeniuslebt ! » (Shrobenius vit !) [2]. Une allusion à l´œuvre de Yambo Ouologuem, Le devoir de violence publiée en 1968 et qui avait remporté le prix Renaudot, œuvre dans laquelle Frobenius est satiriquement nommé, « Fritz Shrobenius », le marchand d´illusions.
Les échos des contestations contre Frobenius dans le monde germanique n´arrivèrent pas jusqu´en Afrique. Sans doute, cela fut dû à la barrière linguistique que constituait la langue allemande [3], mais aussi à des problèmes d´accès à l´information devenue aujourd’hui bien plus flexible et plus mobile qu´au temps de Senghor et Césaire. Cependant, jusque dans les années 90, Leo Frobenius représentait en Afrique ce savant qui a tant fait pour les cultures du monde noir et qui osa défier les théories racistes les plus tenaces, allant jusqu´à soutenir que le mythe d´une Afrique sauvage est un projet mercantiliste européen [4]. Une assertion presque inédite dans une Europe dans laquelle les idées racistes avaient encore droit de cité. C´est pour cette raison que Suzanne Roussi, l´épouse d´Aimé Césaire, célébrait Frobenius comme un savant de très grande envergure :

Voici le grandiose message de Leo Frobenius à l´homme d´aujourd’hui. Sa philosophie dépasse les raisonnements scolaires de ses prédécesseurs et des contemporains (…). Et cette philosophie est Poésie, le monde recréé, l´homme maître d’un nouveau destin [5].

L´objectif de cet article est, de ce point de vue, d´éclairer davantage sur le très controversé Frobenius et son œuvre sur le plan scientifique et de permettre au public francophone, qui ne pratique pas la langue de Goethe, de mieux mesurer la dimension de l´anthropologue allemand, que les intellectuels (Ouologuem) rendirent en Afrique encore plus célèbre. Ceci est d´autant plus nécessaire que les sciences de la culture devront de plus en plus s´intéresser à son œuvre, somme toute contestable sous certains aspects. Le bénéfice que cela procure est évident si on considère la relation entre l´ethno-anthropologie et la littérature [6] comme un champ pluridisciplinaire et interdisciplinaire immense et non encore exploité. Après avoir campé le personnage et son œuvre, on s´intéressera aux différentes théories qui guidèrent sa pratique des peuples africains, son image dans les cercles d´intellectuels de son pays, son influence sur les intellectuels d´Afrique et des Caraïbes et enfin son héritage et son actualité.

1. LEO FROBENIUS : L’HOMME ET L´ŒUVRE

Leo Frobenius naquit le 29 juin 1873 à Berlin et mourut le 9 août 1938 à Biganzolo. Fils d’un officier prussien, Hermann Frobenius, lui-même descendant du directeur du jardin géologique de Berlin, Frobenius quitta l´école sans le baccalauréat. Il travailla dans plusieurs musées d´ethnographie comme celui de Berlin où il collectionna beaucoup d´objets ethnographiques, surtout des photos, qu´il mit plus tard dans ses archives de Munich nommées « Afrika-Archiv », créées en 1898. Avec les difficultés financières, il vendit, vers les années 1925, sa collection au musée de Francfort. Il se sépara d´environ 13 140 dessins de petits formats et 3150 de grand formats et environ 750 photos [7]. Il réussit à obtenir un poste dans le prestigieux musée de Leipzig, mais s´éloigna de plus en plus des milieux académiques, d´autant plus que l´université de Basel, qu´il fréquenta vers 1898, lui avait déjà refusé sa thèse. Décidé cependant à ne pas se laisser faire, il se livra à sa passion, l´ethnographie. Il eut comme maître H. Schurtz et rencontra Friedrich Ratzel (1844–1904), dont les théories sur le Diffusionisme [8] se retrouvent dans divers essais de Frobenius. Plus tard, dans les années 1898, il développera sa théorie des « aires culturelles » ou Kulturkreislehre, qu´il abandonna, parce que trop superficielle et mécanique, au profit de l´approche morphologique de la culture ou « Kulturmorphologie », qu´il définit comme une vision en profondeur.
La passion du chercheur pour les questions ethnographiques relatives à l´Afrique est légendaire. L´homme entreprit diverses expéditions dans le cadre de la D.I.A.F.E [9] à travers l´Afrique à la recherche de données ethnographiques. Il voulait ainsi consolider sa théorie des « aires culturelles » sur laquelle on reviendra plus amplement dans la partie théorique. Il séjourna principalement en Afrique occidentale. Trois de ses voyages le menèrent cependant en Afrique centrale. Il s’est rendu ainsi au Congo-Kasaï entre 1904 et 1906, en Zambie entre 1928 et 1930, au Cameroun entre 1910 et 1912 et dans certaines régions de l´Afrique australe. Frobenius lui-même se considérait comme un aventurier entre deux mondes : l’Afrique et l’Allemagne.

