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LE CROISSANT DE LARMES DE J. TSHISUNGU WA TSHISUNGU, L’HARMATTAN, COLL. ENCRES NOIRES, PARIS, 1989.
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Ethiopiques numéro 53
revue semestrielle
de culture négro-africaine
1er semestre 1991
Hommage à Senghor
Forum d’Asilah (Maroc)

Auteur : Abdoul SAMBA

Avant les années soixante-dix, le Zaïre ressemblait sur le plan littéraire à un empire du silence. Aujourd’hui sa voix s’élève haute et forte grâce à une kyrielle d’écrivains talentueux au nombre desquels on compte J. TSHISUNGU wa TSHISUNGU qu’un hebdomadaire de Lubumbashi (ESPOIR du 14 octobre 1988) qualifiait de « Chef de file d’une jeune génération d’intellectuels zaïrois qui parlent, écrivent et publient sans arrêt ».
Le dernier livre de cet écrivain paru chez l’Harmattan témoigne d’un réel talent littéraire. N’a-t-il pas déjà été couronné à deux reprises pour ses précédentes oeuvres ? En 1984, il obtenait le Prix Littéraire Zaïre - Canada pour son excellent recueil de poèmes intitulé SEMENCES. En 1985, un jury présidé par Léopold Sédar Senghor lui attribuait le Prix Littéraire International Charles Helou pour son essai DISCOURS SUR L’UNIVERSALITE DE LA FRANCOPHONIE.
Nous sommes donc en présence d’un écrivain que l’on prend plaisir à lire. Ainsi, à travers les mésaventures politiques du héros, de LE CROISSANT DES LARMES, monsieur B.D., professeur de son état, l’auteur semble dresser un bilan chaotique de l’échec de la révolution africaine. Il prend soin de la regarder aussi bien du côté des intellectuels que de celui des paysans.
B.D. a une cinquantaine d’années et vingt-trois ans d’exil en Occident lorsqu’il décide contre le gré de sa femme de rentrer dans son pays d’origine, l’île de TOMPOIS, au beau milieu de l’Océan Atlantique. Troublé par la situation sociale, économique et politique que nombre de ses semblables vivent, il se résout à défendre les thèses de l’opposition au pouvoir. Cette opposition est clandestine. Il en devient l’idéologue et le stratège attitré. Ses qualités morales l’amènent à affronter le système qu’entretient un roi qui refuse de quitter le pouvoir malgré l’imminence d’un avenir radieux se fait déjà sentir quand BD est arrêté, comme l’avait prédit le marabout. C’est la débâcle d’un rêve sacré. C’est la mort d’une Afrique qui remet toujours à plus tard la révolution à faire aujourd’hui. Jusque dans quelles ténèbres politiques les pays africains s’enfonceront-ils ? Le style est aisé, plein d’humour et d’ironie. Celle-ci donne au lecteur le goût de considérer une situation grave avec sérénité.
La sexualité joue un grand rôle dans cet ouvrage. L’auteur y peint des scènes quotidiennes, avec une telle concision, une sincérité si spontanée que quelquefois on se croît choqué. Non. La description nous contraint de réprimer un éclat de rire.
Le Croissant des Larmes, roman aux empreintes poétiques où se mêlent métaphores et symboles.
Roman psychologique : les faits relatés ne s’expliquent guère que par leurs conséquences. L’auteur tient donc compte des mobiles qui orientent les actions des personnages : un peuple, aux moeurs dépravés, corruptible, assoiffé de plaisirs charnels, mais que la sympathie et le courage ne quittent guère. L’auteur ne sombre pas dans un moralisme asséchant. Le Croissant des Larmes, un roman qui interpelle chacun de nous au fond de sa conscience et qui, par son style, détend agréablement.





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