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Éthiopiques n°98.
Littérature, philosophie, sociologie, anthropologie et art.
Nouvelles technologies et articles divers.
1er semestre 2017

LETTRE À PSK

Auteur : Lilyan Kesteloot Fongang [1]

Cher Samba, j’aime beaucoup le titre de votre recueil, À Tire d’Elles, dont sont tirés les deux poèmes que voici, et plus encore votre façon de faire jaillir les mots comme des geysers brûlants ou comme des rivières fraîches qui nous inondent le visage et y allument un sourire de plaisir.
On en oublie de décider s’il s’agit de prose ou de vers, tant la poésie irrigue l’un et l’autre. Oui, vous êtes un poète, parfois maladroit, parfois bégayant, balbutiant ; bien sûr, vous devez travailler vos premiers jets, creuser votre inspiration, jeter vos brouillons et essais préalables, n’ayez pas peur de corriger, polir vos textes.
Senghor travaillait longuement les siens. Césaire a fait au moins quatre versions du Cahier d’un retour au pays natal ! Damas accouchait d’une traite de courts poèmes parfaits. Mais trop brefs. – Et il n’a jamais fait autre chose, à l’exception de Black Label, beaucoup plus travaillé – mais, comme il était paresseux, il n’a jamais recommencé ; il est revenu à ses petites chansons. On peut préférer la chanson à la symphonie … c’était son droit !
Mais vous, il me semble que vous aimez les jets d’eau d’une certaine ampleur. Alors …
Car une chose est sûre, Samba, vous êtes un poète. On s’en était déjà douté en lisant votre roman, Sabaru Jinne ou Les Tam-tams du diable qu’Amadou Ly m’avait envoyé en urgence !
Mais quand j’ai ouvert À Tire d’Elles, je n’ai pas dû lire plus de trois pages, pour être sûre que vous étiez un poète.

Un homme qui écrit à sa belle :
« Je suis fruit de toi
De ton rire qui me mangue
Tu goyaves ma nostalgie
Qu’habite ton haleine corossol
Ta bouche sapotille ma bouche
Tes dents pomment mon cou
Croquent ma volonté »
,

cet homme ne peut être qu’un poète ! Or donc, allez-y, jouez avec les mots, avec les sons, avec les sensations. Riez, pleurez, grondez, jonglez avec votre plume.
Pressez, soutirez, boulangez vos vers, vos strophes, votre syntaxe.
Capturez, relâchez, escamotez vos images tel un funambule, tel un magicien.
Allez-y Samba.
Et surtout, surtout, persévérez …


[1] IFAN-UCAD




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