Leo Frobenius (1873-1938), German ethnologist, was, of course, no Homeric hero, though he was, by his own testimony, ’brought up to be a wanderer’,’ and spent his whole life in motion, between Germany and Africa, between the natural and the cultural sciences, between lunacy and scholarship [10].

La passion de Frobenius pour les civilisations hors d’Europe, particulièrement pour celles de l’Afrique de l’ouest, est à mettre sur le compte d´une opposition à une Europe matérialiste et nombriliste. Il chercha par tous les moyens à combattre cet eurocentrisme des nations colonialistes, telles que l’Angleterre et la France, qu’il décrit comme des « civilisations hamitiques ». Il voulut ainsi, selon Martin Steins, épargner son pays, l’Allemagne, de cette gangrène colonialiste rampante et voyait un destin plus grand pour elle.

Der Assimilationsprozeß durch diese Westkultur – eine Art geistige Kolonisation, die mit der Aufklärung eingesetzt habe, und die von Frobenius ausdrücklich mit der Kolonisierung der Übersee-Völker verglichen worden war – hatte Deutschland in einen Konkurrenzkampf um die Weltherrschaft getrieben. Seine Niederlage hatte ihm den Blick dafür geöffnet, dass dies nicht die wahre, Aufgabe‘ seiner äthiopischen Seele sei, seiner Fähigkeit zur gemütbedingten Hingabe, so wie sie zum letzten Mal in der Romantik zum Ausdruck gelangt war [11].


Cependant, beaucoup de critiques y voient plus qu´un intérêt pour l’Afrique. En effet, derrière les positions de Frobenius, d´aucuns (Martin Steins, Frank Wittmann) voyaient un intérêt colonialiste particulier, déguisé sous le manteau d´ami de l´Afrique. Il s´agirait, selon eux, de mettre l´Allemagne dans une situation plus avantageuse dans la course aux colonies face aux autres concurrents que constituaient la France et l´Angleterre. Toutefois, Frobenius réussit à faire une brillante carrière, malgré ces critiques. Il quitta Munich et son « Institut für Kulturmorphologie », pour la ville de Francfort, qui finira par acquérir la majorité de sa collection. Il fut nommé en 1934 directeur du « Musée des peuples » et professeur honoraire à l´université de Francfort. En ce qui concerne l´Afrique, on peut noter une collection de 4700 copies de peintures rupestres que l’on peut mettre au compte de Frobenius. Il fut le premier à parler de « civilisation africaine », au moment où existait encore en Europe, la théorie de la Tabula rasa (table rase). Sa bibliographie est immense. Il écrira plusieurs œuvres, dont les deux plus importantes Le cercle culturel de l´Afrique de l´Ouest (1897), et De l´origine des cultures africaines (1898), renforceront sa théorie des « Aires culturelles ». Une nouvelle orientation apparut avec la publication de Paideuma en 1921, tournant important dans son orientation théorique, qui peut être subdivisée en trois étapes : le Diffusionnisme, emprunté à Ratzel, Les Aires culturelles et enfin l’approche morphologique avec l’influence d’Oswald Spengler.

2. DES PREMIÈRES THÉORIES À LA MORPHOLOGIE DES CULTURES

Jusqu’au soir de sa vie, Leo Frobenius restera fidèle à son approche morphologique des cultures, appelée en allemand « Kulturmorphologie ». D’ailleurs, c’est ce nom qu’il donna à son institut de Munich qui passa d’Afrika-Archiv à Institut für Kulturmorphologie en 1922. Il quitta Munich pour Francfort en 1925. Mais, avant d´arriver à la Kulturmorphologie, Leo Frobenius sera influencé par Friedrich Ratzel (1844–1904) qui propagea la théorie du Diffusionnisme culturel [12]. Parmi les pionniers de cette théorie, on notera également le médecin allemand Adolf Bastian, (1826-1905), mais aussi Edwar Taylor, en Angleterre. Cette théorie du diffusionnisme s´oppose à la théorie anthropologique de l´évolutionnisme, moins objective et moins concrète. _ Le modèle d´explication du diffusionnisme est assez simple. Selon cette théorie, la diffusion des inventions ou des acquis culturels est indépendante de la distance géographique. Elle postule le fait que l´homme imite plus qu´il ne crée. Appliquée dans le domaine de la culture, on note plus d´emprunts que d´innovations, surtout par le biais de mouvements migratoires et d´acculturations. Ce dogmatisme constituera cependant l´une des faiblesses du diffusionnisme en ce qu´il n´explique pas des similitudes culturelles entre deux peuples n´ayant jamais été en contact. C’est cette théorie du diffusionnisme qui mena Frobenius à la « Kulturkreislehre », celle des Aires culturelles vers les années1897/98, qui permet de regrouper des cultures ayant de grandes similitudes dans des ensembles nommés « Kulturkreise » [13]. Ce mot est, pour des raisons liées à l´histoire, de plus en plus chargé en Allemagne. On parle maintenant de « Kulturraum » ou « espace culturel ». Longtemps, Frobenius a usé de cette théorie jusqu´à se rendre compte qu´elle contenait des insuffisances. Cette méthodologie lui sembla beaucoup trop mécanique en ce qu´elle procède de façon systématique, sans saisir l´essentiel des faits culturels.

