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LANGAGE ET POESIE CHEZ SENGHOR DE GLORIA SARAVAYA, PARIS L’HARMATTAN, 1989, 223 P. ET NOTES ON THE POEMS OF LEOPOLD SEDAR SENGHOR (POET OF LOST VILLAGES) DE MIKHAËL MBABUIKE, JERSEY CITY (USA), ANDRE’S AND Cie, 1990, 134 P.
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Ethiopiques numéro 53
revue semestrielle
de culture négro-africaine
1er semestre 1991
Hommage à Senghor
Forum d’Asilah (Maroc)

Auteur : Gloria SARAVAYA

Après Comprendre les poèmes de .S. Senghor (Lilyan Kesteloot - Edition Saint-Paul, Paris, 1987), Les voies du lyrisme dans les poèmes de L.S. Senghor (Robert Jouanny - Ed. Champion, Paris, 1987), Introduction à la poétique de L.S. Senghor (Mohamed Boughaly - Ed. Afrique-Orient, Casablanca, 1986) et Léopold Sédar Senghor, de la tradition à l’universalisme (Josiane Nespoulous - Neuville- Paris, Ed. du Seuil, 1988, Prix de l’Académie française, 1989) - je cite quelques unes des meilleures - les études senghoriennes viennent de s’enrichir de deux nouveaux titres : Langage et poésie chez Senghor de Gloria Saravaya et L.S. Senghor poet of lost villages de Michael Mbabuiké.
Si le livre de Gloria Saravaya provoque d’emblée l’intérêt, c’est qu’il s’agit d’un point de vue indien sur l’oeuvre de Senghor. On sait, en effet, la fascination que la civilisation indienne exerce sur le poète.
Et pour cause :
« (Les) trois premières grandes civilisations, avec leurs écritures, explique-t-il, sont nées entre l’Afrique et l’Inde : chez les Egyptiens, les Sumériens et les Indiens. Ces derniers étaient alors essentiellement composes de Dravidiens » [1].
Les Dravidiens, on le rappellera, sont des Nègres du sud de la péninsule indienne. La civilisation dravidienne est une composante fondamentale de l’indienne. Cette dernière, « dans son aspect général hindouiste » est :
« une symbiose, c’est-à-dire une fusion harmonieuse et dynamique de civilisations différentes ils dominent les deux apports aryen - au sens vrai du mot - et dravidien » [2].
Dans le domaine de la création littéraire et artistique, cette symbiose se vérifie dans le style négro-africain des poèmes et oeuvres d’art hindouistes, caractérisées par « le rythme fait (...) de répétitions qui ne répètent pas, de ruptures suivies de reprise... ».
L’on espérait donc, secrètement, une étude comparée de la poésie négro-africaine et de la poésie hindouiste - à laquelle les écrits de Senghor servirait de prétexte.
Cette attente, il faut l’avouer, est déçue. Gloria Saravaya a surtout fait oeuvre de stylisticienne.
Quelques poèmes des recueils, Chants d’Ombre, Hosties Noires, Ethiopiques sont minutieusement analysés par elle, presque vers par vers. Figures de mots, de rhétorique, tropes, schémas de fréquence à l’appui, rien n’est laissé au hasard par un auteur, visiblement à l’aise dans ces exercices d’explication de texte. Et meme si certaines conclusions qu’elle tire de phénomènes styliques observes sont on ne peut plus arbitraires, les démonstrations de G. Saravaya, sont généralement intéressantes.
A propos de ces dérives subjectives, il faudrait noter que la gratuite du commentaire est souvent imputable à une faible connaissance du contexte socioculturel auquel renvoie l’oeuvre de Senghor. L’auteur essaie de contourner cet handicap en affichant sa volonté de se borner à une étude structurale, sans référence à un hors texte. Position difficile quand il s’agit de Senghor. Et Gloria Saravaya de faire suivre ses analyses de quelques réflexions d’ordre culturel et idéologique (cf Introduction et chapitre consacré au Concept racial de (sic) Leopold Sedar Senghor).
Ces remarques n’enlèvent rien à la valeur d’un travail qui fait souvent ressortir la beauté subtile des écrits senghoriens.
A noter l’intéressant chapitre consacré à Nocturnes où Gloria Saravaya assigne à « la recherche de l’africanité », le « travail de réécriture de Chants pour Naët et Chants pour Signare » dont elle étudie avec minutie les variantes.
Belle conclusion, également, et lucide : la poésie de Senghor, constate-t-elle « offre un langage culturel nouveau qui impose une nouvelle manière de penser sa relation au monde et de la vivre » (p. 215). Et cette « nouvelle manière » n’est-ce pas une sorte de « vertu sacrée ou la révolte et la douleur, la haine ou l’amour ne sont jamais des fins en soi. Le dépassement (se réalisent) au niveau d’un « Nous » quand l’image, par voie de l’archétype ou du mythe, atteint un savoir universel » ?
Quant à l’ouvrage de Michael Mbabuiké - Notes on the poems of Léopold Sédar Senghor (poet of lost villages) - il est surtout destiné à un public anglophone et peu familier de l’oeuvre de Senghor.
Professeur d’université à New York Mbabuiké y rassemble ses cours sur douze poèmes les plus authentiquement africains de Senghor (« that are the richest in African symbols »).Il en analyse, avec beaucoup de perspicacité le style et le rythme consacrant également d’intéressants développements aux thèmes de la nostalgie, de l’exil ; au culte des ancetres, et au traitement poétique des sujets politiques.
Préfaçant cet ouvrage Denizé Lauture compare Michael Mbabuiké à un chasseur avisé qui aurait réussi à ferrer les plus belles proies de la jungle giboyeuse de Senghor.


[1] Leopold Sedar Senghor : « La Civilisation indienne ; Jawaharlal Nehru » in ETHIOPIQUES, nouvelle série, vol. III, n° 3, 1985, p. 3-9.

[2] Leopold Sedar Senghor : « La Civilisation indienne ; Jawaharlal Nehru » in ETHIOPIQUES, nouvelle série, vol. III, n° 3, 1985, p. 3-9.




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