Ich bin dann aber im Lauf der folgenden Jahre zumeist im Verkehr mit anderen Völkern und Menschen anderer Kulturen gewesen, habe im langsamen Wachsen des Archivs („Afrika Archiv“) bis zum Forschungsinstitut das Erleben über das Wissen zustellen gelernt, habe Gelegenheit gehabt, an unendlich vielen Beispielen die alte Betrachtungsweise zu prüfen und mit lebendigen Tatsachen zu vergleichen, habe die Kultur in allen ihren großartigen, zuweilen auch in ihren jämmerlichen Äußerungen, den Menschen aber immer mehr als den kleinen Träger der gewaltigen Erscheinungswelt der Kultur kennen gelernt.

Ce changement de paradigme entraîna un renversement de la situation dans sa conception de l´ethnologie moderne. Frobenius épousera l’approche morphologique de la culture. Cette doctrine conçoit la culture comme un organisme qui fonctionne indépendamment de l’homme. L´homme ainsi n’est plus le concepteur de la culture mais subit plutôt son influence [14]. Ce procédé constitue un tournant décisif chez l´anthropologue qui s´attira les foudres de ses collègues. Toujours selon la morphologie des cultures, chaque culture est conçue comme un organisme autonome, possédant une règle interne et une âme, que Frobenius nommera « Paideuma ». C´est celle-ci qui définit et dicte l´action de l´homme dans la culture [15]. Toute culture, selon lui, suivrait trois circuits, celui de l’« Ergriffenheit », une sorte de saisissement, qui correspond à la jeunesse, puis celui d’« Ausdruck », une expression culturelle, qui correspond à sa maturité, et enfin celui d’« Anwendung », une application qui correspond au stade du vieillissement [16]. C´est à cette dernière théorie anthropologique que Frobenius resta fidèle jusqu´à sa mort, ce qui amena les contradictions insurmontables avec le monde scientifique, même si sa théorie trouvait en son temps beaucoup de fidèles. Il serait ainsi intéressant de voir comment Frobenius est perçu par le milieu scientifique allemand, perception du reste sans effet en Afrique francophone parce que totalement ignorée, principalement pour des contraintes de langues.


3. LEO FROBENIUS DANS LES CERCLES DES INTELLECTUELS EN ALLEMAGNE

Frobenius était devenu incontournable dans le cercle des ethnologues allemands et dans celui de ceux de l´École de Wien (Koppers et Schmidt). Il réussit à s´entourer de plusieurs étudiants tels que Bernhard Ankermann (1859–1943) et Hermann Baumann (1902–1972) qui élaborèrent davantage la théorie des « Aires culturelles ».
Avec cette théorie, Frobenius réussit à influencer bon nombres de chercheurs comme Ezra Pound ou Johan Huizinga qui, carte à la main, réussirent, à travers des objets de musées similaires, à reconstituer des ensembles culturels qui partagent les mêmes éléments de culture. On note par exemple les nouvelles « Aires culturelles sémites », ou « neusemitischerKulturkreis » qui regroupent les pays sous influence de l´Asie de l´Ouest situés en Afrique du Nord.
Mais, il finit par abandonner cette méthode à ses collègues et se consacra à la morphologie des cultures, une autre approche moins mécanique. C´est de là que survinrent les incompréhensions avec le monde académique. Un refus systématique de la part de ses collègues survint autour d´un cercle d´ethnologues assez influents, comme Max Bruckner, Fritz Graebner, Paul Hambruchoder Wilhelm Mühlmann, le directeur du Musée d´ethnographie de Bremen et nombre d´autres intellectuels allemands tels que Felix Weil, Carl Grünberg, Friedrich Pollock et Max Hork-heimer [17]. Il serait intéressant de savoir ce qu´ils reprochaient à Frobenius. La première hypothèse serait liée au fait que Frobenius est un autodidacte, sans carrure académique. La deuxième hypothèse est que Frobenius est considéré comme un dilettante dans le domaine de l´ethnographie. Ceci est corroboré par son abandon des procédés scientifiques de son époque pour une morphologie culturelle à connotation philosophique. Il s´allia avec Oswald Spengler pour fonder l´institut de Kulturmorphologie. C´est ainsi qu´on peut lire :

In 1920, he collaborated with his friend Oswald Spengler in the founding of the Forschungs institute für Kulturmorphologie in Munich, devoted to establishing a real physiognomy of cultures. Although the two mavericks soon parted ways, Frobenius continued his quest to identify cultural differences as products of the soul, not of acquired refinements or skills [18].

Les critiques fusèrent de partout. Selon la plupart des chercheurs de l´époque, les théories de Frobenius renfermeraient plus de spéculations que de vérités scientifiques quantifiables et vérifiables ; ses conclusions ne mèneraient à rien de logique, sa chronologie historique serait imprécise [19]. Ses méthodes de recherche sont souvent décriées [20]. La réception du livre Paideuma qui renferme l´essentiel de sa théorie morphologique de la culture est plus que critique [21]. John Loewentahl par exemple écrivit un rapport accablant sur le concept. Selon lui, le concept de Paideuma serait « hideux », mais plus que cela, il reproche au chercheur d´être arrogant et d´avoir tourné le dos au monde scientifique en se livrant à une conception métaphysique de l´ethnologie [22]. Ainsi, Frobenius ne serait reconnu parmi ses pairs en Allemagne que dans un cercle restreint de néoromantiques, nostalgiques de la grandeur du pays et de la Monarchie. Cependant, la popularité reste intacte dans l´opinion publique allemande qui porte un grand intérêt pour ses œuvres comme Paideuma publié en 1921. Il est cité dans les journaux [23], loué par le grand public et célébré par ses jeunes collègues comme Adolf Ellegard Jensen et Karin Hissink.

In addition to spinning out dozens of speculative ur-histories involving moon-goddesses, mystical numbers and the lost continent of Atlantis, Frobenius was a prodigious collector of data and artfacts and one of the first Europeans to try to reconstruct the history of pre-Islamic Africa. After the Great War, his paeans to unspoiled, ur-African blackness and his bitter attacks on Eurocentric historiography and western ’materialism’ appealed powerfully to many of his contemporaries ; his works caught the attention of, among others, Ezra Pound, Johan Huizinga, the exiled German Kaiser, and an important group of African students in Paris, who adapted Frobenius’s neoromantic fascination with Negerheit to their own anti-colonial purposes [24].


Même si ces échos ne parvinrent pas jusqu´en Afrique encore sous domination coloniale, les intellectuels africains, alors étudiants en France, ont assisté aux diverses expositions que Frobenius organisa dans les années 40 ; mais aussi ils liront la traduction de ses deux œuvres en français : Histoire de la Civilisation africaine (1936) et le Destin des Civilisations (1940). Deux œuvres qui firent grand bruit en Europe et poussèrent Senghor à dire « Toute l’histoire et toute la préhistoire de l’Afrique en furent illuminées – jusque dans leurs profondeurs » [25].

4. LEO FROBENIUS ET L’AFRIQUE

Beaucoup de chercheurs s´accordent sur le fait que Frobenius est plus reconnu hors de son pays et de son champ disciplinaire. La réception de son œuvre hors de l’Allemagne peut être attribuée aux intellectuels africains, au cercle de la négritude, avec Aimé Césaire -qui a la paternité du mot-, son épouse Suzanne et enfin Senghor qui fut l´un des plus grands supporters de Frobenius.

Mais, déjà, la trompette de Louis Armstrong avait retenti sur la capitale française, comme une condamnation, les hanches de Joséphine Baker secouaient vigoureusement tous ses murs et les fétiches’ du Trocadéro achevaient la Révolution nègre’ dans l’École de Paris. Cependant, dans nos laborieuses dissertations au lycée Louis-le-Grand et en Sorbonne, ou, à l’ébahissement des professeurs, nous nous référions aux valeurs noires, il nous manquait, avec la vision en profondeur, l’explication philosophique. C’est Leo Frobenius qui nous la donna [26].

Cependant, il ne faut pas ignorer les critiques dont Frobenius fait l´objet de la part des intellectuels africains, surtout après la survenue des indépendances. On peut noter, dans ce sillage, Yambo Ouloguem, dont l’œuvre Le devoir de violence (1968, prix Renaudot), dépeint un Frobenius colporteur de belles histoires africaines pour Européens nostalgiques. Le portrait que fait de lui Ouologuem qui le nomme satiriquement « Fritz Shrobenius », est peu reluisant [27] :

Des masques hâtivement exécutés à la ressemblance des originaux, les engloutissant dans des mares, marais, étangs, marécages, lacs, limons quitte à les exhumer quelque temps après, les vendant aux curieux et profanes à prix d’or. Ils étaient, ces masques, vieux de trois ans, chargés, disait-on, du poids de quatre siècles de civilisation. Et l’on arguait, devant la crédulité de l’acheteur, les injures du temps, les vers mauvais qui avaient rongé ces chefs-d’œuvre en péril depuis un temps ô combien immémorial, témoin : le mauvais état préfabriqué des statuettes [28].


Il serait donc intéressant de savoir comment mais surtout pourquoi Frobenius réussit à galvaniser ces jeunes Africains, alors étudiants en France.
On est en plein Paris, ville de rencontre avec d´autres peuples et civilisations. L´altérité culturelle à laquelle faisaient face les étudiants venant des Caraïbes et d´Afrique, majoritairement noirs, culmine avec le sentiment de mépris ambiant dont ces étudiants et leurs cultures faisaient l´objet.

(…) Mépris et moqueries, les offenses polies
les allusions discrètes
Et les interdictions et les ségrégations [29].

C’est ainsi qu´autour de Senghor et Césaire se forme un groupe d´intellectuels pour défendre les valeurs de la civilisation négro-africaine. En même temps, l´image du Noir à la mentalité supposée prélogique faisait foi en Europe, en France, en particulier. De plus, sa culture est dévalorisée et classée, en ce qui concerne les objets et autres éléments culturels, comme seulement digne de figurer comme pièce au musée. Mais, avec la traduction en 1940 de l´œuvre de Frobenius, Le destin des civilisations, les étudiants africains s´intéressèrent davantage aux théories de ce dernier. Surtout que, durant cette période, l´approche de Frobenius avait radicalement changé en passant de la cartographie mécanique du Diffusionnisme aux Aires culturelles des années 1900, pour aboutir enfin à la morphologie des cultures ou Kulturmorphologie en 1921, une vision en profondeur de la culture ou Paideuma.

Ce que préconise Frobenius, c’est, au-delà des faits quantifiables, de chercher à saisir leurs qualités, leur signification : ce qu’il appelle leur Sinngabe. C’est cette vue d’ensemble des phénomènes, des apparences, dont nous parlions tout à l’heure. Celle-ci consiste, encore une fois, à s’abandonner à la sensibilité. C’est cette sensibilité, cette faculté d’émotion, et, partant, de vision, que Frobenius appelle le Gemüt, qui seul peut nous amener à l’intuition, c’est-à-dire à la vision en profondeur des réalités vraies : à la Tiefenschau. C’est, précisément, parce que nombre de peuples du Tiers-monde sont des hommes de sensibilité et d’intuition qu’il faut, pour les connaître et les dépeindre, user de la vision en profondeur [30].

Ainsi, Senghor citera Frobenius dans plusieurs œuvres. L´influence qu´aura l´anthropologue allemand sur les précurseurs du mouvement culturel de la négritude est très grande. Frobenius leur transmit jusqu´aux concepts, dont ils feront abondamment usage, car l´ethnologue allemand a réussi à faire s’effondrer tout un amas de conceptions sur l´Afrique. Parmi ses déclarations sensationnelles à l´époque, on peut noter que Frobenius soutenait que l´idée d´une Afrique barbare est une invention de l’Europe et aurait des buts purement mercantilistes [31]. Pas seulement cela. Frobenius considérait que l’Europe et sa civilisation étaient en perte de vitesse, que l´avenir serait réservé aux nations qui ont une certaine mystique de l´Est comme l´Allemagne et l´Afrique [32].
L´influence de Frobenius se retrouve dans la plupart des concepts des poètes de la négritude comme Senghor, qui se glorifie de lui emprunter le concept d´émotion [33]. Mais c’est surtout le poème « Les Pur-Sang » de Césaire qui prouve pertinemment l´influence de la morphologie préconisée par Frobenius.


Je pousse, comme une plante
sans remords et sans gauchissement
vers les heures dénouées du jour
pur et sûr comme une plante
sans crucifiement
vers les heures dénouées du soir !
[…]
Plantes !
mes membres ligneux conduisent d´étranges sèves
Plante ! Plante !
 [34]

L’héritage de Frobenius

Leo Frobenius reste, en Europe, dans le domaine de l´ethnologie, un personnage très contesté. Rares sont ceux qui le nomment dans leur travaux, même si l´avis est généralement partagé que Frobenius constitue, parmi les ethnologues allemands, celui qui amena d´énormes innovations à la discipline. Il réussit à propager autour de lui la théorie des « Aires culturelles », qu´on a évoquée plus haut. Parmi ceux qu´il a influencés on peut citer F. Graebner (1877-1934) et B. Ankermann (1859-1943), dont les travaux finirent par aboutir à l´École de Wien ou « Wiener Schule“ avec Pater W. Schmidt. On peut considérer Frobenius comme le précurseur de l´orientation historique dans l´ethnologie. L´un de ses élèves Adolf Elle-gard JENSEN, était le directeur du musée de Frankfurt et professeur à la Chaire d´Ethnologie à Francfort (1946). Il fut naturellement directeur de l´Institut Frobenius (fondé en 1946) qui existe jusqu’à présent et publie plusieurs revues scientifiques comme la revue PAIDEUMA, du nom de sa morphologie culturelle.
De son héritage, on peut souligner la grande influence qu´il aura exercée sur le groupe de la négritude. Il contribua fondamentalement à donner aux défenseurs des civilisations africaines l´argumentaire scientifique nécessaire contre la mission civilisatrice, l’idéologie colonialiste de l´époque. Jusque dans les années 1970, Leo Frobenius fut constamment présent dans les écrits de Senghor qui le cita dans divers textes [35].
Comme on l’a démontré, Frobenius faisait, de son vivant, l´objet de beaucoup de contestations. De nos jours, une relecture lente, assidue et moins critique est à noter. Beaucoup de personnes, qui le critiquaient il y a trente ans, le contestent de moins en moins aujourd’hui [36].

CONCLUSION

Leo Frobenius est l’un des ethnologues germanistes qui aura fortement marqué les intellectuels d´Afrique francophone, particulièrement les défenseurs de la négritude qui trouvèrent en lui un maître à penser. Jusqu´à présent un grand intérêt est porté sur les écrits de Frobenius aussi bien au niveau du monde académique sénégalais qu´au niveau des structures scolaires. Cet article a cherché à revisiter la figure de Leo Frobenius, ethnologue très réputé dans les années 30, mais très contesté au soir de sa vie dans son pays, l´Allemagne. Ce qui était dû au changement de paradigme qu´il introduisit vers les années 1921, la Kulturmorphologie, qui abandonna l´approche purement mécanique et systématique des « aires culturelles », Kulturkreislehre. La Kulturmorphologie, telle que décrite dans notre approche, conçoit la culture comme un organisme indépendant qui conserve une dynamique interne, sans intervention de l´homme. Par ce biais, Frobenius renverse le concept de « Mission civilisatrice » répandu dans le monde occidental, par une autre approche moins rationaliste. Il permute ainsi le concept de race avec celui de culture. Il s’attira le courroux des ethnologues allemands qui considèrent que Frobenius aurait tourné le dos à la science au profit d´une vision métaphysique de l´ethnologie. En Afrique francophone, particulièrement au Sénégal, Frobenius garde toute sa réputation. Ce fait est fortement lié à la personnalité de Senghor dont l´activité au sein du mouvement de la Négritude est influencée par les théories de l’ethnologue allemand.

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[1] Université cheikh Anta Diop de Dakar, Sénégal

[2] Une allusion à la figure satirique de Fritz Shrobenius, dans l´œuvre de Yambo Ouologuem, Le devoir de violence. Frank Wittman : Probleme ethnographischer Leseart. Eine kritische Untersuchung zur Bedeutung der Kulturmorphologie von Leo Frobenius innerhalb der Neubegründung einer Kulturwissenschaft. Bern, 2001, p. 2, Online : http://www.unibas.ch/afrika/papers/..., 12.11. 2004, 15 : 38.

[3] Même si Senghor soutient avoir lu GOETHE dans le texte. Voir SENGHOR, Léopold Sédar : Liberté 1.Négritude et Humanisme.1964, p. 83.

[4] Leo Frobenius : Kulturgeschichte Afrikas. Prolegomena zu einer historischen Gestaltlehre. Herausgegeben gemeinsam mit dem Frobenius-Institut Frankfurt am Main, Peter Hammer Verlag 1998, Wuppertalp.13f.

[5] STEINS, Martin : « Die Geburt der Negritude aus dem Geist des Krieges. Aimé Césaires Gedicht Les Pur-Sang und Leo Frobenius. », in Neohelicon. Acta Comparationis Litterarum Universarum. XI.2. Budapest 1984, p. 105.

[6] Il ne faut pas oublier le fait que Frobenius a collecté beaucoup de contes en Afrique occidentale et analysé beaucoup de situations pouvant éclairer de façon anthropologique des questionnements littéraires, surtout sur le plan théorique.

[7] MARCHAND, Suzanne, « Leo Frobenius and the Revolt against the West », in : Journal of Contemporary History, vol. 32, n°. 2, London, Thousand Oaks, CA and New Delhi, Apr., 1997, p.157.

[8] “The diffusionists conceived cultural development as the product of exchange, imitation or conquest, rather than that of independent evolution. Similarly, Frobenius, from the outset, was convinced that most of humankind’s important innovations had originated in one area and then spread to surrounding regions, where particularistic modifications occurred.” Voir, ibid., p. 158. Trad. : [Les diffusionnistes concevaient le développement culturel comme le produit d´échanges, d´imitations ou de conquêtes, plutôt que le produit d´une évolution indépendante. Parallèlement, Frobenius était dés le début convaincu que la plupart des innovations importantes de l´humanité provenait d´un même espace et se seraient répandues dans les régions environnantes où eurent lieux certaines modifications spécifiques].

[9] Deutsche inner afrikanische Forschungs Expedition. Une expédition allemande de prospection à l´intérieur de l´Afrique.

[10] Ibid. p.153. [Trad. par nous] Leo Frobenius (1873-1938), ethnologue allemand, n´était pas bien sur un héros homérique, même s´il était, selon son propre témoignage, voué à être un aventurier´ et à passer toute sa vie entre l´Allemagne et l´Afrique, entre les sciences naturelles et les sciences culturelles, entre le délire et l´érudition.

[11] Cité par Martin STEINS : « Die Geburt der Negritude aus dem Geist des Krieges. Aimé Césaire Gedicht « Les Pur-Sang’und Leo Frobenius. », in Neohelicon. Acta Comparationis Litterarum Universarum, XI.2. Budapest, 1984, p. 122. [Trad. par nous Ce processus d´assimilation à travers cette culture occidentale – une forme de colonisation mentale, qui a débuté dès le Siècle des Lumières et qui fut expressément comparée par Frobenius à la colonisation des pays d´Outre-mer – avait poussé l’Allemagne dans une concurrence ardue pour la domination du monde. Sa défaite lui a fait savoir que telle n´était pas la vraie mission de son âme éthiopienne, sa capacité de dévouement émotionnelle comme ce fut le cas pour la dernière fois durant la période romantique.

[12] RATZEL, Friedrich, Anthropogeographie, zweiter Teil : Die Geographische Verbreitung des Menschen, Verlag von J. Engelhorn, Stuttgart, 1891.

[13] FROBENIUS, Leo, Ursprung der Afrikanischen Kulturen, Gebrüder Borntraeger, Berlin, 1898.

[14] NORKAITIS, Jonas, Kulturphilosophie und Kulturpsychologie von Leo Frobenius, Univ., Diss.,Tübingen, 1955, p. 26.

[15] FROBENIUS, Leo, Schicksalskunde im Sinne des Kulturwerdens,Voigtländer, Leipzig, 1932, p. 14.

[16] FROBENIUS, Leo, Paideuma. Umrisse einer Kultur-und Seelenlehre, Düsseldorf, 1953, Eugen Diederichs, p. 15.

[17] WITTMAN, Frank, Probleme ethnographischer Leseart. Eine kritische Untersuchung zur Bedeutung der Kulturmorphologie von Leo Frobenius innerhalb der Neubegründung einer Kulturwissenschaft, Bern 2001, p. 5. (http://www.unibas.ch/afrika/papers/...), 12.11. 2004, 15 : 38, p.13.

[18] MARCHAND, Suzanne, « Leo Frobenius and the Revolt against the West », in Journal of Contemporary History, Vol. 32, No. 2 (Apr., 1997), Sage Publications, London, California, p.164.[Trad. par nous] Dans les années 1920, il a collaboré dans la création de son institut de Morphologie à Munich avec son ami Oswald Spengler dans le dessein d´établir une réelle physiognomie des cultures. Même si les deux compères se sont séparés très tôt, Frobenius a continué sa quête pour identifier les différences culturelles en tant qu’elles seraient les produits de l’âme et non pas de l’affinage d’aptitudes acquises.

[19] WITTMAN, Frank, op. cit., p.13.

[20] « By following the methods presented in this book, anything and everything can be proved. It is fiction, not science ». Voir BOAS, Franz, American Anthropologist 1, Arlington, Va, 1899, 755.

[21] WITTMANN, Frank, op.cit., p.13.

[22] LOEWENTHAL, John, « Leo Frobenius Paideuma », in Zeitschrift für Sexualwissen-schaft und. Sexual politik 15, A. Marcus & E. Webers, Bonn1928, p. 294.

[23] Dans le journal Frankfurter Zeitung il est célébré comme un „Proteus“. Voir (MÜHLESTEIN, 1930, 2) et Frank WITTMANN (2001, p.14).

[24] MARCHAND, Suzanne, « Leo Frobenius and the Revolt against the West », in Journal of Contemporary History, Vol. 32, No. 2 (Apr., 1997), London, Thousand Oaks, CA and New Delhi, p.153.Trad. [En sens à sa création de dizaines de théories historiques qui incluaient des déesses lunaires, des nombres mystiques et le continent perdu nommé Atlantis, Frobenius était un collecteur prodigieux de données et d´artéfacts et était l´un des premiers Européens à essayer de reconstituer l´histoire de l’Afrique précoloniale. Après la Grande guerre, son hommage à une Afrique originelle noire et intacte, ses assauts sévères contre l´historiographie eurocentriste et le matérialisme occidental influençèrent profondément beaucoup de ses contemporains. Son œuvre attira l´attention d’Ezra Pound, Johan Huizinga, l´empereur allemand en exil et un groupe important d´étudiants africains à Paris, qui ont adapté à la fascination néoromantique de Frobenius la Negerheit à leurs objectifs anticoloniaux].

[25] SENGHOR, Léopold Sédar, Liberté III. Négritude et Civilisation de l´universel, Seuil, Paris, 1977, p.392.

[26] SENGHOR, Léopold Sedar, « Négritude et Germanité I », in Négritude et civilisation de l´universel, Seuil, Paris, 1977, p.399.

[27] “Further, Saif himself invents African history, fabricating a tradition and repeating it to a European anthropologist, Fritz Schrobenius (a thinly veiled parody of the German ethnologist Leo Frobenius), who writes down Saif’s words and transmits them back to Europe as ‚authentic’ and ‚true’. Voir GORMAN, Suzan, « Don’t Let Yourself Be Made Game Of" : Yambo Ouologuem’s Le Devoir de violence and the Game of Genre », Postcolonial Text, North America, 4, nov. 2008. Online : http://postcolonial.org/index.php/p..., 29 Apr. 2015.[Trad. par nous] Par ailleurs, Saif lui même invente l´histoire de l´Afrique, fabriquant des traditions et les répétant à l´anthropologue européen, Fritz Schrobenius (une parodie à peine voilée de l´ethnologue Allemand Leo Frobenius), qui a écrit les dires de Saif et les a transmis en Europe comme ´authentiques´ et ´vrais´.

[28] Ibid., p. 5.

[29] Senghor cité par Peter Aberger : Die Bedeutung der Harlem Renaissance für das dichterische Werk Léopold SédarSenghor. Würzburg [s.n.] 1972, p. 48.

[30] SENGHOR, Léopold Sédar, « La révolution de 1889 et Leo Frobenius », in Éthiopiques, 1er semestre 2006. http://www.refer.sn/ethiopiques/art..., Online : 13.01.2012, 09:11.

[31] FROBENIUS, Leo, Kulturgeschichte Afrikas. Prolegomena zu einer historischen Gestaltlehre, Herausgegeben gemeinsam mit dem Frobenius-Institut Frankfurt am Main. Peter Hammer Verlag, Wuppertal 1998, 13f.

[32] MARTIN, Steins, « Die Geburt der Négritude aus dem Geist des Krieges. Aimé CésairesGedicht ‘Les Pur-Sang’und Leo Frobenius », in Neohelicon. Acta Comparationis Litterarum Universarum. XI.2. Budapest 1984.

[33] Voir mon autre article sur la question : BA, Amadou Oury, « , L´émotion est négre, comme la raison est hellène’ : d´une philosophie organologique allemande vers sa récupération en Afrique occidentale », in Éthiopiques. Revue négro-africaine de littérature et de philosophie, n º 81, 2e semestre, Fondation Léopold Sedar Senghor, Dakar, 2008.

[34] Cité par STEINS, Martin, « Die Geburt der Negritude aus dem Geist des Krieges. Aimé CésairesGedicht Les Pur-Sang und Leo Frobenius. », in Neohelicon. Acta Comparationis Litterarum Universarum, XI.2, Budapest, 1984, p. 107.

[35] SENGHOR Léopold Sédar, « Négritude et Germanité I ». Négritude et civilisation de l´universel, Paris Seuil,1977, p.11.

[36] FRANK, Wittman, Probleme ethnographischer Leseart. Eine kritische Untersuchung zur Bedeutung der Kulturmorphologie von Leo Frobenius innerhalb der Neubegründung einer Kulturwissenschaft, Bern, 2001. Online : http://www.unibas.ch/afrika/papers/..., 12.11. 2004, 15 : 38, p.3.




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